Dans le contexte du mouvement contre la loi El Khomri,

Le marxisme-léninisme est-il devenu une idéologie surannée, sectaire et inutile ?

, par  communistes , popularité : 4%

Avec l’ampleur du mouvement contre la loi El Khomri, un vieux débat a ressurgi parmi ceux qui osent s’affirmer partisans d’une révolution prolétarienne.

Et il a ressurgi d’autant plus qu’à mesure que ce mouvement de masse se développe, avec des formes d’action démocratiques nouvelles, l’absence d’expression d’une perspective politique est de plus en plus flagrante.

Le fait qu’aucune des forces politiques et sociales ayant récupéré et manipulé les précédents mouvements sociaux en France, soit pour les mener à l’échec (mouvement des retraites), soit à des victoires "à la Pyrrhus" devenues des impasses politiques (Non à la Constitution européenne, retrait du CPE) ne puisse actuellement renouveler cette démarche est évidemment une excellente chose.

Pour autant, le mouvement doit-il en rester là et continuer sur ce mode de fonctionnement "spontané" jusqu’au retrait éventuel de la loi EL Khomri ? Et ensuite ?

« Loi El Khomri, Précarité à vie, Cette société là, On n’en veut pas ! »
La question d’une alternative au capitalisme commence à être posée par le mouvement de masse lui-même.

Cette conscience "spontanée" peut-elle encore progresser jusqu’au point de constituer "spontanément" une alternative suffisamment organisée et puissante pour en finir avec l’état capitaliste et lui substituer une nouvelle forme d’organisation politique, économique et sociale ?

Ou bien les éléments les plus actifs, les plus conscients, à l’avant-garde de l’initiative prolétarienne, doivent-ils constituer une organisation politique susceptible non seulement d’organiser la résistance face aux régressions et aux répressions anti-sociales imposées avec de plus en plus de violence par la bourgeoisie, mais aussi capable de passer à la contre-offensive ?

Le fait de nommer « Parti Prolétarien » ou non une telle organisation n’est pas le problème de fond. Le concept de "parti politique" est actuellement totalement dévalorisé par l’usage caricatural extrême que la bourgeoisie en fait elle-même.

Le problème de fond est la fonction politique de la classe prolétarienne, la nécessité ou non d’une organisation politique de son avant-garde consciente.
Pour les communistes marxistes-léninistes, actuellement inorganisés au véritable sens du terme, cette nécessité ne fait pas de doute. Ce n’est pas le fruit d’une affirmation dogmatique ou sectaire, mais simplement la leçon de l’histoire de plus d’un siècle et demi du mouvement ouvrier qui en atteste.

Même si les victoires en ont été relatives et provisoires, elle n’ont eu lieu que lorsqu’il avait atteint un niveau de conscience et d’organisation qui dépassait largement le niveau accessible à la seule "spontanéité" du mouvement de masse.

Dans son célèbre « Que faire ? » Lénine exprimait déjà l’idée que le spontanéisme menait à la récupération par les révisionnistes et les réformistes "économistes".
L’évolution "spontanée" de la prise de conscience prolétarienne connait inévitablement une limite, du fait de la domination de l’idéologie bourgeoise.
Dans le mouvement "spontané" le consensus majoritaire se fait nécessairement au niveau le plus bas, en apparence pour préserver l’unité, mais en fait, pour un relatif compromis de "modus vivendi" avec le pouvoir bourgeois, et il cesse de progresser, faute d’une action idéologique systématique et organisée de la part des éléments les plus avancés, qui se contentent, dès lors, de "suivre" cette majorité, au lieu de tenter d’en élever le niveau, tant sur le plan idéologique que organisationnel.

Ce phénomène, parfaitement décrit et analysé par Lénine, non seulement conserve toute son actualité dans le contexte actuel de la lutte de classe anticapitaliste, mais il retrouve même une actualité brûlante avec l’extension des idéologies spontanéistes pour combler le vide laissé par le délitement de la bureaucratie révisionniste ancienne.

L’argumentation des spontanéistes, qui tentent de remettre au goût du jour les vieilleries poussiéreuses des Pannekoek, Korsch et autres Bordiga, etc…, pour combler ce vide, repose sur une critique d’apparence "radicale" qui opposerait Lénine à Marx sur le thème de la conscience de classe.

Ils accusent Lénine d’avoir affirmé qu’elle ne pouvait venir que de l’ « extérieur », et, en somme, de vouloir déposséder le prolétariat de son autonomie politique.

Même s’il a formulé des critiques à l’égard des spontanéistes qu’ils ont essayé d’interpréter de cette manière, et continuent à le faire de nos jours, c’est en fait tout simplement pour eux un moyen de nier le rôle nécessaire d’une avant-garde prolétarienne organisée.

Ils le font en continuant de prétendre que la conscience de classe révolutionnaire et l’organisation prolétarienne révolutionnaire se développeront sans intervention consciente de la part de son avant-garde, dont ils nient pratiquement le rôle, voire l’existence elle-même !

Un fait essentiel semble distinguer l’époque ancienne du mouvement ouvrier et la nôtre : aujourd’hui, et pour l’instant en occident, l’accès à la connaissance est relativement facilité via internet.

Pour autant, il ne se produit pas "spontanément" une idéologie révolutionnaire prolétarienne de notre époque…

Opposer Lénine à Marx n’est donc pas une démarche fructueuse.

