Les illusions de la comm’ ou "Le départ de l’icône" Un texte de "Descartes"

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Au titre "Le départ de l’icône", j’ai rajouté "les illusions de la comm’" pour insister lourdement sur le fait que C. Taubira n’était pas du tout ce que les médias ont voulu nous faire croire. C’est le sens de l’article de Descartes. Je retiendrais surtout qu’elle a continué l’œuvre de Sarkozy en soumettant toujours plus la justice au service de la grande bourgeoisie et du capitalisme. Elle a participé à un gouvernement qui a continué de casser les Prud’hommes, seule juridiction encore au service des travailleurs, qui a fait condamner des travailleurs qui défendaient leur emploi à de la prison ferme, et qui alourdit encore et encore la fonction répressive de l’État bourgeois. De plus, sa valse hésitation par rapport au débat sur la déchéance de nationalité, l’a rendu ridicule. Espérons que le pire ne soit pas à venir, c’est-à-dire qu’elle devienne la candidate du Front de gauche ou de ce qui en reste, à la primaire du PS !

Pascal Brula


Finalement, Christiane Taubira s’est résignée à partir. Un départ qui a réjoui la droite, qui ne lui a jamais pardonné le débat sur le mal nommé « mariage pour tous ». Mais qui a aussi provoqué une vague de schadenfreude – cette "joie mauvaise" humaine, tellement humaine – dans certains secteurs de la gauche et particulièrement dans la "gauche radicale". Ainsi, par exemple, Alexis Corbière, dirigeant du Parti de Gauche, écrit que « Christiane Taubira part en claquant la porte avec fracas. Elle a même utilisé le verbe "résister" dans son tweet de rupture. C’est très fort ».

C’est surtout "fort" comme exercice de communication. Taubira veut nous faire croire qu’elle part « en claquant la porte », mais cette théorie ne résiste pas une seconde à l’examen. Si elle était partie en décembre, lorsque le président de la République a confirmé – contrairement à ce qu’elle-même avait déclaré quelques heures auparavant à Alger – que la déchéance de nationalité serait bien dans le projet de loi, alors on pourrait parler de « claquement de porte ». Mais à ce moment-là, « résister c’était rester » - et garder le logement de fonction, la voiture avec chauffeur et l’exposition médiatique que confère la fonction de ministre. A l’époque, souvenez-vous, « résister » c’était déclarer que « La parole première est celle du président de la République, elle a été prononcée au Congrès de Versailles. La parole dernière est celle du président de la République, elle a été prononcée ce matin en conseil des ministres ». Elle avait même cherché à minimiser le désaccord, en déclarant que « la seule fois où je me suis exprimée sur la déchéance de nationalité, je n’ai pas hésité à dire que ceux qui retournent leurs armes contre leurs compatriotes s’excluent eux-mêmes de la communauté nationale ». On en déduisait donc que l’attitude normale d’un bon ministre "de gauche", d’une « femme débout » était de se soumettre à la parole présidentielle, d’autant plus qu’il y avait accord sur le fond, sinon sur la forme.

Maintenant, tout à coup, les grands principes redeviennent sacrés et « résister c’est partir ». Pourquoi ce changement ? Il faut être très naïf pour croire que Taubira démissionne à cause d’un désaccord de principe. Non, cette démission est provoquée par une difficulté tactique. Les questions de nationalité relevant de son domaine ministériel, Taubira aurait du aller devant le Parlement pour défendre ces dispositions, dispositions dont elle avait déclaré publiquement qu’elles soulevaient des problèmes insolubles vis-à-vis des principes républicains. Du pain béni pour une opposition qui aurait eu beau jeu à pointer les incohérences d’une ministre qui, après avoir dit tout le mal qu’elle pense du dispositif devant les journalistes aurait du dire tout le bien qu’en pensent les autres dans les enceintes parlementaires en faisant semblant de partager leur avis. Comment un ministre pourrait-il aller devant les assemblées avec un discours du genre « à titre personnel je suis contre, mais on m’a demandé de le défendre alors allons-y » ? Qui plus est, c’était pour Taubira l’occasion de rester pour l’histoire dans des pages et des pages de compte rendu des débats parlementaires déclarant que la déchéance de nationalité est une mesure merveilleuse. Mitterrand a longtemps regretté son « l’Algérie c’est la France », et Mélenchon son discours en défense du traité de Maastricht. Taubira n’avait aucune envie d’accrocher à son cul la casserole d’avoir défendu une mesure d’abord proposée par le Front National. C’est le genre de chose qui vous casse l’image « d’icône de la gauche », de « femme débout » que Taubira s’est donné tant de mal à construire.

