Y a t-il collusion entre Greenpeace et l’entreprise russe Gazprom ? par Michel Gay, citoyen, contribuable et consommateur français.

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Les principales conclusions du rapport de Greenpeace "Tod aus dem
Schlot [1]" (La mort qui nous vient des cheminées d’usine),
édité en avril 2013, indiquent que les émissions des centrales
allemandes au charbon sont la cause chaque année d’environ 3.100
décès prématurés, de la perte de 33.000 années de vie humaine et
de 700.000 jours d’arrêt maladie.

Sans compter les dommages causés dans les pays voisins (… dont la
France).

Et ces chiffres vont continuer à augmenter si on tient compte des
centrales en construction [2].

Après avoir réclamé et obtenu l’arrêt du nucléaire en Allemagne, Greenpeace en appelle à présent à une sortie totale du charbon d’ici 2030 pour le lignite, et d’ici 2040 pour le charbon vapeur, au profit d’une énergie moins polluante : le gaz !

Mais ce qu’il faut surtout noter à la dernière page du rapport de cette organisation irréprochable, c’est ce rappel d’indépendance : "Kein Geld von Industrie und Staat" (aucun argent en provenance de l’industrie et de l’Etat).

En est-on si sûr ?

Bien que Greenpeace s’enorgueillisse régulièrement d’être indépendant et de ne pas recevoir d’argent de l’industrie et de l’Etat, Gazprom [3] a financé officiellement la fondation World Wide Fund allemande (WWF). Et il est difficile de faire la différence entre Greenpeace et WWF sur les questions énergétiques.

L’orientation de Greenpeace en faveur du gaz peut se lire dans ses scénarios énergétiques qui demandent la fin du nucléaire et du charbon au profit des centrales à gaz, et donc l’augmentation de sa consommation, malgré un appel à la sobriété et à l’efficacité.

En effet, cet appel à être "sobre" ne suffira pas, loin s’en faut, à combler le déficit des productions électriques du nucléaire et du charbon qui représentent, à elles seules, plus de 60% [4] de la consommation de l’Allemagne en 2012.

La bienveillance des organisations écologistes vis-à-vis du gaz, russe notamment, peut se lire sur le site russe de WWF.

Extrait traduit en français d’un article [5] du 8 novembre 2011 sur ce site :


"Le gazoduc en mer de l’entreprise Nord Stream qui sera mis en service demain pour exporter le gaz naturel de Russie vers l’Europe est salué ("praised") par les associations écologistes. Le projet permettra d’accroitre la part du gaz naturel dans la consommation mondiale d’énergie ce qui fera une transition vers un futur à "bas carbone" et un substitut au charbon et à l’énergie nucléaire".

Mais WWF est cependant contre les gaz de schistes…

Doit-on en déduire que WWF et Greenpeace sont pour le gaz à condition qu’il soit russe ?

Le parlementaire européen Michal Tomasz Kaminski s’est interrogé sur les liens entre certaines organisations écologistes et l’industrie. Le 29 avril 2011, il a posé la question écrite ci-dessous au parlement européen [6] :

Sujet : Subventions des écologistes allemands par Nord Stream.


Selon des informations publiées le 6 avril 2011 par le quotidien "Gazeta Wyborcza", les dirigeants d’organisations écologistes allemandes qui étaient ouvertement opposées au projet de gazoduc de Nord Stream ont obtenu des postes de direction dans la fondation "Conservation Foundation German Baltic" qui est subventionnée par Nord Stream.

Cette fondation a été mise en place par les responsables de Mecklenburg-Western Pomerania, le WWF allemand, Les Amis de la Terre (BUND) et l’Union pour la conservation de la nature et de la biodiversité (NABU = NAture and Biodiversity conservation Union) avec l’entreprise Nord Stream, elle-même contrôlée par le consortium Gazprom qui est en charge du développement du gazoduc nord européen sur le fond de la mer Baltique.

Nord Stream, qui est un des sponsors fondateurs, a investi un total de 10 millions d’euros dans cette fondation.

Jochen Lamp, directeur de WWF Allemagne en est le Président directeur général et, la directrice du BUND, Corinna Cwielag en est Directrice adjointe. Le comité d’administration de la fondation sera présidé par un représentant de Nord Stream et ses membres incluront des représentants des organisations écologistes précitées.

Cela a soulevé des interrogations parce que, jusqu’à très récemment, le WWF et les Amis de la Terre (BUND) étaient des opposants farouches au projet du gazoduc nord européen en Allemagne, et ils ont été jusqu’à entamer des procédures juridiques contre l’autorisation de construire le gazoduc dans les eaux territoriales allemandes. Ces organisations ont abandonné ces actions depuis que Nord Stream a promis de subventionner la protection de l’environnement.

La Commission peut-elle dire si elle était informée de ces faits ? Si oui, quelle est son opinion sur ce sujet ?

