Sans stratégie ni perspective, tous les “coups” politiques tournent mal…

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 4%

Ne boudons pas nos plaisirs face à ces résultats du deuxième tour des législatives. D’abord devant l’écrasante défaite de la droite mais pourquoi le nier au coeur de cette bérézina nous remplit d’aise l’élimination bien méritée de Nadine Morano . L’échec de Marine Le Pen devant le candidat socialiste, échec redoublé par celui de Valérie Laupies devant Vauzelle dans la région arlésienne. Malgré le désistement en la faveur du FN de l’UMP local. J’ajouterai à ces petits bonheurs la défaite de Maryse Joassin, la mairesse d’Aix-en-Provence qui en matière de vulgarité et d’absence de retenue dans l’appel au Front national, bat tout le monde. Gollnisch battu encore une bonne nouvelle tempérée il est vrai par l’élection de la petite dernière de la portée Le Pen et l’égotiste tonitruant maître Collard, un ingérable…

Une ombre au tableau et elle est de taille, l’abstention record. Cette abstention témoigne d’un aspect préoccupant ; le sentiment de ne pas être concerné vécu par un nombre croissant d’électeurs. Des électeurs qui n’attendent plus rien comme aux Etats-Unis ou ailleurs. Si tel était le cas, Il ne s’agirait pas d’un effet conjoncturel. En priorité, il nous alerte sur la nécessité d’une réforme en profondeur de cette Constitution et de son mode électoral. La volonté de Jospin et de Chirac de situer l’élection legislative dans le prolongement de la présidentielle a encore accru la présidentialisation du système transformant le parlement en annexe du parti présidentiel. Faut-il décaler les deux élections, faut-il introduire une dose de proportionnelle ? Même les bénéficiaires de la vague présidentielle en parlent. Ils sont inquiets devant ce qui de fait devient un isolement et un retrécissement de l’audience du parti présidentiel. Les deux arguments essentiels en faveur du système actuel, à savoir premièrement le bloquage du Front national et l’assurance de stabilité sont en train de se retourner en leur contraire. Le Front National continue à accroître score et implantation nationale, il bénéficie ça et là de reports et comme l’a souligné Marine Le Pen “la digue a sauté” avec le ni-ni de Coppé. Quant à la stabilité d’un tel système, on nous permettra d’en douter, la crise qui déferle sur l’Europe et sur notre pays nécessitait un large rassemblement, le PS ne l’a pas obtenu comme en témoigne à la fois l’abstention massive et le fait qu’il n’a plus que des alliés croupions. Parce qu’au-delà de la Constitution, du système électoral il y a une crise de société.

A ce titre le cas du Parti communiste mérite d’être regardé de près parce que pendant longtemps sa présence donnait du sens au débat politique, une alternative mais aussi la voix des exploités. C’est pourquoi le diagnostic de l’échec du Front de gauche va bien au-delà de cette péripétie et de ce qui apparaît comme une errance tactique, est posée la question de l’utilité de ce parti. Quelle perspective est ouverte par le vote en sa faveur ? Jadis ce parti s’était défini une stratégie : le rassemblement du peuple de France dans une alternance d’élections et de luttes pour avancer vers un socialisme démocratique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

La campagne présidentielle de Melenchon n’a pas apporté d’éclaircissement, en dehors d’un combat Front contre Front avec l’issue que l’on connaît, ni le but, ni la tactique ne sont apparus trés évidents. En particulier dans la relation avec le PS, une fois traité comme l’adversaire prioritaire, une autre fois considéré comme le chef d’une majorité à laquelle le Front de gauche appartenait et qu’il s’engageait à ne jamais mettre en minorité. Le plus clair de la dite stratégie était une alliance à gauche au niveau européen dont plus personne ne savait trés bien quelles étaient les orientations, si le Front de gauche était pour ou contre l’euro par exemple. Une radicalité de langage qui manquait d’orientations concrètes et dont l’adversaire paraissait à géométrie variable.

La situation , il faut le reconnaître est difficile. Le contexte européen tend vers le bi-partisme et ne laisse d’espace qu’à une droite xénophobe venant en appui des conservateurs et impérialistes bellicistes. Et le contexte est mondialisé, celui d’un système capitaliste qui ne se limite pas à la nocivité des banques mais à celui de monopoles fianciarisés et militarisés, y a-t-il une alternative, que signifie le socialisme ? C’est dans ce vide, que le bi-partisme, conçu officiellement pour exclure les “extrêmes” aboutit à des alternances sans alternative et laisse de plus en plus la place à la xénophobie, aux fanatismes.

Cette situation exige désormais une réflexion en profondeur qui ne se limite pas à un affrrontement médiatique sur les valeurs mais doit porter en priorité sur l’utilité du parti communiste pour les victimes de la crise. Face à cela, depuis des années, le parti communiste a une stratégie qui a pour unique finalité l’élection d’élus – et le démantélement du parti à la base. Melenchon a réussi à fédérer l’émiettement gauchiste sans pour autant convaincre ouvriers, employés, chômeurs. Le PS qui aun meilleur impact désormais dans ces couches prétend seulement limiter la casse sans pourtant modifier rien en profondeur. La vague rose s’est enflée d’ une allergie justifiée à l’arrogance du sarkozysme, là encore les votes ont balayé les pires… On peut s’en féliciter mais cela ne fait pas une perspective.

