24 août 1991 : déclaration d’indépendance de l’Ukraine. « Un quart de siècle qui a tourné en tragédie. » Par Georges Kryuchkov par Georges Kryuchkov, philosophe et dirigeant du Parti communiste d’Ukraine

, par  communistes , popularité : 4%

Dans l’histoire, à l’échelle de l’Humanité, 25 ans, cela ne représente qu’un instant. Mais dans ces temps agités, c’est une période suffisante pour apprécier les conséquences d’événements historiques aussi importants que la proclamation, en août 1991, de l’indépendance de l’Etat d’Ukraine, que certains célèbrent ces jours-ci.

Pour bien comprendre comment et pourquoi l’événement a pesé sur le sort de notre pays et l’a conduit dans l’état et les perspectives de développement d’aujourd’hui, il est impossible d’ignorer le fait que l’acquisition de la souveraineté de l’Ukraine n’a été qu’un épisode – certes particulier, mais parmi d’autres - du développement de la situation politique mondiale au cours de la seconde moitié du 20ème siècle.

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UKraine

Pour de nombreuses raisons, dont l’étude demande un examen séparé de cet article, la situation dans le monde d’alors a fait que, dans la confrontation des deux systèmes socio-politiques – capitalisme et socialisme - le régime qui existait alors en Union soviétique et dans les pays européens du camp socialiste a été vaincu. Des forces, qui haïssaient le communisme et le pouvoir soviétique, ont profité de cette circonstance, de la passivité et de la démoralisation des organisations et des membres du Parti communiste, de la trahison de Gorbatchev, de Iakovlev et de leurs épigônes locaux, pour prendre le pouvoir dans les républiques et déclarer leur indépendance. Cela a conduit à l’effondrement de l’URSS et à la restauration du capitalisme.

Dans l’ensemble, l’Ukraine a connu le même processus et la plupart des étapes que dans les autres anciennes républiques soviétiques. Mais certaines particularités, bien sûr, ont pesé sur la nature, le rythme et les conséquences des transformations qui ont eu lieu ici.

Une majorité des citoyens de la République ont succombé à la propagande antisocialiste massive. Ils ont soutenu ouvertement ou tacitement le coup d’Etat. Ils ont accepté les assurances des militants nationalistes radicaux selon lesquelles la sortie de l’Ukraine de l’Union soviétique, la reconnaissance de sa souveraineté nationale, la séparation des autres républiques soviétiques, surtout de la Russie conduirait à un espace de libre développement en Ukraine. "Les Ukrainiens, en Europe, vont cesser de nourrir et de soigner ces maudits Moscovites !" Ici la « révolution » a été froide (antisocialiste). Contrairement au cas de la plupart des autres anciennes républiques soviétiques, il n’y pas eu de « situation d’urgence » ni d’effusion de sang à ce moment et pendant une longue période. C’est à mettre au crédit des dirigeants ukrainiens.

Voilà quels étaient les plans des restaurateurs du capitalisme :

- la liquidation du système démocratique soviétique et l’interdiction du Parti communiste, la transition vers le parlementarisme bourgeois ;
- un changement radical de la structure économique du pays : privatisation de tout, l’abolition de la propriété publique des moyens de production ;
- inculcation d’une idéologie dominante nationale-chauvine par l’orientation de l’éducation pour les jeunes générations, par un "lavage de cerveau" pour l’ensemble de la population ;
- Révision officielle de l’histoire du pays, en particulier de la Grande guerre patriotique, avec la réhabilitation des collaborateurs de l’occupant nazi et leur glorification comme des « combattants pour l’indépendance de l’Ukraine" ;
- Affaiblissement de l’unité slave, avec la négation de l’histoire commune des peuples frères ukrainien et russe. Inculcation à notre peuple d’une conception d’une Russie soumettant l’Ukraine au sein de l’Empire russe comme de l’Union soviétique, d’une idée d’un passé de colonisé du peuple ukrainien ;
- Rejet des choix de civilisation faits au milieu du 17ème siècle ;
- Imposition des soi-disant « valeurs européennes », y compris celles qui sont étrangères à la mentalité de notre peuple (mariages homosexuels, etc.) ;
- Participation de l’Ukraine aux structures européennes, y compris l’OTAN. Transformation du pays en une puissante force - tête-de-pont et containement - dans la confrontation de l’Occident et la Russie.

