Il y a le feu au lac...

Sur la position du comité exécutif (CE) du 17 juillet sur la Grèce Une note du CE a été envoyée à tous les militants, ce qui est rarissime

, par  Alfred Gautier , popularité : 4%

Pour commencer, une interrogation simple : l’exécutif exécute quoi exactement avec cette note ? Le programme l’Humain d’abord ? Non. Le texte de congrès "Il est grand temps de rallumer les étoiles" ? Non. Alors pourquoi le conseil national, normalement véritable direction, n’a-t-il pas été réuni ? Ce serait la moindre des choses.

En effet, la direction du PCF est ébranlée comme rarement. Le CE voit bien que de « lourdes questions » sont posées sur l’épisode des négociations entre la Grèce et ses créanciers. Il faudrait « tirer les leçons ». Mais la haute direction entend les tirer seule, à l’abri des communistes, priés de relayer la bonne parole.

Et cette direction déborde manifestement d’optimisme : « L’accord du 13 juillet est une défaite dans le combat pour imposer une solution viable et juste pour le peuple grec et les peuples européens. Mais la bataille continue ».

La bataille continue comment ? Seule une « élévation de notre bataille en France et en Europe » serait nécessaire, et non une autre orientation politique. Il faudrait juste « élever » le rapport de forces.

Il n’y a aucune remise en cause du soutien personnel et inconditionnel à Alexis Tsipras. Pour autant que je sache, les communistes n’ont pourtant jamais voté pour les embrassades ad vitam aeternam entre Laurent et le capitulard Tsipras. Un dirigeant qui fait le contraire que ce qu’il avait promis à son peuple, à savoir tourner le dos à l’austérité et à la Troïka.

Figure dans l’analyse du CE un rappel du vote négatif du CC de SYRIZA sur l’accord européen. Mais on trouve aussi la phrase suivante : « Nous devons être très vigilants à ne pas nous immiscer dans les débats internes de Syriza ». Une assertion complètement hypocrite quand tout le texte charge uniquement la Troïka, dédouane Tsipras de ses responsabilités et entend nous faire croire qu’il « a favorisé la survie financière de son pays » !

Cette affirmation est une véritable provocation pour tous les communistes. Tout le monde sait que cet accord ne réglera rien du tout d’un point de vue financier et qu’il aggravera encore la situation économique et sociale. Sans parler de la tutelle honteuse mise sur un pays… Il y a le rappel qu’au Sénat, Pierre Laurent a vanté l’action capitularde de Tsipras. Le plan B de Varoufakis de réquisitionner les banques et de réquisitionner la Banque de Grèce n’est pas évoqué un seul instant.

Une phrase à souligner : « aucun maintien dans l’euro ne peut légitimer l’accord ». Elle dénote une certaine schizophrénie. L’accord est "légitime" au sens où il est la condition du maintien de l’euro, qui suppose des règles communes. L’accord est "légitime" au sens où il est établi par des Gouvernements légitimes. C’est assez simple. Soit on refuse les règles de l’euro, et donc l’euro, soit on les accepte, ainsi que les conséquences qui vont avec. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ! C’est en rêve que l’on obtient cela.

Vient un questionnement sur la capacité de l’UE à intégrer les différences entre pays membres : pourquoi pas ! Mais pourquoi le choix souverain de la Grèce de s’opposer à l’austérité serait-il plus légitime que celui de l’Allemagne d’avoir une monnaie forte et de pratiquer la rigueur budgétaire ? Le texte refuse une « Europe à deux vitesses », mais propose une Europe à « géométrie choisie » ! Comprenne qui pourra !

« Pour ceux qui, à gauche, nourrissaient encore des doutes à ce sujet : la souveraineté populaire ne compte pour rien, aux yeux du pouvoir européen actuel, dès lors que ses « règles » sont remises en cause et que ses intérêts de classe sont en jeu. » A qui cette phrase arrogante et péremptoire s’adresse-t-elle ? Aux communistes qui ont toujours dénoncé le carcan de classe de l’UE ? Impossible.

