Le Tortionnaire comme Féministe : d’Abu Ghraib à Zero Dark Thirty

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Ici, parmi ces photos d’Abou Ghraib, vous avez tout ce que les fondamentalistes islamiques croient caractéristique de la culture occidentale, toutes joliment disposées en une image hideuse – l’arrogance impériale, la dépravation sexuelle... et l’égalité des sexes. Barbara Ehrenreich

Zero Dark Thirty est un film dur à cuire, d’une nana dure à cuire qui traque un terroriste... et dirigé par une femme ! Haha, Femmes : 1, Patriarcat : 0 - Twitter votre commentaire !

En Août 2012, l’Institut Hoover d’Amy Zegart a effectué un sondage sur les attitudes des Américains envers la torture, et a constaté que les Américains sont devenus plus favorables à l’usage de la torture durant la moitié précédente de la décennie. Zegart a rapporté que :

Dans un sondage Rasmussen d’octobre 2007, 27% des Américains interrogés ont déclaré que les Etats-Unis devraient torturer les prisonniers capturés dans la lutte contre le terrorisme, tandis que 53% ont dit qu’ils ne devraient pas.

Dans mon sondage YouGov, 41% ont déclaré qu’ils seraient prêts à recourir à la torture - un gain de 14 points - tandis que 34% pour cent ne le seraient pas, soit une baisse de 19 points.

En outre, Zegart a trouvé une augmentation du soutien à un certain nombre de tactiques spécifiques connues pour être utilisées durant l’ère Bush, y compris la simulation de noyade, l’intimidation avec des chiens militaires et des positions nues de stress. Parmi les raisons de ce changement dans le consensus, elle a cité l’influence possible des films d’espionnage et des émissions de télévision, qui ont de plus en plus représenté la torture comme héroïque. Selon son sondage, les prétendus ’amateurs d’espions à la TV’ étaient plus enclins à soutenir une gamme de tactiques abusives.

Les conclusions prédictives de Zegart ont été reprises en 2008 par le rapport du Conseil Télévisuel Parental qui a observé un pic important dans la représentation télévisuelle de la torture en prime time - et d’une façon plus critique, une modification dans les caractères des personnages utilisant la torture. De plus en plus, ce sont les « bons » qui torturent. Nous pouvons observer ce que Zegart appelle "la dérive de torture" au travers du changement dans la perception, du fait que ce sont des femmes qui sont praticiennes des abus sur les prisonniers. En 2004, lorsque le scandale des abus à la prison d’Abu Ghraib a fait les manchettes, les Américains ont été choqués de voir des photos de femmes soldats engagées dans des actes de torture et d’humiliation sexuelle. Et pourtant, en 2012, le personnage de l’agent de la CIA, Maya dans le film Zero Dark Thirty utilise des tactiques similaires et est saluée comme une héroïne et un modèle féministe.

Cet article soutient que, depuis les attentats du 11/9 et le scandale ultérieur de la prison d’Abou Ghraib, la télévision populaire américaine et le cinéma ont participé à la normalisation et à la justification de la torture d’État. Je soutiens que l’un des traits les plus saillants de ce phénomène est la représentation des femmes qui se livrent à la torture comme héros nationaux et féministes. J’analyserais particulièrement la représentation de l’agent CIA Maya dans le film Zero Dark Thirty, ainsi que la commercialisation du film et sa réception culturelle comme un produit féministe. Cet essai commencera par regarder en arrière, quelques-unes des réponses féministes au scandale d’Abou Ghraib pour alimenter notre discussion présente de Zero Dark Thirty en tant que texte « féministe ».

11/9 & Abu Ghraib comme violation sexuelle

Dans son essai "TV et la torture", Amy Laura Hall soutient que le 11/9 a été un "spectacle massif de violation qui continue à façonner les conceptions américaines de genre, la sexualité et la sécurité", et que les tours abattues ont marqué la castration symbolique de l’Occident. Hall lit la popularité ultérieure de l’émission de télévision Show 24 avec son héros macho tortionnaire Jack Bauer comme "une sorte de catharsis collective - une manière par laquelle beaucoup d’Américains ont cherché à gérer la violation pour l’endurer et aussi rééquilibrer le mythe d’affligés, mais aussi un encore plus puissant, celui de la masculinité". Hall suggère en outre que :

"les politiques de genre de ces spectacles peuvent prendre leurs formes à partir de la même impulsion culturelle qui a conduit à l’émasculation rituelle des prisonniers musulmans dans des endroits comme Abu Ghraib",

soulignant que les abus sexuels étaient une caractéristique courante de l’installation de la torture.

Suite à cette analyse, nous pouvons interpréter certaines des tortures à Abou Ghraib comme une forme de vengeance pour le traumatisme du 11/9, fondée sur le sexe. Les photos et les rapports ultérieurs ne dépeignent pas seulement l’émasculation, mais aussi, dans de nombreux cas, la féminisation des hommes détenus. Certains prisonniers ont été forcés de porter des sous-vêtements féminins et de simuler des actes dits « homosexuel ». Il y a des rapports de prisonniers "sodomisés" avec un bâton lumineux ou un manche à balai. Dans l’une des photos les plus emblématiques, Lynndie England tient un prisonnier nu avec une laisse de chien. Il y a aussi des rapports selon lesquels un prisonnier a été obligé de ramper sur le sol et embrasser les bottes des gardiens.

Dans son article, "Abus et Torture à caractère Sexuel à la Prison d’Abou Ghraib : Analyses psychologiques féministes", Eileen Zurbriggen note que :

« bon nombre de ces scénarios s’ordonnent autour d’un déséquilibre de pouvoir stylisé, avec une connotation sexuelle. Ainsi, ces pratiques s’alignent sur le déséquilibre de pouvoir sexualisé qui comprend la relation hétérosexuelle prototypique ou traditionnelle, avec l’homme dans un rôle dominant ou actif et la femme dans un rôle de soumission ou passive. »

Pour soutenir cette lecture, Zurbriggen rapporte le témoignage de Dhia al-Shweiri, un ancien prisonnier d’Abou Ghraib, qui a dit à Associated Press que :

« Ils essayaient de nous humilier, de casser notre fierté. Nous sommes des hommes. Qu’ils nous battent était attendu comme allant de soit. Les coups ne nous blessent pas, ce sont juste des coups. Mais personne ne voudrait que sa virilité soit brisée. Ils ont voulu que nous nous sentions comme si nous étions des femmes, de la façon dont les femmes se sentent, et c’est la pire insulte, de se sentir comme une femme. »

Ce témoignage souligne comment les tortures à Abou Ghraib ont reflété une hiérarchie assumée avec les hommes et des femmes américains en haut, supérieurs, et des hommes irakiens, occupant le rôle subjugué, le rôle "féminin" – un système de relations de pouvoir transmis le plus violemment dans la photo de Charles Graner et Lynndie England levant leurs pouces à la caméra tout en se tenant debout sur une pyramide de prisonniers irakiens nus et sans visages.

Les femmes qui torturent

Si les prisonniers masculins à Abou Ghraib ont été féminisés, comment devrions-nous alors considérer les trois femmes qui ont participé à leur torture ? Imitaient-elles le comportement des hommes ? Se vengeaient-elles sur des hommes musulmans pour la violation de 11/9 ? Comment leur genre entre-t-il dans l’analyse du scandale ?

