Rencontre communiste de Marseille

Le capitalisme vu par les fondamentaux

, par  Pascal Brula , popularité : 1%

Intervention à la matinée du 28 Aout 2010 sur "analyse du capitalisme" dans la rencontre de formation marxiste de Marseille.

Marseille, le 28 août 2010

Introduction

Selon Marx « Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante ». Pour sortir du système capitaliste, pour concevoir une autre société, il est donc indispensable de combattre ces idées dominantes et d’en créer de nouvelles, de créer une nouvelle culture, non pas en sortant ces nouvelles idées du néant, ni d’une vérité révélée, mais en partant à la fois des analyses préexistantes de la réalité capitaliste (notre socle reposant sur les travaux de Marx et de Lénine) et de l’analyse concrète de la réalité concrète. Cela nécessite une volonté politique, un collectif intellectuel, bref une organisation structurée par la lutte des classes, une organisation communiste.

Au XXème siècle, le PCF a été le principal porteur, le vecteur essentiel de l’analyse marxiste-léniniste, de l’analyse communiste de la société française et de sa confrontation avec le réel, de l’appropriation du réel. Des générations de communistes ont été formées grâce à cette matrice. Personnellement, lorsque j’ai adhéré au début des années 70 avec d’autres jeunes, les camarades de ma modeste section ont très vite organisé une école élémentaire. C’est là que ma vision de la société capitaliste a tout de suite été dégrossie : chaque travailleur, prolétaire, ne possède que sa force de travail qu’il essaye de vendre au capitaliste le plus offrant, qui lui, possède les moyens de production, exerçant ainsi une dictature, celle de la bourgeoisie capitaliste. A l’époque, le PCF organisait aussi des écoles fédérales et des écoles centrales. Quoiqu’on pense de l’abandon de la dictature du prolétariat et du centralisme démocratique, il y avait à l’époque une véritable confrontation d’idées communistes.

Mais depuis 1989 et le début des années 90 (chute du mur de Berlin, arrivée de R. Hue), on peut dire que les communistes français vivent un véritable vide théorique. Ce trou noir est lié au délitement interne de la direction du PCF gagnée par la pédagogie du renoncement à la lutte contre le capitalisme, et donc par le réformisme. Au sein du PCF, les cessions de formations sont désormais réduites à leur plus simple expression et sur le plan qualitatif, il s’agit essentiellement d’apprendre à se mouvoir dans le marigot politicien. J’ai encore en tête cette interview de MG Buffet à France Inter dans le cadre du 33ème congrès : la secrétaire générale du PCF ricanait à l’évocation de Marx ! Lors du 34ème congrès, j’ai proposé l’amendement suivant à la conférence de section de Lyon : « Le marxisme reste notre socle de pensée. Si le monde a changé depuis Marx, les grands principes qu’il a énoncés restent d’actualité pour comprendre le monde et combattre le capital. Sa méconnaissance par nos militants est une véritable faiblesse de la période qu’il nous faut surmonter par des efforts de formation » : 14 contre, 13 pour, 10 abstentions… Dur, dur pour un parti qui se dit communiste…

Que l’on songe qu’en même temps que notre rencontre de Marseille, se tient l’université d’été de la direction du PCF dont le porte-parole (Patrice Bessac) dans son discours d’inauguration, a insisté sur la nécessité de “déconstruire les idées” portées dans l’histoire du PCF, “pour mieux les reconstruire communément” avec l’ensemble des acteurs du mouvement progressiste, c’est-à-dire avec les réformistes. Ni plus, ni moins.

