Revue de presse autour des violence de Ferguson

, par  Gilbert Remond , popularité : 7%

Les États-Unis sont en guerre contre les peuples qui veulent maîtriser leur destin et qui refusent de se soumettre à leurs visées impérialistes, mais ils sont d’abord et avant tout en guerre contre leur propre peuple. L’histoire populaire des États-Unis en porte la marque depuis ses premiers jours, quand des colons venus de notre continent ont mis les pieds sur ce vaste territoire en 1492.

Howard Zinn, le notait dans l’introduction de son essai "Une histoire populaire des États-Unis". "A l’évidence, nous disait-il, Colomb et ses successeurs n’arrivaient pas dans des régions sauvages et inhabitées, mais bien dans un monde aussi densément peuplé, par endroit que l’Europe elle-même, avec une culture complexe et des rapports humains plus égalitaires qu’en Europe. Quand aux liens qui unissaient hommes, femmes, enfants et environnement naturel, ils étaient plus harmonieux que partout ailleurs dans le monde".

C’est pourtant cette organisation humaine que les gentilshommes venus d’Europe ont piétiné sous les charges de leur cavalerie, inventant l’épuration ethnique avant que le langage de la média-sphère libérale n’en fasse une catégorie criminelle du droit international dirigée contre des tyrans désobéissants (les bons tyrans pouvant en toute impunité perpétrer leurs crimes). Sans vergogne, ils réduisaient au fil de l’épée les populations indigènes qu’ils confinaient ensuite dans de chétives réserves. Après avoir pillé, torturé, tué, incendié villages et plantations, l’élite européenne allait chercher en Afrique sa main d’œuvre qu’elle réduisait en esclavage pour s’occuper des siennes.

Howard Zinn nous dit que "quelques cinquante millions d’africains furent les victimes -mortes ou vivantes- de l’esclavage pendant ces quelques siècles que nous considérons comme les origines de notre civilisation occidentale moderne, cette civilisation dominée par les planteurs et les négriers de l’ouest de l’Europe et d’Amérique, régions prétendument les plus avancées du globe".

Ils s’agissait de pouvoir rembourser en or et en produits agricoles les actionnaires et les investisseurs des expéditions, de financer les bureaucraties monarchiques en pleine expansion et d’encourager la croissance des nouvelles économies fondées sur l’argent qui émergeaient du féodalisme pour participer à ce que Karl Marx appellera plus tard "l’accumulation primitive du capital". Ce système marqué par la violence exercé par une minorité sur la majorité fonctionne depuis cinq siècles. Il continue à vouloir imposer sa domination, au prix de conflits généralisés, mais c’est bien évidemment sur leur propre peuple que les classes dominantes issues de cette mutation l’utilisent dès lors où ceux-ci sortent des cadres autorisés.

La violence du capital américain à l’égard de ses travailleurs a toujours été impitoyablement employée par le recours de la force armée. Ne nous y trompons pas, si la crise du capital américain touche le monde entier, elle frappe en premier lieux les catégories populaires des villes américaines, et parmi elles, les "gens de couleur" dont la situation à toujours été celle d’une condition d’exploité. Les méthodes expéditives de ses forces de polices ne datent pas d’hier, elle tiennent à la période esclavagiste et à la haine raciale qu’elle autorisait. L’arrivée d’un président noir avait accrédité l’idée chez les naïfs d’une victoire progressiste, d’aucun attendant que cette police se comportent avec plus d’humanité sous une gouvernance démocratique issue des droits civiques. C’était ne pas tenir compte de la nature de classe de l’état américain et de la longue histoire de violences racistes et anti-populaire de son appareil répressif.

Est-ce un hasard si des événements comme ceux de Ferguson arrivent quand Gaza et le Donbass sont mis à feu et à sang par les exécutants de la politique impérialiste de la maison blanche ? Son système est impitoyable. La vie humaine n’a aucune importance dans ses calculs. L’ordre et le chaos sont les deux visages de ce Janus à tête d’aigle, mais l’ordre des maîtres esclavagistes est au bout du compte sa raison suprême, l’ordre par le chaos ! Brecht avait bien compris l’Amérique et sa mythologie mafieuse quand il écrivait "Dans la jungle des villes" : "Non... nous ne sommes pas libre. Ça commence le matin avec le café au lait, et avec les coups qu’on reçoit quand on a la malheur d’être un pauvre singe".