En réponse à Abu Ghraib, la théoricienne féministe Barbara Ehrenreich écrit que les photos de Megan Ambuhl, Lynndie England et Sabrina Harman participant au mauvais traitement des détenus "a brisé mon cœur". Elle fait remarquer aussi avec une horreur ironique qu’elles constituent une preuve de « l’égalité des sexes », prouvant que les femmes peuvent être tout aussi sadiques que les hommes. Pour que les choses changent, Ehrenreich prescrit pour les femmes qu’elles ne s’assimilent pas simplement aux institutions masculines, mais "les infiltrent et subvertissent" par une autorité stimulante. Bien qu’Ehrenreich mentionne également la nécessité de poursuivre la lutte "contre l’arrogance impérialiste et raciste", ses prescriptions entrent dans un cadre réformiste libéral. L’armée peut être réformée/changée, selon cet argument, si de bons hommes et femmes défient l’autorité [de manière adéquate].

Cette analyse ne tient pas compte de la possibilité que l’armée ne puisse pas être réformée, et ce tant qu’au niveau institutionnel ainsi que dans le cadre de sa mission générale, elle représente un ethos de violence masculinisée et un colonialisme expansif. Il n’y a aucune raison de croire que les événements d’Abu Ghraib aient été une aberration, tant durant la guerre en Irak que lors des campagnes militaires passées. Une institution fondée sur la déshumanisation de l’ennemi -littéralement par et avec la préparation des soldats à tuer d’autres personnes- peut-elle être véritablement réformée ? Aucun de ces problèmes n’est susceptible de changer simplement avec la participation pleine et égale des femmes, ou avec de modestes réformes. Ehrenreich relève elle-même avec regret que la prison a été supervisée par une femme, le Sergent Janis Karpinski, tandis que l’occupation a été gérée par Condoleeza Rice.

Des chercheuses féministes transnationales, telles que Basuli Deb et Mélanie Richter-Montpetit ont contesté l’analyse des événements à Abu Ghraib d’Ehrenreich. Par exemple, dans "Le féminisme transnational et les femmes qui torturent : Réinstallation [de la torture] à Abu Ghraib. Photographies de prison", Deb note les limitations des arguments fondés sur l’égalité, en observant :

« ... Dans la pensée féministe libérale fondée sur l’égalité, le masculin reste la norme, et le patriarcat n’est pas perturbé. C’est aux femmes de faire leurs preuves pour entrer dans les structures de privilèges. Selon cette théorie, les femmes qui ont réussi à contrôler des détenus hommes ont réussi à inverser les inégalités de pouvoir, au moins pour elles-mêmes. L’exercice du pouvoir consolide violemment leur statut au sein de structures patriarcales dans lesquelles elles se sont assimilées. »

Cette assimilation par la maîtrise de la violence masculine est, comme je l’expliquerai plus tard, précisément la méthode par laquelle le personnage de Maya dans Zero Dark Thirty parvient à devenir l’égal de ses collègues masculins. L’observation de Deb souligne également le problème posé par le discours libéral qui magnifie la réussite individuelle pour faire avancer le changement institutionnel. Cette analyse explique comment on peut louer diverses figures de la réalité telles que Margaret Thatcher, Hillary Clinton et Condoleezza Rice comme des modèles de féministes occidentales, malgré le rôle déterminant qu’elles ont pris en poussant l’occupation et l’impérialisme.

Mélanie Richter-Montpetit conteste également l’accent d’Ehrenreich sur l’égalité des sexes comme excessivement réducteur. Richter-Montpetit suggère que le phénomène des femmes-soldats identifiées torturant des prisonniers "devrait être situé à l’intérieur des désirs coloniaux". Le président Bush, nous rappelle-t-elle, a affirmé après le 11/9, que "nous menons une guerre pour sauver la civilisation, elle-même". C’est cette langue-là qui a caractérisé ces autres missions coloniales, plaçant l’Occident civilisé à l’opposé de l’Orient sauvage. Cette rhétorique de l’analyse postcoloniale américaine complique la lecture féministe d’Abou Ghraib et du vaste projet de la Guerre contre le Terrorisme.

L’une des justifications principales de l’Occident dans les conflits récents a été la nécessité de sauver les femmes musulmanes de l’oppression par leur propre culture. En Avril 2010, Wikileaks a publié un rapport interne de la CIA encourageant les alliés de l’OTAN à faire appel à la préoccupation féministe pour les droits des femmes afghanes, afin de renforcer le soutien public alors faiblissant, à la guerre. Il recommandait vivement que "les femmes afghanes puissent servir de messagers idéaux dans l’humanisation du rôle de l’ISAF dans sa lutte contre les talibans" et suggérait "des initiatives de sensibilisation créant des occasions médiatiques pour que des femmes afghanes partagent leurs histoires avec les femmes françaises, allemandes, et d’autres femmes européennes afin d’aider à surmonter le scepticisme répandu parmi les femmes d’Europe occidentale envers la mission de l’ISAF". Ce document révèle l’intention de la CIA d’exploiter les sympathies féministes au service de la propagande de guerre.

En Juillet 2010, tandis que le soutien populaire américain à la guerre en Afghanistan était sur le déclin, le magazine Time a publié un article en couverture duquel apparaissait le portrait troublant d’une jeune femme afghane dont le nez avait été coupé par des militants talibans. Le titre accompagnant la photo affirmait crûment, "Voici ce qui arrivera si nous quittons l’Afghanistan". Écrivant pour The Guardian, Priyamvada Gopal a observé que la couverture était un "stratagème cynique" pour manipuler la préoccupation pour les femmes afghanes aux fins de promouvoir une guerre impopulaire. Gopal a fait valoir :

Le Time n’est pas le seul à condenser la réalité afghane en contes à la moralité simpliste. Un nombre déplorable de travaux récents nous ont habitués à penser à l’Afghanistan à l’image de Liam Fox, le secrétaire à la Défense de Grande-Bretagne, qui l’a désigné comme un "pays brisé du 13ème siècle", uniquement défini par des hommes pathologiquement violents et des femmes silencieusement brutalisées.

Gopal souligne l’omniprésence de ces contes de moralité de genre dans la propagande de guerre de l’Occident.

Attirant notre attention sur Abu Ghraib, Basuli Deb affirme que les soldates blanches ont un rôle crucial à jouer dans ce récit de libération. Deb tire de l’analyse de Gargi Bhattacharya des photos d’Abu Ghraib, la fonction symbolique de Lynndie England dans leur mise en scène. Bhattaacharya fait valoir que si les dirigeants comme Condoleeza Rice et Laura Bush promeuvent la nécessité de la guerre, England représente "la femme occidentale émancipée dans la zone de guerre elle-même". Deb décrit deux images en détail :

« England est debout à côté de détenus masculin nus et cagoulés avec une cigarette pendante aux lèvres, tandis qu’elle dirige [désigne] son index vers les parties génitales d’un prisonnier tout en affichant le signe du pouce en l’air. Sur une autre photographie de deux prisonniers nus et cagoulés face à la caméra, les mains au-dessus de leurs têtes dans un geste de soumission, l’un d’eux a du s’asseoir sur les épaules d’un troisième détenu accroupi sur le sol, de sorte que ses fesses et ses parties génitales touchent le dos nu de l’autre. England sourit à la caméra tandis qu’elle pointe son index vers les organes génitaux de l’homme et affiche à nouveau le pouce en l’air. »

England représente la "femme libérée occidentale affichant sa dominance" et son triomphe sur "des corps mâles marrons". Deb soutient en outre que les femmes blanches ont une fonction particulière dans l’effort de guerre. Elles doivent protéger le "statut de la femme américaine émancipée de l’orientalisme « barbare » des hommes musulmans", mais elles doivent aussi "devenir les agents d’une solidarité transnationale pour attirer les femmes arabes dans une alliance avec l’entreprise américaine". Cette mission spéciale, fait valoir Deb, est inscrite dans les images d’Abou Ghraib :

« ... La torture brutale et l’humiliation d’hommes irakiens aux mains de femmes blanches de l’empire sont projetées comme une victoire des femmes arabes sur les hommes arabes qui imposent des marqueurs culturels islamiques tels que le foulards et le voile sur leurs femmes, et elles sont aussi une victoire, tant pour l’entreprise impérialiste américaine messianique qu’individuellement pour les femmes de cette entreprise entre camarades militaires de torture, et pouvant être tout aussi dures que n’importe lequel de leurs homologues masculins. »

La tortionnaire féminine blanche est perçue comme la signification de la victoire du féminisme Occidental sur la misogynie Musulmane. Elle réalise l’égalité avec ses collègues masculins en infligeant la violence sur les hommes musulmans.

