Pour la planète, l’urgence du socialisme

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Les menaces guerrières se précisent partout où l’impérialisme défend sa domination contre les indépendances, le développement du Sud, le socialisme résistant à la défaite de 1989, renaissant dans les ruptures politiques nationales notamment de l’Amérique Latine.

La bataille idéologique pour faire accepter la guerre se déroule sur plusieurs fronts, transformant les ennemis potentiels en terroristes, et auréolant les pays dominants du G7 de toutes les vertus écologiques, libérales et humanistes.

Dans ce contexte, le défi environnemental est utilisé comme arme idéologique contre toute idée de progrès, de développement, de libération humaine.

St-Just avait touché juste en associant le bonheur à la révolution. L’impérialisme veut nous convaincre qu’il faut désormais y renoncer totalement, accepter le retour en arrière, pour lui permettre de maintenir coût que coûte sa domination mortifère.

Cette bataille vient de loin, bien avant la crise climatique, bien avant la première crise pétrolière... C’est dans la fournaise des luttes sociales grandissantes des années 60, à l’aube de ce Mai 68 qui fera si peur à la bourgeoisie qu’elle décidera d’une contre-offensive idéologique de grande ampleur. Si les évènements politiques qui la marquent sont connus, du coup d’état au Chili, aux ruptures politiques de Reagan et Thatcher, jusqu’à la victoire contre l’URSS et l’élargissement de l’Union Européenne pilier de l’OTAN, sa dimension idéologique l’est insuffisamment, autant pour l’utilisation de la religion, des évangélistes aux islamistes que pour l’attaque frontale contre l’idée de progrès.

C’est en effet en Avril 68 que se crée le Club de Rome, groupe de réflexion célèbre dont faisait partie le non moins célèbre Raymond Barre, [1].

Ce club de réflexion des grands de ce monde publiera en 1972 un rapport qui restera comme le "rapport du club de Rome" sous le titre "Halte à la croissance", traduction renforçant le présupposé idéologique par rapport au titre anglais plus pragmatique "Limits to growth", autrement dit "les limites de la croissance".

Ce rapport a été le déclencheur d’un courant d’idée qui conduira en 1987 au rapport Brundtland [2] qui donnera la première définition du "développement durable".

Les longues discussions internationales qui conduiront à la déclaration de Rio en 1992 ne se font pas dans un monde idéal débarrassé des conflits, des guerres, et... des luttes de classes ! Au contraire, ces travaux se situent en plein affrontement final Est-Ouest, dans un monde dominé par un nouvel "empire" tout puissant et annonçant la fin de l’histoire. Mais nous savons depuis que les affrontements permanents pour le (re)partage du monde continuent, dans un contexte ou le socialisme n’a pas disparu, et même se ressource dans de nouvelles aventures, notamment en Amérique Latine. On le verra avec éclat lors de l’échec du sommet de Copenhague où se cristallisera une opposition frontale entre un développement durable dominé par les intérêts des grandes puissances cherchant de nouveaux marchés à conquérir, et les urgences de l’eau, de l’air, de l’alimentation, de la santé... qui marquent les préoccupations du Sud, notamment dans les pays affirmant leur autonomie des institutions financières internationales.

Mais sur quoi porte l’affrontement ? Pas sur le constat de la crise environnementale ! Mais sur le choix de répondre à ce défi dans le sens des intérêts des plus riches, des bourgeoisies du Nord et du Sud, ou dans le sens des intérêts des plus nombreux, les plus pauvres, ceux qui vivent ou survivent de leur travail ou de celui de leurs proches...

Une seule planète ?

Car le premier piège est de penser que les intérêts de tous sont les mêmes face au défi climatique. Certes, qu’on soit riche ou pauvre, on n’est pas grand chose en tant qu’être humain devant l’énergie d’un ouragan ou d’un tsunami, l’inexorable montée des eaux de la fonte de banquises, la pollution des sols et des aliments... Sauf que l’homme n’est justement pas simplement un individu isolé face à la nature, mais toujours un être social capable de mobiliser des moyens de plus en plus importants pour sa survie. Face à la montée du coût de l’énergie, ou de l’eau propre, tout change selon que vous serez puissant ou misérable... On peut cultiver sous serre sans engrais ni désherbant et livrer des produits bios dans des marchés de riches. On peut aménager des villes se protégeant par des moyens technologiques de plus en plus élaborés des risques naturels, sur le modèle des "centers parks" ou des quartiers fermés privatisant l’espace public et la police...

Certains diront... impossible pour un petit nombre de s’en sortir seul si la grande majorité s’effondre dans une crise planétaire... Ah bon ? Et dans quelles conditions vivaient la grande majorité des indous, pendant qu’une toute petite minorité se vautrait dans des luxes royaux ? Qu’est ce qui interdit au capitalisme de détruire jusqu’au bout le compromis issu des rapports de force créés en 1945 et d’organiser délibérément une société archi-violente, archi-inégale, dans laquelle une petite minorité vit "hors sol", dans un environnement artificiel aussi éloigné de la vie du commun des mortels que l"était celle du pharaon de la vie du paysan, soumis aux terribles crues du Nil ? Ce n’est pas faire de la science fiction que de considérer que sans résistance, le capitalisme peut se maintenir en écrasant l’humanité dans la barbarie. De son point de vue, la planète peut crever, pourvu que la bourgeoisie puisse continuer à extorquer la plus-value nécessaire à la reproduction du capital pour alimenter son mode de vie.

