Les "travailleuses du sexe"

, par  Mireille Popelin , popularité : 4%

Militante du Planning familial depuis longtemps, j’ai lu attentivement la prise de position du Planning familial sur la prostitution : les partis PS, PC, PG et UDI ont soutenu le projet "abolition 2012" avec 55 associations.

Seul le Planning familial 75 s’est associé à cette journée et je le déplore, en tant que féministe attachée aux droits des femmes.

Le Planning familial dit refuser la criminalisation de l’activité (de prostitution) et des clients. Les causes particulières (injustice économique), la pauvreté et les revendications :
- démantèlement des réseaux maffieux
- dénonciation des violences sexuelles, harcèlement,
- aide de l’Etat pour celles qui veulent sortir du système prostitutionnel.

Je suis d’accord avec tout cela, et sans discrimination envers les prostituées.

Mais refuser la criminalisation de l’activité et des clients ?

C’est encourager le statu quo, c’est accepter "l’ordre des choses", faire de la prostitution "un métier comme les autres". C’est une position néo-libérale, encourageant AUSSI le machisme et la domination.

A Canal-Plus, très représentatif de cette nouvelle gauche "moderne et libérale", un animateur a fustigé l’abolition, disant que la prostitution est un droit comme les autres (!). C’est le droit de chacun (qui s’est substitué aux droits collectifs du peuple) de se servir de son corps et cela permet de présenter la prostitution comme un métier, comme celui de coiffeuse ou de monteuse en couture.

Or, un métier, c’est "une occupation manuelle ou mécanique qui exige un apprentissage et qui est utile à la société économique", définition du Petit Robert. Alors que la profession, ou la fonction, c’est un travail déterminé, reconnu par la société. Utile aussi, et qui procure bien sûr des moyens d’existence.

Cabiria

Vous publiez le discours de l’association Cabiria, bien connue pour sa défense des prostituées et de la prostitution, "métier" comme un autre. Elle appelle les prostituées des "travailleuse du sexe". Ce qui est une insulte pour toutes les travailleuses dont les salaires, le plus souvent scandaleusement insuffisants sont inférieurs à ceux des hommes. Elles, elles exercent un métier : elles vendent leur force de travail, luttent pour améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail, tout en gardant leur dignité de femmes et de mères.

Car enfin, si la prostitution est un métier comme les autres, pourquoi ne pas l’inscrire dans la liste des métiers proposés dans les écoles ?

Mais ces prostituées, souvent mères, ne souhaitent pas que leurs enfants fassent leur "métier", elles les placent dans des institutions privées religieuses, pour les préserver, elles les destinent à un métier au sens noble du terme.

La prostitution, moyen comme un autre de gagner sa vie ?

Mais le vol par braquage, les trafics de drogue et autres, l’évasion fiscale, toutes les malversations sont AUSSI des moyens de bien gagner sa vie ? La délinquance en cols blancs n’est pas moins délinquance que le vol à la tire.

Dans la prostitution, il y a aussi des classes (eh oui), la petite prostitution (passes à 30 €) et le haut vol ; les escort-girls (noms pompeux des prostituées de luxe) à 200 € la soirée avec souteneurs en sociétés Offshore. Certaines prostituées sont richement rétribuées et ne désirent pas sortir de la prostitution, elles méprisent même les travailleuses aux petits salaires qui triment à l’usine pour 1000 € par mois !

La prostitution dans la liste des "métiers " proposés par l’Education nationale ?

Si l’inscription de la prostitution dans la liste des métiers proposée par l’Education nationale me révolterait et avec moi, nombre de militants féministes et marxistes, je ne peux que m’interroger sur cette possibilité :
- quand des affiches, en Espagne, font de la pub pour des écoles privées, enseignant... la prostitution !
- quand, en France le cinéma de la gauche "bobo" propose un film (François Ozon) qui parle de la prostitution non-tarifée, au moyen d’internet, d’une fille de 17 ans : c’est un rite de passage, une crise de l’adolescence dit l’auteur.
- quand, enfin, un professeur de lycée professionnel m’a rapporté une discussion de filles d’origine immigrée dont l’idole est... Zahia ? Prostituée d’origine marocaine, qui fut offerte à Frank Ribéry pour son anniversaire ! Mineure au moment des faits, elle fut également la prostituée de Govou, de Benzema. L’une de ces élèves dit "Moi, je veux faire le métier ( sic ) de Zahia ! Et j’aurai plein de fric".

Louer ou vendre son sexe, son corps

Alors, oui, je suis inquiète et je pense, comme Jean-Claude Michéa [1] que ce relativisme moral constitue la clé de voûte idéologique du libéralisme culturel. Que le marché capitaliste a investi toutes les sphères de l’existence humaine et qu’il peut devenir envisageable de libéraliser le commerce des drogues, d’approvisionner en enfants made in Asie, et j’ajoute de louer son sexe ou son ventre et même de vendre ses organes !

Pierre Bergé exprime ainsi l’idéologie de cette "gôche" libérale, mitterrandienne. "Louer son ventre pour faire un enfant ou ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ?".

Il aurait aussi pu dire "louer son sexe pour la prostitution" ?

Sauf que ces beaux esprits admettent fort bien de louer son sexe pour la prostitution, ou son corps pour faire un enfant... mais pour les enfants des autres ! Leurs enfants, eux, vont dans les meilleures écoles, ils auront grâce à l’appui de leur réseau, les meilleurs postes, les meilleurs salaires !

La prostitution, c’est pour les autres !

En tant que communiste, marxiste et féministe

Je suis pour l’abolition de la prostitution

et pour l’abolition du capitalisme !

Mireille Popelin

[1Les mystères de la gauche" de Jean-Claude Michéa

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