Maya : Le Tortionnaire comme féministe

C’est cette dernière observation qui alimente mon analyse de Zero Dark Thirty qui utilise un protagoniste féminin héroïque pour faire avancer une apologie de la torture. Le film réhabilite l’image dégradée de "la fille à la laisse" Lynndie England, en ré-imaginant le tortionnaire féminin comme un arriviste fonceur. Zero Dark Thirty prend place dans l’arc féministe familier des films comme Norma Rae et Working Girl comme lieu de travail de la CIA. Un critique l’a surnommé "l’Erin Brockovich pour les fascistes".

Je n’analyserai pas l’ensemble du film, qui englobe plus d’une décennie de guerre contre le terrorisme, aboutissant à la mort d’Oussama ben Laden. Au lieu de cela, je me concentrerai sur la mise en scène des scènes de torture du film, en particulier sur les relations de pouvoir et la représentation de Maya, la protagoniste du film.

Zero Dark Thirty s’ouvre sur un écran noir et un montage audio des appels passés réels du 11/9 durant les attaques sur le World Trade Center. Les voix les plus marquantes sont celles des femmes apeurées. La prédominance de ce genre dans le traumatisme est important, car il ouvre la voie à un héros féminin pour réaliser la vengeance au nom des femmes, même si comme Amy Laura Hall le note, "les victimes des assassinats du 11/9 étaient en majorité des hommes".

Dans la mise en scène de cette vengeance, le film nous transporte deux ans plus tard dans un site clandestin de la CIA où Ammar, un suspect terroriste battu et ensanglanté est entouré par des hommes cagoulés. Dan, un beau blanc imposant fait irruption dans la pièce et prononce les premiers mots du script du film, "Je vous tiens Ammar. Vous m’appartenez". Les hommes masqués continuent à battre Ammar tandis que Dan hurle ses ordres. L’autre personnage masqué, Maya, que (dans les scènes suivantes) les autres agents appellent par dérision "La Fille", se situe à l’arrière de la salle, regardant silencieusement. En termes sadomasochistes, Dan est le maître, et il s’agit d’un donjon. La déclaration de Dan est une déclaration de propriété, comme le film nous le montre bientôt, elle s’applique au prisonnier Ammar et également à "La Fille" Maya.

Dan et Maya sortent de la cellule vers la lumière du soleil, pour donner à Ammar le temps de peser sa fâcheuse situation. Maya enlève son masque. Elle semble sortir de la fin des années 20, a la peau pâle, blanche et de longs cheveux roux. Elle est d’apparence mince et conventionnellement féminine. Elle ouvre son manteau, révélant un tailleur-pantalon, une sorte de raccourci symbolique pour signifier le désir d’une femme d’être prise au sérieux dans un monde d’hommes. Dan la raille : "Vous avez passé votre meilleur costume pour votre premier interrogatoire".

"Pour ta/votre gouverne, ça va prendre un certain temps", dit-il. "Il doit apprendre comment/combien il est impuissant". Dan suggère qu’ils prennent une pause café, mais elle insiste pour qu’ils continuent l’interrogatoire. Il lui dit qu’elle peut l’observer à partir d’un écran de télévision. Maya opte pour retourner à la salle d’interrogatoire démasquée. Elle ne veut pas être une spectatrice. Elle veut être comme Dan. Maya devient à ce moment à la fois un substitut du public et un symbole de l’égalité des femmes. Quand elle passe le seuil à nouveau, elle sera aussi partie-prenante de la torture. Par cette stratégie, nous devenons aussi complices. Ce qui est important dans la mise en scène des scènes de torture suivantes, c’est que Maya n’est pas simplement un substitut du public. Elle est aussi un miroir pour la détresse psychologique et émotionnelle d’Ammar - ses réactions et expressions correspondent aux siennes. De cette façon, quoiqu’on nous montre la brutalité de la torture, notre attention est redirigée de la souffrance de la victime vers celle du criminel. Dans son analyse du film, Slavoj Zizek fait valoir que cela remplit une fonction idéologique, notant que :

« notre conscience de la sensibilité au mal du tortionnaire comme coût humain de la torture assure que le film n’est pas que de la propagande bon marché de droite : la complexité psychologique est dépeinte pour que les libéraux puissent apprécier le film sans se sentir coupables. »

Cette observation est confirmée par une grande popularité du film auprès des critiques de cinéma libéraux, qui ont fait l’éloge de la nuance morale du film.

La stratégie de Zero Dark Thirty est d’autant plus efficace qu’elle donne au public une figure d’identification féminine, car elle tire parti de la perception culturelle généralisée des femmes comme étant plus empathiques à la souffrance d’autrui. Quand Maya apprend à maîtriser ses sentiments et à accepter la nécessité de la torture, elle devient plus puissante et efficace. De cette façon, le film lie explicitement le confort croissant de Maya avec la torture à sa responsabilisation personnelle, et modèle cette attitude chez le spectateur.

Dans la scène suivante, Dan soumet Ammar battu et lié à une série de questions sur ses liens avec Al-Qaïda. Maya est montrée à distance, les bras croisés. Quand Ammar refuse de donner des informations, Dan signifie à l’un des hommes masqués de préparer Ammar pour la simulation de noyade. La caméra le quitte pour nous montrer l’expression affligée de Maya. Elle se replie sur elle même, se cache les yeux et grimace tandis qu’Ammar est forcé à terre avec un chiffon placé sur son visage. Dan lui aboie de saisir un seau et de le remplir d’eau (la corvée d’eau peut-être codée ici comme "travail des femmes"). Effrayée, elle suit ses ordres. Tandis que Dan travaille à faire suffoquer Ammar, Maya s’agenouille à proximité évitant son regard.

Dans une scène postérieure, nous voyons Maya étendue sur un étroit canapé brutalement réveillée à l’aube par l’appel musulman à la prière. Le film passe alors immédiatement à Ammar qui est enchaîné dans une situation de stress tout en étant bombardé de musique métallique assourdissante. La comparaison subtilement faite ici indique que Maya, comme Ammar souffrent pour leurs épreuves respectives. Le parallèle égalise aussi la désorientation culturelle de Maya en pays musulman et la torture d’Ammar via l’utilisation de la musique rock occidentale comme arme.

Dan et Maya reviennent à la cellule d’Ammar. Elle a troqué son tailleur-pantalon pour une paire de jeans et un top clair, signifiant une volonté accrue de se salir les mains et d’abandonner le port de vêtements masculinisés pour gagner le respect des hommes. Dan éteint la musique et aide Ammar à s’assoir sur une chaise. Dans une action parallèle, Maya est montrée s’asseyant. En adoptant une approche de "bon flic", Dan offre nourriture et boisson à Ammar sanglotant. Maya est montrée ayant pitié. Dan continue l’interrogatoire, mais Ammar lui ment. Maya, redoutant ce qui allait arriver, détourne les yeux. Dan menace de soumettre Ammar à une autre suffocation et exige l’information. Ammar refuse et Dan explose, donnant un coup de pied à la chaise qui le soutient. Reflétant cet acte, Maya sursaute sur sa propre chaise.

