Sri Lanka : à qui profite le crime ?

, par  Jean-Pierre Page , popularité : 4%

Les attentats qui viennent de se produire à Sri Lanka tendent à raviver des conflits inter-ethniques et interreligieux dont ce pays connu pour sa capacité de résistance anticoloniale et anti-impérialiste a souffert et continue de souffrir. Sans se contenter d’une réaction purement émotionnelle selon la mode du journalisme en vogue à l’heure actuelle, notre collègue de la rédaction qui habite à Sri Lanka pose la seule véritable question qui vaille la peine d’être posée dans ce genre de situation : à qui profite le crime ?

On sait que les promoteurs du "clash de civilisations" tentent de jouer partout dans le monde sur les différences d’apparences, ethniques, religieuses, claniques, tribales, régionales, catégorielles, pour opposer le peuple au peuple et l’empêcher de s’unir face à des élites prédatrices ou des dominations impérialistes. Le Sri Lanka occupe une position stratégique dans l’Océan indien et son gouvernement conservateur aux abois a perdu tout crédit dans le pays. Il aurait été étonnant que, dans cette situation, le terrorisme ne frappe pas dans ce pays qui a jusqu’à présent réussi à préserver, souvent les armes à la main, son unité face à la fragmentation ethnique.

La Rédaction de la pensée libre

« Aucune cause ne justifie la mort de l’innocent ! » La chute, Albert Camus, 1956

La nouvelle est tombée le jour de Pâques : un carnage a eu lieu à Colombo, un autre « massacre des innocents », une tragédie, une épreuve. Il peut être difficile vu de Paris, de Londres, de New York, de mesurer l’état de choc qu’il provoque dans toute une population. Pourtant il se passe quelque chose d’indéfinissable, de tangible, de palpable et d’oppressant difficile à décrire. On a connu ça ailleurs.

La comptabilité macabre des victimes est provisoire ! Près de 320 morts dont 45 étrangers, plus de 600 blessés, sans doute plus, compte tenu du nombre de disparus et des victimes que l’on ne peut identifier. Des églises sont fracassées, des hôtels dévastés, la peur, partout le sentiment qu’on n’est pas au bout de ce calvaire. N’a-t-on pas trouvé dimanche soir une bombe à proximité du terminal de l’aéroport international Bandanaraïke, puis lundi matin 87 détonateurs à la gare routière de Colombo, et plus tard près d’une église, une nouvelle bombe dans un "van" que des artificiers ont fait exploser !

Est-ce possible ailleurs ? Quand ? Comment le savoir ?

Le couvre feu a été décrété, les écoles et les universités, les administrations sont fermées, les réseaux sociaux interrompus, tous les trains de nuit sont annulés, les « check points » de l’armée et de la police ont refait leur apparition, le Conseil national de Sécurité et le Parlement sont convoqué en urgence. Toutes les règlementations anti terroristes sont réactivées.

Le 23 avril sera une journée de deuil national, au Sri Lanka.

Évidemment, ce carnage a ravivé dans l’esprit de chacun un traumatisme toujours sensible. Celui d’un passé pas si ancien marqué par 30 ans de guerre, 80.000 morts, des centaines de milliers de victimes, les destructions effroyables d’une culture cinq fois millénaire, un pays ravagé économiquement et socialement, la disparition d’intellectuels et d’artistes de talents, d’hommes politiques visionnaires assassinés, toute une nation, un peuple, martyrisé par ceux-là même qui voulaient imposer la division du pays pour des calculs sordides, des ambitions géopolitiques, en faisant prévaloir le séparatisme, l’intolérance, l’injustice, le sectarisme comme programme politique. Le prix de ces longues années de souffrances fut d’autant plus lourd si l’on tient compte d’un tsunami sans précédent qui, lui, provoqua la mort de 40.000 personnes en décembre 2004 [1] !

Le Sri Lanka, l’ancienne Ceylan, dont Octave Mirbeau [2] aimait à dire « qu’elle était le paradis sur terre » sera-t-il éternellement condamné à subir ses malheurs comme une fatalité tout comme s’il s’agissait pour lui de pousser sans fins son rocher de Sisyphe ?

