Entre le Parti communiste portugais et le Bloc de gauche : divergences sur l’Union européenne, fracture de classe Texte d’Antonio Santos, militant du Parti communiste portugais, chroniqueur pour Avante (organe du PCP)

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Joao Teixeira Lopes, dirigeant du Bloc de gauche, vient de sortir un article sordide sur les différences entre le Bloc de gauche et la CDU (la coalition menée par le Parti communiste), où grosso modo il nous en apprend sur la cohérence du premier et le sectarisme du second.

Bien qu’il ne soit pas dans mon habitude de répondre à la bave que l’infantilisme de ce parti secrète dans ce texte si intellectuellement malhonnête, il se pare d’une violence si ignominieuse qu’il ne pouvait rester sans réponse.

Mais j’annonce, en guise de profession de foi, la couleur : je suis un militant de base du PCP et, hélas, je ne suis pas aussi libre que les élus (européens ou municipaux) que le Bloc de gauche aime attirer avant qu’ils ne s’envolent vers des cimes plus hautes, trouvant de nouveaux ports d’attache lointains, du côté du PS et de la droite. Il faudra que les dirigeants du Bloc de gauche m’excusent de cet engagement si sectaire, ils risquent de ne pas apprécier ces lignes.

Dans mon parti, on dit parfois que seule la vérité est révolutionnaire. C’est l’impératif de vérité que Joao Teixeira Lopes a hypothéqué. Ce n’est pas la haine pour son parti qui inspire ces mots qui ne cherchent pas à insulter les militants du Bloc, pour lesquels j’éprouve du respect et de la considération.

Malheureusement, les différences entre la CDU et le Bloc de gauche ne sont pas seulement européennes, c’est plus qu’une différence passagère au cours d’une campagne électorale.

Non, je regrette, Joao Teixeira Lopes, mais la véritable fracture, qui sépare irrémédiablement la CDU du Bloc de gauche n’est pas européenne. C’est une fracture de classe. Le reste, qui dans le flot de diatribes qui circuleront, sera toujours et seulement le corollaire politique de différences entre les classes que nous défendons.

Euro

Joao Teixeira Lopes commence le parjure en accusant la CDU d’ambiguïté ; de centrer confusément sa politique sur l’axe de la sortie de l’euro ; de défendre tantôt un référendum sur le maintien dans l’Union économique et monétaire, tantôt de vagues appels à la responsabilité.

La vérité, c’est que sur cette question la CDU a construit un patrimoine d’une cohérence unique qu’il rappelle à toute la société portugaise lors de cette campagne : quand les dirigeants actuels du Bloc louaient, avec ferveur, les lendemains qui chantent de la monnaie unique, la CDU s’est opposé catégoriquement à l’entrée du pays dans l’Euro et dans l’UEM, mettant en garde contre les conséquences que nous connaissons aujourd’hui tous.

Quand être « européiste » était à la mode, le Bloc accusait la CDU d’être rétrograde et sectaire pour ne pas avoir cru que l’UE nous emmènerait la prospérité française et les salaires allemands.

Je me rappelle d’avoir entendu Francisco Louça (dirigeant historique du Bloc) nommer la CDU, le « Vieux du Restelo » (personnage créé par Luis de Camoes symbolisant les conservateurs, réactionnaires qui n’ont pas cru aux Grandes découvertes du XVème siècle) et de « nationaliste » pour avoir osé dire que l’érosion de la souveraineté nationale et la destruction de l’appareil productif conduiraient le pays à sa chute.

La vérité, c’est qu’au contraire du Bloc de gauche, le PCP a toujours été clair. L’Euro ne fut pas une bonne chose pour le pays, il nous a rendu plus dépendants et moins productifs, il a fait que nos salaires ont divergé de la moyenne européenne et a fait exploser les profits des grands groupes économiques.

Également à l’inverse du Bloc, nous avons dit clairement ce que nous voulons : vu qu’il n’y a pas de solution dans l’Euro, le chemin passe par la création des conditions pour une sortie de l’Euro qui profite aux travailleurs et au peuple.

Il n’y a pas ici d’ambiguïtés : si c’était le PS ou le PSD (la droite) qui mènerait cette sortie, elle serait utilisée comme un moyen de paupérisation ; si elle était menée par un gouvernement patriotique et de gauche, la sortie serait synonyme de croissance, d’emplois, de droits … en un mot, de nouvelle révolution d’Avril.

L’ambiguïté viendrait de ne pas demander « dans quelles conditions ? », pourquoi cette sortie pourrait aussi ne pas être volontaire. Ce n’est pas ambigu que de dire que le pays doit se préparer à la sortie. Il est ambigu de s’enfouir la tête dans le sable et ne pas avoir le courage de même discuter sur ce qu’il faut faire par rapport à l’Euro.

Austérité

Ensuite, Joao Teixeira Lopes tel Charlemagne, auto-couronne son parti champion de la lutte contre l’austérité, les sacrifices et la discipline budgétaire de l’UE, appelant même les portugais à la désobéissance ! Désobéissance à un tel point… que le Bloc désobéit à son propre mot d’ordre.