Dan hisse Ammar sur ses pieds, et saisit sa tête, dirigeant ses yeux vers Maya. "Vous voyez comment cela marche ?" demande-t-il rhétoriquement, question adressée tant à Maya qu’à Ammar. Ensuite, les dynamiques de genre implicites dans la torture d’Ammar se font explicites. Dan baisse le pantalon d’Ammar en raillant "cela ne vous dérange pas si mon collègue femme vérifie votre bric-à-brac, et vous ?" Dan humilie alors Ammar en observant qu’il a "chié dans son froc". Il quitte soudainement la cellule, aboyant à Maya "vous restez ici !". Le caractère nettement sexuel de cette scène rappelle l’observation de Zurbrüggen concernant les incidents d’Abou Ghraib qu’il dépeint comme un "déséquilibre de pouvoir sexualisé" reflétant la "relation hétérosexuelle traditionnelle, avec l’homme dans un rôle dominant ou actif et la femme dans un rôle de soumission ou passive". Ici, tant Maya qu’Ammar ont été construits comme sujets dociles, féminins, dans une hiérarchie sous l’autorité hyper-masculine de Dan.

Avec Dan parti, Ammar tourne la tête vers Maya et implore sa pitié. "Votre ami est un animal. S’il vous plaît aidez-moi". Un calme étrange s’installe dans le visage de Maya. Elle se dirige vers Ammar et lui dit carrément : "Vous pouvez vous aider en étant véridique". Le lien empathique de Maya à Ammar a été brisé. Dan revient avec un collier de chien et le place autour du cou d’Ammar. Bien qu’il n’y ait aucune preuve que des colliers de chien aient été utilisés dans le programme de torture de la CIA, l’image rappelle automatiquement la photo tristement célèbre de Lynndie England tenant un prisonnier irakien nu en laisse. Quoique le film évoque cette image chargée, Maya ne le fait jamais. Le plaisir apparent d’England en participant à la torture (mais pas en particulier sur la photo de laisse) est une forme de transgression féminine qui saperait notre identification avec Maya et rendrait la nature sexuellement chargée de ces scènes trop explicite. Il ferait aussi dérailler la représentation de la torture, comme outil sinistre mais nécessaire dans l’arsenal de la CIA, que développe le film.

Comme Dan suit Ammar autour de la salle, Maya se réfugie dans l’obscurité d’un coin. Dan bombarde le prisonnier avec des questions sur la date d’une future attaque. Ammar commence à bredouiller des jours aléatoires de la semaine. Dan force Ammar dans une petite boîte en bois et lui donne une dernière chance de livrer l’information. Le film se réduit à un plan serré du visage d’Ammar bredouillant. Cette fois, plutôt que de se diluer dans la crainte, Maya se déplace vers Ammar. Son visage est tout à fait calme et concentré, tandis que Dan ferme la porte en la claquant.

Maya n’est plus la nouvelle fille timide. Elle survit à cette épreuve sadique, infligée tant sur Ammar que sur elle. Elle a choisi de rompre son identification avec Ammar et est devenue plus puissante, plus mature, plus masculine. Il est significatif que le scénario de torture de Dan dépende du genre de Maya pour parachever sa signification. La capacité de Maya à maîtriser ses émotions et à participer à l’humiliation sexuelle d’Ammar devient un point de référence dans son développement comme héros féministe.

Les commentaires de Laura Sjoberg sur Abu Ghraib sont ici instructifs :

« ... L’abus sexuel d’hommes irakiens par des femmes américaines communique (qu’il ait été prévu ou non) un dédain si fort pour les masculinités irakiennes que des féminités américaines subordonnées sont l’outil approprié pour leur humiliation. La torture sexuelle est certainement une question de pouvoir, mais s’il ne s’agissait que de pouvoir, il y a beaucoup de manières non sexuelles pour exprimer son pouvoir sur les gens. La torture sexuelle est une question de pouvoir sexuel comparatif ; ici, du pouvoir sexuel des masculinités américaines et des féminités militarisées / masculinisées sur leur compréhension des masculinités irakiennes.  »

Puisant dans Sjoberg, j’ai lu Maya comme un exemple de cette féminité militarisée et masculinisée. Son rôle dans le scénario de Dan démontre son pouvoir sur Ammar en soulignant sa soumission à Dan. L’humiliation d’Ammar dérive du message qu’il est moins qu’une femme, tout en bas de cette hiérarchie des relations de pouvoir.

Les scènes d’interrogatoire ultérieures du film se distribuent de manière égale entre Maya et Dan. La scène d’interrogatoire pivot de Zero Dark Thirty -celle qui suggère de façon controversée que la torture était essentielle pour localiser Ben Laden, est le résultat de l’habileté de Maya. Elle propose de duper [Ammar] en le privant de sommeil tout en l’entretenant dans la croyance qu’il a déjà donné les noms de ses complices. Ammar est retiré de sa cellule et un repas lui est présenté. Il est en état de choc, en réaction à la torture et à la privation de sommeil. Ils lui disent qu’il a déjà livré ses complices au cours d’une session passée et lui demandent de répéter les détails. Ammar tombe d’abord dans le piège, révélant quelques informations, mais il ne va pas jusqu’à donner des noms. Dan menace de reprendre la torture d’Ammar s’il ne veut pas se soumettre. A ce moment, Ammar livre le nom du courrier d’Al-Qaïda qui finira par conduire à la découverte d’Oussama ben Laden. Bien que cette scène soit dépeinte comme celle d’un scénario traditionnel, de "bon flic / mauvais flic" le détail le plus saillant est que Maya réussit en utilisant son esprit. La menace de la torture est de sa prérogative, mais celle-ci est effectuée par les hommes.

À partir de ce moment, Maya se révèle être uniquement obsédée par son but et extrêmement ingénieuse à obtenir des informations par la torture. Elle observe des heures d’interrogatoires brutaux sur bande vidéo, tandis que son visage n’enregistre aucune émotion. Maya mène les interrogatoires sans l’aide de Dan. Elle s’exprime en langue dominante. Elle menace d’envoyer un prisonnier en Israël à moins qu’il ne parle. Il coopère volontairement, disant : "Je n’ai aucune envie d’être à nouveau torturé. Posez-moi une question et j’y répondrais".

Lorsque la torture est jugée nécessaire, elle s’appuie sur la violence masculine comme une extension de son autorité. Dans une scène, un détenu élude sa question et elle enjoint un garde du bras, pour lui ordonner de frapper le prisonnier. Dans une autre elle commande et supervise calmement la suffocation d’un détenu. Curieusement, ses costumes suggèrent aussi un retour à la signification féminine. Dans certaines scènes, elle porte une perruque noire comme un déguisement. Dans d’autres, elle porte un foulard, qui pourrait être lu comme une identification symbolique aux femmes musulmanes qui présument que Maya et les autres femmes occidentales militaires cherchent la vengeance. Maya souffre toujours de l’épuisement émotionnel de son travail, mais elle est capable de le cacher aux autres. Après la simulation de noyade d’un prisonnier, elle cherche l’intimité des toilettes, arrache sa perruque, se regarde dans le miroir et respire profondément tout en serrant les bords de l’évier.

En revanche, son ancien supérieur Dan devient impuissant, incapable de dissimuler l’impact psychologique que ce travail a eu sur lui. Il informe Maya qu’il ne peut plus supporter de voir des hommes nus, et qu’il va prendre un emploi de bureau à Washington DC. Maya a maintenant surpassé Dan comme égale et est devenu un agent supérieur de terrain, bien placée sur le chemin de la poursuite du tournage et l’assassinat d’Oussama Ben Laden. En Maya, il n’y a plus aucune trace de "La Fille" gauche. Basuli Deb, réfléchissant sur Abu Ghraib affirme que :

« le corps torturé du détenu masculin est devenu le territoire même où la féminité militarisée a négocié avec la masculinité militarisée pour la reconnaissance des femmes militaires en tant que soldats et non pas de femmes soldats. »

Si nous appliquons cette lecture en ce qui concerne Zero Dark Thirty, le succès de Maya comme héros féministe peut être finalement considéré comme fondé sur son succès comme tortionnaire des corps des hommes musulmans.

Le Marketing Maya

La directrice de Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow, et le producteur / scénariste Mark Boal ont tous deux prétendu que leur film ne prend pas position sur l’efficacité de la torture, et les deux prétendent s’opposer à sa pratique pour des raisons morales. En réponse aux nombreuses critiques du film et à une enquête du Comité du Renseignement du Sénat sur le niveau inhabituel d’accès à des informations classifiées des cinéastes, Bigelow a utilisé les pages du LA Times pour défendre son film. Elle a commencé par se déclarer "pacifiste", faisant valoir que la représentation de la torture par le film ne constituait pas son approbation, ce qui impliquerait que le film ait été conçu comme une sorte de test de Rorschach pour les sensibilités morales et politiques de l’auditoire. En dépit de ces affirmations, Bigelow a terminé sa chronique en rendant hommage au "travail courageux" des "professionnels de l’armée et des services du renseignement" et en rappelant aux lecteurs que Ben Laden n’a pas été vaincu par des super-héros, mais "par des Américains ordinaires qui ont combattu bravement même si parfois ils ont (souligné dans l’original) outrepassé des barrières morales..." Notons ici la contradiction inhérente. Bigelow affirme que son film ne prend pas position sur la torture, mais elle fait et continue de faire l’éloge de ceux qui ont torturé comme étant des héros. Intentionnellement ou non, Bigelow reconnaît la mesure selon laquelle son film est une apologie de la torture.

Avec le film enlisé dans la controverse et l’approche de la cérémonie des Oscars, les cinéastes ont commencé à avancer un autre récit, à savoir que Zero Dark Thirty constituait une histoire d’émancipation des femmes. Se rappelant ses recherches pour le film, Boal a déclaré à un journaliste de divertissement que :

« la chose qui m’a le plus surpris a été le rôle des femmes dans cette histoire... Je pense qu’il est ironique que... Al-Qaïda ait été en quelque sorte vaincue par le spectre qu’ils craignaient le plus... celui d’une femme libérée occidentale. »

Le commentaire de Boal fait écho à la remarque d’Ehrenreich indiquant que ce qui perturbait le plus les musulmans intégristes dans les photos d’Abou Ghraib, c’était qu’elles représentaient "l’égalité des sexes". Dans les deux cas, la notion orientaliste au travail, c’est que "libéré" et "occidental" sont des contraires assumés de "opprimé" et "musulman". Lorsque le président Bush dit des fondamentalistes islamiques, « ils haïssent notre liberté », ce nouveau message, plus libéral peut se résumer comme "ils détestent la liberté de nos femmes".

Deux jours avant que le LA Times ne publie sa chronique, Bigelow et le distributeur du film Sony, ont recherché les services d’un propagandeur de médias sociaux appelé Thunderclap, qui additionne les supports de sources au profit d’une cause en spammant essentiellement Twitter et Facebook avec un seul message. Dans ce cas, le message disait :

« Rejoignez-moi pour saluer le rôle crucial que jouent les femmes dans la sécurité nationale de l’Amérique # ZeroDarkThirty. »

Cette tactique peu subtile cherchait à détourner l’attention du débat sur la torture en confondant Maya avec les femmes réelles qui travaillent dans les domaines de l’intelligence et de la défense. Après le succès de ce premier effort, Bigelow a rédigé un nouveau message soulignant plus précisément le récit de genre et de pouvoir avancé par le film. On y lisait :

« Les femmes ont aidé à trouver l’homme le plus dangereux du monde. Êtes-vous surpris ? # ZeroDarkThirty. »

Ce message stratégique a reçu un coup de pouce le 24 Janvier 2013, lorsque le Pentagone a annoncé qu’il abrogeait l’interdiction pour les femmes d’aller au combat. Durant la même semaine, le cinéaste Michael Moore a déclaré que Zero Dark Thirty était « un "film de femmes" et une grande réussite pour les femmes en général », pour le qualifier ensuite de "cucul du 21ème siècle". La trouvaille de Moore est devenue un titre sur le blog populaire de femmes Jezebel, qui a également publié une défense du film.

Il y a aussi une dimension autobiographique à la discussion de Zero Dark Thirty et du féminisme. Kathryn Bigelow est la première et seule femme à avoir remporté un Oscar du meilleur réalisateur (pour The Hurt Locker), et son exclusion de la liste 2012 de l’Oscar du meilleur réalisateur a largement été considérée comme un camouflet. Dans son analyse du film, David Bromwich note :

« La valeur propagandiste du personnage féminin dans un film comme celui-ci ne doit pas être négligée. Quand Bigelow a remporté son Oscar, celui-ci a largement été traité non seulement comme un triomphe féministe, mais aussi comme une sorte de mention spéciale et « genrée ». Après tout, le sujet choisi par la directrice de production était le sujet masculin de guerre. Elle avait battu les hommes à leur propre jeu. Et c’est ce qu’on voit Maya faire dans la traque de Ben Laden selon Zero Dark Thirty. »

Cet amalgame du triomphe de Bigelow à Hollywood au triomphe de Maya dans la CIA redirige le débat sur le film loin de la moralité de la torture vers une discussion plus étroite sur l’égalité des sexes.

Même les admirateurs du film notent la sophistication par laquelle il utilise le féminisme comme couverture pour l’apologie de la torture. Dans un article au titre glacial, "La torture se défend-t-elle par le féminisme ?", le critique de cinéma libéral, Andrew O’Hehir utilise le film comme tremplin pour poser une paire de questions rhétoriques urticantes :

« Une société qui produit des agents féminins de la CIA (et réélit un président noir) obtient-elle le droit de commettre des atrocités pour sa propre défense ? La torture est-elle justifiée si le bourreau est une femme, de surcroit instruite et universitaire, et le torturé un fanatique musulman fondamentaliste ? Je pense que voilà d’excellentes questions à nous poser, définissant sans doute les questions de l’époque, et je crois que plus vous y pensez plus les résultats deviennent épineux. »

O’Hehir n’a pas réellement répondu à ces questions, optant de nous rassurer par ses références de libertarien de gauche. Il reconnait plus loin vouloir garder une certaine "marge de manœuvre" sur ces questions et note que "la morale est toujours relative, et uniquement disponible dans des nuances de gris". En cédant la clarté morale sur une question aussi fondamentale que la torture, O’Hehir montre à quel point le consensus politique a changé, et démontre le rôle inhabituel que les récits féministes ont joué dans ce changement. L’accent mis par O’Hehir sur une "femme ayant fait des études universitaires", suggère que le statut de classe de Maya lui fournit un symbole plus convaincant comme tortionnaire féministe, qu’à Lynndie England qui était un fantassin ouvrier. Ses remarques juxtaposent explicitement la femme occidentale autorisée, libérée contre le fondamentaliste musulman fanatique stéréotypé. Ces commentaires, pour horribles qu’ils soient, sont peut-être l’évaluation la plus honnête de l’attrait du film pour le public américain libéral.

