Lettre ouverte à Pierre Gattaz président du Medef

, par  Michel Cialdella , popularité : 1%

Non Monsieur Gattaz, les travailleurs ne sont pas des charges, mais par contre vous, vous êtes lourd !

À l’instar de vos ancêtres qui, abandonnant le sigle CGPF marqué par la collaboration avec le régime de Vichy, le transformaient en CNPF et dès 1948, à peine organisés, soutenaient que « la Sécurité sociale met(tait) en danger l’économie du pays », la chambre de commerce de Paris proclame que « La Sécurité sociale est devenue pour l’économie une charge considérable ». À votre tour, vous entonnez le grand air "des-charges-qui-pèsent-sur-l’entreprise". Et comme il n’y a aucune raison de se gêner, vous réclamez 100 milliards d’euros d’allégements. Bien sûr c’est avec l’objectif de créer 1 million d’emplois. Visiblement vous êtes plus ambitieux que votre père qui lui, proposait d’en créer 500.000 si on supprimait l’autorisation administrative de licencier. L’autorisation administrative fut supprimée. Pour les emplois, on les attend toujours. Sur la page d’accueil de votre site Web, on peut lire : « l’urgence c’est l’emploi ! ».

Comme disent les jeunes aujourd’hui : « mort de rire ! ».

Dans votre lettre au président de la République, vous écrivez : « La baisse de la fiscalité qui pèse sur les entreprises. Nous avons 150 impôts qui entravent notre compétitivité. Il est urgent d’alléger ces charges ». Ah oui, et combien de niches fiscales qui permettent aux grandes entreprises de payer moins d’impôt sur les sociétés que les PME ?

Aucun salarié ne croit à votre fable. Depuis que le patronat existe il a bien plus l’obsession de la facilité de licencier plutôt que le souci d’embaucher. On se demande d’ailleurs à quel moment vous avez été empêché de licencier.

Ce que vous appelez "charges" représente 15,7 % de la richesse produite. Leur poids a plutôt diminué en tendance. En 1989, année où elles ont été le plus élevées elles représentaient 16,9 % de la valeur ajoutée, 1,2 point de plus)... Les dividendes distribués aux actionnaires ont représenté 7,5 % de la valeur ajoutée des entreprises en 1993, 12,5 % en 2000, 20,6 % en 2006, juste avant la crise financière, près de 20 % en 2012 [1].

Au Medef, vous vous prétendez représentants des entreprises alors que vous n’êtes que les représentants des patrons. En effet les entreprises ne sont pas seulement des bâtiments, des machines, des bureaux. Pour que vous fassiez du profit, il faut aussi des gens qui y travaillent. De ce point de vue les salariés sont les authentiques représentants des entreprises parce que sans eux, il ne se passerait rien. C’est sur leurs dos que le capitalisme s’est développé et que les grands patrons se sont goinfrés. Et lorsque de petites entreprises sont en difficulté, ça n’est jamais à cause de ce que vous appelez « charges », mais à cause de la domination des grandes entreprises dont la plupart du temps les petites sont sous-traitantes. À ce sujet un patron de PME me confiait qu’il avait souvent beaucoup de mal à se faire payer par une grande entreprise grenobloise !

Déjà au XVIIIe siècle, le curé de Mauchamp, Pierre Dolivier écrivait « Les riches se croient fort nécessaires aux malheureux ; et lorsqu’ils en occupent un grand nombre à leurs terres ou à leurs ateliers, ils disent avec une sorte de jactance qu’ils font vivre beaucoup de monde. Ils devraient dire qu’il faut beaucoup de monde pour les faire vivre dans leur opulent loisir » [2].

Vous vous prétendez entrepreneur ? Alors, cessez de mendier et montrez-le. Au cours de mon mandat d’administrateur à la CPAM de Grenoble, en aparté, je posais, à un représentant du CNPF local, la question suivante : « que sont devenus vos capitaines d’industries, qui certes exploitaient les travailleurs, mais développaient leurs industries ? ». Sans hésitation il me répondit : « il n’y en a plus… Il n’y a que des financiers ». Ça n’est pas moi qui le dit.

Dans un livre récent, quelqu’un dénonçait :

« La dictature des actionnaires dans les entreprises obligées souvent à verser en dividendes l’argent nécessaire à des investissements indispensables ».

« D’un côté les médias n’ont cessé de nous répéter, et ne cessent encore de le faire, que le travail en France coûtait et coûte toujours trop cher. On paye trop les salariés. Les charges sociales sont trop élevées. Baisser le coût du travail est devenu une obsession. De droite comme de gauche. J’en veux pour preuve la formidable modération salariale que la loi sur les 35 heures, préparée par Martine Aubry, a permis : en échange d’une diminution du temps de travail, il a fallu accepter une longue stagnation des salaires. Que les salariés aient dû produire en 35 heures ce qu’ils produisaient en 39 heures importait peu. L’essentiel était de limiter au maximum les coûts. Comme cela ne suffisait pas, les allégements de charges ont reporté sur le contribuable un poids annuel de 30 milliards d’euros qui était porté jusque-là par les employeurs. Ce transfert explique une très large partie de la dette publique contractée depuis 15 ans. Quand on sait que l’essentiel des impôts est acquitté par les salariés, en réalité cette opération a consisté à reporter sur ceux qui travaillent ce qui incombait auparavant à ceux qui les emploient ».

