Nous allions sortir des caves du mépris,...

, par  Gilbert Remond , popularité : 1%

Avec la mort de Lou Reed, c’est une partie de ma jeunesse qui part, le côté "wild side", qui fait traverser le miroir sans garantie romanesque, sans théâtre pour en perpétuer le cycle épique. L’ assurance de trouver un passage au-delà de sa forme réfléchie fait défaut tout comme le retour sur image par quoi quelque chose peu s’en dire. Dire ! Oui c’est bien cela ! Sa voix à jamais tue !

Restera pourtant une trace numérisée, un passage dans les sillons, un retour fait de tours et de tours sur nos platines. Par la, grâce a l’illusion technique, Lou nous chantera encore, il nous enchantera avec son écriture rock and roll.

La recherche d’Eurydice avec ou sans Cocteau, c’est toujours un de ces crèves coeur qui sans cadre et sans papiers adoube la triste certitude que nous suivons seul un chemin dans lequel tous se perdent, devenus petit cailloux qui tombent de nos poches idéales, pour d’ inutiles traces, puisque là ou nous menent nos pas, les retours seront impossibles.

Arrivé dans mon univers avec les années soixante-dix, Lou reed, depuis Berlin, m’avait inscrit dans le coeur une ballade qui avait dans son fond un pleure d’enfant. Celui ci d’abord imperceptible, s’élevait crecendo dans le sillage d’un chant, pour finir par le couvrir et le subvertir. Il devenait toutefois une alternative en un signe de vie, qui allait pouvoir rassurer "les enfants terrible" que nous avions été. Mais pourquoi ce pleure, quel histoire venait-t-il ponctuer ?

Je n’ai pas fait la connaissance de Lou Reed tout de suite. Bien que je le savais dans les années soixante-dix, de compagnie avec Bowie, j’ai eu révélation de sa voix beaucoup plus tard. Berlin devenait une référence de la contre culture et de la contestation. Après Willy le rouge assassiné, après les années de plomb et la fraction armée rouge défaite, une certaine mode s’était emparée de la ville enclavée et séparée, où le politique prenait l’habit des comportements alternatifs. Des anges tombés du ciel étaient revenus dans la condition humaine, et ces "ailes du désir" avaient rendu à la ville un attrait que le cinéma et la musique nous révélaient.

D’un côté nous avions Wenders qui célébrait l’écriture céleste de Rainer Maria Rilke, de l’autre Lou Reed, qui électrifiait les élégies sorties des caves transformées en lieux d’expression pour une jeunesse lourdement culpabilisée par le comportement de leurs parents et réprimée de vouloir l’exprimer.

"Sad song" certes, cependant, ces pleurs de "kids" relançaient une salve d’espoir dans le conflit générationnel dont nous avions été l’éclat. Nous y avions été conduit mécaniquement et peut être plus encore nos ainés, qui entrainés vers des guerres qui n’étaient pas les leurs avaient glissés vers l’abîme, forcés dans une "descente au enfers" au plus profond d’eux même, par les noires certitudes "des grands de ce monde".

Ce pleur d’enfant m’annonçait de surcroit, le mystère de l’enfance par la présence intrigante de son cri. Il m’annonçait aussi dans un soupçon, l’incongruité de l’under ground, et la reprise de l’amour comme stade d’accès au monde adulte dans une lumière retrouvée.

Nous allions sortir des caves du mépris, pour nous installer dans les étages de l’urbanité . Autant que le rire, un pleur d’enfant peut montrer la vie, il se fait alors, l’annonce de l’ambivalence, celle de ses contraintes et de ses surprises. Pourquoi justement, alors que disparait le chanteur, est-ce par ce signe que s’organise mon souvenir ?

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