Débat Chassaigne-Gerin
Plus de 200 participants au débat organisé dans le Var à Carnoules Le mercredi 30 mars 2011

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À peine les élections cantonales terminées, la fédération du PCF du Var a organisé un débat afin de permettre aux communistes de se faire une opinion plus précise sur les enjeux des élections présidentielles avec la participation de deux candidats à la candidature que sont : André Chassaigne et André Gerin, mercredi dernier, à Carnoules.

Faut-il un candidat PCF aux élections présidentielles ? La question est de taille et mérite en effet d’être posée tôt. Autour d’Alain Bolla, responsable départemental du Parti communiste, deux députés communistes, André Chassaigne (5e circonscription du Puy-de-Dôme) et André Gérin (14e circonscription du Rhône) ont animé une conférence-débat dans la salle des fêtes qui affichait complet.

Alain Bolla s’est efforcé de mettre en relief les deux approches politiques de ces deux candidats potentiels à la candidature pour l’élection présidentielle de 2012 en posant des questions précises.

Comment percevez-vous le contexte international ?

A.C. : C’est en échangeant tranquillement que le PCF se grandit. C’est important de mettre sur la table nos approches. C’est avec un immense plaisir que je constate une succession de mouvements populaires contre les oligarchies installées. C’est le signe d’un immense espoir. Quand un peuple se mobilise il peut même renverser des dictatures.

Les enjeux économiques entraînent un positionnement lié aux intérêts géostratégiques comme par exemple pour le pétrole. C’est le cas en Libye.

Le positionnement de la France répond à un enjeu de politique intérieure. La France est entrée en guerre en Libye, seuls les députés communistes ont voté contre, ceux du Parti de Gauche ont une autre appréciation.

A.G. : Le PCF a besoin de débattre, de donner envie, de cheminer ensemble, de s’enrichir ensemble. On avait peut-être perdu de vue que ce sont les peuples qui font l’Histoire. C’est un mouvement d’ensemble auquel on assiste depuis dix ans : le Brésil, l’Amérique Latine, la Méditerranée du Sud et aussi les luttes dans les entreprises en Europe.

L’intervention en Libye montre que cela ne leur plaît peut-être pas trop ce qu’il se passe là-bas.

L’OTAN a de plus en plus une stratégie militaire et nucléaire qui s’élargit au monde.

Le capitalisme mène une contre offensive car il est en perte de crédibilité.

Ce qui se passe dans les pays méditerranéens c’est une bouffée d’oxygène. On ne sait pas trop quelle sera l’issue mais cela peut donner à réfléchir à notre propre peuple.

Clarifions notre position sur l’intervention en Afghanistan, en Libye.

Quels sont les intérêts français défendus en Libye ? Comment expliquer la position du PCF ?

A.G. : On a dit que les autorités françaises était en décalage par rapport aux événements en Tunisie, Egypte…Ce n’est pas si sûr.

Sarkozy est un président pétainiste. Je rappelle qu’il s’était entretenu avec Chirac pour pousser à une intervention en Irak.

Il ne faut pas oublier aussi qu’un accord a été signé ces derniers mois entre la France et le Royaume Uni sur l’utilisation de l’arme nucléaire dans le cadre de l’OTAN avec l’assentiment d’Obama.

C’est une stratégie de contrôle du pétrole qui est mise en œuvre.

La force historique du PCF, c’est de se battre pour sortir de l’OTAN ; il faut continuer à le faire ! On va donner le quitus à l’Arabie Saoudite pour écraser le Bahrein. Il faut sortir de cette histoire coloniale, les peuples doivent être maîtres de leur destin. Pour cela il faut construire un nouvel internationalisme.

A.C. : Les évènements en Libye montrent que l’on a besoin en France d’un parti révolutionnaire, d’un parti communiste français. Il faut sortir d’une approche politique qui joue sur l’émotionnel, l’affectif, la défense des Droits de l’Homme, on se limite à cela dans le débat public. Sarkozy a une politique qui est basée sur des coups de pub. Les citoyens ont besoin d’une analyse révolutionnaire.

C’est-à-dire que derrière toute la politique de Sarkozy, il y a des raisons économiques, géopolitiques. Le capitalisme a besoin du pétrole libyen d’excellente qualité ; il veut reprendre la maîtrise sur l’énergie qu’ils sont en train de perdre. Soyons sur la réflexion, passons au crible du marxisme l’ensemble des décisions politiques, et non sur l’émotionnel.

Comment caractériser le capitalisme aujourd’hui ?

A.G. : Quand l’on porte un regard depuis les années 1970, sans remonter à l’Indonésie en 1965, sur le bilan d’un capitalisme prédateur, du désastre au Chili, en Argentine, au Kosovo, en Irak, on constate qu’il est en perte de crédibilité.

La lutte des classes s’est généralisée au niveau mondial. Le capitalisme mène une guerre de classes qui entraîne la destruction économique (désindustrialisation au profit du business des loisirs ou de l’armement), idéologique, culturelle… Il laisse pourrir des quartiers des grandes villes. Il utilise l’intégrisme au niveau mondial.

La question d’une rupture avec le capitalisme est urgente. C’est comme le disait Lénine, l’impérialisme stade suprême du capitalisme.

A.C. : De 2001 à 2007, 2457 entreprises de plus de 50 salariés ont fermé entraînant la suppression de 450 000 emplois. Le rythme s’est accéléré depuis cette date.

Le poids de l’industrie dans le PIB est passé de 24% en 1980 à 14% en 2007. Pourtant le chiffre d’affaire a augmenté et représente 83 milliards d’euros.

Le capitalisme industriel s’est transformé en capitalisme financier. La baisse des salaires est de 10%. Le capitalisme s’attaque au code du travail et à toutes les conquêtes sociales. Aujourd’hui le pouvoir politique est le bras armé du capitalisme financier.

Comment percevez-vous l’Union européenne ? Que faut-il changer ?

A.C. : Quelle doit être notre pratique politique ?

Est-ce qu’on pose comme condition la sortie du Traité de Lisbonne, l’indépendance de la BCE ? Et si l’on n’obtient pas cela ?

Le peuple de France n’est pas isolé ; les autres peuples européens luttent, il existe un mouvement social européen.

A.G. : En Tunisie le peuple n’as pas attendu, il peut y avoir des changements tout de suite. La première chose que les tunisiens ont faite c’est de changer la Constitution. En France nous avons toujours combattu la Constitution de 1958 avec son présidentialisme, il faut revenir à la Constitution de 1946.

Si on ne met pas en question la constitution, on viole la souveraineté populaire

L’Union Européenne a mis en place un corset de fer au service du capitalisme. Il faut sortir de l’euro car c’est une arme du capitalisme. De même la Constitution de 1958 est un corset de fer pour la France.

Comment appréciez-vous les résultats des cantonales ? Comment expliquer la différence entre le mouvement social et le vote ?

A.C. : Au cours du mouvement social de cet automne, on n’a pas été à la hauteur pour travailler en profondeur, traduire les aspirations sociales pour favoriser le bouillonnement démocratique et faire participer les populations. Il est nécessaire de travailler au plus près des populations. Le pire c’est de penser que tout vient d’en haut, que le succès vient de personnes médiatiques. Il s’agit d’un pacte citoyen auprès des électeurs. Il faut en tirer des conclusions : l’élu n’est pas un relais, il est au cœur de la population, du peuple.

Le Front de Gauche n’est pas une organisation mais un rassemblement de luttes. Ce n’est pas un cartel d’organisations mais il est au cœur du mouvement social.

Le succès du Front de Gauche ne se fera pas par la disparition du PCF. Il ne faut pas enfermer le Front de Gauche dans un cartel de partis.

A.G. : Bilan des cantonales : les militants communistes se sont bien débrouillés. Le Front de Gauche est une réponse étriquée. En 20 ans l’abstention a doublé 30% (1992), 60% (2011). Dans la réalité tous les partis ont perdu des voix entre 2004 et 2011 sauf les écologistes. L’UMP perd 1 million de voix, le PC perd 232.000 voix.

Il ne faut pas hésiter à donner des qualificatifs de classe à Sarkozy : c’est un président versaillais.

La majorité des citoyens ne croît plus à la gestion nationale de la gauche et de la droite. Le pouvoir politique connaît une fracture, une cassure avec le peuple de France. Le peuple a besoin d’un PCF de combat qui redevienne indépendant des institutions. Il faut retourner à un PCF tribunicien. Le parti communiste a trompé des dizaines de militants. Je veux un PCF en première division, je ne veux pas que le PCF joue en 2ème division. Il est nécessaire de reconquérir le vote populaire, le vote du peuple de France sans à priori. Le PCF doit s’adresser directement au peuple de France.

Quel est l’enjeu de l’élection présidentielle ?

A.C. : Est-ce qu’on sera utile au peuple de France ? Est-ce qu’on pourra peser sur les décisions ? C’est essentiel de faire la démonstration qu’on est utile et qu’on n’est pas des godillots. C’est par le positionnement du PCF que l’on redonnera des lettres de noblesse à la politique. Est-ce que l’on pourra peser sur les ruptures avec le capitalisme pour changer la vie ? Par exemple mettre en place un pôle public bancaire. Faut-il pour cela creuser une tranchée et tirer à la mitraillette ?

A.G. : Il faut répondre à la décomposition sociale, politique, économique, culturelle… reparler de la nation, être le porte drapeau de la souveraineté nationale, rappeler le cheminement de 1792, de 1848, de 1946, changer la constitution de 1958, redonner à l’Etat les missions régaliennes (sécurité des biens et des personnes, justice, éducation qu’on privatise…).

Quel est le sens profond d’être candidat à la candidature ? Une alternative au capitalisme est-elle possible ?

A.G. : Ne pas avoir de candidat du PCF serait une décision mortifère. Quelle que soit la difficulté, il est nécessaire d’avoir un débat politique, faire un appel au peuple de France. Regardez ce qui se passe dans les entreprises. Cela bouge, des jeunes se battent dans les usines.

On ne veut pas gagner pour gagner mais pour réussir. La clé c’est un candidat du PCF et un peuple qui sort la tête de l’eau. Il faut un mouvement social avant pendant et après les présidentielles de 2012.

A.C. : La stratégie du Front de Gauche doit être la possibilité de rassemblements. Le PCF a validé lors de son dernier Congrès la stratégie du Front de G. Ne pas avoir d’à priori sur le choix du candidat, ni dans un sens, ni dans l’autre. Ne pas rejeter le candidat qui peut ne pas être celui du PCF. Les communistes doivent choisir le candidat. Il faut sortir de la démarche de la présidentialisation et de la personnalisation, parce que la politique cela doit être l’affaire du plus grand nombre.

C’est une décision collective qui doit être prise. Je me plierai à cette décision de la Conférence nationale du mois de Juin. La décision du candidat est un seul élément. Un projet qui parte du bas, pas d’en haut. Éviter de lancer « un électron libre ».

A.G. : Le Front de Gauche, c’est une escroquerie, il a été construit pour Mélenchon. C’est nécessaire de remettre en cause cette démarche programmatique (dont nous voyons aujourd’hui la queue de la comète) et de repenser à une stratégie politique révolutionnaire de reconquête populaire.

Pensez-vous que le PCF a un avenir ?

A.C. : Le PCF a de l’avenir car on a besoin d’une analyse marxiste. Le peuple a besoin d’un parti révolutionnaire car c’est le peuple qui est la victime du système capitaliste. Le Front de Gauche permet de redonner confiance aux électeurs. Le PCF a le plus pesé quand il a été dans le cœur du rassemblement du peuple de France comme par exemple en 1934, mais surtout en 1945 dans le Conseil National de la Résistance (dont le programme était élaboré par des jeunes). Ce n’est pas dans l’isolement que l’on se reconstruira.