Il semble bien que cette remarque ne peut s’adresser qu’à la direction du Parti elle-même ou aux analystes et journalistes aux ordres du Bureau politique qui n’ont fait - et ne font - que vanter l’action, l’esprit de dialogue et de responsabilité de Tsipras !

Ce qui transpire dans ce texte, c’est une conception de la démocratie de la direction du PCF. Celle-ci estime que quand un pays est contre l’austérité, tous les autres pays de l’Union européenne doivent se plier à cette décision. C’est aussi le sens des envolées de Mélenchon, qui promettait que « la chaîne va craquer ». Il n’en est rien, comme l’histoire le démontre. On peut toujours s’acharner à accabler l’Allemagne de Merkel et de Gabriel de tous les maux. Si l’on respecte un tant soit peu la souveraineté de ce pays "ami", on accepte que l’Allemagne veuille mèner sa propre politique.

Je pense que l’arrivée d’un Gouvernement anti-austérité était une bonne chose, avec toutes les réserves et les lacunes de SYRIZA. Le peuple avait choisi et il avait redis Non au plan des créanciers. Un tel Gouvernement pouvait jouer un impact positif dans les pays aux alentours. Encore faut-il que sa politique soit viable et qu’il réussisse à élever durablement le niveau de vie de sa population, pour jouer un rôle d’éclaireur, d’avant-garde.

En l’occurrence, l’expérience dramatique de SYRIZA va avoir un impact négatif, non seulement pour la combativité des travailleurs grecs, mais aussi des travailleurs chez nous. Le PCF et les dirigeants du Front de Gauche en France continuent d’ailleurs de semer des illusions, ce qui va conduire à une démoralisation générale.

L’expression «  partenaires européens » est utilisée dans le texte. Les dirigeants du PCF vivent-ils sur une planète ? Dans une Europe imaginaire et fantasmée de coopération, sans doute. Ils devraient sortir de leur tour d’ivoire et demander aux français agriculteurs actuellement en lutte pour leur survie ce qu’ils pensent des "partenaires européens" !

Tout n’est que mise en concurrence sauvage dans cette Union européenne du capital. Une union de rapace faite pour les grands groupes capitalistes, qui désormais dépouillent la Grèce (notamment grâce au plan gigantesque de privatisations de Tsipras).

La "haute direction" en vient à fixer la ligne en fonction des sondages : la Grèce ne serait pas sortie de l’euro, « conformément au souhait de 75 % de la population ». Eh bien, faisons un sondage en France, constatons que les gens ne veulent pas du communisme, puis abandonnons le projet ! On est dans l’opportunisme le plus complet. Au passage, les Français ou les Grecs, ont-ils seulement été consultés sur l’introduction de l’euro, la monnaie des capitalistes ? Sont-ils seulement consultés sur les élargissements successifs de l’UE ? Existe-t-il seulement un débat rationnel et mesuré sur la question de l’euro ? Il ne faudra pas compter sur la direction du PCF pour sortir de ses certitudes.

On peut lire notamment que « une sortie de la Grèce signifierait une dévaluation de 40 % ». Sans vouloir entrer dans une guerre des monnaies, est-il sain de laisser une monnaie surévaluée de 40 % dans un pays ?

On peut lire aussi de fausses affirmations, destinées à faire peur, selon lesquelles la perte de pouvoir d’achat serait de 40 %. C’est faux. Ce qui baisserait, c’est le pouvoir d’achat de la nouvelle monnaie grecque. On lit aussi la sempiternelle remarque qui nous explique qu’il y aurait une augmentation de 40 % du coût de la dette grecque. Mais quelle est la validité de cet argument, quand cette dette est par ailleurs déclarée, "illégitime, illégale et odieuse" par le Parlement grec ? Faut-il continuer à la payer ? C’est ce que nous propose le CE.

Le texte note que l’asphyxie financière de la Grèce par la BCE a commencé dès l’arrivée au pouvoir de SYRIZA. Quelle implication pour un pays comme la France, qui serait de la même manière attaquée par la BCE en cas d’arrivée du Front de Gauche au pouvoir ? Comment éviter la fuite des capitaux et le gel des investissements ? On ne trouve pas la moindre trace d’un plan d’action dans le programme l’Humain d’abord, un programme-catalogue hors sol, sans hiérarchie, sans chiffrage, qui n’a rien anticipé comme stratégie d’exercice du pouvoir, en dépit de toute l’histoire des expériences loupées de gauche au pouvoir dans l’histoire en France.