Après la défaite politique et militaire des "Tigres" du LTTE [3] en 2009, il fallu reconstruire un État et une nation menacée de dislocation, redonner du sens à l’unité du pays, retrouver une cohésion. Dix années plus tard le chemin est loin d’être achevé même si le souvenir du conflit tendait à s’effacer. Aujourd’hui, une chose est déjà certaine : le carnage du jour de Pâques donne le sentiment que la société est proche de faire un bond en arrière, que la page n’est pas tournée. La barbarie a frappé partout et sans distinctions ! Une prise de conscience se dessine : il faut empêcher le retour à la case départ ?

A qui, cette fois le crime profite-t-il ? Telle est la véritable question que beaucoup se posent !

Comme dans d’autres cas similaires, la folie meurtrière n’est jamais aveugle, et c’est bien là tout le problème. La recherche du chaos est toute sauf innocente, elle n’est jamais le résultat d’une génération spontanée. Évidemment, les déclarations, les rumeurs ne manquent pas, les interprétations se multiplient, comme les jugements définitifs des experts « ès terrorisme » qui se gardent souvent de replacer les évènements dans leur contexte et les rapports de force. Au Sri Lanka, régionalement et internationalement, les commentaires se succèdent à cadence répétée, entre sincérité, simulation, hypocrisie et calculs partisans. La dictature des médias s’exerce sans limites avec une seule et même interprétation : On cherche à nous refaire le coup du « choc des civilisations ».

Dès dimanche, le Premier Ministre Ranil Wickremensinghe [4] avait stigmatisé les attentats et leurs conséquences prévisibles. Il ajoutait à la manière surprenante d’une auto-critique que la menace d’attentats terroristes était connue, les services de police et de sécurité en étaient informés mais personne ne les avait pris en compte sérieusement. Il lançait immédiatement un appel à l’aide étrangère, à laquelle Donald Trump répondait immédiatement, ce fut aussi le cas de l’Union européenne, toute prête à apporter son aide [5], pendant que la marine indienne, elle, mobilisait une bonne partie de sa flotte aux larges des côtes sri lankaises pour officiellement prévenir tout débarquement de commandos terroristes [6].

Bizarrement en octobre 2018, au début d’une crise politique majeure qui avait vu son éviction, le même Ranil avait refusé d’enquêter, d’anticiper et de prendre en compte le complot visant l’assassinat du Président Sirisena [7]. Pire, il avait fait interpeller et placer en détention des responsables des services d’intelligence et de sécurité du pays.

Faisant suite aux évènements du 21 avril et suite aux propos du chef de gouvernement, le Ministre de la défense Ruwan Wijewardane [8] confirmait que l’on ignorait qui étaient les commanditaires. Étaient-ils étrangers ? « ISIS (Daesh) avec des connections locales » accusait immédiatement le Dr. Rohan Gunaratna [9].

Par contre, on connaissait parfaitement les auteurs des attaques dont les arrestations étaient en cours ou imminentes. Parmi eux, plusieurs "kamikazes" musulmans, tous Sri Lankais à l’identité établie qui pour certains avaient loué la veille des chambres dans les palaces de Colombo visés par les attentats notamment au « Cinnamon Grand » et au « Shangri-La ». Dès le milieu de la journée, de premières arrestations intervenaient, 8 individus, puis 13 et depuis 28. La location d’une maison était identifiée à Panadura dans la banlieue de Colombo, elle constituait en effet la base arrière de toute l’opération. Sa location selon le propriétaire coutait 45.000 roupies, l’un des locataires suspect d’intégrisme religieux, mais protégé par un politicien local avait servi d’intermédiaire. On l’avait donc laissé tranquille.

Il était enfin confirmé que dix jours auparavant les services secrets américains et indiens avaient informés les autorités sri lankaises. CNN a ainsi révélé l’existence d’une note de l’adjoint de l’Inspecteur Général de la Police à Colombo adressée à différents services, y compris ceux du ministère de la défense ou était évoqué le projet d’une attaque suicide revendiquée par Mohamed Saharan, le dirigeant du « Nation’s Thwahid Jaman ».