Le résultat, c’est qu’aujourd’hui, on entend tout et son contraire à propos du capitalisme. Selon certains, la loi de la valeur et de la plus-value définie par Marx, loi qui sous-tend la contradiction Capital/Travail serait obsolète, battue en brèche par la soi-disant dématérialisation de la production et par la mondialisation. Cette vision amène forcément à nier le besoin d’un parti communiste. Il règne une confusion extrême. Toutefois, la crise actuelle remet au gout du jour le besoin des analyses de Marx ; les communistes tendent à se réapproprier leur histoire et leur culture. Cette rencontre de Marseille en est un exemple parmi d’autres. Mais plus globalement nous est posée la question, à nous autres communistes qui avons bénéficié d’un PCF en ordre de marche, de faire vivre et de transmettre ce savoir, cette pensée révolutionnaire, cette conscience de classe aux générations qui nous succèdent. C’est pourquoi, il nous a semblé nécessaire, dans un esprit à la fois de formation et de dialogue, de réaffirmer un certain nombre de fondamentaux scientifiques de la culture communiste.

Le capitalisme vu sous un angle philosophique

La philosophie marxiste n’est pas une énième interprétation du monde et de la société, mais bien un outil pour le comprendre et le transformer. En cela, le marxisme gène les réformistes, car il balaye d’un revers de main la « gestion sociale du capitalisme ».

La philosophie matérialiste définit le capitalisme comme étant l’objet d’une contradiction antagonique : la contradiction Capital/Travail, ou dit autrement l’exploitation de l’homme par l’homme. Ce type de contradiction est dit antagonique, car il ne peut y avoir d’équilibre : la solution de cette contradiction passe par la disparition d’un des protagonistes, les exploiteurs, car le mode de production capitaliste ne peut être que transitoire.

Vu sous cet angle, il est clair que la bonne gestion du capitalisme est impossible et que penser et proposer l’inverse reviendrait à tromper le peuple. D’ailleurs, si l’on regarde la situation d’aujourd’hui, les reculs de civilisation que l’on subit actuellement démontrent qu’infliger une défaite au capitalisme sans le terrasser ni le vaincre définitivement, comme il en a été le cas à la Libération, ne l’empêche pas de repartir de plus belle à la conquête de la moindre de ses concessions.

Le capitalisme vu sous un angle historique

Selon Marx, le capitalisme a succédé à deux autres modes de production, l’esclavagisme (Rome, Grèce…) et le féodalisme (Moyen-âge). Le capitalisme s’est affirmé dans sa forme industrielle dans les pays européens entre le XVIIème et le XIXème siècle. Il s’est répandu par la suite dans le monde entier avec une puissance incontrôlée, comme s’il était mû par une dynamique interne. Mais quelle est cette dynamique interne ? De ce point de vue, il est intéressant d’examiner l’évolution du capitalisme européen.

Annie Lacroix-Riz nous montre dans ses travaux sur l’origine de la création de l’actuelle Union européenne, que l’objectif principal qui a présidé au rapprochement des capitalismes français et allemands est l’enjeu des salaires, c’est-à-dire de la limitation et de la réduction du capital variable. Annie Lacroix-Riz nous donne à voir avec minutie l’obsession déflationniste des salaires des capitalistes de l’époque et l’admiration de la bourgeoisie française pour les méthodes du Reich, à savoir régler par la force la question du rapport entre salaires et profits. Alors que parallèlement, les travailleurs français répliquaient par une occupation des usines en 1936, les capitalistes français répondaient par un « plutôt Hitler que le Front Populaire » qui n’est pas assez mis en exergue de nos jours. La bourgeoisie parlait même d’ennemis intérieurs contre lesquels il fallait porter les priorités plutôt que sur l’ennemi extérieur.

En réalité, Annie Lacroix-Riz nous montre que l’Union européenne (cartel de l’acier, CECA, CEE…) a été la réponse aux problèmes que se posait le capitalisme français durant tout le XXème siècle. Comment faire pression sur les salaires en se libérant du carcan national, comment exercer un meilleur dumping social, comment libérer les profits, comment permettre une meilleure accumulation du capital… L’épisode de la Libération et du programme du CNR a été un frein sérieux à cette dynamique, mais la machine, tant qu’elle n’est pas vaincue continue à avancer.

