Loi Esclavage

Violence policière : « On peut rien contre eux » (titre original : A Vaulx-en-Velin, des lycéens debout)

, par  Loan Nguyen , popularité : 1%
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Dans la banlieue lyonnaise, les élèves du lycée Robert-Doisneau, mobilisés toute la semaine, racontent le "quotidien" des provocations.

Il flotte comme une atmosphère de vacances avant l’heure devant le lycée Robert Doisneau de Vaulx-en-Velin, en banlieue lyonnaise, ce vendredi matin. Regroupés sur le parvis de l’établissement, ils doivent être environ deux cents à bloquer leur lycée pour protester contre la loi El Khomri, sans avoir vraiment besoin d’entraver les entrées du bâtiment. La matinée de cours a semble-t-il été banalisée par les enseignants. Autour d’une sono artisanale, les adolescents chantent, dansent, discutent et chahutent un peu. A mi-chemin entre l’ambiance cour de récré et la boum de fin d’année. « Ça va partir en The Voice ! », lance l’un d’eux, amusé. Quelques parents d’élèves de la FCPE gardent un œil sur les jeunes et sur les policiers qui se tiennent en retrait. Difficile d’imaginer que les forces de l’ordre ont procédé à vingt-cinq interpellations depuis le début de cette semaine de blocage, marquée par des violences policières et des jets d’œufs et de patates de l’autre côté.

« Ils se sont mis à trois sur moi, deux de la BAC et un de la police nationale. »

Pourtant, en quelques minutes, l’atmosphère bascule. Partis en cortège pour manifester devant le lycée professionnel des Canuts, à quelques dizaines de mètres de leur établissement, les élèves de Doisneau se retrouvent confrontés à un cordon de policiers en tenue de combat, qui dégainent matraques, flash-ball et gaz lacrymogènes avec une nervosité extrême. Quelques projectiles symboliques – bouteilles en plastique, poignées de gravier – sont lancés sur les fonctionnaires, qui se jettent sur deux garçons pour les interpeller. Le cortège se replie vers le commissariat à quelques dizaines de mètres pour manifester leur soutien aux jeunes arrêtés. Mais là aussi, un comité d’accueil musclé les arrose généreusement de gaz lacrymogènes, poussant les lycéens à revenir devant leur établissement.

Si la violence des forces de police échauffent les esprits, les lycéens semblent pourtant loin d’être surpris par la disproportion de la répression. Youssouf, élève de seconde à Doisneau, a lui-même été interpellé devant son lycée plus tôt dans la semaine. Sur son visage encore poupin, un coquard noir vire au jaune. « Ils ont cru que j’avais jeté un truc. Ils se sont mis à trois sur moi – deux agents de la BAC et un de la police nationale – pour me prendre derrière le mur. Ils m’ont mis une balayette pour que je tombe à terre et m’ont passé les menottes. Ils m’ont relevé et m’ont remis à terre avec une balayette en me traitant de sale bâtard et de fils de pute », décrit-il, à la fois écœuré et blasé. « Ils m’ont emmené au commissariat, et après trois heures de garde-à-vue, ils m’ont transféré dans une salle où il y avait deux OPJ [officiers de police judiciaire, Ndlr] qui prenaient les déclarations de ceux qui avaient été arrêtés. Comme je n’ai pas arrêté de nier que j’avais jeté quelque chose, l’OPJ qui s’occupait de moi a fait sortir son collègue et la personne qui était interpellée. Et là, il m’a soulevé et m’a frappé », explique le jeune garçon de 16 ans, qui affirme qu’à aucun moment, la police ne lui a notifié ses droits – notamment à un avocat ou à voir un médecin - ni n’a filmé la garde-à-vue comme cela est pourtant obligatoire pour les mineurs.

« J’ai entendu un flic dire "Retourne dans ton pays" à un copain irakien »

Comme au final, la police n’a trouvé aucune charge sérieuse à retenir contre Youssouf, celui-ci a été relâché avec une convocation à la maison de la justice pour un rappel à la loi. Hamza, jeune majeur arrêté en même temps que Youssouf, confirme avoir dû sortir de la salle avec l’agent de police qui prenait sa déclaration à la demande de l’officier de police judiciaire qui interrogeait Youssouf. « Je l’ai entendu se faire frapper derrière la porte. Juste avant qu’il l’amène dans la salle, j’avais entendu l’OPJ dire qu’il était énervé parce qu’il avait pas eu son café du matin », lâche-t-il, comme si tout cela était logique. Un copain à côté insiste : « Il faut qu’il porte plainte ! ». « On peut rien contre eux, c’est notre parole contre la leur », rétorque Hamza, fataliste. Lui-même estime avoir été "bien traité" par la police, même s’il est sorti de sa comparution immédiate avec quatre mois de prison avec sursis et 400 euros d’amende. « Ils m’ont informé de mes droits et m’ont amené à boire et à manger », explique-t-il, notant juste « les insultes habituelles de la BAC, du genre "sale pédé" » comme quelque chose d’anodin. « Dès qu’ils font une descente dans les quartiers, c’est pareil », lance-t-il en haussant les épaules. « Lundi, devant le lycée, j’ai entendu un flic dire "Retourne dans ton pays" à un copain irakien », dénonce Fayçal, 17 ans.

Derrière l’indignation – réelle – que ressentent les jeunes contre la loi El Khomri, il y a aussi « un ras-le-bol face à comment fonctionne la société », explique Noémie, élève en première L. « Vaulx-en-Velin est la troisième ville la plus pauvre de France. Certains policiers sont gentils, mais la plupart, s’ils peuvent te la mettre, ils te la mettent », constate Hamza. « Ces jeunes sont confrontés au racisme, à la misère, à la relégation, et c’est le fond de ce qu’ils expriment », analyse Gilbert, père d’une élève de terminale et militant communiste.

Alors que dans deux jours le gouvernement s’apprête à tenir une grande opération de communication à Vaulx-en-Velin autour de son projet de loi « Egalité et citoyenneté » pour tenter de convaincre les habitants des quartiers populaires qu’il ne les oublie pas, une telle initiative pourrait être vécue comme une véritable provocation par les jeunes Vaudais.

Loan Nguyen

Voir en ligne : Dans l’Humanité du 11 Avril

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