Un "tournant social-démocrate" du président de la république ?

, par  pam , popularité : 1%

Les médias nous ont présenté en grande pompe le "tournant social-démocrate" du président de la république et le gouvernement semble vouloir jouer d’une "stratégie du choc" qui espère décourager toute opposition en annonçant des restructurations géantes. Sarkozy évoquait des réductions de dépenses publiques de 10 milliards, Hollande en promet 50, Gattaz en demande 100... Sarkozy complétait clairement qu’il fallait pour cela ne pas renouveler un départ en retraite sur deux. Hollande bien sûr ne dit rien sur les suppressions d’emploi publics correspondantes en tentant de vendre les promesses de création d’emploi privé que le président du MEDEF, Gattaz se refuse à confirmer... sachant que son père déjà président du CNPF de l’époque avait promis lui 500.000 emplois si on supprimait l’autorisation administrative de licenciement... Ce fut fait, avec ensuite une forte progression du chômage !

La politique conduite depuis 2012 était pourtant déjà très marquée à droite, les réformes réactionnaires de Sakorzy étant non pas remises en causes, mais au contraire prolongées et renforcées, celle des retraites qui conduira à de nouvelles baisses de pensions touchées encore plus tardivement, celle des collectivités qui affaiblit encore les communes, celle du droit du travail qui donne encore plus de pouvoirs aux chefs d’entreprise pour précariser, restructurer, licencier, celle de ce néo-colonialisme qui sème la guerre partout pour détruire des états indépendants au profit des multinationales, tout cela dans un contexte de régression sociale et économique qui détruit la vie de milliers de familles d’ouvriers, d’employés.

Pour François Hollande ça ne suffisait pas ! Avec 50 milliards de réduction de dépenses publiques annuelles, ce qui représente de l’ordre de 250.000 emplois publics à supprimer [1], le démontage d’une des 4 branches de la Sécurité sociale, et l’accélération de la réforme anti-républicaine des métropoles, François Hollande porte un coup terrible à notre peuple, au monde du travail, aux services publics, et aussi à ce qui restait d’espoir à gauche.

Faut-il pour autant parler de "tournant social-démocrate", comme si Hollande et le parti socialiste avaient été "retournés" par la pression de la crise, de la dette, ou de la "perte de compétitivité" de la France, par la pression de la "finance" qui serait aux commandes de tout, contre laquelle il avait annoncé vouloir faire la guerre, et à laquelle il aurait finalement cédé...

François Hollande avait-il réellement l’intention de "s’attaquer à la finance" et a-t-il réellement été convaincu depuis, de lui céder ? Cette analyse a de lourdes conséquences politiques. Si c’était le cas, il faudrait alors agir pour "re-retourner" Hollande et le PS. Autrement dit, la question principale posée à notre peuple serait la conscience des socialistes, en fait des dirigeants socialistes, et il faudrait les convaincre de "revenir à gauche".

Or, s’il y a évidemment une certaine diversité des dirigeants socialistes dans l’histoire, faut-il considérer que leur action politique est déterminée d’abord par un état d’esprit personnel qui les conduirait parfois à gauche, parfois à droite, et sur lequel il faudrait alors peser ? Ne faut-il pas chercher à comprendre les rapports de forces qui conduisent les oligarchies économiques à franchir à chaque alternance de nouveaux pas réactionnaires dans le démontage du compromis social et républicain, avec la droite comme avec la gauche ? Et d’ailleurs, quel gouvernement socialiste dans l’histoire a-t-il assumé une politique de gauche ? au-delà des quelques mois suivant l’élection comme en 81 ? Il suffit de voir à quel point la droite s’appuie sur le discours de Hollande pour en rajouter dans ce "toujours plus" à droite qui marque notre pays depuis si longtemps.

Nous évoquions déjà cette question dans un article précédent, en citant une phrase de Thorez en 1932 :

« Pour masquer son rôle, le parti socialiste emploie une phraséologie de gauche afin de tromper les ouvriers, de les détourner de la lutte révolutionnaire contre le capitalisme et contre sa dictature qui se couvre du manteau "démocratique" »....

