Contre le populisme de droite, pour un programme populaire communiste

, par  Gilles Questiaux , popularité : 2%

Ce texte propose de rompre avec un certain nombre de lieux communs du discours de la gauche de la gauche. Bien évidemment, il ne propose pas d’aller sur le terrain du FN, mais de le combattre réellement, c’est à dire de sortir de la bulle morale des gauchistes et des sociaux démocrates (qui sont les mêmes, mais pas au même âge sans doute). Un de ces lieux communs est de revendiquer de manière irresponsable la régularisation de tous les sans-papiers. Un autre est de dénoncer "le discours de l’insécurité" au lieu de l’insécurité elle-même. Et un autre consiste à lutter contre ceux qui luttent pour la laïcité au lieu de lutter contre l’intégrisme.

1 - Comment expliquer les succès électoraux de l’extrême droite ?

A l’heure où de nombreux électeurs « de gauche », en fait socialistes, n’hésitent plus à voter FN au second tour d’une partielle, et où abstention et vote nul, dans un climat de fort mécontentement, atteignent 60 ou 70%, posons-nous la question : qu’est ce qui éloigne des urnes l’électorat populaire, ou le pousse dans les bras du FN, dont la nature profonde est antisociale, ce dont ces électeurs, dans le fond se doutent bien. Et pourquoi fuient-ils le front de Gauche, malgré les efforts médiatiques de son principal porte-parole pour jouer au « bad boy » ?

Il me semble que le vote FN, quand il va au-delà de l’électorat traditionnaliste conservateur et raciste, n’est paradoxalement que la forme la plus naïvement « civique », parce qu’elle vote encore, d’un rejet total de la classe politique, « classe » qui n’est pas autre chose qui le parti multiforme et redondant de la bourgeoisie dans ce pays, et dans toute l’UE d’ailleurs. Quant à ceux qui ne votent pas, ils sont devenus des adversaires de la démocratie entendue au sens libéral, comme un système dont l’unique finalité est de légitimer des dominations oligarchiques.

Le vote FN est comme toujours mal inspiré : il n’est au fond que le vote indiqué par les médias et les politiques à ceux qui sont mécontents des médias et des politiques. Il est illusoire et naïf de penser que de nouveaux cadres dépourvu de tendances fascistes vont affluer dans ce parti avec sa croissance électorale, en prenant au premier degré son discours récupérateur des thèmes de la gauche ouvrière. Ce parti n’est que la maison de la famille le Pen, qui est bien gardée.

Mais ce vote ne se porterait pas précisément sur ce parti s’il n’avait pas su intelligemment tromper son monde en reprenant des thèmes et des demandes laissées en déshérence par la gauche et plus particulièrement le PCF. Les principaux fautifs de la monté du FN, c’est nous.

- Critiques de l’UE et de ses empiètement sur la souveraineté nationale (et il n’y a pas de démocratie sans nation pour en servir de cadre).
- Critique des délocalisations, affirmation du « produisons français ».
- Insécurité : depuis une génération ce parti se présente comme le défenseur des classes populaires qui en sont les victimes désignées. Et la dénégation aveugle de ce problème de la part de la gauche et surtout de la gauche de la gauche n’a pas peu contribué à son déclin.
- Le FN est devenu le seul parti de masse à protester contre les aventures impérialistes et criminelles de la France de Sarkollande en Libye et en Syrie. Pour de mauvaises raisons sans doute. Mais ce sont les seuls.
- Enfin, la critique de l’immigration devenue taboue à gauche et dont il faut dire deux mots.

En 1975, le racisme était beaucoup plus répandu, et pourtant les gens ne votaient pas pour les partis racistes.

Le thème de l’immigration n’avait que peu de prise sur l’électorat populaire de gauche, quelques fussent les préjugés qui pouvaient y régner, tant qu’il était tenu pour acquis qu’elle avait vocation à l’intégration massive à la société française et au peuple de France. Ceux qui penchaient pour l’extrême droite étaient les Français les plus bornés qui refusaient cette intégration annoncée de millions de nouveaux Français, notamment noirs et /ou musulmans.

Depuis qu’il apparait à la suite de facteurs objectifs (chômage de masse) et subjectifs (développement dans l’immigration et dans la deuxième génération des idéologies communautaristes et religieuses) que cette intégration est en panne, ou tout au moins se trouve traversée de difficultés inattendues et considérables, une nouvelle xénophobie populaire est apparue dont la base n’est pas traditionnaliste, catholique et raciste, mais républicaine et laïque.

A tort ou à raison, de nombreux français redoutent une islamisation rampante du pays et choisissent le vote FN pour s’y opposer. Cette islamisation a peu de chance de se produire, mais après tout c’est le but affiché des groupes islamistes radicaux qui semblent ne reculer devant rien dans la poursuite de leurs objectifs irrationnels et qu’il faut donc bien combattre. Or la gauche de la gauche, sur ce point, met résolument sa tête dans le sable.

2 - Établir une plate-forme populaire susceptible de contrer le populisme d’extrême droite

Il n’y pas d’alternative à une plate forme qui reprenne à ce programme populiste ce qui est légitime, et qui ne sert dans le discours de propagande qu’à faire passer le reste du programme implicite mais inchangé du FN : racisme, anticommunisme, réaction antidémocratique et antisociale.

- Sur la nation :

Une campagne résolue pour sortir de l’euro de l’UE et de l’OTAN qui limitent déjà la souveraineté nationale et mettent en danger son avenir à brève échéance.

- Sur la sécurité :

Renoncer au tabou de la répression, et construire un projet ambitieux et cohérent qui prenne le problème au sérieux, s’attaque à ses racines, en l’articulant avec l’éducatif, et rompre avec la vulgate angéliste sur cette question, d’origine gauchiste et bourdieusienne.

- Sur les questions de mœurs et de droits des minorités :

Revenir à une neutralité conduisant à les dépolitiser. A rebours du foucaldisme, dépolitiser la sexualité et ses manifestations sociales.


(Ouvrons une parenthèse : on doit reconnaître qu’avec l’élection d’un politicien noir banal impérialiste et décevant à la tête des États-Unis, s’est produite la fin symbolique de la violence symbolique raciste. Comme Thatcher avait signalé la fin de la misogynie institutionnelle en Occident, bien malgré elle. Le cycle des réformes sociétales post 68 est je pense pour l’essentiel achevé, au moins dans un pays comme la France, et il n’y a plus beaucoup à gagner comme avancées légales sur les questions de sociétés (antiracisme, féminisme, libération sexuelle). Le vrai moyen d’améliorer la condition des femmes, des Noirs, des musulmans en France maintenant, c’est de revenir sur la liquidation de services publics, de restaurer la sécurité sociale, et de supprimer le chômage, qui frappe en premier ces groupes qui effectivement n’héritent guère de capital. Le vrai moyen de supprimer l’homophobie et l’antisémitisme, ce n’est pas la promotion du droit à la différence qui peut être interprété comme la revendication de privilèges, mais la création des conditions sociales du droit à l’indifférence.)

- Sur la laïcité :

Soutenir concrètement les mesures légales qui interdisent la prolifération de pratiques religieuses souvent dégradantes qui renforcent le communautarisme, et choquent les usages populaires français, ce qui développe le fascisme autochtone en réaction. Chaque Burqa qui circule apporte des milliers de voix au FN, et la tolérance gauchiste pour ce symbole obscurantiste est… intolérable !

Interdire le financement des cultes par l’étranger, concrètement par les pétromonarchies du Golfe et par les États-Unis.

Réprimer résolument les courants politico-religieux qui cherchent à communautariser l’immigration, et qui propagent le terrorisme. Ce n’est pas parce que ces courants sont stigmatisés par les médias dominants qu’ils sont bons.

- Sur l’immigration :

Reconnaître qu’elle est encouragée par le MEDEF pour diviser la classe ouvrière et faire pression à la baisse sur les salaires, et en conséquence proposer un ralentissement de son rythme pour relâcher cette pression, permettre le développement des pays de départ, et l’intégration des immigrés déjà présents et de leurs enfants. Ce qui suppose de lutter contre l’immigration illégale, en commençant par réprimer impitoyablement les employeurs, les entreprises comme les particuliers, les donneurs d’ordre qui profitent de la situation (comme la Mairie de Paris, qui a fait construire le tram T3 par des sans-papiers !), les mafias, mais aussi en renonçant à la régularisation systématique des clandestins qui encourage les migrations dans les pires conditions. Il ne devrait pas être difficile de mettre sur pied des critères à la fois justes et restrictifs. Mais ils ne seront guère utilisés, car l’immigration s’arrête net quand l’offre d’emploi cesse, comme on a pu le constater en 2009.

- Souveraineté :

Renouer avec l’indépendance politique et économique de la France. Sur l’Europe, proposer la sortie de la France, le retour au franc, et la constitution de nouvelles alliances avec les BRICS et les autres pays sans exclusive, renouer avec une politique d’amitié avec le monde arabe et l’Afrique et le monde émergent. Quitter l’OTAN qui soumet l’armée au contrôle étranger.

- Produire en France :

Réindustrialiser, réorienter l’économie vers la production de biens utiles consommés sur place. Ce qui impliquerait aussi une politique de retour massif de la puissance publique dans l’économie, incompatible avec le discours antifiscal du FN.

Ce qui conduit à rendre à l’État ses prérogatives économiques :

- Renationaliser pour les restaurer les services publics et les mettre au service de tous. Nationaliser les banques et confier les groupes médiatiques à leurs salariés pour désarmer l’oligarchie.

La nouvelle ère est celle de la lutte pour la décolonisation universelle, de l’émancipation des nations contre le capitalisme anglo-saxon et transnational, une lutte sociale et patriotique où tous peuvent se retrouver, quelque soient la religion, la couleur de peau, le sexe, l’orientation sexuelle. Le patriotisme a le vent en poupe. Il ne faut pas le laisser au FN, héritier lointain de toutes les trahisons nationales, de Coblence à Versailles, de la collaboration à l’OAS.

Les luttes « sociétales » qui enfoncent les portes ouvertes une fois les droits civiques accordés à ceux qui étaient discriminés, ce qui est en Occident le cas partout, manquent leur but, divisent le peuple, et ne font plus que manifester les ambitions sectorielles de la petite bourgeoisie de gauche, et l’individualisme de masse qui soumet les peuples au règne de la marchandise, dont ils ne pourront s’émanciper qu’en construisant à nouveau le socialisme.

GQ, 5 juillet 2013

Voir en ligne : Réveil communiste

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