On notera à ce sujet une attaque frontale du CE du PCF aux conceptions PGistes de désobéissance européenne (« Il ne suffit pas qu’un gouvernement isolé décide de « désobéir à Bruxelles »). Des conceptions de mon point de vue confuses et obscures, mais qui ont l’immense qualité de proposer des mesures unilatérales, du ressort d’un Gouvernement national. Les réflexions prospectives du PG sont intéressantes. Au niveau de la direction du PCF, toute la lutte est renvoyée à un niveau inatteignable pour la démocratie et la souveraineté populaire, à un niveau idéalisé : « l’Europe » (non pas l’UE, mais bien l’"Europe" !), avec ses possibles « fonds », adossés à la BCE, avec ses « conférences gouvernementales » sur la dette… En quoi un énième fonds européen changerait quoi que ce soit au capitalisme ? En quoi une "conférence" est-elle obligatoire pour répudier une dette extérieure ?

Les perspectives politiques, on s’en doute, sont particulièrement faiblardes :
- « Refuser l’austérité » ? Très bien, mais comment le faire, sans se débarrasser de la classe parasite capitaliste qui profite de l’austérité ?
- « Argumenter sur l’inefficacité économique », n’est-ce pas ce que les Grecs ont fait pendant des mois depuis janvier ? La politique n’est pas une quête spirituelle !
- « Lever la punition, refuser la stratégie du choc et le contenu de l’accord ». Je suis d’accord, mais comment comprendre dans ce cas les propos de Pierre Laurent dans Marianne quand il redit que « Le choix qu’a fait Tsipras est un choix qui évite la banqueroute bancaire de son pays, une situation qui aurait été terrible pour les Grecs. Je crois qu’il n’avait pas d’autres alternatives. » ?
- "Restructurer la dette grecque" : cela suppose un accord des créanciers, mais ils n’en veulent pas et préfèreront saigner le peuple grec jusqu’à sa dernière goutte de son sang !

Au final, les perspectives d’initiatives se font entièrement dans le cadre du système verrouillé de l’UE et de la BCE, et pire, de cet accord honteux et mortel : réclamer les fonds européens prévus, quémander maintenant un allègement de la dette... On est dans l’idéalisme politique le plus complet !

La direction est nue.
Ses analyses ont sombré tout comme Tsipras, qui gouverne désormais avec la droite et le PASOK (mais pas un mot là-dessus surtout !). Pierre Laurent avai commencé à saluer le "rôle positif de la France", à se réjouir de l’accord trouvé, pour finalement voter... contre et flinguer Hollande ! La direction, suite à une levée de bouclier de la base, a repris à son compte l’idée que l’accord est mauvais. Mais elle le justifie maintenant comme un moindre mal et ne trouve rien de crédible à y substituer à court terme.

Koutsoumbas, le secrétaire du KKE
(au fait, il existe un parti communiste en Grèce, la direction n’en souffle pas un mot, poursuivant son ostracisme et son sectarisme), a dit à Tsipras : « vous dites que vous avez fait tout votre possible pour combattre le chantage de la troïka. Vous mentez. Vous n’avez pas présenté d’alternative. »

C’est ce que les communistes français devraient aussi marteler. Il n’y a pas d’alternative au sein du capitalisme, prison des travailleurs. Ce capitalisme doit être combattus par les travailleurs chacun dans leurs pays respectifs.

Il n’y a pas d’alternative possible dans les négociations avec nos ennemis de classe, en maintenant les instruments du capital monopoliste et international que sont l’euro et l’Union européenne. La seule alternative consiste toujours à rompre avec le capitalisme, à répudier unilatéralement la dette, à nationaliser les banques et les grandes groupes, sous le contrôle des travailleurs et dans l’intérêt de la majorité, à contrôler les flux de capitaux. C’est en cela que nous devrions être solidaires des Grecs !

Voir en ligne : La note du CE envoyée aux militants

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    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

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