Les écoutes espionnes, une histoire d’infamie ou la fondation d’une nouvelle terre

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 2%

La littérature est parfois plus éclairante que tous les communiqués de presse sur une actualité dont le sens nous échappe. La littérature ne prend pas en otage les réponses aux questions qu’elle pose. Elle nous entraîne dans le dédale de labyrinthes sans fin dans le temps et dans l’espace, dans histoire de l’infamie et histoire de l’éternité, Borges, le bibliothécaire aveugle, nous confronte à cette expérience du fantastique qu’est l’érudition, les 25 millions de planètes habitées et plus encore selon Asimov.

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Histoire d’infamie, plus de place pour l’empire comme pour l’individu

Ainsi en est-il de ce conte sur l’empereur de Chine qui voulait une carte de son empire et la souhaitait si précise, si documentée qu’à la fin il ne resta plus de place pour l’empire.

Ces écoutes de la planète par les Etats-Unis sont l’équivalent de l’ambition mythique de l’empereur. Le vrai problème est le traitement des données. Que facebook, google et autres soient de l’espionnage en direct, que tous ces gens qui ont vingt quatre heures sur vingt quatre le portable ouvert et en tous lieux échangent de bruyantes banalités, puissent alimenter autre chose qu’un torrent de déchets sonores impossibles humainement à trier est frappé du coin du bon sens. Cet espionnage sans objets, sans limites, sous le fallacieux prétexte de nous protéger de quelque mutant du sous développement planétaire, jusque dans le téléphone des chefs d’Etat amis…Foutaise ! Mais l’existence d’un tel projet suppose des entreprises aussi mégalomanes que l’empereur, la NSA qui elle-même alimente le trésor, la CIA et bien d’autres tentacules. Le défi ultime n’est-il pas de cibler nos goûts, nos pratiques pour nous prendre dans le filet de la consommation et du profit sans nous laisser la moindre possibilité de fuite ? Ou encore ces activités prétendent-elles mettre à jour des objets nouveaux pour provoquer nos peurs ou nos désirs ? Comment des centaines de milliers d’employés pourront-ils trouver dans ces décharges de la communication, la pépite, leur modèle n’est-il pas l’humanité entassée sur les bidonvilles du Caire et autres pires des mondes possibles. le capitaine Achab traquant Moby Dick dans ces îles artificielles de plastiques au milieu des océans, le septième continent ?

Ce déploiement d’activités ravirait l’écrivain argentin autant que Kafka et ses messagers qui ne parviennent nulle part. Oui, Kafka et Borges ont raison : la métaphysique est une pratique qui unit le puissant et le misérable, le savant et l’ignorant, dans une même totale incompétence de ce que nous foutons là et à quoi rime cette pêche au gros comme à l’anonyme cher à Andy Wharol…

Au delà de l’espionnage du portable de la femme la plus puissante du monde, madame merckel, ce qui est censé ne pas se faire entre amis, l’interrogation porte sur le changement de civilisation entre transparence et vie privée. Privée de quoi ?

Fondation, le sens de la psychohistoire ?

Et là, passons de Borgès à Asimov, l’auteur de l’immortel cycle de fondation. Souvenez-vous cela se passe 22 000 ans environ dans le futur, soit 13 à 15 millénaires après la perte de la Terre dont les Hommes ont oublié l’emplacement, un Empire Galactique s’est formé qui englobe toute la Voie lactée et regroupe 25 millions de mondes habités. Sa capitale, Trantor, est une planète entièrement recouverte de dômes en métal, la plus proche du centre de la galaxie ; seul le palais impérial est à l’air libre avec le luxe inouie d’un jardin, de plantes.

Au cours du 13e millénaire de l’ère impériale, un homme, Hari Seldon, prédit au moyen d’une science statistique dont il est le concepteur — la psychohistoire — la chute de cet empire suivie de 30 000 ans de barbarie qui précéderont la naissance d’un autre Empire. Pour réduire cette période de barbarie à 1000 ans, il suggère la création d’une Fondation dont le rôle sera de rassembler le savoir de toute l’humanité dans une Encyclopédie. Ce savoir est scientifique et technologique.

L’Empire l’autorise à la créer sur une petite planète à l’extrémité de la Galaxie, Terminus. Mais Seldon évoque sans que nous en sachions plus une Seconde Fondation, qui dirigerait secrètement la première, et qui serait situé à « l’autre bout de la galaxie », à Star’s End, « là où finissent les étoiles ».

Parce qu’un accident, l’apparition d’un mutant, le mulet, un dictateur stérile, a failli mettre à mal le projet, une équipe d’astronaute part à la recherche de la seconde fondation, comme celle du sens d’une humanité qui confond cette quête avec celle des origines. Dans les périodes de transition où on ne croit plus à la validité des habitudes revient l’éternelle question : qu’est-ce que nous foutons-là ?

Et c’est là que je veux arriver avec ce questionnement d’aujourd’hui, sur vie privée et transparence : les astronautes chercheurs de la fondation métaphysique, celle qui a en charge le destin de l’humanité post effondrement de l’empire, se retrouvent devant un planète Gaïa, dans laquelle règne une totale symbiose entre la nature, les êtres humains, le règne animal ou végétal, un socialisme intégral. Quand le chercheur astronaute fait l’amour avec une femme de Gaïa, c’est toute la planète dont il vit l’intense jouissance. Il doit choisir un destin pour l’humanité, ce qui est proposé est qu’insensiblement toute la galaxie aille vers Gaïa, sa transparence et sa communion totale…

Il accepte ce socialisme intégral pour l’humanité mais par pour lui, l’écrivain, et il repart en attendant dans sa quête individuelle à la recherche de la terre originelle.

Einstein selon Brecht était un naïf

Voilà, peut-être en sommes-nous là, sans le savoir. Einstein voulait que l’on envisage un gouvernement mondial et Brecht dans son journal de travail se demande comment un tel génie peut être aussi naïf sur le plan politique : un gouvernement mondial aujourd’hui, disait-il, serait dirigé par la Standard oil et compagnie sans aucun souci pour l’intérêt des êtres humains, seuls les profits compteraient.

Oui, nous en sommes là, dans ce grand ébranlement entre un développement scientifique et technique qui exige une régulation mondiale pour gérer la relation entre transparence du pouvoir et vie privée des individus, une nouvelle symbiose entre la nature, la vie animale, humaine, les limites de l’univers et l’appropriation de plus en plus privée des pouvoirs et des richesses.

La contradiction qui oppose Einstein à Brecht tous deux allemands confrontés au nazisme et à la montée en puissance de l’empire américain et son maccarthysme.

Des lanceurs d’alerte, eux-mêmes pas beaucoup plus avancés sur la question, mais en proie à une fièvre libertaire, nous jettent en pâture les moyens de dénoncer cette prétention à l’appropriation privée, ils vont être de plus en plus nombreux malgré les risques encourus et ils lanceront leur alerte à l’humanité au nom de l’individu menacé dans sa possibilité de maîtriser sa vie, dans sa capacité métaphysique à choisir son destin. Quel statut faut-il leur réserver, celui de proscrits ou celui de héros ? Robin des bois, que le maccarthysme dénonçait comme un communiste puisqu’il prétendait dépouiller les riches pour donner aux pauvres.

Danielle Bleitrach

Voir en ligne : sur le blog histoire et société de Danielle Bleitrach

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