Les questions posées au peuple et le congrès des communistes...

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Un congrès du PCF doit permettre aux communistes de mieux comprendre les questions qui sont posées au peuple dans l’affrontement de classe, et à formuler des propositions politiques fortes, qui répondent à ces questions, et puissent être des outils du mouvement populaire.

Voici quelques questions pour lesquelles le discours dominant, même de la gauche de la gauche est insuffisant pour mettre en mouvement de larges forces populaires

Y-a-t-il un autre capitalisme que celui que nous connaissons qui est toujours plus violent, toujours plus inégalitaire, injuste, anti-démocratique ?, un nouveau compromis entre travail et capital est-il possible ?

Peut-on réduire la pauvreté, la précarité, dans le cadre du système ? La solidarité est mise à l’épreuve entre les salariés de secteurs où l’emploi a été pour l’essentiel préservé et ceux qui subissent de plein fouet la précarité notamment dans le monde ouvrier, entre les couches moyennes et supérieures qui espèrent ne pas être confrontées au chômage, et les quartiers populaires qui (se) vivent massivement comme exclus et en marge de la société. Le FN, la droite utilisent ces divisions, les aggravent en utilisant les roms, les sans papiers comme symbole de la perte de protection qui menace, et faire de la concurrence de tous contre tous l’outil de la soumission au système. C’est le chacun pour soi qui n’est pas d’abord une nouveauté sociétale, mais au contraire le retour d’une domination de classe sur le monde du travail, de cette "guerre de classe" dont le grand spéculateur Warren Buffet disait en 2008 que c’est sa classe sociale, celle des riches, qui était en train de la gagner. La base commune du CN y fait référence, mais peut-on répondre à cette guerre sociale en affirmant qu’il faut "faire payer les riches", "taxer la spéculation", "construire des services publics" si ceux qui possèdent le capital continuent à avoir le pouvoir de décider des investissements, des revenus et des échanges ?

Le fait est, comme le montre l’économiste Remy Herrera, qu’il n’y a plus de marge de manœuvre dans le capitalisme, plus de compromis possible avec la grande bourgeoise, tant son intérêt vital pour maintenir son mode de vie, est d’obtenir une réduction massive des salaires et des droits. La conséquence est qu’une solidarité réelle assurant des droits à tous nécessite une véritable révolution, oblige à s’inscrire dans la construction d’une autre société, dans le renversement du rapport de forces entre capital et travail.

Que ce soit au niveau européen ou national, il n’y aura pas plus "d’Europe sociale" que de "capitalisme social". Le gouvernement écolo-socialiste est engagé dans la mise en œuvre déterminée d’une régression sociale de même ampleur que ce que le gouvernement Schröder a imposé à l’Allemagne précédemment. Il n’y a pas de résistance possible qui ne se place dans la perspective du socialisme !

Peut-on créer les millions d’emplois nécessaires pour sortir de l’économie du chômage, quels emplois, dans quelles conditions ?

La question de l’emploi est essentielle dans les représentations politiques. Toutes les forces politiques s’inscrivent dans l’acceptation de cette logique du travail comme un coût, que les entreprises ne peuvent en créer plus que ce que permet le marché, la concurrence. Cela pèse fortement sur les consciences. Au mieux, certains défendent l’idée qu’un emploi protégé localement, non délocalisable, de faible productivité mais de fort lien social, serait la solution. Mais le peuple sait aussi que les gains de productivité gigantesques font qu’aujourd’hui, il faut 10 fois moins d’ouvriers qu’il y a 30 ans pour produire la même chose ! Portons-nous le projet d’une société de petits paysans, artisans, services à la personne et fonctionnaires ? La question centrale de la production des moyens de vivre, matériels et immatériels, peut-elle se résoudre sans toucher aux grandes entreprises, à l’industrie, aux technologies ?

La proposition de sécurité emploi formation mise en avant par le parti, et reprise sous différentes formes à gauche comme à droite, met l’accent sur la garantie de droits des salariés tout en accompagnant les restructurations permanentes que génère la concurrence et l’innovation. Mais cela suffit-il à créer les millions d’emplois nécessaires pour sortir de l’économie du chômage ? Ne faut-il pas poser en grand la question d’une nouvelle réduction massive de la durée du travail ? d’une nouvelle organisation du travail fondée sur une appropriation toujours plus large des techniques pour en permettre un "bon usage", dans les processus de conception, de production, de distribution comme dans la consommation, une organisation dans laquelle les temps indirects d’appropriation sociale deviennent dominants (formation, citoyenneté au travail, évaluation participative, pris en compte des enjeux externes, relations aux usagers, à la recherche...).

Nous ne proposons pas seulement de nouveaux droits pour les travailleurs. Nous affirmons que la bourgeoisie est devenue incapable de diriger la société dans le sens de l’intérêt général, que les entrepreneurs sont aujourd’hui le plus souvent des rentiers, spéculateurs, affairistes spécialistes de la subvention publique et de l’optimisation des marchés, que les travailleurs doivent se considérer comme les véritables entrepreneurs, ceux qui peuvent décider quel travail est utile, sous quelle condition, pour quelle production, pour quel rôle social.

Nous devons privilégier dans les luttes les revendications politiques qui portent cette exigence de s’approprier les techniques, les finances, les marchés pour décider nous-mêmes. Longtemps les conflits se négociaient autour de la prime qui compense la restructuration. Ces derniers mois, de Florange à Fralib, de Aulnay à Sanofi, la question du rôle déterminant de l’état dans les décisions industrielles est de nouveau portée par des travailleurs. Il est temps de faire de la nationalisation des principaux moyens de production et d’échange le cœur de notre projet de société. Tant que le travail sera considéré comme le résultat de l’équation du profit, il sera impossible au peuple d’entrer en résistance, de poser massivement la question de la propriété du capital, pour décider collectivement du travail utile, nécessaire, de ses conditions et de son efficacité pour répondre à des besoins sociaux et individuels réels.

Un socialisme du XXIème siècle est-il une alternative à la crise du capitalisme ?, quel socialisme ? et donc quel bilan du XXème siècle ?

Tous les communistes le savent, la conscience des méfaits du capitalisme n’a jamais été aussi grande, mais la conscience qu’une autre société est possible, la capacité à décrire et nommer cette société n’a jamais été aussi difficile. Historiquement, les communistes affirmaient qu’une société sans classe, sans exploitation de l’homme par l’homme était possible et ne pouvait se construire qu’en enlevant le pouvoir d’état à la bourgeoisie pour lui substituer un pouvoir des travailleurs. Ce pouvoir ne pouvant évidemment pas résoudre tous les problèmes d’un coup, et évidemment pas dans un "grand soir", les communistes appelaient cette société dominée par les intérêts des travailleurs une société socialiste, dans laquelle les luttes de classes sont encore plus vives car elles construisent étape par étape une nouvelle société, débarrassée de toute domination et aliénation, le communisme.

Depuis la mutation engagée à Martigues, le vocabulaire du PCF a été bouleversé. Pendant longtemps, le mot capitalisme a été remplacé par libéralisme, les mots révolution ou lutte des classes délaissés. Ces mots sont revenus dans le discours de la direction, mais sans contenu réel. Ainsi, si la base commune du CN évoque la lutte des classes, c’est pour opposer les 1% aux 99%, comme si le peuple était homogène entre ouvriers, paysans, enseignants, commerçants, comme si les contradictions au sein du peuple n’apparaissaient pas toujours plus fortement. La "novation langagière" engagée à Martigues continue en 2012 ! Alors que la question de l’alternative au capitalisme est cruciale pour permettre au peuple d’être debout, le mot socialisme est absent du texte, et la société que nous voulons est décrite uniquement par le qualificatif "humain", comme si notre projet était tout entier dans un humanisme déconnecté de tout choix concernant les structures de la société, sans lien avec les questions concrètes posées aux travailleurs de qui possède, qui décide, qui contrôle.

Le peuple se pose pourtant avec raison des questions claires !