On aurait donc laissé faire ? Mais qui et pourquoi ?

Loin de contribuer à faire la clarté, les rivalités au sein de l’élite politique allaient rendre les choses plus confuses encore. L’heure des règlements de compte était venue. Selon plusieurs membres du gouvernement, le Président hostile au Premier Ministre était informé mais n’aurait rien fait. En voyage à l’étranger, il n’aurait pris aucune disposition pratique, oublié de réunir le Conseil National de sécurité, laissé vacant ses responsabilités en matière de défense. Quant au ministre de l’économie et homme lige des Américains Mangala Samaraweera, l’ancien président de centre-gauche et chef de l’opposition Mahinda Rajapaksa, chercherait à exploiter la situation. Les morts ne sont pas encore enterrés que la politique politicienne sri lankaise avec la médiocrité qui la caractérise s’en donne a cœur joie. Elle s’agite et comme toujours sans dignité. Comme à l’habitude, tout le monde y va de son couplet. !

On reste confondu par ces découvertes et ces révélations quelques heures à peine après le carnage. Ainsi comme en d’autres lieux, à Paris, Londres ou Bruxelles, on connaissait les « terroristes », les filières, les structures, l’organisation de l’opération, les contacts et même les relations politiques locales des terroristes [10]. Fort opportunément, ils avaient signé leurs forfaits en laissant sur place leurs papiers d’identité et bien d’autres objets confondants pour des terroristes aussi bien organisés. Bien étrange « remake » déjà joué ailleurs !

Face aux interrogations et aux questions qui pleuvent, le Président et le Premier Ministre ont annoncé sans tarder la mise en place d’une commission d’enquête. « Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission » avait l’habitude de dire Georges Clemenceau [11] ! A la recherche d’un bouc émissaire et pour faire bonne mesure, le pouvoir a exigé la démission de l’Inspecteur Général de Police (IGP), haut fonctionnaire pourtant sous la responsabilité du gouvernement [12]. A Colombo comme à Paris, Castaner fait des émules, lui fait démissionner le Préfet de Police, ici l’IGP. On a les inspirateurs que l’on mérite !

Ainsi et comme ce fut le cas ailleurs, on découvre en moins de 48 heures "le modus operandi", il est chaque fois le même. Il s’agirait d’un groupe djihadiste, des combattants d’origine sri lankaise survivants de la guerre en Irak et Syrie. Du moins, c’est ce qu’affirme la très informée Nirupama Subramanium journaliste de l’Indian Express. Selon celle-ci les services de renseignements indiens, le trop fameux RAW, avaient informé leurs partenaires Sri lankais sur la menace imminente d’attentats devant frapper des églises catholiques, des touristes à travers de grands hôtels de la capitale, l’Ambassade indienne était également visée. Les terroristes étaient connus disait elle, toutefois, elle n’alla pas jusqu’à mettre en cause les rebelles kashmiris qui, selon Delhi, seraient soutenus en sous mains par le Pakistan [13], mais suivez son regard. En politique, il n’y a pas de petits bénéfices ! L’Inde n’est-elle pas au milieu d’une bataille électorale que l’on dit difficile pour Narendra Modi, son premier ministre. En conflit ouvert avec le Pakistan, il menace s’il le fallait d’utiliser la bombe atomique [14] pour régler leurs éternels différents frontaliers. Le contexte régional n’est donc pas indiffèrent, il faut le prendre en compte !

Pendant ce temps, le gouvernement sri lankais, lui, est aux abois. La perspective des prochaines élections présidentielles et celles provinciales maintes fois reportées sont dans toutes les têtes. L’avenir est en effet incertain pour les néo-libéraux de Ranil Wickremesinghe dont le parti UNP est en proie aux ambitions multiples. Cette inquiétude est également perceptible chez leurs protecteurs américains pour qui le Sri Lanka géré dorénavant comme une extension des Etats-Unis est dirigé en fait depuis l’Ambassade des Etats-Unis avec la collaboration de US Aid, des Peace corps au budget impressionnant, avec l’appui de l’Open Society de Georges Soros, d’ONG et de nombreuses fondations tentaculaires, comme la société du Mont Pellerin [15] à laquelle appartient Ranil Wickremesinghe et qui s’héberge directement dans les bureaux du premier ministre.

