Une résistance à l’expulsion locative fait resurgir la solidarité de classe

, par  Guillaume Sayon , popularité : 2%

Alors que j’étais studieusement installé dans un bureau de la fédération du parti pour préparer la diffusion de notre tout dernier journal départemental de la santé, un journal qui nous permet d’aller aux portes des hôpitaux du département partout où nous sommes organisés, mon téléphone sonne. Une camarade avionnaise me dit de vite la rejoindre car il y a une expulsion locative d’une famille qui est en train de mal tourner et il y a un besoin urgent de renforts militants. J’arrête mes activités brutalement et me rends donc au plus vite à l’adresse indiquée. Les urgences de terrain passent avant le reste, beaucoup de camarades savent de quoi je parle. Me voilà sur place. Difficile de ne pas repérer où se passent les événements car l’attroupement est assez impressionnant. Tant celui des militants, des voisins que des forces de police, anormalement mobilisées pour une "simple" expulsion locative. Sur place je croise de nombreux camarades du parti, le maire et des collègues élus de la ville. Des agents de police… Beaucoup d’agents de police.

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Expulsion locative à Avion

Je discute rapidement avec les camarades, prends un peu le pouls et là, stupéfaction. Il n’est pas ici question de gérer notre première affaire d’expulsion. Malheureusement, cela arrive trop souvent dans notre secteur. La pauvreté est un mal tentaculaire dans notre bassin. D’habitude, la mairie est informée lorsqu’une expulsion a lieu sur la commune. Ensuite on ouvre un dialogue avec le bailleur et on tente de trouver une solution pour éviter le pire, le pire étant bien évidemment de mettre une famille à la rue. Cette fois-ci, pas de dialogue. L’huissière s’est enfermée dans la maison et refuse le dialogue. Les forces de police nous empêchent d’accéder au logement et font montre d’une agressivité inhabituelle. Est-ce besoin de rappeler que le maire est officier de police judiciaire et qu’à ce titre il a un rapport hiérarchique avec les agents de police de la ville.

La différence, c’est que des ordres précis ont été donnés par la sous-préfecture. Il faut aller jusqu’au bout quitte à faire preuve de violence. De plus, nous avons donné ces derniers mois du fil à retordre aux services de la préfecture. Occupation d’école puis de l’inspection académique avec une victoire à la clé, l’occupation du centre des impôts de Lens pour sauver notre perception avec à nouveau une victoire au bout, un rassemblement devant le commissariat de la ville pour lutter contre la suppression de l’équipe de nuit de la BAC… Un peu partout, on parle de nous comme étant le village gaulois. Nous-mêmes en rions tout en faisant le triste constat qu’effectivement, des élus aussi mobilisés et déterminés il n’y en a que trop peu. Bref, sans doute n’y a t-il pas assez d’élus communistes dans l’hexagone. Et puis il faut tout de même rappeler une chose, ce contexte d’un état d’urgence qui devient permanent. L’état d’urgence qu’est-ce donc en réalité ? C’est mobiliser des moyens colossaux pour tuer dans l’œuf toute tentative de résistance ! Les bonnes vieilles méthodes de la droite magistralement incarnées par un pouvoir socialiste en phase terminale. La belle mobilisation contre la loi travail, le phénomène nuit debout… Cela commence à faire beaucoup. Le capital est tout juste en train de se donner du mal pour nous vendre Macron en 2017, cela n’est pas pour que le bouillonnement populaire qui fait suite à un ras-le-bol général permette de renverser la table et de faire en sorte que l’on oblige les gavés, les tellement gavés qu’ils n’ont d’autre choix que d’aller cacher leur fortune au Panama, en Suisse, au Luxembourg ou dans les îles britanniques, à prendre leurs jambes à leur cou pour fuir la Terreur, entendez par là la reprise en main de son destin de la classe des exploités.

Mais j’en reviens à mon histoire. Un camion de déménagement est rempli des meubles de cette modeste et honnête famille avionnaise. Des camarades montent dans le camion et refusent de descendre malgré les coups musclés de la police. Nous formons une chaîne humaine sur le plateau du camion pour empêcher sa fermeture. La police se montre très violente. Le maire lui-même est malmené et c’est peu de le dire. Cependant on ne lâche pas, on tient bon. Les camarades arrivent les uns après les autres et viennent renforcer la chaîne solidaire. Des voisins sortent et nous prêtent main forte. Dans le même temps d’autres forces de police arrivent. 47 agents de police, de CRS sont mobilisés au plus fort de la crise. Imaginez les moyens déployés pour expulser une famille.