Quel défi ?

Il est donc essentiel de bien caractériser le défi environnemental dans le contexte social et économique où il se pose. Or les prévisions sur la planète en 2050 sont toujours construites en projetant les tendances actuelles sur le futur. Mais aucun modèle n’est capable de prédire les conséquences de ruptures politiques majeures, du type de celles qu’a connues le XXème siècle. Il faut donc éclairer cette question décisive des "modèles" et de leur rôle dans la pensée critique du monde, pour ne pas se faire piéger par une apparente évidence qui reporterait tout débat politique sur le choix de société.

C’est pourquoi il faut revenir au "club de Rome" dont le rapport est utilisé pour développer l’idée que la croissance est mauvaise, intenable, jusqu’à son recyclage à la gauche de la gauche par le courant de la "décroissance". Ce rapport repose sur un travail scientifique qui est une des première applications à grande échelle des concepts nés en 1945 de la "cybernétique" [3]. Ce courant théorique est à l’origine de la pensée "systémique", qui considère que tout est "système", quelque chose de complexe dont on ne peut comprendre totalement la logique interne, mais dont on peut chercher à "modéliser" le comportement. Très vite, cette pensée quittera le monde des machines, qui lui donna son nom, pour prétendre penser ainsi l’homme et la société. C’est l’informatique qui deviendra la technologie support de cette pensée, car dès qu’on parle de modèle, on pense "modèle calculable", et donc on cherche à le calculer sur ordinateur.

Les scientifiques qui feront le travail demandé par le Club de Rome considèrent ainsi que la planète est un système dont on peut définir un certain nombre d’interactions entre des grandeurs mesurables, et qu’on peut donc ainsi en produire un "modèle" que les ordinateurs se chargeront de calculer pour en prédire le comportement futur.

Ce modèle et les résultats qui en seront tirés, sont certainement tout à fait scientifiques [4]. Et ils permettent de dire avec les hypothèses du modèle du club de Rome, "il y aura des ruptures majeures dans des délais assez court". Le rapport constate par exemple qu’il y aura nécessairement des crises énergétique par épuisement de ressources.

Mais cette démarche soulève deux questions :
- quelles sont les hypothèses du modèle et a quelles questions ont-elles cherché à répondre ?
- comment faut-il utiliser un modèle prédictif dans un processus politique et historique ?

Un modèle pour répondre à certains questions, pas à toutes !

Tous les modèles qui peuvent être inventés sont nécessairement partiels, simplifiés, contextuels... De fait, le modèle d’un système complexe est un système plus simple qui permet de répondre plus facilement à certains questions prédéfinies... Mais il ne sera d’aucune utilité pour répondre à des questions imprévues ! A quoi pensaient les auteurs du rapport du club de Rome ? A répondre aux besoins humains ? A comprendre à quelles conditions on pouvait répondre aux besoins sociaux ? Ce qui est sûr, c’est que la composition de ce club excluait totalement une question pourtant posée historiquement par les luttes sociales des années 60. Le socialisme peut-il se répandre sur toute la planète ? Le modèle de Rome est incapable de répondre à cette question. Il est structurellement associé à la domination du capitalisme. Ces lois manipulent ainsi le "capital industriel", qui évolue avec un "taux d’investissement" et une "dépréciation" dans une "durée moyenne du capital", qui alimente la "production industrielle" dépendant des "ressources naturelles non renouvelables" dont l’impact en retour dépendrait du "rendement du capital", production industrielle influençant un "capital services", et le "produit industriel par tête", qui influence la "natalité"... Bref, le modèle fourmille de choix idéologiques sur les grandeurs qu’il faut mesurer et sur les interactions entre ces grandeurs. Mais personne ne parle jamais des choix politiques sous-jacents au rapport du Club de Rome, qu’on peut pourtant résumer par une certitude. Le club de Rome pense l’avenir du capitalisme et de rien d’autre...

Ainsi, le Club de Rome ne peut rien nous dire sur les crises politiques qui provoqueraient des changements si importants de la société que les grandeurs mesurées et les interactions calculées deviendraient totalement caduques. Autrement dit, si on peut considérer qu’il constitue une preuve supplémentaire que le capitalisme est intrinsèquement instable et qu’il génère nécessairement des crises profondes [5], il ne nous aide en rien à prédire ou même comprendre les crises, et encore moins à dire ce que pourrait être un "autre monde"...

Un modèle pour quelle décision politique... ?