Le capitalisme vu sous l’angle de l’économie

Les forces productives en système capitaliste sont composées des moyens de production (machines, matières premières ateliers…) et de la force de travail (salariés). C’est cette dernière qui fait fonctionner la machine productive et qui est à l’origine de la production. Marx appelle les premiers, Capital constant, et la seconde, Capital variable. Les relations économiques s’établissent entre classes sociales et sont fonction de la position occupée dans la division du travail en vigueur dans le mode de production, selon que vous possédiez les moyens de production ou que vous soyez obligés de vendre votre force de travail.

Marchandise et valeur d’échange

L’ouvrage du Capital débute par l’analyse de la marchandise. C’est le choix de Marx de partir de cet aspect singulier pour arriver au général. Dans la société capitaliste, la richesse sociale se caractérise par cette forme dominante, la marchandise, résultant d’un long développement historique. La marchandise peut être matérielle (automobile, téléphone portable, crayon…) ou immatérielle (coupe de cheveux, enseignement…). La marchandise contient en elle deux valeurs :
-  la valeur d’échange est la seule valeur qui intéresse le capitaliste car elle va lui permettre de réaliser le profit : c’est la caractéristique principale de la marchandise pour le capitaliste qui ne la produit que pour la vendre.
-  La valeur d’usage est sensée satisfaire un ou des besoins humains ; c’est la vraie utilité de la marchandise.

La production capitaliste n’est qu’une production de valeurs d’échange sous forme de valeur d’usage. Cette dernière n’est qu’un prétexte pour réaliser la valeur d’échange qu’elle contient à travers la vente, en la convertissant en argent. Ainsi, la première leçon que nous apprend Marx avec l’analyse de la marchandise, c’est que le moteur du mode de production capitaliste est le profit, et non de satisfaire les besoins des populations.

Cette valeur d’échange est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production ; cette quantité de travail représente l’unique moyen de comparaison entre toutes les marchandises. C’est le seul critère objectif de comparaison. Mais il faut bien savoir que le temps de travail nécessaire à produire une marchandise est le temps socialement et historiquement nécessaire. Cette quantité de travail est donc évolutive, notamment sous l’effet de la concurrence entre capitalistes et des dynamiques propres au système. Ce qui nous amène à prendre en considération le niveau de développement des forces productives et le degré d’exploitation des travailleurs. Le producteur qui n’arrive pas à s’adapter à ce temps de travail moyen est mis automatiquement hors jeu. Or le taux de profit et la concurrence entre capitaliste amène à produire toujours plus et plus vite, donc à vouloir vendre plus de marchandises, et donc à faire diminuer le temps de travail socialement nécessaire à la production et par conséquent la valeur d’échange. Le bon exemple est celui de l’automobile, qui d’un produit de luxe est passé à celui de consommation courante du fait de la diminution de ce temps de travail, résultat d’une évolution des moyens de production. Au fil du temps, avec la révolution scientifique et technique au service du développement des forces productives, la valeur d’échange diminue.

La deuxième leçon de Marx, c’est que le mode de production capitaliste a tendance à déprécier la marchandise avec le temps, car la quantité de travail nécessaire à sa production se réduit.

Globalement, on peut dire que l’évolution des forces productives (entre féodalisme et capitalisme) s’est caractérisée par le passage d’une production artisanale où le travailleur maîtrise la chaîne de production de A à Z, ce qui est très séduisant sur le plan intellectuel, mais peu productif, à une production utilisant la parcellisation du travail grâce aux chaînes d’assemblage où l’initiative et la connaissance du travailleur sont réduites à leur plus simple expression, puis à la robotisation.

