La crispation répressive de la bourgeoisie crée les conditions d’une lutte prolongée et nécessite le développement du Parti Communiste comme facteur d’unité et porteur de la perspective socialiste
Le fond des crises actuelles - et pas seulement en France - est que les bourgeoisies impérialistes trahissent désormais ouvertement l’intérêt national dans chacun de nos pays et que cette trahison commence à être perçue à une échelle de masse, même si elle ne débouche pas dans une perspective correcte, pour l’essentiel du fait de l’insuffisance d’influence et de lien entre le parti communiste et les masses.
Tout en condamnant la ’violence’, et en répétant qu’elle serait toujours illégitime, les forces politiques de la classe dominante continuent activement la marche vers la guerre. Ce paradoxe n’est malheureusement pas assez relevé : on reproche à la jeunesse sa violence, on se lamente des destructions, mais, il y a à peine 6 mois, on a annoncé à cette même jeunesse avec toute la solennité nécessaire qu’elle devait se préparer à mourir dans les tranchées. C’était le chef d’état major des armées lui-même, face aux maires de France. Et il l’a fait, non pas en s’adressant aux jeunes eux-mêmes, mais en parlant, par dessus leur têtes à leur parents. C’était déjà une manière de dénier à la jeunesse le droit à participer à la vie démocratique, le droit de décider de son avenir.
Cette préparation à la guerre, plus exactement la préparation de l’élargissement des guerres déjà commencées, détermine l’ensemble des choix politiques sur le budget d’austérité, sur les prix de l’énergie, sur le niveau de vie des familles de travailleurs et sur l’absence de perspective d’avenir pour la jeunesse. Elle se traduit d’une part par une hausse vertigineuse des dépenses militaires et du coût de l’énergie, produisant des surprofits considérables qui alimentent le système financier états-unien. Ce sont notamment :
1) les fameux 5 % du PIB de dépenses militaires, exigés par le centre impérialiste états-unien et acceptées sans broncher par les bourgeoisies européennes, toutes acquises à l’atlantisme depuis des décennies.
2) les surcoûts de l’énergie (pétrole sous forme de brut et de diesel, gaz GNL) notamment, dont l’Europe est dépendante, qui provient désormais très largement des USA.
3) une accélération de la fuite des capitaux de l’Europe vers les USA, liés notamment au développement de l’IA et à la hausse des taux. Les classes bourgeoises européennes détiennent par exemple pour 440 milliards d’action des entreprises technologiques des USA, comme Nvidia et d’autres.
Nous avions été plusieurs à dénoncer la guerre en Ukraine (depuis 2014 en réalité) comme un piège global pour l’Europe. L’arrivée de Trump au pouvoir et le déclenchement de la guerre contre l’Iran a donné le coup de grâce aux économies européennes, qui se sont elles-mêmes coupées de leurs sources d’énergies traditionnelles bon marché. Or, loin de tirer les conséquences logiques de leurs choix, les classes dirigeantes d’Europe s’enferment dans le piège qui se ressère. C’est la clé de la situation sociale et politique intenable qui se développe partout en Europe. Plutôt que d’ouvrir une nouvelle perspective stratégique autour de la paix et de la souveraineté, elles renforcent les logiques de guerre impérialistes et de vassalisation dont elles tirent profit à court terme, notamment par la corruption généralisée.
Dans ces circonstances, Fabien Roussel a eu raison de dire qu’aucune revendication populaire ne pourra être satisfaite sans la paix, laquelle ne peut être réalisée que par la négociation et sans le rétablissement des voies commerciales traditionnelles de l’énergie, notamment au sein de l’Eurasie, par l’ouverture de la France au monde multipolaire en train d’émerger. Le parti doit développer cet axe majeur de la campagne.
Cette logique de guerre et de crise énergétique détermine la crise sociale et démocratique qui se développe car l’opposition à la guerre ne peut s’exprimer à l’intérieur du champ démocratique qui a été verrouillé. Les contradictions s’accumulent et se développent, toutes perspectives de solution politique étant bloquées. Les classes dirigeantes, à l’image de la promotion éhontée de la candidature pro-OTAN de Glucksman, font tout pour ne laisser ouverte qu’une alternative : soit la voie la guerre impérialiste, soit, comme échappatoire, la voie du pouvoir néo-fasciste du RN, qui vraisemblablement, se ralliera également, une fois au pouvoir, à la logique guerrière. Faute d’une position claire et forte de la gauche en faveur de la paix et d’un large rassemblement autour de cette voie, la séquence électorale de 2027 est sans issue. De fait, la gauche est au plus bas, et toutes les configurations annoncent un raz de marée de l’extrême-droite au second tour. Or, la pire des configurations est celle où JL Mélonchon parviendrait à se qualifier pour le second tour. Le RN pourrait dans cette situation réaliser un score entre 65 et 70 % au second tour et pourrait sérieusement envisager la perspective d’une majorité absolue à l’assemblée nationale. La stratégie de soi-disant radicalisation et de division mélenchonienne marche de plus en plus vers son échec prévisible mais bloque malheureusement encore toute stratégie alternative. Notre volonté légitime de ne pas envenimer les relations au sein de la gauche ne doit pas nous empêcher de poser clairement cette problématique centrale.