Comme pour consolider sa réputation de film féministe, Zero Dark Thirty a raflé les prix annuels EDA awards donnés par l’Alliance des Femmes Journalistes de Cinéma. En ce qui constitue peut-être le plus piquant de cet évènement, l’Alliance a aussi décerné à la star du film Jessica Chastain qui joue Maya, un honneur spécial pour "activisme humanitaire" réservé « pour la représentation du "modèle féminin le plus positif" à émuler » et « pour avoir avancé l’image d’une femme héroïque, accomplie, tenace, exigeante de ses droits et / ou des droits d’autrui ».

Les droits des hommes à l’altérité –[particulièrement l’arabo-musulman], ses suffocations par simulation de noyades, ses coups et ses humiliations sexuelles– ont échappé à la considération.

Le nouveau consensus

Quelle place y a-t-il dans le discours américain pour repousser la normalisation de la torture ? Bien que le président Obama ait interdit la plupart des pires méthodes, il a :

  • entravé la justice pour les victimes de torture,
  • pardonné la CIA pour la destruction des bandes vidéo de leurs crimes,
  • et autorisé les procureurs militaires à Guantanamo à censurer les témoignages sur la torture lors des procès des détenus.

Le seul agent de la CIA à avoir été poursuivi par le gouvernement fédéral dans le cadre du programme de torture est le dénonciateur [de ces tortures sous Bush], John Kiriakou qui a récemment été condamné à 30 mois dans une prison fédérale.

Obama a codifié et élargi de nombreux abus dont la voie avait été ouverte par son prédécesseur. Ce faisant, il a aussi changé le consensus, sur tout, de la détention indéfinie à la surveillance par drones de guerre. En fait, nos débats sur la torture durant l’ère Bush peuvent fort bien nous sembler désuets quand le jugement à son encontre débouche sur une pratique encore plus radicale d’Obama, d’assassinats ciblés sans procédure régulière. Les États-Unis ont trouvé de nouvelles façons d’infliger la violence sur les corps musulmans au travers de la guerre désincarnée par drones. La technologie des drones combine les pouvoirs quasi-illimités de surveillance dotés des pouvoirs sans frontières pour tuer. Dans une récente entrevue avec Der Spiegel, un ancien pilote de drone a avoué que quand il s’ennuyait entre deux assassinats, il observait la plupart des moments intimes de ses cibles. « Je les ai vus faire l’amour avec leurs femmes. Ce sont deux taches infrarouges ». Le regard du drone n’est pas seulement meurtrier, mais sexuellement voyeuriste. Ce n’est pas une amélioration par rapport à Abu Ghraib.

Les drones aussi, peuvent être drapés dans la rhétorique féministe libérale. Dans une récente interview du The Daily Show, Missy Cummings, professeur en aéronautique au MIT, a argumenté en faveur de la nécessité des drones. Quand Cummings a parlé à son hôte Jon Stewart de son histoire en tant que pilote militaire, il l’a félicitée pour avoir "brisé les barrières pour les femmes".

Étant donné que le droit des femmes à servir aux côtés des hommes au combat est fixé, le récit américain maintenant habilité des femmes occidentales militarisées sauvant les femmes musulmanes de leur culture s’enracinera probablement plus. Pour une sortie possible de tels récits cyniques, j’offre l’argument de Basuli Beb pour un "féminisme transnational de responsabilité". Deb propose :

« ... Cet encadrement éthique des réponses des féministes transnationales aux femmes qui torturent les hommes ennemis est un acte de responsabilité de la politique féministe. C’est une tentative de dissuasion de la torture au nom de l’émancipation des femmes, une tentative d’arrêter la marche de l’impérialisme sous la bannière des droits des femmes, et une tentative d’intervenir dans une politique féministe libérale militant pour l’autonomisation/responsabisation inconditionnelle de chaque femme [prise comme individu isolément de la société]. »

Cet article a montré comment la politique féministe libérale a fourni une justification discursive et narrative à la prétendue "guerre au terrorisme" et est maintenant utilisée pour légitimer l’usage de la torture, élaborant un nouveau consensus populaire, où, une fois que l’image de Lynndie England maltraitant des prisonniers irakiens nus, ait inspiré l’horreur, Zero Dark Thirty a réhabilité la torture en dramatisant un héros féministe dont l’habilitation est liée à sa domination sur le corps des hommes musulmans. Cet essai a démontré la puissance de ce récit pour convaincre et capter la sympathie des américains libéraux. Il a également renouvelé l’urgence des critiques d’Abou Ghraib par les féministes transnationales qui remettent en question l’accent étroit du féminisme libéral en matière d’égalité.

Cet article est une version légèrement modifiée d’un essai académique que j’ai récemment écrit. Si vous souhaitez voir l’original, s’il vous plaît contactez-moi. Merci à Ron Blum, Andrea Luquetta, Maryam Griffin, Papagena Robbins et maman pour m’avoir donné de précieux commentaires sur les versions préliminaires de cet essai.

***

Notes.

Il y a quelques articles que j’ai retenus au cours de ma recherche qui ne rentrent pas dans cette déjà longue dissertation, alors je les inclus ci-dessous.

1) Cet essai est axé sur la torture sexualisée et le viol d’hommes à Abou Ghraib, mais il y a une autre histoire oubliée, concernant le viol et l’abus de femmes à Abu Ghraib ainsi que d’autres installations en Irak. Les comptes rendus couvrant cette partie par The Guardian suggèrent un phénomène tout aussi important qui a souvent été perdu dans la discussion sur les photos d’Abou Ghraib.

2) Mon analyse a exploré les femmes qui participent à la violence masculinisée envers les prisonniers d’Abou Ghraib. Les comptes rendus de Guantanamo, cependant, ont aussi peint une image différente du rôle des femmes dans les interrogatoires. Cet article du Washington Post nous rappelle que "... les femmes frottaient leur corps contre les hommes, portaient des vêtements étriqués en face d’eux, faisaient des remarques sexuellement explicites et les touchaient de manière provocante". Certains détenus de Guantanamo se sont plaints d’avoir été visités par des "prostituées" en fin de nuit des séances d’interrogatoire.

3) Il existe quelques preuves que le rôle de Mark Boal dans la fabrication de Zero Dark Thirty a été plus important que d’ordinaire pour un scénariste et producteur de la première heure. Cet article dans le Hollywood Reporter cite des sources anonymes affirmant que Boal était de facto co-directeur et réduit Chastain à devoir pleurer sur son sort. Bien que cela ne puisse être que des potins de l’industrie (pour ne pas mentionner une rumeur sexiste visant à saper les réalisations de Bigelow), il suggère également que la dynamique de pouvoir entre les sexes des scènes de torture ait été reflétée sur le plateau même.

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Par emcee

Mercredi 8 mai 2013 - Dans l’enfer de l’Ultralibéralie

Lien permanent

The Desolationists/I Think I Hear My Can Opening. Par Randy Shields.

http://blog.emceebeulogue.fr/post/2013/05/08/Les-%22d%C3%A9solationnistes%22

Pour Randy Shields, les "désolationistes" sont ces démocrates sans conscience, ni politique, ni de classe, ne défendant que les thèmes de prédilection de la "gauche" molle, des Démocrates pour qui seuls ces thèmes les distinguent de la droite, les Républicains, à savoir : le "féminisme", le Mariage pour tous, les droits des homosexuels, etc. À leur sauce. Sans cela, les Démocrates et les Républicains pourraient aussi bien fusionner.

On ne peut pas se plaindre : on a les mêmes à la maison.

Traduction :

J’ai l’impression d’entendre s’ouvrir cette boite de conserve. Vous connaissez la droite "isolationniste", eh bien, moi, je vais vous parler de la gauche "désolationniste".