« C’est pourquoi le parti communiste qui n’a pas d’autres intérêts que ceux de la classe ouvrière mène un si rude combat contre le parti socialiste. Mais s’il combat, s’il démasque le rôle du parti socialiste et de ses chefs, il distingue ceux-ci des ouvriers socialistes. Il leur tend fraternellement la main et les invite à la lutte à nos côtés contre la dictature du capital »...

« Notre arme essentielle, c’est le front unique à la base ».

Le constat que le parti socialiste se présente au peuple comme "de gauche", pour stériliser sa capacité de résistance à une politique de droite, n’est donc pas du tout nouveau. Mais la longue période d’union de la gauche a habitué de nombreux communistes à considérer que le changement de société passait par la victoire électorale de la gauche. Cette stratégie décidée dans les années 60 par notre parti, mise en œuvre dans les années 70, victorieuse au profit des socialistes en 81 s’est trouvé confrontée à la réalité des coups répétés contre les salaires, les services publics, les acquis sociaux... conduits par la gauche arrivée au pouvoir.

Si la stratégie du programme commun avait provoqué des débats vifs dans le PCF, l’unité du parti avait cependant tenu le coup pour l’essentiel. Au contraire, les contradictions internes de la direction face aux politiques socialistes des années 80, la mutation de Robert Hue, dirigeant symbole de l’influence des élus communistes de l’union de la gauche, la fuite en avant dans la recherche d’une issue politique en dehors de la reconstruction d’un grand parti communiste, tout a conduit au contraire à l’éclatement politique et territorial avec des stratégies électorales de plus en plus divergentes dans toute la France, jusqu’à cette situation de 2014 où les communistes sont dans la moitié des villes avec le PS le plus souvent dominant, et dans l’autre moitié, face au PS décidant notamment, ce qui n’est pas nouveau, de tenter de prendre des villes communistes.

Et la perception par les communistes de ces situations est elle aussi très diverse. Certains utilisent le Front de Gauche comme une alternative à l’union de la gauche en considérant qu’on ne peut accepter d’accord de second tour avec le PS que sur la base d’un rapport de forces renversé. D’autres comme un outil d’élargissement d’une gauche radicale dans l’objectif d’accords plus favorables avec le PS. D’autres font tout pour maintenir l’autonomie du parti dans le débat électoral, souvent en proposant des listes de rassemblement beaucoup plus larges que le Front de Gauche. D’autres négocient âprement avec le PS pour maintenir et parfois renforcer la place du PCF en considérant le nombre d’élus comme la mesure de la force du parti... sans compter les logiques personnelles, locales, et que les réalités locales, les rapports de forces, les capacités militantes sont bien sûr elles-mêmes diverses.

La crise du modèle de l’union de la gauche est profonde et il ne faut pas s’étonner de cette diversité de situations et de perceptions tant le PCF reste pour l’instant incapable de proposer une stratégie alternative lisible, tirant toutes les leçons des échecs, ceux des années 80, ceux des années 90, ceux des années 2000.

Pourtant, ces élections municipales dans leur complexité peuvent être une expérience utile pour aider les communistes à penser une nouvelle stratégie politique à partir de deux constats majeurs qui peuvent être largement partagés :

- la force du parti communiste lui-même est essentielle, quelque soit ses stratégies d’alliance. L’hypothèse d’une mutation pour le fonder dans une nouvelle force politique est définitivement écartée, pas de grand parti unique de gauche, pas de grand parti unique de la gauche de la gauche...

- le parti socialiste est historiquement un outil captant des votes populaire de gauche pour conduire des politiques de droite en stérilisant les oppositions. Cette orientation politique doit être éclairée, dénoncée et combattue chez les travailleurs.

