Les ghettos de la République et leurs écoles

, par  Mireille Popelin , popularité : 1%

Tout autour de nos villes, il y a des ghettos. Des villes, autrefois ouvrières gérées par des municipalités communistes le plus souvent, étaient habitées par une population mixte, d’origine espagnole, italienne, polonaise, maghrébine etc. Peu à peu, ces familles ont quitté ces quartiers et sont venues des familles d’origine maghrébine ou d’Afrique noire, avec leur famille (regroupement familial de Giscard d’Estaing). Les villes genre « Neuilly » ne voulaient pas de logements sociaux, et ce sont les villes communistes et socialistes qui ont construit des habitations à loyer modéré pour ces familles. Des familles qui avaient une autre formation historique, d’autres religions, d’autres coutumes etc.

Ces villes-ghettos se sont développées, et elles ont maintenant leurs écoles-ghettos. Ces classes, maintenant, n’ont que des élèves d’origine immigrée, l’enseignant est souvent le seul d’origine européenne ou française dans ces écoles !

Mes fonctions bénévoles m’appelant à visiter ces écoles, c’est pour moi un choc et je dis, attention ! Attention danger !

C’est de ces villes, Vénissieux, Vaulx en Velin dans le Rhône que sont parties les émeutes !

Les instituteurs me disent : « Autrefois, nous avions un brassage de la population, des immigrés de toutes origines ».

Comment en est-on arrivé là ?

Il faut remonter à 1981 : grande victoire de la « gauche » plurielle. Des avancées, certes, la situation pour l’école est meilleure. Des militants laïques (j’en fus), en 1984, mènent une bataille pour « un grand service public unifié » de l’éducation nationale (j’insiste sur le mot , maintenant, Europe oblige, on a perdu le qualificatif « nationale »). Les enseignants se battent, « mouillent leur chemise » avec les parents d’élèves, les syndicats de gauche, les partis de gauche dont le PCF.

Las, Mitterrand voyant les manifs de l’école privée (sœurs, prêtres et toute la droite catholique avec Le Pen chantant le chœur des esclaves de Verdi !) recule et que fait la gauche ? Elle plie les drapeaux et enterre le grand projet laïque !

Ce renoncement donna le signal à bien d’autres reculs, défaites et compromissions avec la droite.

« Les territoires perdus de la République »

Le livre de Brenner publié en 2004 alertait sur ces territoires qui se créaient sur la misère, le chômage, le manque d’intégration : la marche des « beurs » sonna le tocsin. Quelle belle marche ! Mais quels résultats ? Ceux qui l’avaient engagée ne virent rien venir. Le ressentiment, les frustrations engendrèrent doute et méfiance envers les élus (droite et gauche). Les élus communistes ou apparentés se battaient pour améliorer l’habitat, mais la crise avait cassé l’espoir, le chômage frappait cette population ouvrière immigrée. Les tours démolies à Vénissieux (livre d’André Gerin, « les ghettos de la République »), c’était la fin du rêve d’une grande ville communiste exemplaire, en 1982, il y avait 2200 logements vides.

C’était la fin de la mixité du logement social et le commencement des ghettos.

Les dérives dans l’Education nationale

Il y eut les années « droit à la différence ». Les enseignants, ayant des élèves dont les parents avaient une origine immigrée africaine ( parfois lointaine ) se lançaient dans des « voyages » avec leur classe : films, photos, et même repas africain au grand étonnement des parents qui, certes, avaient une origine africaine mais refusaient d’être ainsi « assignés » à un pays qu’ils avaient quitté parfois depuis longtemps . Le livre « Je suis noir et je ne mange pas de manioc » de Gaston Kelman, est une réjouissante critique de ces méthodes pédagogiques à la mode !

Évidemment, ce droit à la différence a conduit à… la différence de droits.

Les enseignants étaient souvent désemparés, de réformes en réformes, avec toujours un objectif de l’éducation nationale : moins d’enseignement. Cette école publique laïque gratuite à la française que le monde nous enviait, performante, qui aurait dû être un modèle pour l’Europe, il fallait la casser ! Pour introduire la concurrence libre et non faussée, là aussi, là surtout !