Le PCF doit se renforcer pour être de nouveau au cœur du peuple.

A.G. : On constate jusqu’à 80 à 85% d’abstentions dans certains quartiers populaires des villes. Si l’on se contente d’une gauche de gestion, les gens ne nous entendent plus. Le PCF doit oser comme jamais. Mélenchon veut continuer ce qu’a fait Mitterrand, il ne dit rien sur Jospin.

Les communistes doivent d’abord être consultés sur le candidat communiste avant de choisir le candidat du Front de Gauche.

***

Une douzaine de personnes sont intervenues pour compléter les analyses, répondre aux questions posées mais aussi pour en poser d’autres.

« Nous refusons la guerre ». « Plus que jamais nous avons besoin d’un candidat communiste et être complètement nous-mêmes ».

« Le vivre ensemble pose problème, s’il n’y a pas de débat d’idées au sein même des rassemblements ! ». La consultation des communistes est indispensable. « Les médias nous boycottent et quand ils parlent de nous ils déforment nos idées, nos propositions ». « Il faut créer des événements dans tout le pays pour montrer que l’on existe et se faire entendre ».

Les deux intervenants concluent la réunion

A.C. : Prendre bien en compte cette fracture terrible qui concerne des millions de personnes qui n’ont pas trouvé de solutions politiques, qui souffrent. Les abstentions + le vote FN c’est un échec terrible.

Changer nos pratiques politiques depuis plusieurs années, on a essayé d’être au cœur des luttes, en essayant de rassembler, d’avoir des stratégies de luttes, d’être au cœur des luttes sans mettre le drapeau dans la poche. Il nous faut construire en coopérant, en faisant appel aux intelligences collectives, en partageant les idées, en concrétisant des pactes citoyens… Il n’y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas.

Sortir le front de Gauche du tête à tête en associant le peuple.

Aux régionales en 2010 en Auvergne on a construit le programme régional avec les gens et on a fait de même aux cantonales dans les cantons où nous étions présents. Un jeune candidat dans le canton voisin du mien a réalisé 41 % des voix sur cette démarche.

Le Front de Gauche se renforce là où le PCF est présent. Aux législatives il faudra associer le peuple de France.

A.G. : Le rassemblement ne doit pas être pour participer au gouvernement avec le Parti Socialiste. Le Front de Gauche participe à la recomposition politique c’est une filiale du PS. Je suis rentré en dissidence en Mars 2000 à Martigues. 40 % du parti est dans l’opposition à la direction nationale mais n’occupe aucune responsabilité.

Il faut un rassemblement qui se construise et s’adresse au peuple de France du type CNR. Le capitalisme utilise le pourrissement de la société ; les mafias, les intégristes sont instrumentalisés pour nous empêcher d’aller à la reconquête. La bataille industrielle c’est une bataille de la France. Aborder tous les sujets sans tabou, par exemple la laïcité et donner des arguments. Il ne faut pas se défausser. La Gauche doit balayer devant sa porte. Il ne faut pas entretenir la pourriture sociale.

Il faut que les forces communistes retrouvent leur place dans le peuple de France qui souffre et en a besoin.

Qu’est ce qu’on dit dans le débat sur l’islam ? Qu’est ce qu’on fait pour un islam spirituel ? Je suis une tête de chien, mais il faut qu’on en parle. Les musulmans Français souffrent. L’école publique, l’école laïque a été abandonnée par Mitterrand en 1984. Jack Lang a donné ensuite des moyens à l’école privée.

Il faut que les forces communistes retrouvent leur place dans le peuple de France qui souffre et en a besoin.

Propos transcrits par L.C. et P.Daspre.

Source PCF Brignoles

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