Le principal résultat de ces vingt-cinq dernières années est que ce programme a été exécuté dans son ensemble.

La restauration du capitalisme a été accompagnée et suivie, d’une part, d’une propagande anticommuniste omniprésente, noircissant le passé socialiste de notre pays, de la suppression de toutes les manifestations de l’opposition et de l’intervention éhontée de l’Occident dans les affaires intérieures, d’autre part, de toutes sortes de louanges pour célébrer les avantages du capitalisme, les « réformes démocratiques » en cours, la « réussite à surmonter les conséquences du totalitarisme".

En 1996, (plus tard que dans les autres Etats post-soviétiques), la Constitution de l’Ukraine a proclamé « l’Etat de droit, souverain et indépendant, démocratique et social." De nombreuses réformes sont annoncées. Des élections ont été tenues. Des présidents différents se sont succédés, des gouvernements (plus de 20 changements au fil des ans). Mais la prospérité promise et le paradis capitaliste ne sont pas venus. La vie de la majorité de nos compatriotes n’a cessé de s’aggraver. La société a vu la montée du mécontentement des citoyens à l’encontre des positions des politiciens et des actions des autorités. Mais ce mécontentement ne s’est pas transformé en prise de conscience par les travailleurs des raisons de ce qui est arrivé, de leurs intérêts de classe, ni de la compréhension de la nécessité d’une lutte organisée pour un changement radical de la situation dans le pays. L’élite dirigeante déchirée a continué à s’entredéchirer dans ses règlements de comptes. Le pays a été secoué de temps de temps à autre par des manifestations de masse, dont la révolution dite "Orange" (2003-2004) et la « révolution de la dignité" (2013-2014). Les groupes rivaux de la classe exploiteuse en ont saisi les fruits successivement. Ces "révolutions" n’ont pas conduit à un renversement du régime oligarchique bourgeois dans le pays, mais même, elles ont fait le lit des forces encore plus « ukrainistes », fusionnées avec des clans corrompus et nationalistes-radicaux, de fait, avec des néo-nazis.

L’évolution de la situation a conduit à l’organisation, en février 2014, du coup de force armé de la droite nationaliste qui, en fait, s’est située dans la continuation d’août 1991, de la révolution anti-socialiste et qui a, peut-être, jeté les bases de la période la plus dramatique et tragique de l’histoire de l’Ukraine. Le rejet dominant dans le pays du régime de démocratie bourgeoise naissante, conduit, dans les conditions actuelles de l’Ukraine, vu la faiblesse et la désunion des forces progressistes, à un changement de régime qui présente tous les signes d’un néo-nazisme. Le conflit sanglant dans l’Est du pays qui a coûté les vies, selon les chiffres officiels, de plus de dix mille personnes, a largement dépassé, en termes de gravité, tous les événements tragiques qui ont eu lieu dans les autres républiques issues de l’effondrement de l’Union soviétique.

Frappée par ce contexte, une part de plus en plus grande de la population se demande comment l’Ukraine a pu en arriver là en un quart de siècle, d’un pays qui avait atteint des niveaux enviés de développement socio-économique et culturel, avec une agriculture hautement mécanisée, collectivisée sous le régime soviétique, avec une industrie puissante, diversifiée, avec une recherche de pointe dans le monde de la science, avec une culture unique, d’un pays disposant d’un système complet de protection sociale, d’un pays parmi les plus développés d’Europe et du monde, à une économie ruinée, de type semi-colonial, à une horrible pauvreté, à une population déclinante, à la corruption totale des organismes gouvernementaux .