S’il s’agit simplement de lier la survie du PCf à ses élus, on peut considérer non sans cynisme que les verts s’en sortent mieux que le Front de gauche. Ils ont joué la gauche plurielle, les accords de postes et ils ont un groupe et peuvent espérer poursuivre une implantation au niveau local. En revanche pour le PCF et le Front de gauche c’est la débâcle : il n’y a plus de groupe(1). Toujours d’un point de vue éléctoraliste, en dehors de Dolez qui conserve son implantation de député PS dans le nord, bien des transfuges du PCF devenus Parti de gauche, type Braouzec ou le nauséabond Balme(2) sont battus y compris dans Saint Denis que l’on croyait inexpugnable (3).

Ceux qui sont élus appartiennent au PCf et ne sont pas particulièrement connus pour leur adhésion à la campagne melenchonesque. Comme Alain Bocquet et André Chassaigne qui n’ont jamais caché leurs critiques sur l’opération Melenchon. Ils ont mené sur le terrain une toute autre stratégie de rassemblement et non d’affrontement médiatisé. Ce qui paye. En revanche, entre des élus parti de gauche (le plus souvent ex-PCF) et des élus socialiste, le vote utile a joué à plein et la ceinture jadis rouge a pâli. Comme tous les transfuges de fraîche date, les élus et membres du PG ont pesé de tout leur poids dans une opposition qui est apparue stérile. La direction du PCF en se montrant incapable d’influer sur leur médiatique candidat a fait la preuve de sa capacité de liquidation de sa propre organisation.

Quand il n’y a ni stratégie, ni perspective tous les “coups” politiques tournent mal… C’est la règle…

Durant toute cette invraisemblable campagne, j’ai personnellement choisi de laisser les communistes aller jusqu’au bout de leur choix. Sont-ils encore en situation d’une autocritique ? j’en doute, combien d’entre eux s’accrochent à un choix initial ou comme Pierre Laurent ont-ils l’audace de déclarer que ce ne sont pas les résultats électoraux qui définissent la réussite d’une stratégie alors même qu’il n’existe rien d’autre pour expliquer celle qu’ils ont choisie.

Imaginons que de surcroît l’actuelle direction du PCf décide de participer au gouvernement, ce qui n’est pas exclu, et aurait pu être défendu en d’autres temps cela ne peut qu’ accroître la perplexité de l’électorat communiste ; une telle absence de visibilité risque de ne pas améliorer la descente aux enfers de ce parti après une campagne des présidentielle d’une rare incohérence.

La seule solution pour le PCF et même pour l’ensemble de la gauche est une réflexion en profondeur sur les perspectives, sur les changements de fond mais il est à craindre que nous ne rentrions dans l’ère des règlements de compte sur des questions “d’identité” des forces en présence et pas seulement à droite, ce qui est une simple manière de dogmatiser les questions de personnes.

Danielle Bleitrach

(1) les résultats du second tour après la saignée du premier tour :
- Front de Gauche qui avait dans la précédente assemblée : 19 députés dont 16 communistes ou apparentés et trois PG, a désormais 7 élus PCF et 2 apparentés dont deux ex-PCF et il ne subsite plus qu’un PG.
- 4ème de Seine Saint Denis, Marie George Buffet réélue avec 100% des voix PCF
- 11ème circo de Seine Saint Denis, François Asensi ex-PCF devenu PG, réélu avec 100% des voix (1)
- 4ème circo des Hauts de Seine, Jacqueline Fraysse ex-PCF devenu apparentée, est élue avec 59,14% des voix
- 2ème circo du Cher, Nicolas Sansu (pCF) élu avec 100% des voix
- 6ème circo de l’Oise, Patrice Carvalho élu avec 42,72% des voix dans une triangulaire, c’est un retour de cet élu PCF.
- 16ème circo du Nord, Alain Bocquet(PCF) réélu avec 67,43% des voix
- 5ème circo du Puy de Dome, André Chassaigne(PCF) réélu avec 67,53% des voix
- 16ème circo du Nord, Jean Jacques Candelier(PCF) réélu avec 100% des voix
- 17ème circo du Nord, Marc Dolez réélu avec 100% des voix (PG)
- 13ème circo des BdR, Gaby Charroux (PCF) élu avec 60,28% des voix
- Outre-mer : on peut espérer que les députés d’outre-mer viendront rejoindre les autres députés comme ils le faisaient déjà lors de la précédente assemblée bien que les députés de la réunion aient choisi de voter F.Hollande dès le premier tour des présidentielles et que les députés de la Martinique et de la Guadeloupe soient indépendantistes.
- Alfred Marie-Jeanne (MIM – 1ère circo de Martinique) réélu avec 52,43% des voix
- Jean Philippe Nilor (MIM – 2ème circo de Martinique) élu avec 69,41% des voix
- Huguette Bello (ex-PCR – 2ème circo de La Réunion) réélue dès le premier tour avec 67,14% des voix

(2) sans parler de cette incohérence qui consistait à mobiliser toute la campagne des législatives du Front de gauche autour d’un affrontement médiatisé et personnalisé contre le Front national, avec un défilé de people et dans le même temps refuser de désavouer un candidat Parti de Gauche négationniste dans le Rhône, René balme.

(3) notons également le cas de la 2ème circo de Seine Saint Denis, Patrick Braouezec ex-PCF devenu PG (46,50%) est battu par le socialiste Hanotin (53,50%) devant lequel il s’est maintenu malgré l’accord national.

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