Les « affaires » Léonarda et Lampedusa : de l’émotion médiatisée à l’analyse rationnelle

, par  Francis Arzalier , popularité : 1%

Le collectif communiste Polex vient de publier le n°109 de son bulletin, comme toujours très utile à tous ceux qui veulent comprendre le monde pour le transformer...

Nous relayons un des articles de ce numéro qui parle aussi de la fête et la révolution, de la république tchèque...

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Une collégienne interpellée par la police dans un car scolaire et expulsée vers le Kosovo où sont nés ses parents alors qu’elle était scolarisée en France depuis plus de quatre ans : on peut comprendre que cette brutalité maladroite ait choqué des milliers de citoyens attachés aux libertés individuelles et notamment des jeunes lycéens. Cela ne justifiait certes pas le gonflement médiatique, créant de toutes pièces un débat national occultant tous les problèmes sociaux et économiques imposés aux français. La destruction des industries et le chômage, la précarité des emplois et la destruction progressive des conquêtes sociales, l’austérité « européenne » qui est imposée à la France par ses dirigeants passés et actuels, se traduisent par l’abstention de plus en plus massive de l’électorat populaire : telle est la réalité vécue par les français.

* Durant des semaines, les médias ont réduit le débat politique à la seule question du retour ou non de Leonarda, à un pugilat entre une « gauche humaniste » favorable aux droits des migrants de vivre en France, et les partisans du méchant Ministre le l’Intérieur les lui refusant ; de gentils socialistes et verts d’un côté, Peillon, Treirweiller et Bartolone, contre l’affreux Manuel Valls. En fait, ces politiciens de la « gauche » attachée aux dogmes « libéraux » du capitalisme ne se déchirent que pour des rivalités de pouvoir ; ils sont tous, en commun, les responsables de cette politique d’austérité qui détruit la classe ouvrière et la nation française, ils sont tous les fidèles de l’Europe supranationale au service des multinationales et de leurs actionnaires, ils ont tous soutenu les aventures guerrières de la France dans le cadre de l’OTAN, en Yougoslavie autrefois, en Afrique et Moyen Orient aujourd’hui.

* Les immigrés Roms venus du Kosovo ou d’autres pays de l’est européen, sont en France fréquemment sous les projecteurs des médias, accusés parfois de tous les maux par les xénophobes au sein d’une population française en proie à de multiples difficultés et ignorant tout de leur réalité. Car ces migrants n’ont pas fui leur pays d’origine par caprice, mais poussés par les discriminations qu’ils y subissent.

* On ne peut dénoncer les responsables multiples de la situation actuelle, sans rappeler quelques faits de l’histoire européenne.

* Dans la Yougoslavie socialiste de Tito, née de la résistance antinazie, les divers peuples (slovènes, croates, serbes bosniaques et albanais du Kosovo) étaient égaux au sein d’une fédération multinationale et les minorités de roms incités à se fondre dans la société sédentaire : toute discrimination à leur égard, en matière d’emploi ou de logement tombait sous le coup de la loi. L’éclatement de la Yougoslavie en 1991 en pays rivaux, dirigés par des nationalistes anticommunistes soutenus par les puissances occidentales, déboucha sur la guerre ethnique et religieuse, durant des années entre serbes « orthodoxes », croates « catholiques » et bosniaques « musulmans ». Les puissances occidentales n’ont cessé d’attiser les conflits, jusqu’à imposer en 1999, puis 2008, l’indépendance du Kosovo grâce aux bombardiers de l’OTAN. C’est l’impérialisme occidental (n’est-ce pas Monsieur Kouchner ?) qui y mit en place un gouvernement anticommuniste « albanais », persécutant les minorités serbes et les roms, volontiers accusés d’avoir soutenu le régime de Tito. Interdits de travail dans leur pays, ils furent dès lors poussés à émigrer vers l’ouest de l’Europe, quitte à s’y retrouver en clandestins ; réduits à survivre de trafics, parfois organisés par des maffias criminelles, les roms ne sont donc en rien responsables de leurs difficultés, même si certains membres de ce peuple , comme de n’importe quel autre peuple, sont peu recommandables.

* C’est en fait toute l’Europe de l’Est qui est devenue zone d’émigration en conséquence du rétablissement du capitalisme après 1990, avec l’assentiment des bourgeoisies occidentales, droite et « socialistes » confondus dans un même anticommunisme. En Pologne, Roumanie, Bulgarie, etc. les nouvelles « lois du marché » ont poussé à la pauvreté et au chômage des foules de travailleurs qui l’ignoraient quand les communistes étaient au pouvoir : les gouvernants de ces pays, fermes partisans du capitalisme, se félicitent de les voir émigrer vers l’Ouest européen car ils pourraient représenter pour eux un risque politique. Et le patronat français du bâtiment les emploie avec plaisir sur ses chantiers avec ou sans papiers, sachant qu’il pourra moins les payer que des salariés français.

