Road movie de deux grand-mères parties sur les traces du pays des soviets

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

Jean Luc Godard qui avait le projet de faire une histoire des histoires confiait « j’existe aujourd’hui en une étroite solidarité avec le passé. Je refuse d’oublier parce que je ne veux pas déchoir » . Il était aussi animé de la conviction que « deux histoire nous accompagnent, l’histoire qui s’approche a pas précipités et une autre qui nous accompagne a pas lents » Il voulait alors se convaincre du choix pour la lenteur, se couler dans son rythme.

Le livre de Marianne Dunlop et de Daniel Bleitrach obéit a cette double tension du pas précipité et du pas lent de l’histoire. Temps conjoints malgré la discordance qui nous fait privilégier l’écume provenant des événements, les images que l’on nous en rapporte, pour mieux effacer ce qui se passe en profondeur, alors que le réel du passé, s’étire et s’y love en creux, les prend par surprise pour venir les fracasser, et laisse ingénu, sans voix, sidéré. Nous avions oublié qu’elle se déclinait en temps court et en temps long et que cette double détente de l’histoire réservait toujours des surprises quand elle était oubliée.

Il en va ainsi pour les événements d’Ukraine avec ce risque de voir revenir la bête immonde parce qu’ainsi que nous le rappelle Danièle Bleitrach dans un autre livre (1) sorti en même temps que celui-ci, le nazisme n’a jamais été éradiqué, conformément au constat donné par Brecht qui nous disait dans « son journal de travail » que si l’on oubliait ce dont le capital avait été capable de faire « Auschwitz et Hiroshima ne cesseront pas d’être le destin de l’humanité » Et en effet le risque est bien là, parce que trop souvent « l’horreur de la solution finale nous empêche de voir ce qu’est le nazisme, la violence au quotidien, la peur inspiré a tous…..cette ombre qui s’étend et l’apocalypse de la guerre autant que celle des camps d’exterminations » (1) Toutes choses qui ont trouvée leurs sources dans les conséquences de la grande guerre de 14- 18 et l’assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg par des bandes aux ordres du social-démocrate Noske avant d’aller former les troupes du fascisme. Toutes choses qui ont tendance a se reproduire avec le Maïdan et le coup d’état fasciste soutenue par l’UE et les états unis.

Un autre moment clé des événements qui secouent ce pays, nous disent elles, est a chercher du côté de Moscou et de ce jour où « Eltsine, le secrétaire de la fédération de Russie après avoir détruit l’Union soviétique avec ses deux complices biélorusse et ukrainien, après avoir vendu le pays à la CIA qui a organisé les privatisations, en 1993, a fait tirer sur la Douma en révolte » (2) La démocratie prenait ses quartiers à l’Est. Enfin, s’extasiaient-on dans les capitales occidentales, une ère nouvelle allait s’ouvrir . La paix, l’abondance et la liberté étaient a leurs affaires. « La sarabande infernales des oligarques pillant le pays et étalant un luxe insensé » se déroulait sous le regard bienveillant des européens pendant que le peuple était réduit a la misère et sombrait dans un désespoir intense qui créait les conditions de la guerre civile actuelle. Qu’importe, pour les oligarques et leurs partenaires capitalistes de l’Ouest, la démocratie vaut bien un massacre. Pour la gauche atlantiste aussi. Le génocide que commande leur politique colonialiste sera blanchie par ceux qui depuis vingt ans sèment la mort et bombardent le monde au nom des droits de l’homme et de la civilisation.

Nous somme vingt ans après la fin de l’URSS, l’Ukraine est en guerre. Pour Marianne et Danièle qui avaient tant aimé ce pays et qui l’avait tant fréquenté, un retour s’imposait pour un droit d’inventaire, pour dire et entendre dire ce qui se passait véritablement. Pour le voir aussi. Pour déjouer cette manière bien dans l’air du temps de réinventer l’histoire en fonction des nécessités idéologiques du moment, quitte à mettre sous le boisseau les explications sur le pourquoi des choses. Il s’agissait par ce voyage de repenser une place dans le monde, de remonter en deçà de l’opinion ordinaire, de se mettre à distance de cette contre révolution dont nous subissons depuis tant d’années, les effets sans contredits.

Elles sont partie, non sans se demander ce qu’il serait advenu de l’humanité, si pendant la seconde guerre mondiale Gorbatchev au lieu de Staline avait été au pouvoir. Elles sont parti faire ce voyage pour tenter de reconstruire une vérité sur les fables que nous rapportent les faiseurs de guerre. Elles sont parti, parce qu’il est impossible de faire silence sur le nazisme resurgi. C’était impossible pour le respect de la mémoire tout autant que pour cette terre de la patrie socialiste qui l’avait vaincu une première fois.

De nouveau une ère de danger s’ouvre. Marianne et Danièle dans ces carnet de voyages écrits a la va vite, sur une valise ou dans le fond d’un auto car, l’une traduisant, l’autre écrivant, nous transmettent, ce que leur disent des gens ordinaires sur ce qui se passent réellement en Ukraine en 2014 . Ces gens nous disent que les bourreaux d’hier sont redevenus les juges d’aujourd’hui. Ils nous disent qu’ils se sont battu mais qu’ils avaient perdu l’outil qu’il leur aurait fallu. Il nous disent qu’ils avaient la paix et l’égalité mais qu’ils ont été trahis, abandonné par ceux du parti et qu’il leur faut maintenant tout reconstruire . Ils nous disent qu’ils défendront leur terre les armes a la main parce qu’ils savent que sinon ils ont tout a perdre. « L’URSS vingt ans après » est donc le titre d’un livre qui trouve ses lettres dans cette histoire de larme, de sang de destruction et de terreur.

Marianne Dunlop la femme de toute les langues, viendra nous dire le 7 novembre a MJC Saint jean a 15h30, le bruit et la fureur dont ces pages sont remplie . Elle nous dira aussi la tendresse et l’humour, la fraternité et l’espoir. Enfin elle viendra nous dire comment en partageant le pain et le sel avec ces femmes et ces hommes de toutes nationalités qui sont le fond de la citoyenneté soviétique, elle et Danièle ont commencé a entrevoir une autre réalité que celle rapporté par les médias. Une autre réalité certes mais aussi cette sombre vérité entendue auprès de témoins du massacre d’Odessa « Pour faire s’opposer les gens, il fallait faire couler le sang ». Croyez bien qu’il s’agit de l’authentique signature du nazisme, cet ordre de la mort. Elle viendra nous dire que« Plus vite nous en serons convaincu mieux cela vaudra » (2) Peut être nous rapportera -t-elle ces paroles d’une des mères d’Odessa qui me bouleversent et me font monter la honte en même temps que le petit frisson qui me picote le corps quand je les lis ?

« Il faut parler : le fascisme c’est une tumeur maligne et si vous ne l’arrêtez pas ici, il viendra jusqu’à vous comme jadis à Berlin.J’ai été élevé comme quelqu’un de bien, j’ai élevé mon fils de la même manière, avec des principes. Les gens qui sont morts auraient peu être utile à leur pays.Pourquoi vous taisez vous ?Pourquoi la France que nous avons libéré nous les russes, fait silence sur nous ? Comment vous expliquer par quel enfer nous passons ?Pouvez vous le comprendre ? »

Gilbert Rémond

(1) Bertolt Brecht et Fritz Lang le nazisme n’a jamais été éradiqué chez Lettmotif

(2) l’URSS vingt ans après chez delga

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