Ma langue ? Notre langue !

, par  Gil-Simon Ben Aych , popularité : 1%

Ma langue

(Corrections)

Ma langue ? Notre langue !

« J’ose affirmer, peut-être paradoxalement, que je ne sais pas en quelle langue j’écris. Ou plus exactement en quelle langue je pense puis je traduis pour écrire ».
Alors affirme au lieu d’oser !!!... Ne pas savoir en quelle langue on écrit n’est pas un paradoxe mais une supposition, une hypothèse. On ne pense pas d’abord, puis on traduirait ensuite, pour enfin écrire ; et c’est spontanément que les mots et les idées s’épousent, enfantés par les choses...Trivial.

« En français que mes parents autour de moi m’apprirent et m’enseignèrent ? ».
En langue française. Mes parents parlaient français avec leurs enfants d’abord et avec les Français d’Algérie ; arabe avec leurs parents et les Algériens ; arabe entre eux pour dissimuler certains propos aux enfants. Les institutrices et instituteurs, en Algérie, jusqu’à mes huit ans, et les professeurs en France, m’ont appris le français. Les écrivains, les livres, les réclames et les publicités... les films parlants, les chansons, le théâtre... Différence entre parler et apprendre ; différence entre apprendre et "être enseigné".

« Ou en arabe, que d’autres, plus nombreux encore utilisaient sans moi ».
Narleuf aeurdal beul arbia, ma neurdeul mleh, neu freum keulchi. Je viens d’écrire que je sais parler en arabe, que je ne parle pas bien, mais que je comprend tout (ce qui est faux, ou très exagéré).

« En juif-parlé-algérien, langue de mes ancêtres, que j’entends mourir ? ».
Admettons cette désignation idiomatique.
Salomon, grand-père maternel est mort le 12 novembre 1965 ; Hanna, sa femme, le 18 février 1978 ; Étoile, grand-mère paternelle le 22 mai 1974 ; et Chemol, son mari, grand-père paternel le 28 août 1945.
J’ai écris "Ma langue" en 1977, un an avant sa publication en 1978. Et nous sommes le 17 mars 2016 à 10h 30 méridien de Greenwich.

« Ou en hébreu, que des ancêtres plus lointains forgèrent par leurs voyages ? ».
Imprécis et même carrément faux historiquement. L’hébreu a déjà succédé à l’araméen au début de l’ère chrétienne, non, si ma mémoire est bonne ?

« En espagnol qu’entre deux voyages certains assimilèrent ? ».
Certains ?
Deux voyages ?
Assimilèrent ?
Quel flou "artistique" et surtout historique, que d’approximations toutes... poétiques !
Bref, le verbe "assimiler" ne convient pas aux Juifs d’Espagne, avant, pendant, et encore moins après l’expulsion des Juifs d’Espagne par Isabelle La Catholique.

« Ou en anglais, que l’école m’infligea "première" langue étrangère ? ».
Là, pointe une elliptique critique des limites de l’universalité républicaine : je suis entré en sixième au Lycée Chaptal en octobre 1959.

« "En allemand, où elle redoubla son inconséquent non-sens ? ».
Que l’École Républicaine soit limitée par son "bassin" méditerranéen gréco-latin soit ; qu’elle ignore ses jambes, ses pieds (Afrique) et qu’elle ne soit que son buste, son cou, sa tête... n’est pas un non-sens, mais un trait constitutif de son être historique.

« Ou en latin où elle tripla ses abus de langage ? ».
Personne ne t’a jamais demandé, et encore moins obligé, de suivre les cours facultatifs de latin dispensés en classe préparatoire du Lycée Paul Valéry, 75012 Paris.

« Encore et enfin, last but not least, en arabe, dont je tentais, timidement, excédé, fermeture d’un cercle infernal, l’apprentissage scolaire, pour venir à des sources qui n’en n’étaient pas ? ».
Pour relever le défi pervers de certaines condisciples de cette classe supérieure, qui voulaient éprouver les limites de ton anti-impérialisme et sonder ton entité identitaire, toi, militant, tu as été suivre des cours d’arabe à Louis Le Grand l’année 1967-1968 ; comme si tu n’avais pas déjà assez de cours, de dissertations à rendre et de réunions et de tracts à distribuer... C’était tout autant une pose qu’un rattrapage linguistique impossible. Mais quel plaisir d’écrire l’arabe et d’apprendre sa prononciation dans une salle de trois élèves, à l’heure où... quel plaisir !

La diversité des langues n’a rien d’un enfer : quelle idée saugrenue, quelle épithète inapproprié !
Une langue est une production humaine culturelle ; une "source", au sens propre, c’est l’origine d’un cours d’eau ; au figuré, l’émergence d’un phénomène, sa cause. Une langue ne commence pas, elle se transforme, métabolisme permanent.

« Je ne sais mais je sais ? Toute langue m’est étrangère ». Teureuteuteu !!!
La preuve que non c’est que la critique prosaïque de ce poème est écrite en français, ma langue maternelle ; et que ce qu’il y a de moins étranger chez un être, ce sont ses mots, sa langue, son idiolecte.

Quelle confusion dans la poésie ! Quel mensonge !

Simon Paul Gilbert Ben Aych
dit Gil Ben Aych, Paris, le 18 mars 2016, 23h 56.

Ma langue

J’ose affirmer, peut-être paradoxalement, que je ne sais pas en quelle langue j’écris, ou plus exactement en quelle langue je pense puis je traduis pour écrire.
En français, que mes parents et d’autres autour de moi m’apprirent et m’enseignèrent ?
Ou en arabe, que d’autres, plus nombreux encore utilisaient sans moi ?
En juif-parlé algérien, langue de mes ancêtres, que j’entends mourir ?
Ou en hébreu que des ancêtres plus lointains forgèrent par leurs voyages ?
En espagnol, qu’entre deux voyages certains assimilèrent ?
Ou en anglais, que l’école m’infligea "première" langue étrangère ?
En allemand où elle redoubla son inconséquent non-sens ?
Où en latin où elle tripla ses abus de langage ?
Encore et enfin, last but nos least, en arabe, dont je tentais, excédé, fermeture d’un cercle infernal, l’apprentissage scolaire, pour venir à des sources qui n’en n’étaient pas ?
Je ne sais mais je sais. Toute langue m’est étrangère.

Simon Paul Gilbert Ben Aych
(Les Temps Modernes, juillet-aout 1978)

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