Nous voyons maintenant le projet de casse bien en marche : notre école publique est démolie parce qu’il faut favoriser l’enseignement privé.

Les dérives de l’intégrisme religieux, principalement islamiste

La guerre civile en Algérie a ensanglanté le pays (800 000 à 1 million de morts). Avons-nous réagi, aidé les Algériens, les Algériennes, progressistes et laïques qui luttaient contre les salafistes ? C’était le « qui tue qui ? » et le doute pendant que les massacres étaient perpétués. La France a laissé entrer des « réfugiés » qui fuyaient la répression de l’Etat algérien, dont des salafistes. Ils ont été très actifs ! Ils ont réislamisé les banlieues. Ah si les laïques étaient aussi militants que les islamistes !

Des organisations féministes et laïques ont senti le danger : avec NPNS, Femmes solidaires, Femmes contre les intégrismes, Regards de femmes et l’Union des familles laïques (dont j’ai été la présidente pour le Rhône) nous avons lutté pour la loi contre les signes religieux à l’école. Et nous avons gagné ! Seuls quelques députés communistes ont voté pour cette loi dont André Gerin. Il est l’honneur de notre parti !

Je me souviendrai de cette algérienne que l’association « Femmes solidaires » avait fait venir et qui nous suppliait : « Défendez votre laïcité ! Nous comptons sur la France pour nous aider, nous protéger ! Nous avons fui ces intégristes, ce n’est pas pour les retrouver ici ! » C’était pourtant bien ces intégristes qui étaient à l’œuvre dans nos quartiers.

Nous l’avons payé cher, cet aveuglement ! La laïcité, il fallait la défendre et ne pas laisser les intégristes « pourrir » les banlieues (expression de Fadela Amara, qui avait une analyse très juste sur leurs agissements) .

Cet intégrisme sévit aussi à l’école. Un inspecteur Jean- Pierre Obin, effaré de voir les attaques de ces intégristes contre l’école publique décida de faire un rapport. Mais l’Education nationale mit le rapport dans un tiroir, il fallut attendre un an pour que l’éducation nationale consente à le publier ! Publié en 2006. Et c’est un choc. Des personnalités commentent ce rapport, elles donnent la parole à des enseignants qui vivent des situations difficiles. Confrontés à ces intégristes, ils n’ont aucun soutien de leur hiérarchie et subissent les pressions des parents (école primaire), mais aussi des élèves (au collège, au lycée).

« L’école face à l’obscurantisme religieux. Rapport Obin » Max Milo.

Les lois anti-laïques, ça continue !

- La loi Debré en 1959 : financement des écoles privées sous contrat par de l’argent public (en 1984, nous perdons la bataille),

- Les accords Lang-Cloupet 1992-1993 (droit et reconnaissance de la contribution de l’enseignement privé à l’enseignement public),

- Vatican–Kouchner en 2008 : c’est la reconnaissance des grades et diplômes de l’enseignement privé,

- La loi Carle : le maire doit financer les études d’un élève hors de sa commune dans une école privée !

Ce n’est pas fini. On remarquera que ces accords anti-laïques ont été signés par des socialistes ?

Enfin, les coups contre l’école publique et laïque viennent aussi de :

l’Europe

Les textes européens ont toujours exclu la laïcité, la plupart des pays qui la composent ne sont pas laïques et certaines de leurs constitutions se réfèrent à Dieu.

C’est pourquoi les religieux, main sur le cœur, se disent laïques mais ils ne sont d’accord qu’avec l’article 10 de la charte :

La liberté de pensée, de conscience et de religion.

Mais ce n’est pas la séparation de l’église, de la mosquée, ou de la synagogue et de l’Etat.

Mireille Popelin

Prochains articles : les écoles des ghettos, les maîtres, le maire. Les dégâts de la carte scolaire. Quel bilan ? Comment lutter contre la ghettoïsation ?

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    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).