Crise financière Portugal : « Nous sommes face à 
une intervention étrangère »

, par  communistes , popularité : 2%

Vasco Cardoso, membre de la commission politique du Parti communiste portugais, évoque l’alternative 
radicale proposée 
par son parti 
au pseudo-plan 
de sauvetage 
de l’UE et du FMI

Comment réagit 
le Parti communiste portugais à la suite 
de la décision des autorités d’avoir recours à une «  aide  » financière de l’Union européenne et du FMI ?

Vasco Cardoso. Cette décision est 
d’autant plus illégitime qu’elle conduit au vol des ressources nationales. Elle va aggraver les conditions de vie de la population mais peser également sur notre balance extérieure, laminer notre appareil productif. Cela va exactement à l’inverse de ce dont a besoin le pays pour répondre à la crise.


L’UE et le FMI conditionnent leur plan d’intervention à une conciliation nationale avec les partis politiques. Qu’en pensez-vous ?

Vasco Cardoso. D’abord, nous ne considérons pas ce plan comme une aide mais comme une ingérence. Nous sommes face à une intervention étrangère contraire aux intérêts nationaux. L’UE ne cherche pas à appuyer le développement économique du Portugal mais à sauver les banques, étrangères (allemandes, françaises, néerlandaises, espagnoles) ou même portugaises. C’est-à-dire celles-là mêmes qui ont profité du pillage de notre pays. Si nous ne mettons pas fin à la soumission à ces intérêts capitalistes là, l’austérité va devenir une règle immuable. Elle sera appliquée d’abord en raison du déficit des comptes publics, puis en raison des exigences des bailleurs de fonds, etc., etc. C’est inacceptable. Car à chaque fois ce sont les travailleurs et le peuple portugais qui payent cette crise. En fait ce n’est pas cette politique d’austérité mais la lutte qu’il faut engager contre elle qui doit être placée au centre du débat.

Le premier ministre socialiste 
José Socrates a rendu responsables les formations politiques de 
la situation après le rejet au Parlement de son quatrième plan 
de rigueur présenté comme un pacte de stabilité économique (PEC). 
Que vous inspire cette justification ?

Vasco Cardoso. C’est un chantage. 
Le gouvernement tente de se défausser de ses propres responsabilités. Le rejet du pacte de stabilité IV est le rejet d’un paquet de mesures impliquant des coupes supplémentaires dans les salaires et les pensions, l’augmentation des prix, la privatisation de services publics... Ces mesures contre lesquelles nous avons voté auraient conduit à l’aggravation de tous les problèmes nationaux. Car elles entendaient imposer de nouveaux sacrifices à la population.La décision gouvernementale d’avoir recours au FMI, avec l’appui des partis de droite et du président de la république, Anibal Cavaco Silva (droite), correspond en fait au choix des groupes financiers et des banques. Pour le PCP, les réponses ne se trouvent ni dans les paquets d’austérité ni dans le recours à des fonds, européen ou du FMI, car leur accès est conditionné à une terrible aggravation des conditions de vie des travailleurs et de la population.

Récemment, les autorités brésiliennes se sont dites prêtes
à venir en aide au Portugal. 
Que représente pour vous 
ce type de proposition ?

Vasco Cardoso. Notre pays doit modifier ses relations commerciales dont 70 % sont liées à cinq pays de l’UE et il doit changer les formes de financement auquel il a recours. Il nous faut diversifier nos relations, en particulier avec l’Afrique et l’Amérique latine, avec des pays asiatiques. Il faut en finir avec les relations de dépendance vis-à-vis des grandes puissances de l’UE. C’est dans ce sens que la perspective d’une plus grande coopération avec le Brésil nous paraît constituer une bonne chose.

Plus généralement quel type d’alternative faites-vous valoir ?

Vasco Cardoso. Il est nécessaire de renégocier la dette publique : les échéances de son paiement, les intérêts qui lui sont liés, ceux que l’on doit payer et aussi ceux que l’on ne doit pas. Car, une partie de cette dette est illégitime. Le Portugal a payé des taux d’intérêt proches de 10 % tandis que ceux de l’Allemagne étaient à 3 %. L’État portugais devrait avoir une action convergente avec la Grèce, l’Irlande, la Belgique, l’Espagne, elles aussi victimes d’attaques spéculatives et de l‘ingérence de Bruxelles. Il nous faut également un plan de relance de notre production nationale, au sens de produire plus pour devoir moins. La politique de destruction de l’appareil productif national est en effet à l’origine de la dette externe du pays. Parier sur la production nationale impliquerait une limitation des importations de certains produits. Car c’est la cause première de l’aggravation de nos différents déficits.
Il est important aussi de renégocier les grands «  partenariats  » public-privé employés ces dernières années dans les services, la construction d’infrastructures. Car, dans les faits, cela se traduit à chaque fois par des rentes pour le privé préjudiciables aux besoins réels de l’État et des populations. Plus de 50 milliards d’euros ont été engagés dans ces «  partenariats  » pour les quarante prochaines années. Des entreprises et des institutions publiques ont placé des liquidités à l’étranger avec des taux d’intérêt avantageux. Le rachat d’une partie de la dette publique avec ces actifs permettrait de desserrer l’étau financier à court terme. Et puis il faudrait augmenter les salaires, affirmer le rôle des services publics. En lieu et place des privatisations, l’État devrait 
récupérer les secteurs stratégiques de l’économie. On le voit, il s’agit d’une politique prenant l’exact contre-pied des orientations de droite appliquées par le Parti socialiste et le Parti social- démocrate. Ce qui revient aussi à dire combien le Portugal doit affirmer 
sa souveraineté face au pillage organisé de l’UE et du FMI.

Entretien réalisé par 
Cathy Ceïbe

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