Face à celà, le mouvement spontané de la jeunesse, lycéens dans un premier temps, rejoint par les étudiants, les personnels du secteur éducatif et de nombreux parents exprime précisément la nécessité d’ouvrir une voie mais aussi peut-être la compréhension de ce blocage et donc la détermination à lutter quelque soit la politique et la violence du pouvoir actuel et les menaces de l’extrême-droite qui se prépare au pouvoir.
Tout le discours répété et les images diffusées en boucle sur les violences ne renforcent qu’une chose : les intentions de votes pour le RN. C’est un processus que nous avons vu à l’œuvre dans de nombreux pays qui ont glissé, les uns après les autres, vers l’extrême-droite. Pour l’instant, néanmoins, rien n’indique que ce discours et la violence de la répression vont suffire à faire refluer le mouvement. L’appel de l’association des maires de France à des rassemblements lundi dernier à globalement fait un flop. Sur Bordeaux, la mobilisation des étudiants, qui ne sont pas en vacances, semble se développer. La pression mise par l’état sur les organisations syndicales (tant au niveau local avec les ’convocations’ à la préfecture, qu’au niveau national) ne portent pas leurs fruits. L’échéance du 5 sera la prochaine étape décisive sur ce plan.
La peur du peuple de la bourgeoisie, qui était en état de sidération après les événements de ce week-end va se développer. Les couvre-feu se mettent en place. Les interdictions de manifester, notamment en centre-ville vont devenir la règle. L’état d’urgence est proche. Elle va pousser l’ensemble du système bourgeois vers le durcissement policier, de manière conjointe à la marche vers la guerre impérialiste et avec le même effet : la découverte que l’affaiblissement de l’état et sa déorganisation rend tout mouvement de sa part globalement contreproductif. On le voit sur le plan de la guerre : dépenser des milliards dans l’armement n’amène aucune solution sur le champ de bataille et ne fait qu’aggraver la situation géopolitique au détriment du camp impérialiste. Il en sera de même sur le plan intérieur. L’état moral et l’équipement des forces de l’ordre laisse déjà apparaître des failles. La situation économique intérieure va se dégrader, les fractures sociales vont s’amplifier, les ingérences impérialistes vont s’accélérer. La crise nationale va se développer.
Il faut être réaliste : les conditions pour un basculement, même minimal, c’est à dire par exemple une interruption de la séquence politique, avec ne serait-ce qu’une démission de Macron sont encore loin d’être réunies. Le plus probable reste le développement de cette crise dans la durée.
La crispation répressive de la bourgeoisie peut plutôt créer les conditions d’une lutte prolongée et peut, en particulier, ouvrir la possibilité de formation du parti communiste comme parti d’avant-garde à audience de masse (sous la menace permanente de la répression lui aussi, et il faut s’y préparer dès maintenant). A condition d’ancrer ce parti dans la classe ouvrière et de le positionner non pas comme un facteur qui accentue la crise mais comme un facteur de solution, pour l’unité de la nation dans le sens de ses intérêts communs bien compris : la paix, la récupération de la souveraineté, base de la démocratie, la réindustrialisation et la modernisation et la nécessité d’une modernisation d’ensemble des rapports sociaux (notamment de propriété des moyens de production) et politique (notamment le pouvoir des travailleurs), ce que nous avons formulé dans notre congrès comme la perspective d’une société socialiste. Cette perspective ne doit pas rester un mot dans un texte de congrès. Il est au contraire urgent de la mettre en débat au sein du mouvement ouvrier et populaire, dans la population, comme l’issue réelle à la crise. Il faut s’en saisir, en développer le sens et en faire un point de ralliement pour les couches les plus avancées du monde du travail et de la jeunesse.
« l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte de classes »

(2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler
