Sortir du piège debout !
Présidentielles : les questions posées aux communistes Présidentialisation, abstention, vote utile, FN...

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Les communistes sont à la fois très divisés et très nombreux à chercher les réponses à des questions qui sont posées à tout militant dans les faits. S’il y a des éléments de division réels, si le "style" de débats qui s’est installé depuis des années rend difficile une réelle écoute, si ce qui était une qualité du PCF d’avant, cet "intellectuel collectif" qui a formé tant de cadres issus du monde du travail, des quartiers populaires, semble avoir totalement disparu, il n’en reste pas mois que les faits sont têtus ! Il suffit à des communistes apparemment en opposition de se confronter "en vérité" aux faits pour s’apercevoir, au-delà des étiquettes et de cette personnalisation qu’on dénonce chez les autres, mais qui s’est imposée au PCF "par défaut", que l’histoire du PCF n’est pas finie, et que de nouvelles convergences sont possibles.

Face à la question des présidentielles, il y a des positions qui peuvent sembler irréconciliables :
- penser que la présidentielle est un piège et ne doit pas faire l’actualité des discussions entre communistes qui doivent au contraire prioriser les luttes sociales et les efforts d’organisation
- penser que le PCF est trop faible pour affronter une telle guerre politique et qu’il faut chercher "à tout prix" à élargir pour être plus fort. Celà va en général avec l’idée qu’il faut un candidat "tribun", un ami m’a dit "un mercenaire de la politique", capable de s’imposer dans les médias...
- penser, au -delà des forces et des faiblesses du PCF tel qu’il est, que la forme parti est un obstacle au rassemblement du peuple, compte tenu du lourd bilan négatif de la gauche, de la crise de confiance envers toutes les institutions et organisations...
- penser qu’il faut trouver les formes d’un "front" mais "sans effacement" du PCF, donc avec une candidature communiste
- penser que l’absence du PCF aux élections aggrave son affaiblissement et accompagne sa "mutation", "refondation", "métamorphose" pour la même issue que ce que le PCI a fait en un seul congrès
- penser que le risque du FN au second tour est trop important et qu’il faudrait directement participer aux primaires socialistes pour ne pas recommencer 2002...
- ...

Cette liste ni exhaustive, ni exclusive, illustre la difficulté de rassembler largement les communistes pour en faire une "force de frappe" dans la guerre de classes qui s’aiguise comme jamais, et dont la révolution Tunisienne et la situation en Égypte révèlent la dimension mondiale... et nationale !

Essayons donc de poser les questions à partir des faits, sans préjuger de toute solution, de toute position "a priori" sur cet enjeu des présidentielles...

Le piège de la présidentielle

La présidentielle est un piège connu des communistes, dénoncé dès l’origine, et à chaque occasion, et leurs projets constitutionnels ont toujours inclus la suppression de cette élection antidémocratique...
Car elle organise et symbolise la dépossession du peuple de sa souveraineté, remise à un "chef" autour duquel s’organise ce qui reste de la démocratie. Et toutes les réformes faites depuis 58, y compris celles de la gauche avec le quinquennat, ont renforcé cette présidentialisation que Sarkozy symbolise à l’extrême. Souvenons-nous que c’est bien Napoléon le petit qui a inventé et gagné la première élection présidentielle...

Et cette élection est une machine à fabriquer la bipolarisation essentielle à la bourgeoisie pour enfermer toute bataille politique dans la fausse alternance entre deux variantes de la gestion du même système. De 2002 à 2007, on voit une campagne électorale qui organise dans un premier temps l’expression de dissidences apparentes (Chevènement, Bayrou), puis les canalise vers le vote utile pour arriver au piège d’un second tour sans issue pour le monde du travail...

Peut-on sérieusement déserter ce terrain parce qu’il est le plus difficile et qu’on sait d’avance qu’on ne peut pas "jouer au jeu officiel" de cette élection ? Nous savons que des millions d’électeurs et d’abstentionnistes vont être "travaillés" par les débats politiques des présidentielles, que les idées présentes dans les consciences et qui pèseront sur les luttes, sur les solidarités, sur la capacité d’organisation seront marquées par la bataille idéologique qui se durcira progressivement jusqu’à tenter d’enfermer toute résistance dans ce piège du second tour.

Les communistes ont tout à perdre à entrer dans ce piège en "jouant le jeu", en faisant croire que cette élection pourrait constituer une réponse aux besoins populaires, aux attentes du mouvement social, mais ils ont autant à perdre en laissant le peuple se débrouiller seul face aux forces gigantesques qui vont organiser la vie publique autour de 2012...

On peut ainsi tenter de formuler la question qui nous est posée de cette manière.

Les communistes doivent mener cette bataille des présidentielles, non pas pour faire croire qu’une future majorité de gauche issue d’une victoire en 2012 pourrait "changer la vie" [1], mais pour élargir la conscience qu’il faut impérativement "sortir" de ce système, autant au plan institutionnel qu’au plan économique, et qu’il faut donc pour cela un mouvement beaucoup plus fort qu’en Octobre 2010, un mouvement qui assume le blocage du système, un mouvement aussi fort que la révolution Tunisienne... que l’élection est d’abord un outil et un moment pour peser sur le rapport de forces dans lequel agissent les forces sociales.

le risque du fascisme

La bourgeoisie sait qu’une part du peuple ne se laissera pas attirer par cette fausse alternance. Notamment dans les couches populaires, dans le monde du travail qui avait massivement voté contre la constitution européenne. Il y a une telle distance avec les institutions, un tel écœurement politique devant les inégalités, la corruption, l’affairisme politique que symbolise aussi Sarkozy, qu’il est impossible de gagner tout le monde à aller gentiment voter pour un des deux candidats "utiles" pour le second tour.

La bourgeoisie avait une réponse ancienne et qui fonctionne très bien dans de nombreux pays dont les USA... l’abstention. C’est son arme favorite dans toutes les élections locales [2], et en fait toutes les élections "politiques" qu’elle ne peut maitriser totalement. Jusqu’à aujourd’hui, la présidentielle était au contraire l’élection qui mobilisait le plus justement parce qu’elle était le moment structurant ou la bourgeoisie confortait sa domination en digérant les oppositions et les intégrant dans l’acceptation du système.

La situation est sans doute de ce point de vue nouvelle. D’un côté le niveau de colère potentielle n’a jamais été aussi élevé, contre le système capitaliste, contre le système tout court, mais la distance entre les travailleurs et les institutions politiques n’a jamais non plus été aussi grande. 2002 a déjà montré que l’alternance dans le cadre du système ne suffisait pas à tenir le peuple. Pour que la colère ne déborde pas contre le système, il faut la détourner des dirigeants de ce système, du système lui-même pour la canaliser contre des boucs émissaires... les immigrés, les musulmans, les roms, les sans papiers, les pauvres en général. [3]

Sarkozy avait réussi en 2007 le tour de forces de faire croire qu’il était "nouveau", qu’il était "hors du système" et qu’il allait tout bousculer. Une telle posture politique ne peut pas fonctionner deux fois ! La bourgeoisie est donc devant un dilemme. Une part importante du monde du travail n ’est pas "intégrable" dans sa domination avec un deuxième tour du genre Sarkosy- DSK. Les signes toujours plus marquant de fascisation du pouvoir Sarkozyste traduisent cette nécessité vitale pour la bourgeoisie de détourner la colère sociale. La place prise par Marine Le Pen dans les médias est tout à fait révélatrice de l’importance que va prendre le FN dans le dispositif idéologique.

La question posée aux communistes de ce point de vue peut donc être formulée ainsi :

Pour s’opposer efficacement au fascisme, les communistes doivent d’abord et principalement permettre à la colère sociale de s’exprimer contre la bourgeoisie. Il ne s’agit pas de combattre le FN sur le terrain des valeurs, car si la colère sociale est dévoyée, toutes les digues morales cèderont ! Au contraire, c’est en donnant au peuple des outils pour que la colère s’exprime, en considérant que la cible prioritaire et même la cible principale des communistes, ce sont les déçus du mouvement social, les abstentionnistes et les travailleurs tentés par le vote raciste, pour les orienter vers la colère contre le système. Il y a là pour les communistes des millions de voix qui n’iront de toute façon pas au vote utile socialiste ! Au contraire, dans les couches moyennes et aisées, le souvenir de 2002 va peser de plus en plus fortement en faveur du vote utile, du vote PS... L’espace politique des communistes est immense et il est dans le monde du travail !

le besoin de politique du monde du travail

Enfin, une élection doit répondre aux questions posées dans le mouvement social. Elle n’est pas un concours de beauté. On sait depuis l’origine que toute élection qui se réduit à une "case à cocher" enferme la souveraineté dans des calculs, des compromis, la contradiction entre ce qu’on veut et ce qu’on craint le plus, entre le vote utile et le vote protestataire...

Mais on sait aussi que l’élection est un moment fort de la construction des représentations politiques, de leur confrontation, un moment fort de l’organisation des forces politiques... Pour les communistes, l’élection est donc un outil pour aider le mouvement social à grandir en rapport de forces et en contenu... Pour cela, elle doit être utile pour exprimer le "point de vue de classe". Comme avec le référendum de 2005, la question est bien de répondre le plus précisément possible aux questions sur lesquelles bute le monde du travail. Or, le monde du travail est tout sauf amorphe, le mouvement social d’Octobre a révélé la force potentielle du peuple et en même temps son interrogation sur son impuissance apparente qu’on peut résumer en une question : Pourquoi un gouvernement peut "tenir" quand la grande majorité du peuple est contre ?

Les communistes doivent répondre sans ambiguïté à cette question et la seule réponse concrète, c’est que les ruptures politiques, les révolutions, se font quand "ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés" mais aussi quand "ceux d’en haut NE PEUVENT PLUS gouverner". C’est l’expérience qu’est en train de faire durement le peuple Égyptien et dont personne ne connait encore l’issue.

Comment permettre au peuple, et notamment à ceux qui se sont le plus mobilisés dans le mouvement de 2010, aux 3 millions de manifestants, d’utiliser l’élection pour dire qu’ils vont, après avoir repris des forces, s’organiser pour reprendre le terrain de la lutte et franchir des pas décisifs vers le blocage du pays, qu’ils vont s’attaquer à ce qui fabrique le pouvoir de cette bourgeoisie arrogante, la production du profit dans l’entreprise, qu’ils vont non pas attendre un "relais politique" pour espérer qu’un futur gouvernement se décide enfin à mener une politique de rupture, mais qu’ils vont créer dans la rue et l’usine, les conditions de l’impossibilité pour le pouvoir de diriger ?

Et cette question oblige à considérer qu’une partie essentielle se joue dans l’entreprise, dans la production de profit, et que l’élection doit être un moment où se (re)construit la capacité politique de la classe ouvrière, son affirmation qu’elle n’est pas un ramassis d’exclus, de sans, de désespérés, mais la force dirigeante qui peut relever la tête et défier la bourgeoisie.

On pourrait alors formuler la question de la manière suivante :

Les communistes appellent le peuple à voter, non pour trouver un "relais" politique aux luttes, non pour "peser sur un possible gouvernement de gauche", mais pour que le monde du travail, la classe ouvrière d’aujourd’hui s’affirme comme la plus grande force sociale et politique, comme la force qui se prépare à organiser le blocage du pays pour faire tomber non seulement Sarkozy et son gouvernement, mais le système de domination qu’ils représentent.

La recherche de l’unité des communistes

Enfin, parce que l’élection présidentielle est ce moment où la bourgeoisie cristallise sa domination politique, les communistes sont confrontés au défi d’affronter cette bataille en se renforçant, et en sortant d’un processus continu d’émiettement. Les plus anciens se souviennent de la candidature de Jacques Duclos, dont on ne pouvait pas dire qu’il était médiatiquement dans l’esprit de 68, mais qui a porté le PCF au plus haut dans cette élection. Beaucoup ont en mémoire l’incroyable campagne de Marchais en 81, son célèbre "au dessus de 4 millions, on prend tout", les stades pleins dans toute la France, et le choc du résultat, mais aussi la force de la mobilisation militante et des 4 millions de voix communistes.

Comment trouver les formes modernes d’un telle mobilisation et ne pas reproduire la mauvaise saga des collectifs anti-libéraux de 2007 ? C’est un fait que les communistes sont divisés, et le présenter comme le problème d’une minorité "orthodoxe", à quelques sections ou vieux dirigeants, c’est vraiment ne pas voir l’essentiel. 40% des communistes se sont prononcés sans ambiguïté pour une autre stratégie au 34eme congrès, et de très nombreux autres ont critiqués l’orientation tout en acceptant le cadre national au final. Dans la préparation de 2012, les opinions évoquées au début de cet article son présentes partout et constituent le point de départ. On peut les nier et dire que la parole de la majorité du conseil national est la seule qui compte, mais ce serait prendre le même chemin que 2007 et prendre un risque énorme de se retrouver au dernier moment dans l’impasse.

Les 3 mois qui viennent, la conférence nationale et la consultation en Juin 2010 sont une extraordinaire occasion pour rechercher l’unité des communistes, pour débattre au fond des questions politiques qui nous sont posées, d’objectifs de lutte et de transformation qui portent le point de vue communiste, rassembleur et de rupture, national et internationaliste, parti de la classe ouvrière et du peuple...

La solution ne viendra certainement pas d’en haut, d’une idée ou d’un homme miracle. Mais si la majorité des 50 000 communistes se retrouvent dans cette bataille, se parlent sans préjugés, s’organisent pour dire sans ambiguïté "le parti communiste est de retour", s’ils appellent le peuple à se lever comme une force irrésistible, tout peut être bousculé. Et l’histoire retiendrait alors que si le parti communiste italien a disparu en un congrès, le PCF après avoir traversé une longue période de doutes et de divisions, a retrouvé le fil de son histoire...

[1La grande majorité du peuple se souvient qu’elle ne l’a fait ni en 1981, ni en 1997...

[2on sait qu’on va battre des records pour les prochaines cantonales

[3Il est toujours surprenant de voir que ce sont des pauvres et des couches moyennes qui constituent la masse d’électeurs que le FN cherche à orienter vers un discours nationaliste et raciste... Et cela concerne aussi les immigrés dans les banlieues !

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