Sinon, la Commission a-t-elle l’intention de s’intéresser à cette situation ? Quels sont les moyens de la Commission pour réagir s’il était découvert un conflit d’intérêt entre les différentes parties impliquées dans les activités de cette fondation, ou si elle venait à soupçonner une corruption ?

Extrait de la réponse [7] du Parlement européen en date du 16 juin 2011 :


Selon les informations dont dispose la Commission, en parallèle à la procédure judiciaire, un accord fut trouvé selon lequel Nord Stream AG acceptait de mettre en place des mesures de compensations supplémentaires pour satisfaire les ONG qui, en conséquence, retirèrent leur plainte.

Tout activité ou initiative en dehors de ce cadre, comme la création de la fondation en question, n’est pas du ressort de la Commission. Tout problème en lien avec un possible conflit d’intérêt évoqué par l’Honorable Membre doit être adressé au niveau national sur la base de sa législation. Le rôle de la Commission est seulement de s’assurer que les lois européennes et internationales sont respectées et, jusqu’à présent, il n’y a pas de raison de croire que cela n’a pas été le cas".

En résumé, selon la Commission européenne, si il y a une éventuelle collusion, ou un conflit d’intérêt, entre Greenpeace et Gazprom, ce n’est pas de sa compétence. Circulez, il n’y a rien à voir, ni à redire.

Conclusion :

L’organisation écologiste Greenpeace et les autres associations précitées, peuvent donc déclarer à bon droit, semble t-il, qu’elles ne reçoivent aucun argent de l’industrie (Kein Geld von Industrie und Staat) bien qu’elles soient impliquées activement dans une fondation subventionnée à hauteur de 10 M€ par l’industrie gazière Nord Stream.

Rappelons que cette industrie est contrôlée par le consortium russe Gazprom qui transfert le gaz de Russie vers l’Allemagne et plus généralement vers l’Europe de l’ouest.

Que le gazoduc construit par Nord Stream soit adoubé par Greenpeace qui soutient le développement massif des éoliennes et du photovoltaïque et qui, par ailleurs, favorise le développement de la consommation de gaz pour évincer le nucléaire d’abord, puis le charbon ensuite ne relève donc que d’une pure coïncidence.

Officiellement, il n’y a donc pas de financement par l’industrie, ni conflit d’intérêt, ni collusion entre l’ONG indépendante Greenpeace et le consortium gazier russe Gazprom.

Michel Gay

Citoyen, contribuable et consommateur français.

Voir en annexe pour la réponse complète alambiquée en anglais et sa
traduction en français.


ANNEXE A l’article : "Y a-t-il collusion entre Greenpeace et Gazprom ?"

Question d’un député européen le 29 avril 2011.

*Parliamentary questions*

*29 April 2011*

E-004021/2011

*Question for written answer to the Commission

Rule 117
MichaB Tomasz KamiDski (ECR) *

*** Subject : Funding of German ecologists by Nord Stream*

According to information published on 6 April 2011 by the daily
newspaper Gazeta Wyborcza, the heads of German environmental
organisations who were avowed opponents of the Nord Stream gas
pipeline project hold management positions in the Conservation
Foundation German Baltic, which is sponsored by Nord Stream.

This foundation was set up by the authorities of Mecklenburg-Western
Pomerania, WWF Germany, BUND (Friends of the Earth), and NABU (Nature
and Biodiversity Conservation Union), together with Nord Stream,
controlled by the Gazprom consortium, which is carrying out the work
to lay the north European pipeline on the Baltic seabed.

Nord Stream, which is one of the Foundation’s sponsors, has
invested a total of EUR 10 million in it. Jochen Lamp, head of WWF
Germany, is the Foundation’s chairman, and Corinna Cwielag, head of
BUND, is deputy chairman. The Foundation’s board of trustees will be
chaired by a representative of Nord Stream, and its members will
include representatives of the above environmental organisations.

This has aroused suspicions because until very recently, WWF and BUND
were extremely radical opponents of the north European gas pipeline
project in Germany, and had gone as far as bringing legal proceedings
against the authorisation to lay the pipeline in German territorial
waters. These organisations have dropped this action since Nord Stream
has promised funding for environmental protection.

In view of the above, can the Commission say whether it is aware of
the above circumstances ? If so, what is its opinion on this matter ? If
not, does the Commission intend to look into this situation ? What
means are available to the Commission to respond if it discovers a
conflict of interest between the various parties involved in the
activities of the above foundation, or if it suspects corruption ?

Original language of question : *PL*
<http://www.europarl.europa.eu/sides...>

OJ C 314 E, 27/10/2011

Last updated : 3 May 2011

Réponse de la Commission du Parlement européen.

