À PROPOS DU « GAUCHISME »

, par  Jean-Paul Legrand , popularité : 62%

Il est nécessaire de donner des définitions précises aux mots quand on les emploie. J’apporte ici une explication de ce que le mouvement communiste entend par « gauchisme ».

LE TERME « GAUCHISTE » VU PAR LES COMMUNISTES

Dans la tradition communiste, le mot « gauchiste » ne désigne pas simplement quelqu’un de « très à gauche ». Il renvoie à une critique politique précise. Déjà chez Vladimir Lénine, dans son ouvrage « La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme ») », le gauchisme est défini comme une attitude qui privilégie la radicalité immédiate au détriment de la stratégie et du rapport de forces réel.

Pour les léninistes, le gauchisme est une impasse : il substitue l’affrontement spectaculaire à la construction patiente d’une majorité populaire. Il confond détermination et précipitation, pureté idéologique et efficacité politique.

LA VIOLENCE DE CLASSE ESTELLE

Les communistes ne nient pas la violence de classe. Les prolétaires subissent chaque jour la violence sociale : exploitation, précarité, discriminations, répression antisyndicale. Ils savent aussi que l’histoire montre que la grande bourgeoisie peut recourir au fascisme lorsque ses intérêts sont menacés.

Mais pour eux, la réponse ne peut être l’affrontement minoritaire ou la surenchère physique. La stratégie communiste vise l’organisation consciente, majoritaire et démocratique des travailleurs. Elle repose sur des actions de masse, unitaires, capables d’affaiblir la violence, d’isoler politiquement les forces fascistes, plutôt que de les renforcer. Dans un discours intitulé « Nous te tendons la main » du 11 avril 1936, le secrétaire général du PCF Maurice Thorez appelle d’ailleurs les travailleurs influencés par le fascisme à rejoindre le mouvement populaire et démocratique pour qu’ils isolent les chefs fascistes et rejoignent les intérêts de leur classe.

POURQUOI CERTAINS GROUPES SONT QUALIFIÉS DE « GAUCHISTES »

Dans ce cadre, des communistes qualifient de « gauchiste » une orientation qui privilégie l’affrontement physique avec des groupes fascistes. Ainsi, le groupe La Jeune Garde, proche de Jean-Luc Mélenchon, que le chef de la FI a encouragé, est parfois désigné comme « gauchiste » lorsqu’il affiche la volonté de s’opposer physiquement à des groupes d’extrême droite qui revendiquent eux-mêmes de « casser du gauchiste ».

Du point de vue communiste classique, cette logique tombe dans un piège : celui de la violence symétrique. Or ce terrain est précisément celui que cherchent à imposer les chefs de l’extrême-droite. En entraînant la gauche dans des affrontements physiques, ils tentent de la discréditer, de la présenter comme factieuse et antidémocratique, de se de diaboliser en faisant oublier l’histoire de leur mouvement qui a collaboré avec le nazisme et ainsi de détourner l’attention des enjeux sociaux.

L’ALTERNATIVE COMMUNISTE : L’UNION CONSCIENTE DES PROLÉTAIRES

La stratégie communiste vise au contraire à :
• construire l’unité la plus large des prolétaires,
• développer des mobilisations de masse démocratiques,
• conquérir et élargir les droits démocratiques,
• neutraliser tout ce qui divise le monde du travail.

L’objectif n’est pas la démonstration de force minoritaire, mais la conquête d’une majorité sociale et politique capable d’isoler les fascistes et de contenir la violence de classe de la grande bourgeoisie.

Pour les communistes, seule l’organisation unitaire, consciente et démocratique du peuple travailleur peut déjouer les pièges tendus au mouvement populaire. Le combat contre le fascisme ne se gagne pas dans des affrontements de rue isolés, mais dans la construction d’un rapport de forces majoritaire, enraciné dans les masses et porteur d’un projet de transformation sociale.

Tous ceux qui participent à soutenir ou à défendre les tactiques d’affrontements physiques de groupes minoritaires contre les fascistes se trompent lourdement d’autant plus qu’ils sont souvent manipulés pour des stratégies qui visent à privilégier les manœuvres électoralistes afin d’utiliser l’extrême-droite comme le repoussoir qui leur permettra d’être élus. A part qu’à jouer à ce jeu cynique ce sont les fascistes s’appuyant sur la souffrance des gens qui pourraient l’emporter.

Jean-Paul LEGRAND
20/02/2026

Image : toile du peintre allemand Gerhard Richter

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