La désignation de Jean Luc Mélenchon ne règle rien

Déclaration de la Gauche communiste (PCF)
jeudi 23 juin 2011
par  pam
popularité : 3%

Jean-Luc Mélenchon vient d’être désigné candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle de 2012 par 59 % des communistes, à la suite de la consultation interne des adhérents du Pcf. Si ce vote vient clore un débat de plusieurs mois, il ne règle en rien le malaise qui existe au sein du Parti communiste.

Est-ce le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein ? 41 % des exprimés ne sont pas convaincus du bien-fondé de la candidature de Mélenchon. Quant aux 59 % qui ont voté en sa faveur, il faudrait pouvoir analyser leurs motivations. La direction nationale n’a reculé devant aucun argument pour imposer son point de vue : menaces sur l’existence du Front de gauche au cas où JL Mélenchon ne serait pas plébiscité, résultats de 2007 brandis comme justification à sa stratégie, échec des collectifs anti-libéraux mis en avant comme relevant de la seule responsabilité des communistes, etc. Et pour être bien sûre qu’aucun débat de fonds n’aurait lieu, la direction a manœuvré pour que les candidats, à commencer par le plus crédible d’entre eux, André Chassaigne, n’aient jamais la parole autrement que dans des débats marginaux, jamais relayés ni par l’appareil ni par la presse du Parti.

Pourtant, la Conférence nationale a montré les réticences qui existent.
- Sur l’homme d’abord et sur sa stratégie politique personnelle. Aucun communiste ne peut avoir de doute sur les visées de Jean-Luc Mélenchon : bâtir son propre parti sur les ruines du Parti communiste. Quand cette stratégie est portée par les dirigeants du Pcf eux-mêmes, il y a de quoi s’interroger.
- Sur la stratégie de la direction nationale du Pcf en deuxième lieu. Pourquoi faut-il que le Parti communiste se laisse déposséder d’une telle occasion, d’une telle surface médiatique alors qu’il déplore de ne jamais avoir les médias ?
- En dernier lieu, la visée à long terme pose problème car le Front de gauche est en train de se transformer en une organisation à part entière. Les dirigeants du Pcf le revendiquent même lorsqu’ils affirment que leur objectif est la constitution d’un groupe de députés Front de gauche à l’Assemblée nationale.

41 % des communistes refusent donc cette opération, et avec elle, la disparition de leur parti. Ce résultat est cohérent avec les équilibres déjà révélés par les trois derniers congrès, où l’opposition à la ligne majoritaire n’a cessé de croître et de se renforcer.

Si le Pcf vient de franchir une nouvelle étape de son histoire en désignant un socialiste comme candidat, mesurons aussi que 22 fédérations, dont des fédérations ayant un nombre important d’adhérents, ont exprimé leur refus de la candidature Mélenchon : les Alpes de Haute Provence, les Ardennes, la Charente-Maritime, le Cantal, l’Eure, la Haute Garonne, la Lozère, le Maine-et-Loire, la Marne, la Haute-Marne, la Mayenne, la Meurthe-et-Moselle, le Nord, l’Orne, le Pas-de-Calais, le Puy-de-Dôme, le Rhône, la Saône et Loire, la Seine-Maritime, la Somme, le Var et le Val-de-Marne ont placé André Chassaigne devant Jean-Luc Mélenchon.

Comme lors des collectifs anti-libéraux, la direction nationale n’a pas cherché le débat ou les échanges d’idées. Sûre d’elle-même, défendant une stratégie liquidatrice au nom d’une recomposition plus fantasmée que réellement mesurable sur le terrain, elle a imposé une nouvelle fois ses choix. Mais de plus en plus de communistes les rejettent comme ils rejettent la tradition d’unanimisme qui a longtemps prévalu dans le parti.

Aujourd’hui, l’heure n’est pas à un combat d’arrière-garde pour déplorer que la candidature d’André Chassaigne n’ait pas été portée comme elle aurait dû l’être. L’avenir est devant nous.

Le « programme populaire partagé » présenté aux communistes n’est pas à la hauteur des enjeux de notre temps : ce n’est pas un programme de rupture avec le système capitaliste mais un programme d’accompagnement.

Aux questions centrales – notre attitude face à l’Union européenne et face à la monnaie unique, notre réaction à la crise systémique du capitalisme, nos positions face à l’impérialisme (à commencer par les guerres néo-coloniales d’Afghanistan et de Libye), nos propositions de rupture avec le capitalisme, nos propositions de transformation de la société –, ni la direction du Pcf ni le Front de gauche, et encore moins Jean-Luc Mélenchon, n’apportent de réponses satisfaisantes.

Or, la période qui s’ouvre va être une période difficile pour le pays et pour le peuple. Le bras-de-fer qui s’instaure en Grèce, en Espagne, en Irlande, au Portugal, n’épargnera pas la France. La « rigueur », les actuels « plans d’austérité » ne sont rien à côté de ce que l’Union européenne est en train de concocter pour venir en aide aux capitalistes et sauver le système bancaire et financier mondial. Le rôle d’un parti communiste, d’un parti révolutionnaire, d’un parti de luttes est plus que jamais d’actualité. On voit bien comment les mouvements des « indignés » retombent comme des soufflés, faute d’organisations politiques et syndicales capables de mener des luttes de longue haleine. En France, le Parti communiste doit retrouver son rôle d’acteur des luttes.

Il y aura un après présidentielles de 2012, comme il y a eu un après « collectifs anti-libéraux » ou un après « mutation ». Les communistes ne doivent pas se décourager. Ils doivent au contraire continuer à militer au Pcf et porter les idées et les valeurs communistes dans le Front de gauche pour empêcher l’opération de dilution. Quand plus de 20 secrétaires fédéraux défient ouvertement la direction nationale, quand plus de 40 % des communistes refusent ses orientations stratégiques, rien n’est perdu, au contraire. Une nouvelle phase de la bataille pour reconquérir le Pcf et pour qu’il redevienne un outil au service de notre peuple et de la classe ouvrière s’ouvre aujourd’hui.


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