Anniversaire du martyre de Fernand Iveton, militant communiste mort pour l’indépendance de l’Algérie

jeudi 17 février 2011
par  William Sportisse
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A ce vibrant hommage d’un communiste algérien, il convient de rajouter que c’est le triste sire François Mitterrand, garde des Sceaux de l’époque, qui, d’une signature dont il n’aura jamais assez de courage ni de franchise pour l’assumer publiquement, fit tomber le couperet qui assassina notre camarade Fernand Iveton. Au passage, saluons l’auteur de l’article, William Sportisse qui était présent aux journées internationalistes de Vénissieux pour apporter le témoignage du PADS dans le cadre du 90ème anniversaire du PCF.

Pascal Brula


« Pour l’Algérie de demain avec la lutte de classe qui s’annonce nous aurons besoin de tous les camarades… » (Extrait d’une lettre de prison de Fernand Iveton).

Après son arrestation le 14 novembre 1956 par les forces répressives du colonialisme français, Fernand Iveton a entretenu, avant son exécution le 11 février 1957, une correspondance suivie (une lettre par semaine) avec Maître Joë Nordmann, juriste international membre du Parti communiste Français qui prit en charge la défense de ses intérêts au côté de Maître Smadja alors membre du Parti communiste Algérien.

Le pouvoir colonial voulait impressionner les militants européens anticolonialistes qui désiraient s’engager dans la lutte armée. L’exemple donné par Iveton ne devait pas se reproduire. Il accéléra le rythme de la procédure en désignant d’office un avocat, Me Lainé, pour défendre Iveton qui fut traduit devant le tribunal et condamné à mort dix jours après son arrestation. Le directeur de la prison de Barberousse où il est placé en détention le 19 novembre 1956 après avoir subi d’horribles tortures, l’informe le 2 décembre « qu’il n’a pas le droit de correspondre avec ses avocats » (lettre du 8 décembre à Joë Nordmann). Mais Iveton ne tient pas compte de ce mensonge du directeur de la prison, exige du vaguemestre que ses lettres soient recommandées afin qu’un récépissé de transmission lui soit remis et qu’un accusé de réception lui confirme l’arrivée à leurs destinataires.

Dans son ouvrage qui dresse le bilan de sa vie professionnelle et politique intitulé "Aux vents de l’histoire" Maître Joë Nordmann écrit : « Parmi les affaires que j’eus à plaider pendant "les événements d’Algérie", une, entre toutes, m’a laissé le plus fort souvenir. Triste souvenir parce que mon client, mon camarade, est mort sur l’échafaud. Mais souvenir fervent, aussi, que celui de Fernand Iveton. Sa droiture, sa clarté d’esprit, sa fidélité aux principes de liberté et d’indépendance m’impressionnèrent lorsque pour la première fois je le rencontrai à la prison de Barberousse d’Alger. Il avait trente ans ». [1]

Joë Nordmann écrit encore que le Président de la République Française René Coty qui « était bien convaincu de l’injustice de la condamnation à mort de Fernand Iveton, l’a néanmoins envoyé à la guillotine. L’Algérie Française l’exigeait ». La bourgeoisie capitaliste française et la grosse colonisation terrienne ne pouvaient pas lui pardonner de s’être dressé contre l’oppression d’un peuple. Sa conscience de classe que partageaient tous ses camarades du Parti communiste Algérien ne pouvait que le conduire à comprendre les liens étroits existant entre la lutte contre l’oppression des peuples et l’exploitation de l’homme par l’homme. Sa conscience de classe l’amenait à distinguer les peuples de leurs oppresseurs et de leurs exploiteurs. Elle l’avait éveillé à cette idée que seule la lutte des peuples sur leur sol national et leur union à l’échelle internationale dans le combat contre leurs oppresseurs et exploiteurs étaient décisives pour les vaincre. Enfin, il était convaincu que le socialisme était la solution pour se débarrasser de l’exploitation et de l’oppression. Des passages de ses correspondances à Maître Joë Nordmann le confirment.

En effet, dans sa lettre du 25 janvier 1957 à propos des illusions de compagnons de détention on relève cette phrase : « Tous ici attendent l’ONU. Quant à moi je suis sûr que cela ne changera rien car notre lutte se joue sur le sol algérien avec nos alliés les plus sûrs, le peuple de France et son P.C.F ». Toujours dans cette lettre, il ajoute : « Pour l’Algérie de demain avec la lutte de classe qui s’annonce nous aurons besoin de tous les camarades, et les Algériens d’origine européenne doivent y participer. Mais quand je dis cela, dans mon esprit il n’y a pas de distinction raciale car les Musulmans aussi savent qu’ils auront à lutter pour leurs revendications sociales ». Enfin, dans sa lettre du 31 janvier 1957 il exprime à son avocat son ferme espoir « d’une libération prochaine avec la paix retrouvée dans la fraternité de nos deux peuples, gages certains de nos victoires futures pour le socialisme et la paix mondiale ».

Le combat qu’a mené Iveton n’est pas encore achevé, il est vrai. Il se poursuit encore sous nos yeux de nos jours. Les soulèvements populaires de Tunisie et d’Égypte qui ont chassé du pouvoir des exploiteurs bourgeois corrompus et corrupteurs qui se sont vendus à l’impérialisme et qui l’ont servi annoncent les victoires de demain contre l’exploitation et l’oppression pour l’émancipation des peuples de notre planète.

William Sportisse, PADS

16.02.11

Source : Alger Républicain

[1] Joë Nordmann, « Aux vents de l’histoire », Éditions Actes Sud, page 244.

Témoignage de William Sportisse (PADS) lors du 90ème anniversaire du PCF aux journées internationalistes de Vénissieux.


Commentaires

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mardi 22 février 2011 à 09h39, par  dfoulon

Il existe un livre de jean Luc-Einaudi « Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête » préface de Pierre Vidal-Naquet
éditions L’Harmattan 1986

jean Luc-Einaudi qui a publié de nombreux articles sur la guerre d’Algérie

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