« Ce qui sert à tous est stigmatisé : la sécurité sociale, l’école, les dépenses publiques, l’impôt. Ce qui sert à l’élite et au paraître est vanté : les montres en or, les vacances de luxe, l’héritage, la rente, le tape-à-l’œil des grosses voitures, les petits arrangements entre amis ou entre membres d’une même famille pour réussir sans effort. Et surtout, il y a ce sentiment étrange d’être dissident dès lors que l’on approuve pas personnellement ces évolutions ».

Quelle lucidité ! Serait-ce le secrétaire général de la CGT ? Non ! C’est l’un des vôtres qui écrit : « Énarque, membre du Medef, président de l’APEC, je jette l’éponge ! » [3].

Un jour, en famille, je tentais d’expliquer que les patrons ne payaient rien même pas leurs cotisations syndicales qui sont payées par l’entreprise dans la rubrique frais généraux [4]. (À l’époque j’ignorais que l’UIMM avait une caisse noire abondée sur le dos des métallos). J’expliquais que les charges, ça n’existait pas et qu’en dernier ressort, c’est le consommateur qui payait. L’idéologie dominante, la pensée unique faisaient que les membres de ma famille avaient du mal à comprendre. C’est alors que l’un d’eux, un artisan s’exclama : « il a raison le Monsieur, moi je facture à mes clients ».

C’est évident les charges salariales n’existent pas, en effet comment appeler charge le travail seul source de richesse ? Cependant il y a des charges dont vous ne parlez jamais, ce que de plus en plus nombreux, les syndicats, les associations d’éducations populaires, les économistes hétérodoxes appellent le "coût du capital". À côté des 200 milliards, environ, extorqués par les actionnaires, les aides diverses et variées qui se chiffrent également en dizaines de milliards, la fraude fiscale estimée à 45 milliards par an, les déserteurs fiscaux qui nous coûtent environ 80 milliards d’euros par an, les 100 milliards sur cinq ans, que vous quémandez font figure d’aumône.

Et puis, pouvez-vous me dire combien de PDG du CAC 40 payent leurs impôts en France ?

Arrêter de prendre les salariés pour des sous-développés du bulbe ! Dans notre pays, démonstration a été faite que l’on pouvait se passer des patrons. En témoignent les grandes entreprises nationales comme Renault (avant qu’on ne la transforme en société privée), les grands services publics comme EDF - GDF, la SNCF, les PTT, la Sécurité sociale qui réussit à fonctionner malgré tous les coups que lui ont portés gouvernements et patronat.

En 1977, Yvon Chotard, vice-président du CNPF exprimait dans un rapport l’hostilité viscérale du patronat à l’égard de la sécurité sociale en des termes sans équivoque (extraits de ce rapport) :

Système profondément « inadapté », machine « gigantesque », complexe, « anonyme », « irresponsable », dont le coût s’accroît plus rapidement que la richesse nationale. « Notre système de Sécurité Sociale ne peut continuer à se gonfler indéfiniment sous l’influence de mécanismes anonymes irresponsables et incontrôlés ». Structure monstrueuse dont le poids a sans doute dépassé le seuil du tolérable, « machine à annihiler la personnalité humaine », système « aberrant », système « kafkaïen ».

Si ça n’est pas de la haine, ça lui ressemble étrangement !

Si le capitalisme a permis certains développements et a accepté, contre son gré, grâce au rapport des forces favorables aux salariés et dans la confrontation avec les pays qui construisaient le socialisme, des avancées sociales. Aujourd’hui il est devenu un frein au développement humain, le seul but d’une société civilisée.

Le milliardaire américain Warren Buffett disait que « la guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter ». Jaurès avait raison : le capitalisme c’est la guerre !

Seulement nous sommes en France et les travailleurs français sont plus cultivés que les travailleurs américains (c’est un américain qui me l’a dit) et un jour, ne vous en déplaise ils prendront le manche !

À bon entendeur salut.

Michel Cialdella, retraité, ancien de la métallurgie.

[1Chronique de Pierre Ivorra, L’Humanité du mardi 21 janvier 2014.

[2Pierre d’Olivier, "Essai sur la justice primitive", 1793.

[3"Jusqu’ici tout va bien !", Éric Verhaghe - éditions Jacob Duvernet - 2011

[4Information donnée au CE d’une entreprise grenobloise de machine-outil. L’entreprise Billaud, aujourd’hui disparue.

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