L’économie est en ruines. Des industries entières ont été pratiquement anéanties. De nombreuses entreprises ont cessé leurs activités et des centaines de milliers de salariés, de travailleurs qualifiés ont perdu leur emploi. On peut à peine mentionner quelques petites entreprises créées ces 25 dernières années. Le produit intérieur brut atteint à peine la moitié de son niveau de la fin des années 80 et du début des années 90 du siècle dernier. En seulement deux ans, depuis le coup d’Etat de février 2014, le PIB par habitant, exprimé en dollars courants, a diminué de presque de moitié, - 47%, selon la Banque mondiale.
L’économie ukrainienne a durement souffert d’être transformée en appendice de l’Occident, lui fournissant des produits bruts et agricoles, suivant les fluctuations des prix du marché mondial pour le fer, l’acier, le blé, l’huile de tournesol, et de la ratification de l’accord d’adhésion au marché européen qui a établi des quotas de produits bruts exportés souvent nettement défavorables à l’Ukraine.

La situation de la sécurité industrielle et environnementale est catastrophique du fait de l’effondrement (80/90%) des investissements dans l’industrie, l’agriculture, les services publics quotidiens, notamment la détérioration extrême de la fourniture d’eau potable, du traitement des eaux usées, du recyclage des déchets industriels et ménagers.

La science est dans un état critique.

Pour le maintien en état et le fonctionnement des centres de recherche ne sont alloués que 0,2% du PIB, au lieu de 1,5% prévu par les normes. Cela fait 100 millions de dollars, à peine le budget d’une université moyenne aux Etats-Unis. Dans cette situation, quand d’importantes découvertes sont faites dans les instituts de l’Académie nationale des sciences, correspondant au développement actuel de la science et de la technologie et aux besoins d’innovation de notre pays, on le doit principalement au dévouement et au patriotisme authentique des scientifiques ukrainiens.

Le système financier et bancaire a été détruit. Rien que depuis la révolution de 2014, la monnaie ukrainienne, la hryvnia, a perdu les deux tiers de sa valeur par rapport au dollar (de 1 à 8 à 1 à 25). Alors que importations de biens et services atteignent 57%, cela a conduit à une inflation de 48,7% pour la seule année dernière, avec des augmentations des prix de l’énergie, du logement, des services publics, des transports etc. Les prix des médicaments ont augmenté de 50%, le pain de 55%, le logement de 116%. Le salaire nominal moyen, par rapport à l’année précédente, n’a augmenté que de 20% et la pension moyenne des retraités que de 8% seulement.

Cette incompétence, ce suicide dans la gestion de l’Ukraine, après les "fringantes" années 1990 montrent le bluff des idées que l’on a tenté d’imposer au peuple, que la privatisation de tout conduirait à l’émergence d’une « propriété effective », à une croissance rapide de la production nationale, à des améliorations dans la structure de l’industrie, que l’introduction de la concurrence et la déréglementation des prix allaient élever le niveau d’innovation et faire baisser les prix. Rien de tout cela n’est arrivé. La répartition des branches de notre économie, en vue d’optimiser la réponse aux besoins, est devenue encore plus imparfaite. La part des industries modernes est considérablement réduite : ingénierie, instrumentation, électronique.

Le résultat, sans analogie en Europe, est la montée de la pauvreté dans notre pays, sans doute le problème le plus aigu. Un récent rapport des services du ministère des affaires sociales a indiqué que les pauvres, suivant les termes relatifs conventionnels, représentaient 24% de la population en Ukraine, et que 59% d’entre elle se situaient juste au niveau de subsistance. Quand va revenir l’automne, l’Etat sera contraint d’accorder, selon les estimations officielles, des aides à près des deux tiers des ménages, face à la flambée des dépenses de chauffage, car ils seraient sinon incapables de manger correctement, d’acheter médicaments et produits manufacturés de première nécessité. Pouvons-nous parler d’une économie normale ?