- le socialisme du XXème siècle, dans sa diversité de Russie à Cuba ou au Vietnam, a-t-il été un monstre qu’il faut rejeter et qui ne peut plus nous éclairer dans la crise ? Le projet de base commune se situe dans cette logique, faisant l’impasse sur les leçons que les communistes tirent de leurs expériences du siècle passé. Pourtant dans les ex-pays de l’Est, de larges parties des peuples expriment leur conscience que le capitalisme a détruit leur acquis sociaux, culturels, sans parler de leur économie ! Pourtant Cuba après avoir surmonté l’impact de la chute de l’URSS, du blocus qui continue, des tornades et tsunamis, surprend par la vigueur de son système politique, par ses capacités d’innovations. Pourtant la nature de la société chinoise est l’enjeu d’une bataille idéologique permanente, d’un côté preuve que le socialisme ne marche pas et conduit toujours au capitalisme, de l’autre preuve que les communistes sont des dictateurs en puissance incapables de construire la démocratie, dans les deux cas preuve de l’impossibilité de l’internationalisme des travailleurs, puisque ce sont des communistes qui imposeraient une concurrence meurtrière pour l’Europe. Pourtant plusieurs pays d’Amérique latine se sont lancés dans la construction d’un "socialisme du XXIème siècle". Pourtant, les dernières études historiques montrent que le socialisme réel ne s’est pas effondré "logiquement" parce qu’il était improductif ou inhumain. Au contraire, c’est bien une bataille économique, militaire, politique et idéologique qui a conduit l’URSS à sa chute, avec la trahison de larges parts des dirigeants [1].

Nous devons tirer un réel bilan du socialisme, les yeux grands ouverts sur les crimes comme sur les acquis, sur les échecs comme sur les réussites, et nous devons mesurer à quel point le socialisme issu de 1917 continue à marquer le monde du XXIème siècle, ses rapports de forces, ses espérances.

Nous devons donc nommer sans ambiguïté notre projet de société comme une société socialiste, réduisant par de larges nationalisations le pouvoir de la bourgeoisie, faisant appel au mouvement populaire pour inventer une nouvelle démocratie, de la cité à l’usine, encadrant le marché par des outils de planification démocratique.

- Le marché est-il l’instrument nécessaire de toute économie ?

Les pays socialistes avaient tous plus ou moins intégré le marché dans leur économie. Même Cuba s’y met après le 6ème congrès du PCC ! Alors si le marché est incontournable, peut-on vouloir changer de société ? Pourtant depuis 20 ans, notre peuple, comme la plupart des peuples européens, fait l’expérience des conséquences du marché sur des secteurs qui étaient auparavant nationalisés. Pour les télécoms, l’explosion de la téléphonie mobile et d’Internet a permis la création de nouveaux services, mais la facture pour les travailleurs n’a jamais été aussi élevée, et de plus en plus, ce sont les collectivités locales qui suppléent le marché pour déployer le très haut débit ! Pour l’électricité, c’est plus récent, mais chacun mesure l’impact de la dérèglementation sur les prix et le niveau de service [2]. Pourtant cette question n’est abordé dans le projet de base commune du CN que pour sa dimension écologique, comme si les questions d’emploi, de salaires, ou de conditions de travail n’étaient pas, elles aussi, au cœur de la nécessité d’une démarche de planification !

Pourtant le peuple est confronté de manière contradictoire au marché, percevant l’impact du marché financier prélevant sa part toujours plus grande sur les richesses produites, en colère contre les banques qu’il connait dans le quotidien et dont il a bien compris qu’il fallait les "sauver" quitte à détruire massivement ses emplois, mais aussi constatant la place prise par la marchandisation et la publicité dans les modes de vie, place qui semble incontournable et caractéristique de la modernité, s’étendant à de larges domaines de la vie, éducation, santé, loisirs, culture... De plus, la planification est assimilée à l’état, à la bureaucratie, à de grandes entreprises nationales dont ne ne peut que se méfier. Et les idées de l’écologie politique faisant du marché local, à circuit court la réponse pertinente contre le service public lui-même, a profondément marqué les consciences.

Le parti communiste doit s’exprimer clairement et sans ambiguïtés sur la "mixité" économique que nous proposons, comment nous concevons des nationalisations fortes, leurs liens avec les PME, la coopération internationale, les usagers.

Nous défendons clairement et simplement l’idée d’un plan conduit par un état démocratisé possédant les moyens de le mettre en œuvre, donc avec de larges nationalisations, des cadres règlementaires et fiscaux plus contraignant pour tourner l’effort des entreprises vers les objectifs de la société.

D’autres questions au cœur de l’affrontement idéologique freinent, et même stérilisent le mouvement populaire, en sapant les bases de son unité, de son engagement, de sa conscience d’être capable de nouvelles révolutions. Ce devrait être la préoccupation première des communistes préparant leur congrès, loin des artifices de langages et de la piste aux étoiles que nous propose la base commune du CN.

Pam

[1Lire "Le socialisme trahi" aux éditions Delga

[2Le temps de coupure moyen d’un abonné EDF n’a jamais été aussi long !

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