A ce stade de l’analyse, on peut dire que le mode de production capitaliste évolue sous les contraintes du profit et de la concurrence. Paradoxalement, le capitalisme a permis une évolution considérable de la société et du niveau de vie, donc de la satisfaction des besoins humains au sens global (sans en avoir la volonté), alors qu’au fur et à mesure de cette évolution, il entraîne une dépréciation de la valeur d’échange de la marchandise, ce qui pourtant le motive par la concurrence.

Question : peut-on faire machine arrière en matière d’organisation de la production, conception prônée par un certain nombre d’écologistes, avec un retour vers la production artisanale ? Avec un tel type de production, pourrait-on répondre aujourd’hui aux besoins de la population mondiale ?

Le profit et l’accumulation du capital

Qu’est-ce que le capital ? Une certaine somme d’argent devient du capital lorsqu’elle est investie en moyens de production (les machines ou capital constant) et en force de travail (l’homme ou capital variable).

Le capitalisme se caractérise par une tendance incessante à faire du profit et à l’accumuler en nouveaux capitaux, même si une partie sert aussi à assouvir les besoins de la bourgeoisie capitaliste. C’est une dynamique interne au capitalisme liée au souci d’augmenter le taux de profit par la révolution scientifique et technique et liée à la concurrence exacerbée entre capitalistes. Le capital est une force sociale soumise à des lois de mouvements spécifiques, objectives et indépendantes de la volonté des capitalistes. L’accumulation du capital consiste en une augmentation du capital initialement investi, basée sur le profit. Elle aboutit à une augmentation de la capacité de production et à des concentrations industrielles qui s’effectuent généralement dans des périodes de crise de surproduction et que certains cherchent à assimiler à un phénomène qui serait nouveau, la mondialisation.

Cette analyse contredit encore la possibilité qu’évoquent les réformistes de la « gestion sociale » du capitalisme. Il ne peut y avoir d’immobilisme comme celui prôné par l’antilibéralisme qui ne propose pas la fin du capitalisme, mais sa régulation. Il serait illusoire de penser maintenir ad vitam aeternam une sorte de "contrat social" avec le capitalisme comme celui hérité de l’accord communistes-gaullistes de la Libération, sans se rendre compte que la seule solution à la dynamique interne du capitalisme n’est pas une gestion sociale de ce dernier, mais le socialisme.

Le cœur de l’exploitation capitaliste, de toute source de profit ou plus généralement de richesses, est la plus-value. Marx nous a légué cette analyse qui est au centre de la compréhension du système capitaliste.

La plus-value : le travailleur ou prolétaire doit vendre sa force de travail au capitaliste pendant un temps déterminé, pour vivre… ou survivre, selon l’époque où il vit et selon la valeur de sa force de travail. Pendant le temps où il se soumet au capitaliste, son travail se divise en deux parties :

1ère partie – celle du travail nécessaire à la production de la valeur correspondant à ses moyens de subsistance. Cela correspond à son salaire. Et le montant de ce salaire est fonction de l’intensité de la lutte des classes et du rapport de force. C’est d’ailleurs par les luttes que les travailleurs ont acquis la possibilité de financer la sécurité sociale et les retraites qui sont un salaire différé ou indirect, en plus du salaire direct.

2ème partie – celle du travail au cours duquel le travailleur produit la plus-value pour le capitaliste : c’est le surtravail. Cette plus-value que le capitaliste s’approprie aboutit notamment au profit capitaliste ou encore aux investissements qui vont permettre l’accumulation des capitaux. C’est cette plus-value que depuis le milieu des années 80, le patronat et les gouvernements successifs augmentent au détriment du salaire.

Ainsi, contrairement à ce que l’on veut faire croire aux français, les travailleurs produisent plus de richesse que leur propre salaire. Avec des forces productives ayant atteint un certain niveau de développement et un haut niveau de productivité, Marx nous rappelle que la spécificité de la force de travail est qu’elle est l’unique marchandise capable de produire plus de valeur qu’il n’en faut pour sa propre reproduction. Par conséquent la force de travail vendue par le prolétaire au capitaliste est la seule capable de produire de la plus-value, et donc du profit : c’est la troisième leçon fondamentale de Marx.

Selon le diagramme ci-dessous, on peut se rendre compte que la part des salaires dans les richesses produites est passée de 75,6% en 1982 à 67,6% en 2007, soit une perte de 8 points, équivalent à environ 120 à 180 milliards d’euros par an. L’enjeu essentiel de la lutte des classes se situe entre la part des salaires et celle de la plus-value. La bataille pour les retraites est au cœur de cet enjeu.

Il est également fondamental de comprendre que cette plus-value est créée dans le cadre de la production et non pas au moment de la circulation de la marchandise. La circulation est la vente des marchandises produites. A cette étape, la plus-value n’est pas créée, mais seulement réalisée : elle est transformée en argent au moyen de l’échange commercial. Dans le mode de production capitaliste, ces deux moments sont distincts et séparés, contrairement au mode de production artisanal (par exemple la boulangerie du village). Pourtant, certaines tendances politiques ont pendant longtemps critiqué la "société de consommation" cause de tous les mots. L’expression actuelle de cette critique se traduit dans le mouvement des décroissants, avec à leur tête un dénommé Paul Ariès, qui mélange habilement un discours radical avec des théories fumeuses, sans jamais faire une critique de fond du capitalisme. Et l’on comprend pourquoi, car si l’on reprend sa bibliographie, son fond de commerce est exclusivement basé sur la critique de la publicité et de la grande distribution. Mais comme on l’a vu précédemment, l’exploitation capitaliste est épargnée par ce gourou, car le secteur du commerce se borne à réaliser la valeur contenue dans la marchandise à travers la vente, même si une entreprise comme Carrefour est bien une entreprise capitaliste au sens où elle exploite ses propres salariés.

Fétichisme de la finance

Depuis déjà plusieurs années, on nous annonce que la finance aurait pris le pas sur le capitalisme industriel au point de faire fermer les usines et d’être à l’origine du chômage : désormais, il vaudrait mieux dormir sur un bon pactole pour le faire fructifier, et le lendemain matin se réveiller encore plus riche, il n’y aurait plus besoin de produire des marchandises, la richesse se créerait d’elle-même ! D’ailleurs, les excès de ce nouvel eldorado nous auraient entraînés vers une crise financière : exit le capitalisme et l’exploitation de l’homme par l’homme, feu sur la finance. Au 19ème siècle, Marx s’était déjà heurté à une telle analyse qu’il avait appelée le fétichisme de la finance. Il n’y a donc rien de bien nouveau, même si les mécanismes actuels du système financier ont beaucoup évolué et que la dérégulation financière a fait exploser les murs nationaux. Cette dernière ne s’oppose pas au capitalisme, mais au contraire, est un instrument de son évolution : elle est au service du capitalisme. C’est en effet la mondialisation récente de la finance qui a permis d’ouvrir les frontières à une libre circulation effrénée des capitaux, constituant ainsi un marché mondial ouvrant la porte au dumping social et à l’explosion des profits, et non l’inverse.

D’ailleurs, Marx démontre que le taux d’intérêt financier n’est qu’une partie de la plus-value que le banquier se fait payer par le capitaliste actif. L’intérêt ou revenu financier ne constitue donc pas de la richesse créée par le "capital financier", mais n’est qu’un prélèvement sur la plus-value provenant de la production. Le fétichisme de la finance signifie que l’idéologie dominante veut nous faire croire que la finance aurait une existence propre et qu’elle serait créatrice de richesse. Cela revient donc à opposer artificiellement le bon capitalisme industriel investisseur et productif au méchant capitalisme financier parasite qui spécule et privilégie les opérations de court terme. C’est une erreur fondamentale que ne manque pas de faire un mouvement comme Attac qui, la semaine dernière, a centré son université d’été sur "la construction d’alternatives en rupture radicale avec la finance". Attac se présente officiellement comme le "mouvement citoyen qui combat les racines d’un mal qui ronge notre société, l’hégémonie de la finance sur nos vies". Cette vision réformiste, en s’attaquant seulement aux revenus financiers, oublie à bon compte l’essentiel, à savoir l’exploitation capitaliste. En réalité, les intérêts bancaires, les titres détenus en actions, obligations, bons du Trésor, sont des droits de tirage sur la richesse sociale, sur la plus-value, mais ne sont pas des marchandises et ne créent aucune valeur nouvelle. Le diagramme ci-dessous nous montre la réalité de la distribution de la plus-value en 2007 en France, les revenus financiers ne représentant que 10% du total :