A ce stade de la réflexion, il n’est pas inutile de rappeler que la fin justifiant les moyens on découvre dans la longue histoire politique de Sri Lanka, comment les politiciens de droite ont souvent, non sans cynisme et violence, provoqué des évènements leur permettant de rester indéfiniment au pouvoir. Un des moyens consiste à reporter systématiquement et pendant plusieurs années les échéances électorales. Mais il y a eu bien pire, on le fit aussi en s’accaparant tous les pouvoirs politics, en muselant les libertés fondamentales, en interdisant les partis et les syndicats, en foulant au pied la démocratie, en assassinant les opposants et de nombreux intellectuels. Ce fut le cas par exemple du Président J.R Jawardana, ce grand ami de Ronald Reagan qui fit amender la constitution en 1978, afin de faire main basse sur tout l’appareil d’État, le plaçant exclusivement et unilatéralement à son service. Il initia le « Prevention Terrorism Act », puis prolongea indéfiniment la survie de son gouvernement en reportant définitivement toutes les consultations électorales, il changea même la capitale de place en lui donnant son nom. En 1983, il fut l’inspirateur et l’organisateur du « Black July », un pogrom anti-tamoul [16] qui ne fut pas indiffèrent aux causes de la guerre qui ensanglanta le pays pendant 30 ans. A cette époque et dans son gouvernement, J.R comme on l’appelait communément comptait un jeune ministre ambitieux, aux dents longues et plein d’avenir : Ranil Wickremensinghe. Tout semble confirmer que l’élève a retenu la leçon du maître.

Après les évènements politiques de novembre 2018 et le limogeage dont il fut l’objet, Ranil cherche depuis une réponse existentielle au maintien de son pouvoir exclusif. La situation est compliquée car il doit faire face au mécontentement et au rejet personnel dont il fait l’objet. Ce sentiment est en effet très fort dans le pays. Avec le soutien des pays occidentaux, il a pu jusqu’à présent se maintenir mais au prix de l’éclatement de la majorité dont il disposait au parlement et de concessions qu’il du faire à l’opposition, notamment en admettant à sa tête, le toujours charismatique Mahinda Rajapkasa. Il le le sait, il a gagné du temps mais la partie décisive n’est que remise. A travers leur exploitation, les évènements tragiques que connaît le pays peuvent peut-être offrir une porte de sortie à l’impasse politique dans laquelle il se trouve. Il faut donc s’attendre à ce qu’il ne la néglige pas, même s’il doit faire tomber quelques têtes. C’est là une autre dimension du contexte à prendre en compte.

L’urgence est impérative, car la pression de la part des Occidentaux et des Indiens est grande pour maintenir leur contrôle et leur hégémonie sur cette île si stratégique. Ces derniers doivent faire face aux ambitions économiques, militaires et politiques de la puissance montante dans la région, la Chine, et son grandiose projet de nouvelle route de la soie que soutiennent entre autre ses alliés russe, pakistanais, iranien.

Le problème, c’est que l’ingérence occidentale, la mise en cause ouverte de la souveraineté du pays provoque une mobilisation croissante et sans précédent de l’opinion srilankaise contre ce qui fait figure d’abdication, de reniement et de trahison de son élite au pouvoir. Depuis 2015 et le vote d’une résolution au Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU à Genève, très contraignante pour le Sri Lanka mais soutenue par lui-même et les USA, le gouvernement a du mal à se dépêtrer de cet aveu de soumission aux exigences occidentales. Elles sont vite devenues insupportables, a fortiori pour un peuple ayant subi 450 ans de colonisation.

Washington à travers ses ambassadeurs agissant comme de véritables missi dominici se comporte donc avec la condescendance anglo-saxonne habituelle, comme il le ferait d’une ancienne « république bananière ». Par ailleurs, la crise économique et sociale s’est aggravée dans tous les domaines. Les Chicago boys de Milton Friedman et les réseaux de la Fondation du Mont Pèlerin orientent les décisions avec les conséquences politiques que l’on imagine ! Rien ne doit échapper à l’ouverture aux dogmes du libéralisme sous le contrôle draconien du FMI, de la Banque mondiale, d’une Union européenne tatillonne, comme à celui des institutions financières internationales. Mais il y a un prix à payer, et il est très lourd.