Last updated : 3 May 2011

*Parliamentary questions*

*16 June 2011*

*E-004021/2011*
<http://www.europarl.europa.eu/sides...>

*Answer given by Mr Poto
nik on behalf of the Commission*

The Commission was informed about the facts mentioned by the
Honourable Member through a press release issued by Nord Stream AG on
31 March 2011, entitled : ‘Conservation Foundation German Baltic
established’. According to this, establishing the foundation was an
outcome that was agreed between Nord Stream AG and the environment
associations BUND Mecklenburg-Western Pomerania and World Wide Fund
(WWF) Germany in spring 2010 in connection with the construction of
the Nord Stream pipeline ‘... after it was determined that there
were no further specific environmental protection measures that Nord
Stream could have voluntarily taken. On the whole, the establishment
of the foundation is a logical and consistent complement to the
environmental activities that Nord Stream has put in place with regard
to the construction and operation of the pipeline within the German
stretch of the project’.

The Commission stressed on several occasions that with respect to
environmental issues of the Nord Stream project, an appropriate
environmental impact assessment (EIA) according to both EU and
international law (the ‘Espoo’ Convention of UNECE on tranboundary
EIAs) was required under the responsibility of the competent
authorities of the States concerned. The Commission ensured that such
EIAs as well as specific assessments with respect to nature
protection, where appropriate, were carried out according to EU and
international law.

This was the case in Germany where additional nature protection
assessments were carried out under the responsibility of the competent
authorities, including those responsible for nature protection.
However, the compensation measures imposed to Nord Stream AG by the
national authorities as a result of these assessments were not
considered sufficient by the NGOs in question, who decided to bring
the case to the appropriate national courts. According to the
information available to the Commission, in parallel to the court
proceedings, an out-of-court agreement was reached, on the basis of
which Nord Stream AG accepted to adopt additional compensation
measures to the satisfaction of the NGOs, who subsequently withdrew
the case.

Any activity or initiative outside this framework, like the
establishment of the foundation in question, is not for the Commission
to comment or deal with. Any issues related to possible conflict of
interest referred to by the Honourable Member, need to be addressed at
the national level, if appropriate, on the basis of the national
legislation. The role of the Commission is only to ensure that EU and
international environment law are respected and until now there is no
reason to believe that this has not been the case.

OJ C 314 E, 27/10/2011

Traduction en français :

"La Commission était informée des faits mentionnés par l’Honorable
Membre par un communiqué de presse de Nord Stream le 31 mars 2011
dont le titre était :

"Conservation Foundation German Baltic established".

Selon ce communiqué, cette fondation est le résultat d’un accord
entre Nord Stream AG et les associations environnementales BUND
Mecklenburg-Western Pomerania et le World Wide Fund (WWF) allemand au
printemps 2010 en liaison avec la construction du gazoduc Nord
Stream… après qu’il fut déterminé qu’il n’y avait plus d’autres
mesures de protection environnementale que Nord Stream pourraient
volontairement prendre. Au global, la mise en place de cette fondation
est logique et cohérente avec les activités environnementales que
Nord Stream a mis en place au regard de la construction et de la mise
en œuvre du gazoduc dans le cadre des directives allemandes du
projet.

La Commission a souligné plusieurs fois que tout en respectant les
problèmes environnementaux du projet Nord Stream, une étude
appropriée de l’impact environnemental (EIA), selon à la fois les
lois européennes et internationales (la convention "Espoo" de l’UNECE
sur les EIA transfrontaliers) était nécessaire sous la
responsabilité des autorités compétentes des états concernés. La
Commission assure que de telles EIA, tout comme des études
spécifiques respectant la protection de la nature, sont appropriées
quand elles sont menées selon les lois européennes et
internationales.

Ce fut le cas en Allemagne où des estimations complémentaires de
protection de la nature furent menées sous la responsabilité des
autorités compétentes, incluant les responsables de la protection de
la nature. Cependant, les mesures de compensations imposées à Nord
Stream AG par les autorité nationales ainsi que le résultat de ces
estimations ne furent pas considérés comme suffisants par les ONG en
question, qui décidèrent de porter l’affaire en justice. Selon les
informations dont dispose la Commission, en parallèle à la
procédure judiciaire, un accord fut trouvé selon lequel Nord Stream
AG acceptait de mettre en place des mesures de compensations
supplémentaires pour satisfaire les ONG qui, en conséquence,
retirèrent leur plainte.

Tout activité ou initiative en dehors de ce cadre, comme
l’établissement de la fondation en question, n’est pas du ressort de
la Commission. Tout problème en lien avec un possible conflit
d’intérêt évoqué par l’Honorable Membre doit être adressé au
niveau national, si c’est le bon niveau, sur la base de la
législation nationale. Le rôle de la Commission est seulement de
s’assurer que les lois européennes et internationales sont
respectées et, jusqu’à présent, il n’y a pas de raison de croire
que cela n’a pas été le cas".

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