Les désolationnistes se sont offusqués, récemment, de la "gaffe" d’Obama, qui, en parlant de la ministre de la justice de Californie, Kamala Harris, avait dit d’elle qu’elle était "de loin la ministre de la justice la plus séduisante de tout le pays" (par "gaffe" on veut dire que c’est quand un dirigeant dit la vérité sans s’en rendre compte, comme Chuck Hagel quand il avait dit que la première fonction d’un sénateur des États-Unis était de représenter l’Amérique, pas Israël. D’accord, il a quand même dit ça, mais c’était plus une erreur de sa part qu’une vraie gaffe).

Les désolationnistes ont publié de nombreux articles pour disséquer la réflexion d’Obama sur Kamala Harris, la même semaine où ils ont omis de parler des deux enfants afghans qu’Obama a tués et des sept civils adultes qu’il avait blessés le samedi précédent, des quatre policiers afghans et des deux civils qu’il a assassinés jeudi et de la femme et des onze enfants afghans qu’il a assassinés le samedi suivant — soit six fois plus de morts que lors du Marathon de Boston. Cela a été une excellente semaine pour l’infanticide-en-chef. Il y a des années de ça, une mauvaise traduction des propos d’Ahmadinejad lui avait fait dire qu’Israël devait être "rayé de la carte", mais Barack Obama, lui, raye vraiment des innocents de la carte – toutes les semaines – et il ne verse pas une larme sur eux. Mais les désolationnistes sont persuadés qu’Ahmadinejad fait plus de dégâts dans le monde que Barack Obama.

Quand on les accule sur leurs positions et le bilan terrible d’Obama, les désolationnistes répondent qu’ils ont été obligés de voter pour lui parce que, lui, au moins, ne toucherait pas à la loi sur l’avortement, oubliant les preuves flagrantes que l’accès à l’avortement sans danger et légal (et même la contraception) n’a cessé de subir des restrictions sous sa présidence. Il y a deux semaines, un juge fédéral nommé par Ronald Reagan reprochait à Obama et à la ministre de la Santé Kathleen Sebelius d’empêcher les femmes de moins de 17 ans de se procurer la contraception d’urgence. Ce juge disait que les actions de Sebelius/Obama étaient "motivées politiquement, injustifiées scientifiquement et contraires aux jurisprudences". Mais, les désolationnistes se contentent du fait qu’Obama ne soit pas un bas-du-front républicain antisciences. D’ailleurs, Romney et Bush et Cheney, et Tamerlan, et Genghis Khan étaient tous pires (La chanson de campagne électorale d’Obama contre Tamerlan était : "Aucune Montagne de Crânes n’est Assez Haute !").

Les désolationnistes se contentent de ferrailler quand il s’agit de Dieu, des armes à feu et des homos, des domaines où ils ont beau jeu face aux cinglés de droite, et ignorent les calamités du système bipartisan. Les désolationnistes n’ont aucune conscience de classe et aucune solidarité internationale, surtout avec les basanés. Au bout du compte, ils obtiennent rarement ce qu’ils veulent. D’où l’état de vide absolu et/ou de destruction dans lequel ils se trouvent. Les désolationnistes pensent, soit que le bombardement non-stop d’autres pays par l’Amérique n’est pas du tout un problème, soit qu’il en est un parmi tant d’autres, et probablement loin d’être aussi important que l’IVG, le contrôle des armes ou le mariage pour tous. Si vous expliquez à un désolationniste que mener des guerres indéfiniment, cela se traduit par un état policier dans notre pays, ils pensent que vous êtes alarmiste parce que les désolationnistes placent l’ordre au-dessus tout. Ils ne sont pas musulmans en général, certainement pas radicaux et leurs propos ne sont jamais en contradiction avec l’Etat. Les désolationnistes adorent la politique identitaire, ils croient que les symboles sont des victoires et que le progrès a pour nom Hillary Clinton, Nancy Pelosi, Eric Holder, le complice de Wall Street, et Susan Rice, l’afro-américaine issue de deux minorités fanatique des bombardements humanitaires. Les désolationnistes sont terriblement contrariés quand des opprimés emploient la violence pour défendre leurs intérêts et faire avancer leur cause contre la classe capitaliste et ses agents.

Les désolationnistes pensent que c’est un énorme progrès que les homosexuels aient les mêmes chances que les hétéros d’aller massacrer des basanés innocents au nom de l’Empire Américain. Pareil pour les désolationnistes "féministes" qui se réjouissent que les femmes puissent désormais elles aussi aller combattre en première ligne. Un jour, ces "féministes" se rappelleront avec perplexité que le gouvernement US est passé directement [de leur utilisation comme] :

- Servante Écarlate de Margaret Atwood, où les femmes étaient cantonnées au rôle d’esclaves sexuelles et de reproductrices,

- à esclaves de guerres, pendant que la plupart des hommes participeront à l’effort de guerre tranquillement chez eux à boire de la bière en regardant le sport à la télé.

Allez-y les filles, ne vous gênez pas ! Si vous saviez faire les cookies, nous vous en enverrons [dorénavant] en Irak, en Afghanistan, en Somalie. Quel que soit le pays, vous irez défendre les valeurs de l’Amérique : guerres d’agression, pillage des ressources, soutien aux dictateurs corrompus et élimination des réformateurs, des syndicalistes et des mouvements de libération populaires. Le capitalisme finit par tout pervertir, y compris le féminisme. En fait, les désolationnistes s’imaginent que le féminisme est plus fort que le capitalisme.

Si vous voulez observer de près l’abjection des désolationnistes, allez faire un tour sur le site de l’association ’Alliance of Women Film Journalists’, qui a attribué à l’actrice Jessica Chastain le prix de la ’Female Icon’ (’Femme de Légende’) dans la catégorie ’militantisme humanitaire’ pour son personnage de ’Maya’, dans le film Zero Dark Thirty, où elle torture et assassine pour le compte de la CIA. Non, je vous jure que ce n’est pas une parodie du genre de celles que publie le journal satirique ’the Onion’. Ce prix est ’décerné à une actrice pour son interprétation d’un modèle féminin très positif … une femme héroïque, accomplie, déterminée, qui fait valoir ses droits et / ou ceux des autres’. Vous savez, les droits des autres à être kidnappés et torturés à mort tels qu’ils sont gravés dans le marbre des Conventions de Genève et des Principes de Nuremberg, les droits d’une femme à assimiler, imiter et accréditer les pires aspects d’un crétin du capitalisme, le mâle blanc raciste — et sans aucun doute sexiste. L’AWFJ a également décerné à Zero Dark Thirty le prix du meilleur film, de la meilleure mise en scène, du meilleur scenario original, de la meilleure actrice, du meilleur montage et de la meilleure femme metteur en scène. Une des rares récompenses qui n’ait pas été attribuée à un film qui s’en prenait aux Arabes est allée à un film qui attaquait les Iraniens — Argo, qui a reçu le prix de la meilleure adaptation. La seule raison de récompenser Zero Dark Thirty à ce point, c’est que vous haïssez les musulmans ou considérez qu’ils ne comptent que pour, disons, trois-cinquièmes d’un être humain. Pour approfondir davantage la question sur Zero Dark Thirty, Abou Ghraib et la façon dont est utilisé le ’féminisme’ au service de l’empire Américain, lisez l’excellent article de Matt Cornell ’The Torturer as Feminist.”.

Pourquoi la CIA dépenserait-elle ses revenus de la drogue durement gagnés pour payer des organismes-écrans quand des organisations comme l’AWFJ font le plus gros du travail de propagande ? Est-ce être trop parano que d’imaginer qu’un jour tous les films nominés aux Oscars du meilleur film seront des productions de la CIA, que ce soit ouvertement ou incognito ? Ce ne serait que la continuité de ce que fait le FBI qui a orchestré la plupart des récents ’complots terroristes’, ou qui avait infiltré des groupes de gauche radicale au début des années 1970 à un tel point que les agents du FBI avaient fini par se retrouver parmi les dirigeants de ces groupes avant de les démanteler. La liberté, la démocratie, les ’choix’ (être tué par balle ou pendu), tout en Amérique est un mirage. Rien n’importe parce que rien n’est réel. Le passé est blanchi quotidiennement. C’est un pays en carton-pâte et, derrière les autorités fantômes, il n’y a que l’argent.