Le résultat est spectaculaire, en deux années, le pays est au bord de la faillite, la roupie a perdu près de 20% de sa valeur en un an, un effondrement de l’économie est en vue, la régression sociale est l’horizon immédiat, l’épidémie de dengue fait des ravages, la liquidation de la production agricole, entre autre celle du riz, du thé, des épices est organisée, les inégalités ont explosé, les riches promoteurs d’une finance facile et artificielle sont devenus plus riches pendant que la population elle s’est appauvrie dangereusement, la corruption à grande échelle a ainsi été marquée par le hold-up historique sur la Banque centrale, Sri Lanka est devenue une des plus importantes plateformes au monde pour le blanchiment d’argent, les trafics en tous genres : drogue, armes, organes. L’instabilité politique permanente tourne à la farce, le pays est vendu à la découpe, ouvrant la possibilité dorénavant aux sociétés transnationales de s’accaparer la propriété nationale sans limites, les meilleurs terres du pays, ses ressources naturelles.

Face à la colère et à l’exaspération que cette politique suscite, la situation peut devenir à hauts risques. Elle pourrait ainsi sonner le glas des ambitions géopolitiques des États-Unis dans une région stratégique. C’est-à-dire une des zones aux défis géopolitiques les plus élevés de la planète. 100.000 tankers y empruntent chaque année les corridors maritimes. La moitié du trafic international, dont les 2/3 représente celui des hydrocarbures. On sait depuis la guerre en Yougoslavie ce que représente le contrôle des corridors à l’échelle mondiale.

L’échec de la fameuse Indo-Pacific regional architecture [17] des USA pourrait entrainer du même coup un nouveau succès d’importance pour la Chine en ouvrant un nouvel espace à son influence. C’est là l’enjeu de cette partie d’échecs qui se joue aujourd’hui au milieu de l’Océan indien. Elle avait en fait commencé depuis 2002 sous l’impulsion de Georges Bush, puis poursuivie avec Barack Obama et sa stratégie de « Pivot Asia » ! En 2015, après la victoire électorale de la droite, les négociations entre Washington et Colombo entendaient arrimer solidement Sri Lanka aux ambitions géo-stratégiques de l’Empire, en particulier au plan militaire. C’est donc avec une certaine fébrilité que Washington a du faire accélérer à Trincomalee, l’installation d’infrastructures dans le plus grand port en eau profonde de l’Asie. Celui-ci pourrait à termes abriter la 7eflotte, face aux formidables et rapides investissements chinois en matière maritime, commerciale et militaire. C’est pourquoi le dispositif mis au service des Américains par le gouvernement s’accompagne d’avantages extra-territoriaux considérables et exclusifs au bénéfice du contingent américain [18].

Si ces objectifs demeurent plus que jamais à l’ordre du jour, le contexte, lui, a changé de manière imprévue. L’horoscope est-il toujours aussi favorable pour les prévisionnistes de Washington ? On n’en est plus certain ! C’est là aussi une dimension du contexte à méditer.

Il semble qu’au Sri Lanka, malgré les incessantes campagnes en faveur d’un droitdel’hommismeoccidental dans l’air du temps, ne fassent pas recette.On est pas arrivé à casser des briques comme le font les Chinois depuis des siècles au fameux monastère de Shaolin [19] !

On oublie trop souvent dans l’histoire, comment des peuples dans des pays qui semblent éloignés, peuvent jouer un rôle décisif dans le renversement des équilibres internationaux. On peut se poser la question si, dans le cas du Sri Lanka, nous n’avons pas affaire également à un conflit d’importance géostratégique majeure pour l’avenir de cette région si décisive pour l’avenir de l’humanité.

D’où la nécessité de comprendre la complexité des enjeux et de sortir de la vision manichéenne qui vise à tuer la réflexion et à aveugler ceux qui jugent les questions « lointaines », au regard de leurs seules « bonnes intentions » ou encore des apparences véhiculées le plus souvent par les lobbies médiatiques les plus riches et les plus puissants.