L’incurie de la politique économique et sociale du régime bourgeois oligarchique et criminel, l’effondrement de l’économie, la destruction de ce qui existait sous le régime soviétique comme garanties sociales (qui, en chemin rappelons-le, existent encore dans certains pays occidentaux où elles ont été obtenues par la pression du mouvement ouvrier et grâce à l’influence de l’exemple soviétique), la violation déclarée des droits de l’homme et des libertés établis par la Constitution ont conduit à des conséquences sociales graves qui menacent la stabilité et l’existence même de l’Etat dans une société ukrainienne déjà divisée. Nous voulons parler surtout de la division sociale, en termes de propriété, de l’écart de plus en plus profond entre une poignée de riches et la grande majorité des personnes défavorisées.

La situation du service national de santé en donne une preuve éclairante. Il était gratuit sous le régime soviétique. Il devait le rester dans l’Ukraine indépendante, conformément à la Constitution. Il est devenu pratiquement inaccessible pour la grande majorité de nos concitoyens. En violation de la Constitution, on a fermé des centaines de maternités et d’autres institutions médicales. D’autres fermetures sont en cours. Le personnel médical est très mal payé. Dans le même temps, dans la capitale et dans certains centres régionaux, fleurissent des cliniques privées merveilleusement équipées du matériel plus moderne, disposant de l’ensemble des médicaments nécessaires et d’un personnel complet et bien payé. Ils effectuent les actes les plus difficiles, qui jusqu’à récemment ne pouvaient se faire qu’à l’étranger (en Allemagne, aux Etats-Unis et en Israël). Mais ils coûtent des dizaines voire des centaines de milliers de hryvnias, ou même de dollars ou d’euros, ce dont ne disposent pas la grande majorité de nos compatriotes. Est-il étonnant ensuite que l’Ukraine soit un des pays d’Europe où taux de mortalité est le plus élevé ? Le pays connaît à nouveau certaines maladies sociales (ex : la tuberculose, etc.) qui, en Ukraine soviétique, avaient été éliminées.

Dans le pays, est apparue une foule de supermarchés, de boutiques avec un grand choix de produits. Mais, là encore, ils ne sont pas accessibles à la grande majorité de la population.

Certaines données caractérisent de façon éloquente l’état des choses dans le domaine social. Des études montrent que le niveau de vie, au cours des deux dernières années (depuis l’arrivée au pouvoir du régime actuel), s’est détérioré pour 76% de la population, de manière significative pour près de la moitié (48%). La part de l’alimentation dans les dépenses des ménages a augmenté de 37,7% à 45% au seul premier trimestre de cette année. Dans le régime alimentaire du peuple, on constate une diminution de la consommation de viande, de produits à base de viande, de poisson, d’oeufs, de légumes, de fruits et même de pain.

Que peut attendre notre peuple dans un avenir proche ? De nouvelles hausses de prix, augmentations des tarifs, une nouvelle baisse du niveau de vie.

L’indicateur qui résume tout le caractère anti-populaire de la politique de l’Etat, de la restauration capitaliste et du résultat de sa mise en œuvre, est le fait que la population de l’Ukraine a chuté de 10 millions d’individus depuis l’indépendance. Dans le même intervalle de temps précédent, elle avait augmenté à peu près du même ordre. Cela veut dire que notre pays est retombé pratiquement un demi-siècle en arrière. Notre pays détient une première place sur le continent européen : pour le nombre de personnes qui cherchent à partir à l’étranger, pour que leurs compétences servent à assurer leur subsitance. Selon les données qui ont été publiées dans la presse, au cours des deux dernières années, environ neuf millions de travailleurs qualifiés d’Ukraine dans le domaine des hautes technologies sont allés travailler à l’étranger.

À la lumière de ces faits, comment parler de l’Ukraine comme d’un Etat social, d’une montée du sentiment patriotique dans notre société ?

