Ne ratez pas le film de Nanni Moretti : Santiago Italia

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 9%

Nanni Moretti a fait là un très beau documentaire non pas sur les années soixante et dix mais sur aujourd’hui. L’Italie mais pas seulement, la France aussi.

Au moment même où j’écris mes mémoires et que tout me parait concurrent de ce travail d’écriture. Tout me distrait de cette plongée dans hier pour dire aujourd’hui ce film est un salut du cinéaste italien : « tel que l’éternité nous change lui et moi ». Mais je peux dire que dans la salle c’était pareil. Nous nous sommes parlé avant et après entre femmes grisonnantes et l’une à la fin a tendu ses deux pouces pour dire ce qu’elle pensait de ce film.

Tout est dit par ce geste qui glorifie le gladiateur, ces années soixante et dix l’expérience du Chili populaire mais pas seulement, nous allions tous vers un grand soleil rouge, l’avenir était le bonheur du présent.

Puis il y eut l’annonce de cette contre-révolution qui allait déferler sur le monde et qui prenait la gueule des tortionnaires de Pinochet, les chiens des États-Unis et les Chicago boys qui inventaient la révolution conservatrice du néo-libéralisme… Reagan et Thatcher derrière ces ordures se prenant pour les droits de l’homme et dénonçant le totalitarisme marxiste et ça a marché… En France le néo-libéralisme a été introduit par un président socialiste et nous avons eu beaucoup de mal à nous dégager de son étreinte, puis nous avons remis ça… Là-bas, le socialiste s’appelait Salvador Allende, ici il s’appelait Mitterrand était l’ami de Bousquet et avait pour but de réduire les communistes, de transformer les intellectuels en courtisans.

Dans les années soixante et dix, nous pensions créer les conditions de l’émancipation des paysans, des ouvriers, les artistes couvraient les murs de peinture, les poètes chantaient et nous nous sommes réveillés dans l’atrocité d’un stade où l’on coupait les mains de Victor Jara. Avec Nanni Moretti je me suis souvenu de ce dessin que j’avais fait : une main, cinq doigts sanglants traçant le mot Chili, je l’ai photocopié sur une feuille et l’ai affiché en pleurant.

Neruda succombait quelques jours après Allende. Mais la vague de sang ne s’est pas arrêté là, elle ne s’est pas contenté de détruire le Chili peu à peu, elle a rongé nos âmes et transformé les pays solidaires que nous étions en lieu de l’égoïsme, de l’individualisme où l’on attend rien de personne… Les communistes se sont effacés et la vie de chacun en a été réduite. C’est ça l’histoire réelle de ce film, celle de réfugiés chilien, d’abord dans l’ambassade puis dans un pays en plaine effervescence, l’Italie avec son parti, l’Émilie rouge qui donne du travail, les meetings pleins… et nous nous réveillons dans l’Italie de l’extrême-droite, la victoire réelle de Pinochet et de l’impérialisme américain.

Nous en sommes là, mais Nanni Moretti reste lui-même, comme moi et comme tant d’autres et dit « je ne suis pas impartial ». Moi non plus et je ne me promène plus avec de bons sentiments qui m’assurent la publicité du politiquement correct et les oscars du plus petit commun dénominateur. Tels que nous sommes Nanni Moretti et tous ceux qui sont restés « non impartiaux », communistes, nous n’aurons droit à rien, aucune publicité, je n’attends rien pour mes mémoires, la censure continuera de plus belle dans une Humanité qui en appelle au vendeur du dimanche après lui avoir depuis des années craché dans la gueule, allant jusqu’à soutenir un poulain de Robert Ménard contre Fidel castro, un ami des tortionnaires et assassins de la CIA plutôt qu’un combattant.

Et ceux qui ont fait cela, le directeur qui a déshonoré l’humanité est toujours en place avec son équipe de journalistes qui se prennent pour les propriétaires du journal. Ceux qui pensent que le communisme « coco c’est pas vendeur »… jusqu’à la faillite…

Nanni Moretti nous parle de hier mais aussi d’aujourd’hui, il sait raconter du rire aux larmes, les jours des réfugiés passés dans l’ambassade d’Italie, la cocasserie du vécu, celui qui se fait exclure du parti parce qu’il refuse d’éplucher les patates, le couple qui divorce, mais aussi les séances de torture. Il dit ce que j’ai reçu en héritage de tout ceux qui ont résisté à la torture « Si l’aveu d’un camarade a pu faire cesser sa souffrance, alors il a bien fait de parler »

Toute ma vie j’ai revécu l’horreur de la guerre, et là encore j’ai fermé les yeux pour ne pas voir les sous-titres et je me suis bouché les oreilles pour ne pas entendre le récit des tortures vécues par cette femme qui conseille à une amie de résister, parce que la douleur physique s’efface mais pas la douleur morale de la trahison.

J’espère que ceux dont la vie n’a été que trahison d’un idéal, compromissions et petits arrangements avec la « mode » des vainqueurs peuvent se regarder en face dans une glace. Je sais, mes chers camarades, qu’une fois de plus personne ne vous parlera de ce que j’écris pour vous, j’ai l’habitude de ce coussin qu’on a mis sur mes lèvres, il y a même sur les réseaux sociaux ceux qui à mon nom disent leur haine et ajoutent « elle n’est pas encore morte » ? Sur moi et sur ceux de tant d’autres non seulement de la part de la presse bourgeoise, mais de ceux qui se sont voulus les copropriétaires de notre presse et qui ont fait régner « leur » ordre.

je me souviens de ce que disait Fritz lang des Etats-Unis, ils n’ont pas besoin du nazisme, ils ont réussi à transformer les esprits pour avoir un nazisme avec élections démocratiques. Cela se passe quand on élimine les communistes et l’alternative réelle qu’ils représentent, y compris quand le travail est fait par les directions dites communistes, comme cela s’est passé dans l’URSS de Gorbatchev, dans l’Italie d’Ochetto et ailleurs…

La preuve est faite que vous ne ferez rien pour que votre presse change. Mais en revanche vous pouvez soutenir la parole vraie de Nanni Moretti, évitez ce silence qui s’abat sur ce qu’il fait. Il vous parle de vous hier aujourd’hui, demain.

Danielle Bleitrach

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