* Les dirigeants de l’Europe supranationale ont, en la matière, une lourde responsabilité. Depuis des décennies, par le biais des « traités européens » successifs, ils ont cherché à transformer les 27 pays de la CEE en un « grand marché » sans barrières frontalières avec une liberté totale de circulation des capitaux, des marchandises, des mains-d’œuvre. Dans le cadre de la législation européenne, plus de 140 000 « travailleurs détachés » de la CEE sont employés en 2013 en France, payés au minimum légal et parfois bien moins grâce à des agences d’intérim polonaises, roumaines, etc. Les actionnaires français peuvent ainsi, grâce aux traités européens, fermer des usines de l’hexagone pour les délocaliser en Europe orientale aux salaires moins élevés. La commission européenne avait, durant 20 ans, subventionné largement l’élevage industriel de porcs en Bretagne, au détriment même de l’environnement. Aujourd’hui, les porcheries-usines d’Allemagne et des Pays Bas produisent à bas prix, grâce aux salariés venus de l’Est et payés à 3 euros de l’heure, et condamnent à mort la filière bretonne réduisant ses éleveurs et salariés au chômage. Les dirigeants « européens », entre deux discours sur les droits de l’homme cautionnent d’ailleurs les discriminations en usage parmi les pays membres, Roumanie, Bulgarie et Kosovo.

* Ce mécanisme capitaliste n’existe pas qu’au sein de l’Europe dominée par ses fidèles, mais dérégule les relations mondiales. Chaque mois, des milliers de migrants africains viennent risquer leur vie sur les côtes de Sicile ou d’Espagne. Il y a peu, plus de 350 se sont noyés à Lampedusa parce que des trafiquants criminels leur avaient fait payer des milliers d’euros pour une embarcation sommaire, au départ de Libye. Faut-il le rappeler, les malheureux sont partis de ce pays livré au chaos sanglant par des milices armées depuis que les bombardiers de Sarkozy ont détruit l’état national Libyen. Les trafiquant-djihadistes de Misrata qui ont organisé à leur profit le voyage vers la mort sont ceux que la France et l’OTAN ont utilisés comme alliés contre Kadhafi ! Sait-on aussi que ces transportés africain fuient des pays où le sous-développement a été entretenu par les colonisateurs et qui ont été ravagés par les intégristes armés et les interventions militaires occidentales (Erythrée, Somalie, Mali etc.).

* Au-delà de la réaction humaniste justifiée, attachée à aider des populations victimes de l’ordre du monde, il faut savoir garder raison et rappeler quelques principes qui devraient être ceux de tous les communistes :

1. Toute persécution ou discrimination contre un individu pour sa langue, sa culture, sa couleur de peau, sa religion est inacceptable, qu’elle soit en matière de salaire, d’emploi, de résidence etc., qu’elle soit en Europe de l’Est ou de l’Ouest, en Afrique ou en France. Notre pays s’honorerait de reprendre à son compte les dispositions de la constitution Robespierriste de 1793 : « Tout étranger vivant depuis un an de son travail en France, élevant un enfant ou y nourrissant un vieillard, ou chassé de son pays pour y avoir défendu la liberté, sera citoyen français, avec ses droits et ses devoirs ».

2. Les communistes doivent dénoncer sans complaisance les mensonges xénophobes répandus sur une soit disant « invasion » et rappeler sans relâche les réalités chiffrées : la France reçoit chaque année environ 200.000 migrants officiels dont la moitié repartent dans leur pays (plus du double au Royaume Uni, en Espagne, Italie ou Allemagne dont le déficit démographique est plus grand). Les émigrés clandestins, dont la plupart restent illégalement à l’issue d’une entrée régulière, sont, suivant les sources, de 200 à 400.000, et à mettre en parallèle les 36.000 expulsions de 2012. La France n’est pas, de loin, la plus touchée par l’apport de migrants qui sont d’ailleurs nécessaires dans une Europe qui se dépeuplerait sans eux du fait de sa faible natalité. L’accession à la citoyenneté française de milliers de femmes et d’hommes en âge de produire et apportant leurs compétences acquises ailleurs, continue d’être un bénéfice inestimable pour la France, son économie et sa culture.

3. Toute nation a le droit de protéger ses productions, sa législation sociale et du travail et ses équilibres démographiques. Toute atteinte "libérale" à l’indépendance nationale et à la souveraineté populaire, par exemple les « traités Européens », doit être dénoncée et combattue.

4. En ce sens l’ouverture totale ou progressive des frontières, l’absence de contrôle des flux migratoires, la dérégulation des mouvements de population est le meilleur aliment de la xénophobie d’extrême droite. Seuls les naïfs ou les hypocrites ne voient pas à quel point le gonflement par les médias du débat truqué de l’automne 2013 autour de Léonarda et d’une famille de migrants, peu représentative, a profité en France aux thèses du Front National. Le phénomène est identique ailleurs en Europe, de Grèce en Norvège et doit-nous alerter sur les dangers de la démagogie « libertaire ». Elle n’est souvent que le masque de l’idéologie libérale, de la religion du marché capitaliste.

Francis Arzalier

Voir en ligne : Sur le site du collectif polex

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