Jamais depuis l’indépendance de l’Ukraine, n’ont été violées de façon aussi éclatante les dispositions de la constitution qui proclament les droits et les libertés des citoyens, définissent le caractère du fonctionnement démocratique des institutions gouvernementales. Dans une atmosphère de non-droit et d’arbitraire, la sécurité des individus, la protection des habitations, des biens, la dignité personnelle ne sont plus garanties. Dans tout le pays, notamment dans la capitale, on assiste à une dangereuse augmentation de la criminalité, en particulier du vol et du vol avec armes. La diffusion des armes dans la société a atteint des proportions alarmantes. Il semble que les forces de l’ordre ne se préoccupent pas de ce danger. La réfome annoncée à grands cris, changeant la tenue des policiers dans la rue, desormais habillés d’uniformes américains, n’y fera rien.

La corruption extrême de toutes les branches du gouvernement, de toutes les structures de l’Etat en Ukraine reste proverbiale dans le monde. La création de toutes sortes d’agences anti-corruption, dont le Bureau anti-corruption, les procureurs spéciaux et autres, non seulement n’a pas donné de résultats concrets, mais a donné lieu à la concurrence entre hauts fonctionnaires nécessitant l’intervention des services de sécruité comme « arbitre ».

La démonstration de la volonté des hauts fonctionnaires de transformer les organes judiciaires en instrument de pouvoir a été faite, lors de la formation du gouvernement, dans la bataille pour savoir de quelle autorité dépendrait le ministre de l’intérieur – du président ou du premier ministre – ainsi qu’avec la nomination par le Parlement d’un procureur général du pays sans l’expérience ni la formation requises dans l’appareil judiciaire. Depuis le peu de temps qu’il est à ce poste, ses actions dénuées de professionnalisme, son interprétation « libre » de la loi ont déjà suscité des inquiétudes dans la communauté.

L’écrasement de l’opposition politique.

La violation des droits fondamentaux des citoyens et des libertés reconnues dans le monde démocratique s’est exprimée notoirement par l’adoption par le Parlement, la « Verkhovna Rada » d’Ukraine, de la loi d’épuration et de « décommunisation » du pays qui, selon les experts, viole jusqu’à une demi-douzaine d’articles de la Constitution. Les autorités ukrainiennes n’ont pas honoré leur promesse de reconsidérer cette loi, faite devant la Commission de Venise [du Conseil de l’Europe]. Les licenciements de masse d’employés des services exécutifs, de la police etc. ne sont pas seulement une violation flagrante de la présomption d’innocence, des sanctions illégales contre des personnes innocentes, mais ils conduisent aussi en réalité à la destruction de compétences dans les domaines administratifs. Parfois, il semble que quelqu’un en haut du pouvoir détruit délibérément les organismes publics destinés à assurer le fonctionnement normal de la société, le développement de l’économie, la vie sociale, la protection des intérêts de l’Etat, la santé, la protection des biens, les droits et libertés constitutionnels des citoyens.

La répression inconstitutionnelle qui s’abat sur le Parti communiste d’Ukraine – suivant l’exemple des nazis d’Hitler qui occupèrent le pays en 1941 et des organisateurs du coup d’Etat antisocialiste de 1991 dirigé par le transfuge du PC Kravchouk - est destinée à montrer au public que le régime établi dans le pays ne reculera devant rien pour réprimer toute opposition et défendre les positions et le pouvoir oligarchique et criminel de la bourgeoisie compradore.

Est-il possible, dans ces conditions, de parler de l’Ukraine comme d’un Etat démocratique ?

Aujourd’hui, les autorités et leurs relais idéologiques veulent faire oublier que la cause et la motivation du conflit dans le Donbass, qui s’est transformé en une guerre civile sanglante, appelée "opération anti-terroriste", ont été la violation cynique des droits des citoyens, y compris le droit d’utiliser librement sa langue maternelle, les actes de violence débridés, restés impunis exercés par des éléments néo-nazis à l’encontre les citoyens, indépendamment de leur statut social, la saisie des bâtiments publics, des institutions culturelles et éducatives, pour mater la population russophone des provinces orientales du pays.