Et puis, il y a les désolationnistes, qui répètent depuis des mois qu’ils vont ’mettre le couteau sous la gorge d’Obama’ pour qu’il s’oppose aux réductions des aides sociales exigées par les républicains, sauf que c’est Obama lui-même qui a, le premier, fait ces propositions de réductions et qu’actuellement, il les a incluses dans son budget, le tout premier président démocrate à faire cela. Obama dit qu’il veut mettre votre grand-mère au régime Friskies pour qu’un jour, peut-être, vos enfants puissent se payer du Royal canin. J’ai l’impression d’entendre s’ouvrir cette boite de conserve en me projetant 9 ans plus tard. Ce sera le cri de ralliement des désolationnistes : ’s’il te plait, Barack, enlève-nous les Friskies de la table ! Avec des Noirs baissant continuellement la garde, la classe ouvrière n’a pas la rage nécessaire pour empêcher Obama de lancer les premiers boulets de démolition contre la Sécurité Sociale (“Wrecking ball” – boulet de démolition – où ai-je entendu ça ? Ah, c’est ça ! Merci, Bruce Springsteen, d’avoir fait campagne pour ce larbin de Wall Street – tu vas pouvoir encore te lamenter sur tout un tas de nouveaux pauvres américains tout en t’attirant les ovations de la presse rock and roll où tout le monde il est beau. Parlons-en des désolationnistes !).

Les travailleurs se laisseront sans doute tranquillement entraîner dans cette réforme des protections sociales et mourront, dans l’anonymat et l’indifférence, des suites de milliers de réductions budgétaires. D’ici là, Barack Obama aura quitté ses fonctions depuis longtemps avec un contrat de plusieurs millions de dollars pour ses mémoires, des engagements pour des conférences, une fondation et, qui sait, peut-être consacrera-t-il ses dernières années à forcer les Palestiniens à accepter des bantoustans du style de ceux d’Afrique du Sud, ou peut-être deviendra-t-il grand émissaire du capital US en Afrique, un stylo dans une main et le joystick d’un drone d’AFRICOM dans l’autre. Qui la classe dirigeante va-elle appeler ? Obama-la-Terreur. Voilà qui.

Voir le site de Randy Shields.
Autres articles de Randy Shields dans DV

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Comment vous sentez-vous comme noir aux Etats-Unis ?

Lettre à Zimmerman

Traduit par Maurice Lecomte

15 juillet 2013
http://www.cubadebate.cu/noticias/2013/07/15/como-se-siente-un-negro-en-estados-unidos-carta-a-zimmerman/

Deux manifestants tiennent une pancarte avec le visage de Trayvon Martin à Los Angeles. Photo : AFP.

L’acquittement de George Zimmerman a non seulement amené des milliers des personnes dans les rues, mais il a aussi mobilisé les réseaux sociaux. Un citoyen afro-américain américain a posté sur son compte Facebook une lettre à Zimmerman qui dénonce ce que signifie être noir aux Etats-Unis.

Le message est déjà devenu mordant. Il a été partagé par 72.361 utilisateurs et 117.697 lundi comme « J’aime-d’accord ».

 Cher George Zimmerman,
_ Le restant de ta vie tu sentiras ce que c’est que d’être un homme noir aux Etats-Unis.
_ Tu sentiras que les gens te regardent. Tu seras jugé pour des choses que tu considéras comme injustes. Tu perdras la possibilité d’obtenir certains emplois pour des raisons qui échappent à ton contrôle. Tu penseras ne pas être un honnête citoyen et tu te demanderas pourquoi les gens choisissent de ne pas te voir.
_ Les gens changeront de trottoir après t’avoir vu. Tu seras insulté. Certains jours, la rage s’emparera de toi et que tu voudras crier du plus profond de ton âme. Mais le lendemain, tu devras sortir du lit, te mettre debout et avancer.

_ Je parie que tu n’as jamais pensé qu’après avoir tiré sur un homme noir, tu finirais par hériter de toutes ces batailles.
_ Profite de ta « liberté ».
_ Cordialement,
_ Un homme noir qui aurait pu avoir été Trayvon Martin.

Le jury a déclaré « non coupable » de tous les chefs d’accusation Zimmerman pour la mort du jeune Trayvon Martin, 17 ans, qui n’était pas armé quand il est mort. Selon le jugement, le gardien a agi en état de légitime défense quand il a abattu le jeune noir.

Le verdict a relancé le débat racial aux États-Unis, du fait que de nombreux citoyens considèrent cette décision comme une preuve du racisme existant dans le pays.

(Avec les informations du Huffington Post)

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En toute Coolitude …,

Le Tortionnaire comme Féministe :

d’Abu Ghraib à Zero Dark Thirty

Matt Cornell

Traduit par Maurice Lecomte

2 mars 2013
http://mattcornell.org/blog/2013/03/the-torturer-as-feminist-from-abu-ghraib-to-zero-dark-thirty/

J’ai pris l’nitiative de traduire ce texte après la lecture de l’article qui suit du blog ’Des bassines et du zèle’ d’emcee, sur lequel j’ai effectué quelques corrections, relatives à des formulations sans grande importance. Je le trouve intéressant pour l’idée générale qu’il développe tout en notant qu’il a tendance à trop charger les noirs pris en tant que communauté (avant dernier paragraphe). D’une part, cette communauté est traversée comme les autres par la lutte des classes et d’autre part, elle n’est probablement pas la mieux placée pour partir à l’offensive, coincée qu’elle doit être entre deux réalités, d’un côté la présidence d’un noir –’progressisme’ en réalité de façade- et de l’autre l’exacerbation du racisme ayant suivi l’élection. Elle devrait majoritairement suivre une contestation dont ils seraient partie prenante, mais certainement pas la précéder. Les noirs sont des américains comme les autres. Ils n’ont pas de vocation particulière à se révolter et n’ont pas plus de responsabilité que les autres d’avoir amené au pouvoir ce président noir. Ce n’est pas sa couleur de peau qui fait problème, c’est son action politique. Obama est certainement un des spécimens les plus achevés de l’américanisme !

Notons le parallélisme entre l’amerloque ’cool’ et le ’président normal’ de France. Américanisme quand tu nous tiens ! Parallélisme d’autant plus notable qu’on relève maintenant le grand classique du mépris du souverain à l’égard de l’un de ses vassaux, ’Obama se référant à plusieurs reprises au président français François Hollande comme « président Houlon »’ selon Diana Johnstone dans son article sur dedefensa  ;

  • la France de Sarkosy-Hollande, pays impérialiste de seconde zone étant devenue colonie des Etats-Unis au travers de son intégration dans l’Europe,
  • et cette France de Hollande méprisante de l’indigène indien-bougnoule Président de la Bolivie.
    Mépris en cascade donc, …tout va bene dans ce monde ’des meilleurs’, meilleur des mondes.

Au fait ;

Comment vous sentez-vous comme noir aux Etats-Unis ?

Lettre à Zimmerman

Traduit par Maurice Lecomte

15 juillet 2013
http://www.cubadebate.cu/noticias/2013/07/15/como-se-siente-un-negro-en-estados-unidos-carta-a-zimmerman/

Voir en ligne : Matt Cornell Traduit par Maurice Lecomte

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).