Nous devons comprendre que les grandes oligarchies occidentales, conscientes des conséquences des politiques d’austérité exigées par la rémunération sans fin du capital, quand la consommation et donc la production s’effondrent, se préparent à la guerre urbaine. La guerre contre les grandes villes populaires est de toute évidence le prochain théâtre d’opération des militaires qui leur sont inféodés. L’automne 2005 chez nous en était un signe avant coureur. Les événements de Ferguson ne sont pas les événements propres à un pays qui est depuis toujours en proie aux conflits communautaires qui a pour habitude de recourir aux militaires pour son maintien de l’ordre. Ferguson est l’exemple de ce qui pourrait arriver chez nous si les banlieues se reprenaient à flamber ; d’ailleurs la répression, qui avait lieu au même moment à Paris, des manifestations de soutien aux palestiniens, nous montre, s’il en était besoin, comment un pouvoir aux abois peut très facilement recourir à de telles violences de masse, pour peu qu’il s’entête dans ses postures partisanes à l’égard de populations reléguées et stigmatisées un temps par sa politique coloniale.

Gilbert Rémond

- Les USA ou le caractère impitoyable du système capitaliste

Les événements de Ferguson, marquent pour ce pays l’immense ampleur de l’inégalité sociale et le caractère impitoyable du système capitaliste.

L’exécution policière du jeune de dix-huit ans, Michael Brown, non armé et la répression brutale des protestations que ce meurtre raciste a provoqué en est le révélateur. Des points de contrôle ont été établis partout dans la ville et la police exige de voir les papiers des passants, elle arrête et menace des journalistes, interpelle des habitants.

Pour réprimer les manifestants pacifiques dans les rues de Ferguson, le gouverneur de l’État avec l’aval d’Obama, a instauré l’« état d’urgence » et le déploiement de la Garde nationale utilisant des chars, la police anti-émeute en treillis militaires camouflés, armés de fusils automatiques utilisant des gaz lacrymogènes et tirant des balles en caoutchouc. Le pouvoir a imposé des restrictions de vol au-dessus la ville, interdisant ainsi la couverture médiatique depuis les airs...

- Les flics se déchaînent, par Paul Craig Roberts

Un billet de Paul Craig Roberts… Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics. Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Sa vision décape, en général…

Paul Craig Roberts, 15 août 2014

Mise à jour : J’ai reçu quatre ou cinq courriels de lecteurs qui se plaignent que la personne sur la photo ci-dessus, qui est une photo prise à partir de compte-rendus des médias, n’est pas la personne que les flics ont assassiné à Ferguson.

En quoi est-ce important ? La photo montre trois flics surdimensionnés pointant des armes militaires à bout portant sur un enfant noir levant ses mains. Un seul de ces flics non armé aurait maitrisé l’enfant. La photo montre que les policiers sont formés à l’utilisation d’une force excessive

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- Lire aussi sur DeDefensa : Manufacture des crises : cette fois à Ferguson, Missouri

La répression actuelle des manifestations populaires à Ferguson, Missouri, a attiré l’attention non seulement sur la façon dont la police a sauvagement abattu un jeune noir mais surtout sur la façon dont cette même police, équipée de matériels militaires lourds, réprime actuellement des manifestations de protestations qui n’ont rien d’inaccoutumé.

La police américaine dans la ville de Ferguson (USA, État du Missouri)

Il apparaît maintenant que les forces de sécurité intérieure (police, garde nationale) américaines ont été très récemment dotées d’équipements et de moyens jusqu’ici réservés aux militaires dans les zones de guerre. On pourrait penser qu’il s’agit de la simple récupération de matériels qui ne sont plus utilisées en Afghanistan et dans d’autres conflits dont l’Amérique semble actuellement se retirer. Mais il n’en est rien.

Il s’agit, non seulement pour la police mais pour l’armée, de se préparer à conduire des opérations militaires en milieu urbain. Et ceci non dans des pays où l’armée et les « secret forces » à son service interviennent déjà, comme en Ukraine, mais dans des capitales de pays réputés alliées et sur le territoire américain lui-même. En d’autres termes, en ce qui concerne les États-Unis, il s’agit pour le pouvoir américain de préparer la répression armée de manifestations s’en prenant à certains lieux représentant les symboles du pouvoir, et ceci, dans tous les états de l’Union, qu’ils soient réputés pauvres ou au contraire favorisés.

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).