Je me rappelle avoir vu le Bloc de gauche voter favorablement, avec toute la droite, une résolution qui faisait l’éloge du « rôle stratégique » des « mesures de consolidation budgétaire imposées actuellement aux budgets nationaux ».

Dans la même résolution, sous le slogan du « pacte de compétitivité », le Bloc faisait l’apologie du programme « Europa 2020 », un plan néo-libéral de libéralisations, privatisations et destruction des droits sociaux qui légitimait les mesures d’austérité qu’il prétend aujourd’hui combattre.

Dans une autre résolution approuvée au Parlement européen sur la « viabilité de l’introduction de contraintes de stabilité », le Bloc de gauche reconnaît des « efforts considérables » dans la lutte contre la crise en « matière de consolidation budgétaire et de réformes structurelles », voilà pourquoi il est nécessaire que les pays ne désobéissent pas et « continuent à respecter leurs engagements et accords » dans ce domaine.

En fait, dans cette résolution le Bloc de gauche n’appelait pas à la désobéissance mais à la « discipline budgétaire » avec des conséquences pour ceux qui y manqueraient, pour « prévenir le risque moral » que représenterait un Portugal debout, pour que « les États-membres soient obligés de rembourser la dette dans leur intégralité ».

Relations internationales

Dis-moi avec qui tu vas, je te dirai qui tu es. Contrairement au Bloc de gauche, la CDU et le PCP maintiennent des relations avec les forces partisanes représentant tout le spectre politique, du socialisme à la social-démocratie. Ce que Joao Teixeira Lopes ne peut pas comprendre c’est que, sur le plan des relations internationales, ce qui est irresponsable est de ne pas dialoguer, en exprimant les divergences de façon directe mais dans un esprit de non-ingérence.

Ce qui est irresponsable, c’est de voter pour la guerre en Libye, comme l’a fait le Bloc de gauche, en signant un chèque en blanc aux seigneurs de guerre européens et américains. C’est irresponsable (un jour cette humanité lui donnera le nom de crime) d’avoir laissé faire, sous des prétextes humanitaires on a livré un pays entier aux bombardements, coûtant la vie à 100.000 personnes et traînant ce pays africain dans ce caniveau infâme, quelque part entre le colonialisme européen et le Moyen-âge.

Joao Teixeira Lopes aimerait que la CDU soit avec Alexis Tsipras, côte à côte pour le selfie avec François Hollande et Mario Soares dans sa "querelle symbolique". Mais la CDU n’est pas attirée par les querelles symboliques sans contenu et nous préférons que Joao Teixeira Lopes et le Bloc de gauche aient manifesté leur solidarité avec le peuple grec en votant contre le prêt à la Grèce, au lieu d’avoir approuvé la sujétion du pays hellène à l’usure de la spéculation, à l’avidité du grand capital.

En ce sens, il est important également de rappeler à Joao Teixeira Lopes qur la CDU ne défend aucune forme d’isolationnisme et est intégré (depuis bien plus d’années que le Bloc de gauche) au groupe européen de la GUE-NGL, dont Joao Ferreira est même le vice-président.

Convergence à gauche

Joao Teixeira Lopes termine sa péroraison par un appel bi-polaire à la convergence et une condamnation implicite des dirigeants du PCP pour avoir bloqué l’union des gauches.

Mais cher Joao Teixeira Lopes, la faute n’en revient pas à notre secrétaire-général Jeronimo, au député européen Joao Ferreira. Ce ne sont pas eux qui ne veulent pas l’union avec le Bloc de gauche.

C’est de ma faute. Moi, Antonio Santos, militant de base du Parti communiste, travailleur et exploité. Je ne le veux pas, je ne le peux pas. Je ne veux pas m’unir avec Joao Teixeira Lopes parce que je ne sais pas dans quel camp il va aller, où je travaille, quand il faudra se mettre en lutte.

Je veux m’unir à une autre gauche, celle qui est avec moi dehors, qui ne compte pas les nuits, à la porte de la boîte métallurgique Sorefame pour défendre la vie des ouvriers.

C’est là que le Bloc de gauche est le bienvenu, pour s’unir à moi, pour devenir mon camarade, défendre ce salaire de misère dans la lutte, l’adversité, la dignité.

Si Joao Teixeira Lopes veut la convergence, j’espère le voir plus souvent dans les réunions du syndicat et dans la chaleur des piquets de grève, avec les gens honnêtes et les travailleurs de la gauche de vérité, qui ne sont pas là avec des piques car, au bout du compte, c’est de nos vies que nous parlons.

Désolé, Joao Teixeira Lopes, mais nos différences ne sont pas européennes, elles sont de classe. C’est parce que celui qui cultive l’ambiguïté, l’est soit par bêtise ou incompétence, que pour cette raison ma voix ira pour la CDU.

Voir en ligne : Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

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