Ne peut être aussi que source d’inquiétude le fait que, plus de deux ans après, l’enquête sur les événements sanglants dans la capitale, sur la tragédie à Odessa, où ont été tuées, brûlées vives, des dizaines de personnes, sur les actes criminels à Marioupol et dans d’autres villes, ne soit pas terminée et que les responsables de ces crimes ne soient pas désignés. Plus l’enquête est retardée, plus on peut douter de la sincérité des intentions du gouvernement actuel pour établir la vérité : il la connaît, mais n’a pas intérêt à la rendre publique et à révéler les actions criminelles de plusieurs de ses représentants – c’est trop dangereux pour lui.

Dans l’analyse des évolutions engagées par la révolution de 1991, la conception de l’indépendance et de la souveraineté nationale de l’Ukraine a considérablement changé ces dernières années. Pendant longtemps, la souveraineté a été considérée comme une notion inviolable. Toute proposition d’intégration à l’Union eurasiatique, l’amélioration des relations avec la Russie étaient qualifiées d’empiètement sur la souveraineté de l’Ukraine, de menace à son indépendance. Ceux qui les défendaient étaient qualifiés de séparatistes, d’ennemis dissimulés de l’Ukraine. La situation a changé après la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne, qui a - de fait - légalisé une situation de longue date.
Déjà, dans la résolution commune n° 120, adoptée en novembre 1996 par les deux chambres du Congrès des Etats-Unis, intitulée " Soutien à l’indépendance de l’Ukraine", était clairement défini ce que l’on attendait du président, du parlement et du gouvernement : un démantèlement plus complet des secteurs socialistes restants de l’économie, afin d’assurer un environnement sûr pour les capitaux étrangers, l’impossibilité de la renaissance de toute forme d’alliance politique ou militaire avec ex-républiques soviétiques. Ces exigences ont strictement guidé tous les présidents, tous les parlements et tous les gouvernements de l’Ukraine « indépendante » qui les ont appliquées. Toutes les décisions importantes, y compris le choix des dirigeants, sont prises après consultation de la direction de l’ambassade des États-Unis. L’ambassadeur américain peut facilement trouver une raison « d’expliquer » au procureur général de l’Ukraine comment se comporter, comme il l’a fait, par exemple, lors du récent conflit avec le soi-disant « Bureau anticorruption ». Le Fonds monétaire international dicte ce qui doivent être en Ukraine le budget de l’Etat, la dette publique, les tarifs de l’énergie, des services publics, l’âge de la retraite.

Maintenant, les discours des hauts fonctionnaires, des divers analystes et des « stratèges » sont de plus en plus enclins à estimer que la souveraineté est une notion qui peut être limitée, et que, dans le cas de l’UE et de l’OTAN, son transfert à des structures de gouvernance supérieures peut aller dans son intérêt. De surcroît, sans même être encore membre à part entière de ces organisations, l’Ukraine en fait plus que les autres. Il figure en particulier dans des documents officiels qu’en cas de la guerre entre l’OTAN et la Russie, l’Ukraine est prête à donner aux pays de l’OTAN son territoire pour le déploiement de leurs forces armées, bien que cela soit interdit par la Constitution et les lois en vigueur.

Comme nous le voyons, les autorités ukrainiennes sont prêtes à tout sacrifier pour la cause de la rupture complète avec la Russie, y compris la souveraineté nationale, argument dont ils ont tant usé, trompeusement, comme cela est dévoilé désormais à nos concitoyens. Elles n’ont rien à faire des grands préjudices causés aux intérêts nationaux de l’Ukraine.