Ce graphique provient de la lettre de CIDECOS

Conséquence sur la bataille des retraites : Cette vision de l’existence d’un soi-disant capitalisme financier autonome par rapport au capitalisme industriel, a des conséquences politiques qui ne sont pas anodines. On a vu que la richesse était le produit de la force de travail et qu’elle se divisait en deux : la part qui revient au travailleur, le salaire (direct et indirect), et la part qui revient au capitaliste, la plus-value. La bataille des retraites est directement impliquée dans ce partage entre les salaires et la plus-value. C’est sur cette base que le communiste Ambroise Croizat a établi le système de financement de la sécurité sociale et des retraites : c’est le cœur de la lutte des classes et c’est la raison pour laquelle les représentants du patronat ont à cœur de la gagner. Or ceux qui se réclament de la "gôôche de la gôôche", Attac et fondation Copernic en tête, avec tout le spectre allant de la direction du PCF au PG en passant par les alternatifs, le NPA, les Verts et l’aile gauche du PS, par le biais d’un appel national auquel il faudrait ajouter le projet de loi PCF/PG, proposent de se détourner de ce système pour financer les retraites par une taxation des revenus financiers. Plus fondamentalement, il est proposé de ne plus s’attaquer à l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire au partage de la richesse entre la plus-value et les salaires, mais à une partie seulement de la plus-value, celle qui est prélevée par le financier, en se basant sur l’illusion de son autonomie et de sa démesure. Avec une telle analyse, le patronat est rassuré, car il est certain que l’on ne touchera pas aux cotisations patronales… D’ailleurs, qu’Attac se rassure, les dirigeants politiques européens au service du capitalisme sont tous en train de prendre des mesures pour taxer… les revenus financiers, comme par exemple récemment, Angela Merkel ou encore les britanniques.

La baisse tendancielle du taux de profit

Marx nous dit : "à un certain stade, le capitalisme rentre en conflit avec son développement ultérieur". Effectivement, dans sa logique, il cherche à augmenter la plus-value qui lui permet de procéder à l’accumulation du capital, c’est-à-dire à lutter contre la concurrence en faisant progresser ses forces productives par l’investissement dans les nouvelles technologies, qui lui feront faire des progrès de productivité, etc… C’est ce que Marx appelle l’augmentation du Capital constant ou Capital mort qui représente les moyens de production (machines, matières premières…). Cette augmentation doit lui permettre de produire plus en faisant baisser la valeur de la marchandise produite (quantité de travail nécessaire) afin de gagner des parts de marché sur ses concurrents. Sauf que pour faire progresser ses profits, il doit parallèlement faire pression sur le Capital variable, c’est-à-dire les salaires, soit en rognant sur le pouvoir d’achat, soit en licenciant, notamment grâce au fait de remplacer l’homme par les machines dans le procédé de production. D’un côté, le capitaliste va surproduire, alors que de l’autre il diminue à la fois le pouvoir d’achat de ceux qui consomment ses marchandises produites ainsi que les seules forces capables de créer de la plus-value, celles des travailleurs. Cela entraîne obligatoirement du chômage qui est corrélatif au mode de production capitaliste et à l’accumulation capitaliste. Marx appelle même cette population de chômeurs, l’armée industrielle de réserve, qui participe selon lui, au "despotisme que le capital exerce sur la force de travail". Il est ainsi illusoire de penser que le chômage puisse disparaître en système capitaliste.