Loin de nous éloigner de cette tragédie de Pâques, nous devons, pour en comprendre les causes, réfléchir à un contexte qui n’est pas indifférent à ces évènements douloureux et au carnage auquel il a donné lieu.

Par conséquent et comme on le voit, les raisons ne manquent pas pour affaiblir le Sri Lanka, le faire douter de lui-même, le diviser, à l’écarteler entre l’Inde, la Chine, les États-Unis, le manipuler, en cherchant à opposer les communautés entre elles, en rejouant le thème éculé d’une nouvelle guerre ethnico-religieuse.

Mais à travers les épreuves qui sont les siennes, le peuple sri-lankais a aussi acquis une maturité, une lucidité et une clairvoyance qui, il faut l’espérer, lui permettront de mettre en échec une nouvelle fois ceux qui veulent lui faire renoncer à être lui même.

Jean-Pierre Page

Voir en ligne : Sur le site la pensée libre

[1« Le Tsunami un tournant dans la vie des Sri lankais » (CNRS), de magnitude 2, cette catastrophe entraina la mort de 38.195 personnes et 15 683 blessés en décembre 2004.

[2Octave Mirabeau (1848-1917) écrivain, journaliste, voyageur, fin connaisseur de Ceylan, l’ancienne dénomination du Sri Lanka.

[3LTTE : mouvement séparatiste, protagoniste d’une guerre de 30 ans au Sri Lanka. Il fut soutenu directement à l’origine par l’Inde d’Indira Gandhi, puis par de nombreux pays occidentaux. Lire « the road to Nandikanal » du général Kamal Gunaratne, Vijitha Yapa, Colombo 2016.

[4Aimed at destabilizing economy » Ranil Wickremensinghe, Daily Mirror, 22 avril 2019

[5« E.U ready to offer support… » Federica Mogherini, The Island, 23 avril 2019.

[6« Indian coast guard placed on high alert after Sri Lanka bombing » RT international, 22 avril 2019.

[7« Sri Lanka, rétablir la vérité » Jean-Pierre Page, Le Grand soir, 13 novembre 2018.

[8« Security beefed up » Ruwan Wijewardane, Daily Mirror,22 avril 2019.

[9« Blasts carried out by ISIS with local connections », Dr.Rohan Gunaratna, Daily Mirror, 23 avril 2019

[10« Suspect released by police due to powerfull politicians », Kabir Hashim, millionnaire et ministre du pétrole, des ressources et du développement, The Island, 23 avril, 2019.

[11Georges Clemenceau (1841-1929) ancien Premier Ministre français.

[12« Rajitha calls for resignation of IGP » Majitha Senaratne, Ministre de la Santé, The Island, 23 avril 2019

[13« Nirupama Subramanium », Indian Express, 22 avril 2019

[14« Our nuclear arsenal is not for Diwali, PM Narendra Modi warns Pakistan », The Economic Times, 17 avril 2019

[15« Néo-libéralisme contre souveraineté, la cas du Sri Lanka », Tamara Kunanayakam, La Pensée libre. Novembre 2018

[16« Black July », une des périodes la plus noires de l’histoire srilankaise. Les pogroms anti-tamouls encouragés et organisés par des ministres du gouvernement Jawaradana entrainèrent la mort de plus de 5.000 personnes, la destruction et l’incendie de près de 10.000 maisons et plus de 8.000 magasins appartenant à des Tamouls.

[17« US will continue to be an Indo-Pacific power » discours de Alice G. Wells assistante secrétaire d’état pour l’Asie central et du Sud, Indian Ocean conference 2017, The Island, Colombo, 1/09/2017

[18« Duplicity and double speak on US military logistics hubs in Sri Lanka », Lasanda Kurukulasuriya, publié par Defend Democracy Press,Investig’action newsletter, ou sur son site Dateline Colombo, 4 février 2019

[19Le temple de Shaolin édifié au 5ème siècle est un centre mondialement connu pour son enseignement des arts martiaux, dont le Kung Fu.

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