Taubira n’a donc pas « claqué la porte ». Elle était même prête à rester, et pour cela à supporter l’humiliation suprême, voir Valls défendre le texte au Parlement. Et le président et le Premier ministre étaient au départ prêts à lui accorder cette faveur, avant de comprendre qu’une telle configuration mettrait trop en évidence l’incohérence et la faiblesse du gouvernement et donnerait trop de prise à un festival de l’opposition. In fine, loin de « claquer la porte », Taubira à réalisé – dans une réunion avec Valls et Hollande que les participants eux-mêmes qualifient « d’amicale » – que sa position était intenable. Elle n’a pas démissionné pour une question de principe, mais pour soigner son avenir et celui du gouvernement. Et aucune porte n’a claqué.

Ce qui, au fond, pose la question cruciale : celle de savoir comment Taubira – l’ancienne militante indépendantiste prête à la lutte violente, la députée non-inscrite qui vote l’investiture du gouvernement Balladur, la copine que Tapie fait rentrer dans sa liste "énergie radicale" en position éligible, la députée apparentée PS sous Jospin qui finit par rejoindre le Parti radical de gauche pour pouvoir être candidate à la présidentielle – bref, une femme qui ne s’est jamais intéressé à ce qui est – ou devrait être – la matrice de la gauche, c’est-à-dire, le monde du travail, est devenue une « icône de la gauche ». Et ce fait nous dit beaucoup sur ce qu’est "la gauche" aujourd’hui. Car quelle est l’œuvre politique de Christiane Taubira ? Une loi "sociétale" – le mal nommé « mariage pour tous » –, une loi "mémorielle" – la loi sur la mémoire de l’esclavage, dénoncée comme un instrument de « normalisation de l’histoire » par un grand nombre d’historiens –, et puis… Et puis c’est tout. Oh, pas tout a fait. Christiane Taubira est aussi femme et noire. C’est loin d’être négligeable, à une époque ou ce que l’on est, devient pour la gauche bien plus important que ce que l’on fait.

Et le monde du travail, censé être le cœur de la "gauche" ? Jamais, au cours de sa longue carrière, « l’icône de la gauche » ne s’est intéressé aux conditions de travail, aux questions sociales. En tant que ministre de la Justice, son action dans ce domaine est nulle. Pire : elle a vu un renforcement de la répression. C’est avec son accord – car il relève du garde des sceaux de donner des instructions générales sur la politique pénale – que le ministère public a requis des peines lourdes contre les syndicalistes de Goodyear, alors même que les plaignants s’étaient désistés de l’action et qu’il n’y avait eu aucune violence corporelle qui aurait rendu nécessaire une sanction exemplaire. Mais qui s’intéresse encore au monde du travail aujourd’hui ? Seule une "gauche ringarde" en extinction qui cultive le souvenir de Georges Marchais. Et le FN, bien entendu.

Alors, ne tombons pas dans le panneau. Il n’y a aucune raison de laisser l’intéressée se refaire une virginité à l’occasion de cet épisode en se faisant passer pour ce qu’elle n’est pas, un témoin de la "vraie gauche". Taubira n’est pas plus "à gauche" que Hollande, Valls ou Urvoas. C’est une opportuniste prête à vendre père et mère pour sa carrière, et qui a trouvé le moyen de faire croire qu’elle était autre chose. Et la gauche bienpensante, plus sensible aux symboles qu’aux réalités, s’est laissée envoûter.

Descartes

Tiré de son blog

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