Marx appelle cette modification du capital, augmentation progressive de la composition organique du Capital, sachant que l’on a accroissement du Capital constant par rapport au Capital variable. C’est la base de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Puisque la plus-value n’est produite que par le Capital variable, le taux de profit tend par conséquent à baisser, car il s’exprime par le rapport entre la plus-value totale produite et le Capital global investi (Capital constant + Capital variable). Si, dans ce rapport, on n’augmente que le Capital constant, on se rend compte que le taux va obligatoirement diminuer. Mais cette baisse du taux de profit est relative ; en effet, la masse du profit peut croître avec un capital global augmenté, alors que le taux de profit baisse. Si en plus, les travailleurs s’y mettent et s’organisent pour lutter et obtenir des gains sociaux, la tendance à la baisse va s’accroître.

Cette loi du capitalisme, mise en lumière par Marx, représente la limite du développement historique du mode de production capitaliste. C’est ce qui permet de dire que le capitalisme est loin d’avoir triomphé définitivement et qu’il s’agit d’un système transitoire de production qui a fait son temps. Revisiter les fondamentaux et porter en avant cette contradiction fondamentale nous permet également de remettre en perspective le communisme. Attention, cette loi objective n’est que tendancielle, c’est-à-dire qu’elle ne prédit aucun effondrement automatique ou spontané du mode de production capitaliste, mais elle sous-entend qu’il y aura besoin aussi de facteurs subjectifs, à savoir l’organisation indispensable des travailleurs dans un parti révolutionnaire.

Dans le diagramme ci-dessous, on peut observer que pour la zone européenne, la baisse tendancielle du taux de profit n’est toutefois pas à l’ordre du jour, car augmentant régulièrement depuis le début des années 80 :

La "hausse tendancielle" du taux de profit

A sa décharge, il faut bien souligner que cette loi est tendancielle et non automatique et donc qu’il existe des facteurs antagonistes à cette loi. Domenico Moro, auteur de "La crise du capitalisme et Marx" (Éditions Delga), souligne qu’ils sont au nombre de quatre : l’élévation du degré d’exploitation de la force de travail, la baisse du prix des marchandises qui composent le Capital constant (machines…), le chômage et les avantages possibles de l’exportation.

Conclusion

A la lumière des éléments présentés, on peut dire que l’engagement communiste à lutter contre le capitalisme ne relève pas de la morale, ou pas seulement, mais essentiellement d’une philosophie de transformation basée sur l’analyse et d’un engagement qui petit à petit devient de plus en plus rationnel façonnant la conscience de classe. C’est tout l’enjeu du devenir du PCF que la direction, en niant l’histoire et le marxisme-léninisme, entraîne dans le strict engagement moralisateur d’une opposition sans issue entre les pauvres et les riches.

Quant au marxisme dont une néo-mutante m’a dit qu’il s’agissait d’un dogmatisme éculé, j’ai envie de lui répondre par la réflexion de cet auteur cubain cité par Danielle Bleitrach dans son ouvrage Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme (éditeur "Le Temps des Cerises") : "Le marxisme que la Révolution inspira tout au long de la décennie initiale de l’expérimentation révolutionnaire apparut d’évidence comme une pensée créatrice et polémique, à la fois militante et ouverte. Le Che parlait de la nécessité de s’approcher des classiques avec un mélange de vénération et d’irrévérence...".

Pascal Brula

Bibliographie :
La crise du capitalisme et Marx, "abrégé du Capital de Marx rapporté au vingt et unième siècle", par Domenico Moro, publié aux Editions Delga, 2009.

Sites favoris Tous les sites

7 sites référencés dans ce secteur

Brèves Toutes les brèves

Navigation

Annonces

  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).