Sur la situation de désunion de notre société et de notre pays, en raison des circonstances historiques connues. Surmonter les contradictions existantes nécessite une étude minutieuse, bien pensée et une politique équilibrée, autant que possible en tenant compte des caractéristiques spécifiques des différentes régions, des intérêts des populations qui y vivent. Malheureusement, les autorités de l’Ukraine post-soviétique n’ont pas accordé suffisamment d’attention à ces problèmes. Et le régime actuel a tenté d’imposer dans les régions orientales son idéologie nationaliste et les diktats des forces néo-nazies. Il a encore creusé le fossé. Avec l’affaire à la perte de la Crimée, et celle de l’explosion du conflit sanglant, de la guerre civile dans le Donbass, une menace extrêmement dangereuse d’affrontement armé avec le voisin du nord est apparue. Les « faucons » russophobes tiennent des positions relativement fortes. Ils sont partisans d’une guerre à grande échelle avec la Russie. Leurs calculs sont basés sur deux affirmations - sur le fait que "les pays étrangers (l’Ouest) va nous aider", et que la Russie, sous le poids empilé de ses problèmes, va rapidement "s’effondrer".
On est frappé devant la naïveté et l’irresponsabilité de ces « stratèges ». La lutte d’une l’Ukraine se corrompant avec l’Occident, qui a ses propres problèmes, ne va pas de soi. Ils sont tout à fait convaincus que les dirigeants actuels ont subreptiscment réussi à arracher l’Ukraine de la Russie, à faire de deux états connexes, des ennemis. Rien n’est moins sûr. Quant à l’espoir de « l’effondrement » de la Russie,...

L’opinion est largement répendue dans le monde qu’il n’y a pas l’alternative à un règlement pacifique du conflit, que le résoudre –avec la pleine application des accords de Minsk – passe par la mise au pas des forces irresponsables en Ukraine.

L’analyse du bilan de ces 25 dernières années conduit à cette conclusion : La restauration du capitalisme, l’effondrement de l’Union Soviétique, la déclaration d’indépendance n’ont pas conduit, pour notre peuple, à la réalisation de l’espoir d’une vie heureuse, à la préservation de la souveraineté de l’Ukraine. Le constat d’échec, l’incompétence du régime qui a conduit le pays à une terrible tragédie, sont de plus en plus apparents. Dans notre société, l’exigence grandit d’un changement de gouvernement, de la tenue d’élections parlementaire et, peut-être, d’élections présidentielles anticipées. Dans les conditions d’une perte catastrophique de confiance de la population dans les autorités, c’est tout à fait raisonnable et logique. Dans le monde, il est difficile de trouver un exemple comparable, où, à chaque fois, le président, élu à une majorité impressionnante au premier tour, se retrouve un an plus tard à 10/12 pour cent de popularité. Ceci n’est possible que lorsque, comme le dit le dicton, un homme n’est pas à sa place, même qu’il a une corpulence impressionnante et parle des langues étrangères.
La tragédie de notre société est que l’horizon politique d’aujourd’hui n’offre aucune figure d’autorité, susceptible d’unir le pays, d’empêcher sa désintégration, de le sortir de la crise. Les forces politiques qui bénéficient d’un large soutien dans la société et peuvent organiser les masses à se battre pour les vrais intérêts du pays n’existent pas.

La restauration du capitalisme était pour notre pays (comme, d’ailleurs, pour d’autres anciennes républiques soviétiques de l’URSS), un chemin sans issue. La préservation de l’Ukraine, sa renaissance comme Etat prospère et puissant, capable d’assurer la justice sociale et une véritable démocratie pour le peuple, ne sont possibles que par le retour à la voie socialiste de développement, par la normalisation des relations avec tous les voisins, à commencer avec la Fédération de Russie. Mais il est nécessaire pour cela, que le pouvoir dans le pays n’appartienne plus aux grands richards et à leurs sbires mais devienne le véritable porte-parole de la volonté du peuple. Pour les forces patriotiques, ce sera une lutte dure et difficile.

Georgy Kryuchkov, Député du peuple de l’Ukraine à la 3ème et à la 4ème assemblées,

24 août 2016

Voir en ligne : Traduction BB pour « Solidarité internationale PCF

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    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).