Et ce que la bataille des municipales peut aider à faire grandir chez les communistes, c’est l’idée que quelque soit la stratégie d’alliances, notre objectif est de construire le plus large rassemblement populaire sur des objectifs politiques clairs. Il ne s’agit pas de diviser les travailleurs entre gauche et droite, mais de lutter contre tout ce qui divise entre urbains et ruraux, exclus et intégrés, français et immigrés, croyants et non croyants, traditionalistes et modernistes... car ce qui fera bouger les lignes des rapports de force, c’est d’abord le rapport entre tous et les oligarchies qui dirigent, et la capacité d’unir des forces sociales malgré les contradictions qui les opposent est l’élément clé de toute issue politique.

Car les "chocs" organisés par Hollande ne sont pas des "tournants" mais des accélérations pour mieux répondre aux intérêts oligarchiques en considérant que notre peuple est désarmé, désuni, incapable d’organiser une vraie résistance.

Mais comme ils savent que ce n’est jamais une question totalement réglée, le parti socialiste prépare les prochaines élections municipales pour éviter à tout prix une contestation à gauche. Ils ont pour cela de multiples outils politiques pour maintenir le peuple sous l’eau, dans la résignation ou l’individualisme, empêcher le "tous ensemble" contre l’austérité et faire grandir tous les boucs émissaires, toutes les diversions, toutes les fausses pistes qui détournent la colère et d’éventuelles mobilisations loin des pouvoirs économiques :
- l’instrumentalisation de l’extrême-droite pour "pourrir" le débat électoral,
- la pipolisation de la vie médiatico-politique,
- l’utilisation de la guerre sur toute la planète pour tenter de légitimer un pouvoir "fort" tout en interdisant toute lecture positive d’un monde qui bouge,
- un Front National revenu aux bases du fascisme pour organiser la révolte populaire sur les questions sociales dans la division contre les roms, les arabes, les juifs...
- l’hésitation des directions syndicales à organiser une résistance globale dans le contexte d’une profonde division syndicale,
- l’enfermement de la direction du PCF dans une stratégie proeuropéenne qui l’exclut du monde ouvrier,
- la mise en scène permanente des questions sociétales comme élément de division du peuple,
- ...

C’est pourquoi le PS décide là ou il le peut de rompre l’union dans des villes dirigées par un maire communiste (à Dieppe, St-Denis, St-Ouen, Vénissieux...), sans doute pour une part pour compenser ses pertes inévitables face à la droite, mais surtout pour ne pas apparaitre comme le principal perdant et affaiblir encore le parti communiste, pour que le message politique des élections municipales ne contiennent pas "le retour d’un parti communiste autonome, renforcé", que des millions d’électeurs auraient choisi pour porter le refus de la politique de Hollande.

Les socialistes de Vénissieux l’ont dit crûment. Pour accepter une liste d’union, ils exigeaient des communistes de ne plus critiquer le gouvernement et de ne plus appeler à la "résistance contre l’austérité", de ne plus critiquer la métropole lyonnaise et la majorité gauche-droite de Gérard Collomb. Et ils exigeaient 50% de la majorité politique pour "normaliser" la ville et rompre justement avec son histoire de luttes sociales.

Cette stratégie du PS souligne la question clé des municipales. Le 23 mars 2014, le piège est ouvert pour les électeurs :
- renforcer la droite et l’extrême-droite ? Cela ne ferait que renforcer ce tournant politique social-libéral qui réjouit tant le MEDEF !
- Laisser tomber en renvoyant dos à dos gauche et droite indistinctement ? Le gouvernement espère bien cette situation qui lui laisserait les mains libres pour poursuivre ce tournant de l’ultra-rigueur...

Au contraire, les communistes représentent justement ce qui permet d’unir les habitants de toutes opinions autour de l’intérêt général, des services publics... tous ceux qui veulent défendre leur école, leur centre social, leur stade, leur cinéma, leur quartier, leur ville...

Dans leur diversité, les villes communistes sont un symbole de l’existence d’une issue possible : renforcer tous ceux qui sont capables à l’échelle d’une ville de construire le rassemblement populaire dont notre pays a besoin pour se relever.

[1En utilisant simplement le ratio actuel dépenses publiques /emploi public

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