Quelques jours après le vote historique des...

L’impossible refondation de l’Europe ! La farce a suffisamment duré

, par  Guillaume Sayon , popularité : 1%
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Quelques jours après le vote historique des britanniques et alors que l’effervescence est maintenant retombée, que la City ronronne de nouveau comme une vieille mécanique bien huilée, la question européenne demeure pourtant une préoccupation majeure du débat public. La loi travail que des milliers de salariés continuent de combattre encore aujourd’hui n’est-elle pas une recommandation forcée de Bruxelles sous peine de subir des sanctions financières ? La même loi travail qui a été adoptée dans les pays de l’Europe du sud avec les résultats que l’on sait. Bref, l’Europe est partout, elle s’insinue comme le venin dans tout ce qui touche de près comme de loin à de la déréglementation et à une forme d’autoritarisme outrancier clouant les peuples au pilori du marché tout puissant. Dans la valse à mille temps, si belle chez Brel et si détestable dans les salons feutrés des multinationales, où l’on mène activement le partage et le repartage du monde, l’Europe est sans doute l’une des plus brillantes inventions de la petite bourgeoisie aux ordres. Disparition de la souveraineté populaire, structure technocratique dépassant les clivages et les frontières, fascisme économique et sa nuée de soldats au garde à vous, eux qui se disputent la crétinerie à la lubricité sordide. Des porcs, aussi répugnants que ceux que l’on entasse dans les élevages hors sols scandaleusement subventionnés par l’Europe productiviste. Les peuples commencent à perdre l’appétit et on les comprend …

Les tenanciers de ce gourbi infâme ont sans doute pris à la lettre le mot si puissant de Brecht, « puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». Moi j’aime une autre citation de Brecht, « il faut chasser la bêtise parce qu’elle rend bête ceux qui la rencontrent ». Un exemple au hasard pour faire venir l’imagerie, prôner la refondation de l’Europe parce qu’on s’est trop pris au jeu. Ne pas faire le lien entre la lutte des classes, entre la bataille pour la destruction du capitalisme et l’étape indispensable qui consiste à dynamiter ce carcan des peuples. Quelle surprise d’ailleurs, de retrouver nos communistes translucides à la manœuvre dans cet argumentaire bidon de la refondation et de son euro de gauche, aussi pertinent que la ligne Maginot comme le disait amusé le vilain méchant Emmanuel Todd dans une récente conférence, dans la liste des signataires de l’appel lancé par une partie de la CGT cadres et relayé par le JDD (lien), qui ne voient la solution dans la bataille contre la loi travail que dans le dialogue apaisé avec le gouvernement. Il ne faudrait pas que le peuple en colère aille trop loin. Faut pas déconner ! Le compromis, il n’y a que ça de vrai c’est bien connu ! Jaurès est plus vendeur que Lénine n’est-ce pas !

Je vous entends, des noms, des noms ! Denis Durand, Frédéric Boccara, Jean-Luc Gibelin. La fine fleur du réformisme rouge à la baguette, ceux qui dirigent le pôle économique de la direction du PCF, les têtes pensantes de Pierre Laurent et de ses proches. Je suis fatigué de me battre dans mon parti, fatigué de devoir pointer les renoncements là où ils ne devraient pas exister. Fatigué d’essuyer la moquerie, les caricatures insidieuses. Bon sang vous êtes dans l’erreur, vous multipliez les fautes et aujourd’hui le PCF est en voie de disparition alors que plus que jamais les travailleurs et toutes celles et ceux qui subissent l’exploitation ont besoin de nous. Ouvrez les yeux ! Tsipras s’est lamentablement vendu il ne peut pas être un modèle de lutte et de progrès. Podémos est promis au même avenir. Un peu de dialectique et de lucidité ! Mais non, tout va bien madame la marquise ! Il a fallu aller lire un frondeur, dans l’Humanité évidemment, pour voir apparaître le lien entre le vote britannique et la notion de vote de classe. L’absurdité n’a pas de frontière et elle n’épargne malheureusement personne ! Cette accélération évidente de l’histoire a au moins le mérite de la clarté. Elle permet de faire le tri en faisant sortir du bois ceux qui avançaient jusque-là masqués. Que ceux qui ne croient plus au communisme laissent le parti aux communistes ! Qu’ils se rassurent, on se débrouillera très bien sans eux.

Pour me faire moins romantique et revenir dans le vif du sujet, pourquoi cette Europe n’est pas réformable ? C’est écrit noir sur blanc. Pas directement bien entendu, on sait se tenir quand même dans le grand monde. Il y a une chose que l’on fait trop peu et pourtant c’est le travail de base. Lire la prose européenne, lire les traités. C’est véritablement et indéniablement instructif. Ainsi je vous invite, si comme moi vous êtes un peu fou et que l’aventure ne vous fait pas peur, à lire l’article 48 du traité de Lisbonne. L’article 48, c’est l’article qui fixe la révision des règles et des cadres fixés par ces mêmes traités. On peut lancer une procédure de modification des traités. C’est prévu dans cet article. Mauvaises langues qui disent que l’Europe n’est pas démocratique. Alors je vous résume la procédure. « Le gouvernement de tout État membre, le Parlement européen ou la Commission peut soumettre au Conseil des projets tendant à la révision des traités. Ces projets peuvent, entre autres, tendre à accroître ou à réduire les compétences attribuées à l’Union dans les traités. Ces projets sont transmis par le Conseil au Conseil européen et notifiés aux parlements nationaux ». C’est l’étape préalable. Ensuite il y a un long cheminement technique où le conseil européen consulte le parlement européen et la commission européenne pour ensuite aller vers la convocation d’une conférence où siègent des représentants des États membres, éventuellement de la BCE. Cela seulement en cas d’approbation de l’idée qu’il est utile de convoquer cette conférence. Mais surtout les alinéas qui suivent sont les plus importants. « Les modifications entrent en vigueur après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives ». Tous les États membres, y compris l’Allemagne et son arrière cour récréative pour le capital allemand, les pays de l’Europe de l’est. C’est un peu le même sort que celui réservé aux résolutions successives à l’ONU pour la reconnaissance d’un État palestinien. Le veto américain suffit pour la rendre caduc. Dans le cas présent c’est l’Allemagne.

Alors je veux bien que l’on continue à vouloir détourner le peuple d’enjeux qui nous dépassent, mais il me semble que la farce a suffisamment duré. Cette Europe est tout simplement irréformable ! Il ne sera ni question d’Europe sociale, ni question de l’Europe de la paix et de la coopération. Ou alors faudra t-il se reconvertir dans les contes pour enfant. Nous devrions plutôt batailler pour exiger un référendum français sur l’Europe qui fait si peur à Alain Juppé et de fait à toute la bourgeoisie. Le danger terrifiant, c’est que nous laissons cette bataille à l’extrême-droite qui a bien compris qu’il s’agit là d’un enjeu qui dominera 2017. Je vais oser le paradoxe et sans doute un peu la polémique, le FN est si fort parce que nous sommes si faibles… Cela vaut, en tout cas, peut-être le coup que nous y réfléchissions sérieusement mais sans perdre de temps, un temps devenant de plus en plus précieux. Dans la froide réalité, il n’y a ni citrouille ni soulier de verre, la magie n’étant qu’une simple et banale illusion.

Voir en ligne : Sur le blog de Guillaume Sayon

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