Une fois connue et critiquée ses hypothèses, il reste qu’un modèle prédictif est utile. C’est le cas de celui du GIEC, qui porte uniquement sur les grandeurs mesurables ayant un lien avec l’évolution climatique, mais dont les hypothèses doivent elle aussi être discutées [6]

S’il y a certainement des critiques et des évolutions nécessaires de ce modèle, il constitue une base scientifique reconnue majoritairement. Mais quel est le processus qui passe des résultats scientifiques du modèle aux conclusions politiques qui étaient si discutées à Copenhague ? Si le rapport préconise de réduire la production d’énergie carbonée, il ne dit pas par exemple s’il faut le faire en augmentant la part du nucléaire ou pas ! Et le modèle ne dit pas que le choix de privilégier les énergies électriques renouvelables intermittentes a comme conséquence de développer des énergies complémentaires, qui sont le plus souvent carbonées.

Ce n’est donc pas un discours scientifique qui fonde le débat politique sur le défi écologique, mais bien un discours politique, construit et propagé par des forces politiques qui s’inscrivent dans des choix de société ! Pour l’essentiel, le discours environnemental s’inscrit dans le choix du capitalisme. C’est notamment visible dans les décisions de Kyoto qui fondent la réponse au défi énergétique sur la marchandisation de l’énergie, et l’invention de nouveaux outils de spéculation au service du capital.

Les communistes doivent donc sans hésiter refuser de s’inscrire dans le discours écologique dominant, chercher directement dans les recherches scientifiques les éléments de connaissance nécessaires, et faire un immense effort théorique pour penser les réponses au défi environnemental dans le cadre de la construction d’une société socialiste, à partir de la réponse aux besoins des plus pauvres, du monde du travail, des quartiers populaires.

En bref, ce qui doit guider les communistes, ce ne sont pas les prévisions catastrophiques sur la planète, qui ne peuvent être que des prévisions sur la catastrophe que porte le capitalisme pour la planète, mais les réalités des luttes de classe et la recherche du plus court chemin vers la libération des peuples, vers le socialisme !

L’environnement et la guerre impérialiste

C’est d’autant plus important que les risques grandissants de guerre semblent beaucoup moins cruciaux que le réchauffement climatique ! Dans les péripéties budgétaires de la France, on enquête sur les bénéficiaires de la fortune Bettencourt, sur les millions reversés par le fisc, et Borloo défend avec ardeur le budget du Grenelle face à la rigueur. Mais (presque) personne n’évoque le coût faramineux de la guerre en Afghanistan !

De fait, le climat va (probablement) continuer à se réchauffer, et en 2050 les conséquences seront désastreuses... si le capitalisme est toujours dominant ! Mais de toute façon, si en Aout 2010, les USA décident de franchir un pas dans la guerre avec l’Iran, si un faux pas ou une provocation rouvre en grand les hostilités en Corée, si les provocations Colombiennes contre le Vénézuela dérapent, on peut se trouver bien avant 2050 dans la situation nouvelle d’une guerre mondiale dans laquelle on sait que les USA n’hésiteront pas à utiliser l’arme nucléaire, et dont les conséquences bousculeront de toute façon toutes les prévisions pour 2050 !

Et comment penser après la crise financière, avec les nuages qui s’accumulent de nouveau sur des bulles spéculatives demain, sur de nouvelles faillites bancaires malgré les milliards déversés, que le marché peut être une solution au financement nécessaire des actions environnementales ?

Pour ceux qui pensent qu’il est (presque) trop tard et que même face aux risques de guerre, l’enjeu planétaire est primordial, deux exemples concrets des incroyables capacités humaines à résoudre les problèmes écologiques quand le politique le décide :

- Dans le plateau des Grandes Terres, au Sud de Lyon, un syndicat intercommunal agit depuis 10 ans pour faire évoluer avec les agriculteurs cet espace nature, en replantant par exemple des haies diversifiées, en favorisant une agriculture raisonnée. Et dans cet espace péri-urbain de la deuxième agglomération de France, on est passé en 10 ans de 3 espèces d’oiseaux nicheuses à 33... Bref, quand tout le monde alerte sur la réduction de la biodiversité, des mesures simples de collectivités locales ont permis de remonter la pente...

- Autre exemple sur l’énergie. Le réseau de chaleur vénissian a réduit ses émissions de particules et de souffre d’un facteur 10 depuis 1994...

Ce ne sont donc pas les capacités techniques et scientifiques qui sont insuffisantes pour relever le défi environnemental. Ce sont les capacités politiques collectives ! Le capitalisme est incapable de relever le défi, car il ne peut que prioriser en permanence les intérêts d’une petite minorité.

Face aux menaces de guerre et aux défis écologiques, il y a bien une urgence : le socialisme !

[1qui sera vice-président de la commission européenne avant d’être ministre puis premier ministre, tout un symbole !

[2ministre norvégienne chef du parti travailliste, présidente de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations Unies

[3voir le travail critique indispensable de la sociologue Céline Lafontaine "L’empire cybernétique. Des machines à penser à la pensée machine", au Seuil

[4bien qu’il soit impossible de trouver aujourd’hui le détail de ce modèle et ses lois

[5ce que Marx avait dit bien avant !

[6par exemple, l’évolution de la population mondiale est fortement liée aux conditions de vie, d’éducation, de santé... et de guerres... Quelles sont les hypothèses utilisées par le Giec ?

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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).