Cette famille est-elle dangereuse ? Y a t-il, surplombant la pile de dossiers du ministre de l’intérieur Cazeneuve un dossier spécial au nom de cette dernière ? Non, rien de tout cela. La famille en question est une famille modeste de la ville qui a un retard de loyer d’environ 2000 euros. Le monsieur travaille et touche un salaire de 1100 euros. Le loyer est de 500 euros (logement social !). Ces honnêtes gens n’ont plus droit à l’aide au logement puisque leurs enfants sont maintenant grands. Ils ont eu une facture d’électricité de 700 euros et ils aident leurs enfants financièrement comme ils le peuvent et comme n’importe quel parent le ferait. Ils se sont donc retrouvés dans une situation extrêmement précaire. Ce quotidien, il est celui de milliers de familles aujourd’hui.

Désespérés, ces braves gens nous ont appelés en mairie ne sachant plus quoi faire. Sans doute, ne s’attendaient-ils pas à une telle mobilisation, à un tel élan de solidarité. Des voisins sont venus et ont proposé de prêter de l’argent à la famille pour qu’elle puisse garder son domicile. Mais rien n’y fait, l’huissière voulait faire du zèle et se régale visiblement à faire vivre une justice de classe impitoyable. Pas la moindre forme d’humanité. Devant notre détermination, un représentant du bailleur a finalement accepté de se rendre sur place. Nous avions 10 minutes pour trouver un accord avant que la police ne passe à l’action. Une grosse partie des forces de l’ordre n’attendait que cela. Ces deux lignes de front devant cette maison se transformaient en reconstitution de la bataille de Stalingrad. Il aura fallu l’acharnement du maire pour qu’un sursis de deux mois soit arraché, période durant laquelle nous allons faire en sorte de trouver une solution pour la famille avec le service d’action sociale de la ville. Notre lutte, une fois de plus, a payé.

Celle-ci a un caractère particulier à plus d’un titre. D’abord, nous donnons de la respiration à une famille désemparée qui en quelques heures aurait du, par la force, quitter le logement qu’elle occupe depuis des années maintenant pour une somme dérisoire. Ensuite, parce que la police s’est montrée menaçante, méprisante, arrogante. Une chose est certaine, on voulait nous faire passer un message clair. La révolte à Avion, cela doit se terminer. Ça ne sera finalement pas pour maintenant. Les communistes ne renoncent jamais. Madame la sous-préfète vient ce soir de déclarer dans la presse sa colère et fait peser le risque de la destitution. Cela ne serait pas la première fois qu’un maire communiste de la ville est destitué. Notre prédécesseur Amédée Capron avait été destitué pour avoir érigé une banderole sur le fronton de la mairie : « Paix en Algérie ! ». Ce type de menace ne nous fera donc pas reculer ! Et puis, cette victoire c’est aussi et surtout celle de la solidarité. Cette solidarité du voisinage lui aussi modeste mais prêt à mettre la main à la poche pour aider la famille. Une solidarité de classe, je n’ai pas peur de le dire. Les voisins criaient leur indignation, certains esprits commençaient même à s’échauffer. Vous reprenez foi en l’humanité devant une telle situation. Ici on vote front national, comme partout. Les dernières régionales ont fait mal. Mais je suis persuadé que parmi la foule des habitants du quartier présents sur place, ceux qui votaient pour l’extrême-droite sont maintenant vaccinés. Il n’y a pas un élu FN qui ferait ce que nous avons fait. Pas un seul. C’est le chant de l’Internationale qui a raisonné pendant que la police nous poussait violemment. J’en ai des frissons rien qu’à l’écrire. C’est le parti des mineurs, des ouvriers du textile, de la sidérurgie qui était là debout, déterminé, révolté.

L’avenir il est là. Organiser la lutte au local, en partant des préoccupations des gens. Créer des solidarités là où on pense qu’elles n’existent plus. La colère est grande dans notre peuple. Les coups pleuvent mais le point de non-retour est en train d’être franchi. Créons donc partout ces chaînes solidaires, ne laissons plus d’espace nulle part à l’injustice. C’est le rôle des communistes et de toute celles et ceux qui se reconnaissent dans leurs valeurs et leurs batailles. Victor Hugo nous disait que le paradis des riches est fait de l’enfer des pauvres. Il est plus que temps maintenant d’inverser les rôles…

Voir en ligne : sur le blog de Guillaume Sayon (élu PCF Avion)

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