Leur patriotisme était celui de la classe ouvrière et de l’Internationale

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

Le soir de son élection à la présidence de la république, Nicolas Sarkozy allait brûler sa nuit dans une collection de boites chics après s’être fait applaudir en compagnie de sa femme et de quelques people racolés pour la circonstance par une jeunesse en délire, formatée par la « star-ac ».

Il en ressortait au petit matin en baskets, jean et blazer pour un clin d’œil appuyé à la chanson de Jacques Dutronc : « il est 5 heures, Paris s’éveille… ». Un ancien jeune homme de bonne famille saluait ainsi d’un pied de nez la France qui se lève tôt par un médiatique coucher avant d’aller épouser les ors de la république.
Le soleil avait il trouvé son roi ?

Ainsi à l’instar du laitier, des éboueurs et des balayeurs de la chanson, tous ceux qui aimeraient bien gagner plus sans forcement travailler davantage, apprenaient qu’ils allaient avoir pour chef un ancien fêtard très branché, maître dans l’art de la mise en scène. Pensez donc fréquenter le Fouquets rapproche le peuple de ses édiles. Voila qui en effet était dignes des « 27 qui allaient mourir » et dont il allait s’empresser de distinguer le plus jeune un mois plus tard au bois de Boulogne (toujours l’art de la scène) bien qu’il fut exécuté à Chateaubriand près des côtes Bretonnes. Mais qu’à cela ne tienne, pour l’heure il avait en préparation un événement d’importance : une croisière en méditerranée, que son ami Bolloré lui offrait sans doute pour le remercier d’avance des missions de paix, qu’en tant que chef des armées il saurait commander vers ces pays où ce dernier possède chemin de fer, installations portuaires et autres entreprises civilisatrices. D’ailleurs, Nicolas assumera pleinement cette sinécure, étonné que l’on puisse s’en émouvoir, étant donné qu’il n’en avait rien coûté à l’état.

Après avoir fermé le banc et l’arrière banc sur cette mauvaise querelle, il allait rendre hommage à Guy Moquet, le jour de sa prise de fonction, en donnant à lire sa dernière lettre écrite par lui à sa mère, avant de tomber déchiqueté sous les balles fascistes. Il donnait alors à voir son émotion, par quelques larmes à toute la France, tout en disant son respect pour le courage et le patriotisme qu’il dédia à l’unité nationale retrouvée. Et en effet la claque était quasiment unanime, excepté chez quelques mauvais esprits, qui telle cette femme s’exprimant dans le courrier des lecteurs de libération, s’étonnait en de curieux rapprochements pourrait on dire : « lorsque Nicolas a fait lire cette lettre à la cascade, j’ai été bouleversé parce que j’ai pensé aux pauvres petits enfants qu’il a envoyé chercher à l’école, pour les réexpédier chez eux et j’ai trouvé très malhonnête ses larmes de crocodile ».

Une fois cette opération d’agit-prop réactionnaire terminé, il faisait savoir que cette fameuse lettre devait être lue à chaque anniversaire de son exécution, dans toutes les écoles de France, comme au bon vieux temps des vérités d’état à vénérer. S’agirait-il « de saigner l’Histoire comme une bête d’abattoir afin de l’en débarrasser de sa substance » comme l’écrivait Pierre Louis Basse l’auteur d’ « une enfance fusillée » ? Rien dans le climat du pays aujourd’hui fait écho aux voix des fusillés ou si peu !! Pour preuve le « détail » de Fillon qui sinistrement lancé va chercher cet autre détail de l’histoire qu’étaient les chambres à gaz, alors qu’il s’agissait de confirmer la loi sur l’ADN des étrangers ! Pour preuve la déclaration de l’ex n°2 du MEDEF se réjouissant de la remise à plat du programme de la résistance. Pour preuve la chasse aux syndicalistes… Il reste que réduire à l’amour de la patrie l’engagement de Guy Moquet ne dit rien de lui et ne respecte pas sa mémoire, d’autant que le patriotisme ne peut être un cadre de référence unique. Pétain et ses compagnons de la révolution Nationale représentaient à l’époque ce qu’il y avait de plus établi en matière d’ « amour de la patrie ». Et puis qui se rappelle de cette sentence de François Mauriac : « Seule la classe ouvrière dans ses grandes lignes est restée fidèle à la patrie ». Il semblerait donc que chacun a une représentation de la patrie qui varie selon sa classe d’appartenance. Sarkozy plus que tout autre, étant donné le point de visibilité où il se place. Le Fouquets, Bolloré, ses amis Lagardère et Bouygues, ses vacances passées chez les Bush, nous renseignent pleinement sur l’orientation qu’il veut donner au mot patriotisme. Pour toutes ces raisons, la façon dont il s’est servi de Guy Moquet a quelque chose d’abjecte, et si nous regardons avec effroi ce moment où l’intelligence se met au service de la réduction des têtes, il ne faut pas se tromper plus que de mesure. Comme le disait Mao Tsé-Toung avec cet art qui le caractérisait dans l’utilisation d’aphorisme « les réactionnaires soulèvent des pierres pour se les faire retomber sur les pieds ». Or pour nous autres communistes, qui n’avons pas plus peur du mot que de sa couleur, Guy Moquet peut être une de ces pierres, si nous savons nous rappeler de lui tel qu’il était.

Guy a adhéré aux jeunesses communistes en 1938 en pleine contre-offensive réactionnaire. Après l’euphorie du front populaire une véritable chape de plomb était tombée. Partout soufflait un vent mauvais. Déjà des personnages comme Léon Blum déclaraient « il ne s’agit pas de changer le capitalisme mais de le gérer » cependant que le père de Guy, député communiste, menait une bataille d’arrachepied pour attirer l’attention du parlement sur le sort terrible réservé aux brigades internationales et aux républicains espagnols qui refluaient du front. Ceux-là se retrouvaient sous les barbelés des camps de concentration que leur offrait le gouvernement de la gauche, où beaucoup moururent. Il se battait aussi pour que ne s’enlisent pas les promesses de 36. George Bonnet, ministre des affaires étrangères déclarait alors qu’en cas de conflit « les élections seraient interdites, les réunions suspendues et les communistes mis à la raison ». Or en effet à partir du 25 août 1939 l’Humanité était suspendue, la presse communiste interdite, les perquisitions et les arrestations arbitraires généralisées. Le PCF était dissout, car il fallait « balayer définitivement le communisme qui s’ingénie à pervertir les consciences » -comme cela était écrit dans une certaine presse-. « La propagande communiste doit être brisée même ([…]) s’il faut recourir aux camps de concentration et de bannissement » déclaraient le député De Kerelis quant Barthelemy pour eux réclamait la guillotine.

Le communisme ! Tel était l’ennemi. Ainsi lorsque débuta la « drôle de guerre » Guy et ses camarades n’eurent pas trop de mal à constater que celle-ci avait d’abord été déclarée contre les travailleurs. Ils se retrouvaient ainsi poussés dans la clandestinité bien avant l’arrivée de Pétain et des troupes allemandes. Ils étaient précipités dans la résistance, parce que la répression elle-même, avait été menée contre les « audacieux du Front Populaire » par un gouvernement et un patronat qui ne supportaient pas d’avoir été acculés à une négociation sur la réduction du travail et sur les salaires. D’ailleurs les noms des premières victimes de cette répression provenaient des listes établies à cette époque. Elles dénonçaient leur meneurs. C’est ce qui arriva au père de Guy et qui précipita son engagement à temps plein. « Papa a été arrêté. Il n’a rien fait c’est à moi de prendre le relais, je dois prendre sa place ». Il avait 15ans.

Avec ses copains des quartiers populaires de Paris, il militera pour reconstruire un parti communiste dont il percevait combien sa structuration était nécessaire, pour mener le combat de classe contre la vie chère et la misère. Son adversaire était le Capitalisme et non pas le peuple allemand. D’ailleurs lorsqu’il sera arrêté on retrouvera sur lui cette lettre que Nicolas Sarkozy se garde bien d’invoquer : « Parmi ceux qui sont en prison se trouvent nos trois camarades Berselli, Planquette et Simon qui vont passer des jours maussades. Mais patience, prenez courage. Vous serez bientôt libérés par vos frères d’esclavage. Les traîtres de notre pays, les agents du Capitalisme. Nous les chasseront hors d’ici pour instaurer le Socialisme. Mains dans la main la révolution pour que vainque le Communisme. Pour vous sortir de prison. Pour tuer le Capitalisme. Ils se sont sacrifiés pour nous par leur action libératrice ! »

Guy Moquet, est-il utile de le rappeler, a été arrêté sur dénonciation par la police française. Il sera fusillé le 22 octobre 1941 parce que le « patriote » Pucheux et un préfet consciencieux ont personnellement veillés à ce qu’il soit porté sur la liste « d’éléments dangereux » qui tous étaient communistes à l’exception d’un syndicaliste CGT.

Guy voulait vivre, vivre à en mourir dit le poème de l’affiche rouge, il était mineur et n’était même plus concerné par la mesure de détention motivée par son arrestation, un juge ayant prononcé son élargissement. Il est mort à cause de la haine qu’inspirait son idéal dans les milieux de la grande bourgeoisie française. Il est mort pour que vive le communisme et soit construit le socialisme. Il est mort parce que comme certains lycéens, que Sarkozy fera arrêter et condamner le soir de son élection, il distribuait des tracts pour dénoncer les injustices dont était victime le monde du travail, alors que d’autres qui pourront vivre tranquillement préparaient la déportation de milliers de sans-papiers de l’époque. Oui Guy Moquet a donné figure à la phrase de Gabriel Péri, cet autre fusillé, « le communisme est la jeunesse du monde ».

Gilbert Rémond

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