Même le développement de la conscience "spontanée" est à l’évidence un phénomène inégal, qui concerne de façon inégale les différentes couches du prolétariat, et dans chaque couche, ses différents éléments et catégories.
Il y a donc bien déjà une avant-garde relative, constituée des éléments et des secteurs les plus avancés dans la lutte.

Les militants les plus conscients doivent-ils contribuer à élever le niveau moyen vers le plus haut possible, ou se contenter de la moyenne fluctuante, qui sous l’influence médiatique bourgeoise, tendra inévitablement à redescendre ?
Doivent-ils cultiver l’illusion qu’un niveau d’organisation plus élevé n’est pas nécessaire, alors que le niveau de répression, pourtant déjà nettement plus élevé dès le départ de ce mouvement, et surtout à l’égard des résistances précédentes, comme à Air France, à Goodyear et dans bien d’autres entreprises, irait en faiblissant si le mouvement se développe encore ?

C’est là une question de choix politique conscient.

En pratique, renoncer à élever le niveau d’organisation et d’intervention idéologique des militants communistes, c’est ce que proposent les spontanéistes, soit en rejetant en bloc le marxisme-léninisme, soit en opposant l’attitude léniniste à une prétendue "lecture spontanéiste" de Marx …

Certains prétendent que Lénine aurait pratiquement réintroduit une conception métaphysique dans son approche du matérialisme, et qui cesserait, par conséquent d’être dialectique :

« Il en résulte une théorie qui traite encore du rapport sujet-objet qui revient au dualisme absolu de la pensée et de l’être, de l’esprit et de la matière » selon l’un de leurs partisans.

« Le monde réel est tout autant constitué d’objet que d’idées humaines. », nous dit-il, en outre, croyant enfoncer le clou…

Cela est néanmoins vrai et même d’autant plus vrai que le réel ne nous est jamais perceptible qu’à travers nos sens physiques, qui le transforment, en tout état de cause, en sensations, puis éventuellement en images, en mots, en idées, concepts, etc, selon nos capacités d’élaboration mentale et intellectuelle.

Le processus de recherche n’est jamais qu’une démarche volontaire pour accélérer par la pratique et/ou l’expérience délibérée, l’interaction entre le réel "objectif" et nos processus mentaux de connaissance.

La réalité objective, inconnaissable dans sa totalité, non seulement en raison des obstacles "quantiques" de la nature, mais aussi de la nature relative du processus même de la connaissance, représente déjà une multitude d’aspects de la réalité, différents les uns des autres, mais tous bien réels.

La réalité telle que nous la percevons, telle que nous la transformons en pensées conscientes et en actions en retour sur le réel, et qui agissent donc sur ce réel objectif et le transforment, est donc aussi une forme de la réalité, et elle présente manifestement une multitude d’aspects, qui sont tout aussi réels… (Même si leurs effets sur le réel objectif sont tout aussi manifestement inégaux… !)

Voilà, en quelques mots comment il peut être possible de résumer une approche actuelle de cette problématique, élaborée davantage par le vécu que par la lecture des classiques.

Si nous suivons le raisonnement de nos spontanéistes "modernes", elle devrait être opposée à l’approche léniniste, or ce n’est pas le cas.

Comme nous l’avons vu, nous devons parler de situation concrète, et non pas de lectures essentiellement théoriques :
Y-a-t-il oui ou non une avant-garde qui se forme dans la lutte sociale ?
Manifestement, c’est le cas.

Le fait que cette avant-garde améliore ses connaissances et sa formation est-il, oui ou non, un facteur déterminant de la lutte ?
Manifestement, c’est le cas.

Où donc cette avant-garde en voie de développement va-t-elle puiser le savoir, sinon là où il est ?
Pourquoi la bourgeoisie met t-elle tant d’acharnement à éloigner le prolétariat de l’accès à la connaissance ?

Transformer la connaissance en idéologie révolutionnaire ne peut pas se faire, précisément, sans accès à la connaissance.

Lénine envisageait le processus dans un contexte concret qui n’a pas forcément une valeur universelle.
Par la suite, il s’est expliqué sur les déformations que les spontanéistes ont fait subir à sa pensée, mais là n’est pas le fond du problème actuel.

Le fond du problème actuel, pour l’avenir du mouvement ouvrier renaissant en France, c’est de s’organiser dans la durée, non pas seulement pour le rejet de la loi El Khomri, mais pour la construction d’une alternative politique, pour l’enracinement d’une capacité de résistance face à la répression et aux attaques socialement régressives qui ne cesseront pas avec l’abandon de cette loi.

Et finalement, pour une contre offensive victorieuse en faveur de l’alternative à construire !

Une telle alternative ne peut pas non plus s’extraire du contexte de l’impérialisme comme système financier, politique et économique dominant la planète.

Pour les communistes marxistes-léninistes dignes de ce nom les textes de Lénine ne sont pas l’objet d’une sorte de culte fétichiste, mais simplement un outil de réflexion, une base pour l’analyse, pour décrypter la complexité du système impérialiste.

L’incapacité des pseudos-théoriciens "marxistes" spontanéistes à relier la dynamique du capitalisme décrite par Marx à son évolution impérialiste actuelle indique clairement qu’il n’y en a pas de plus "moderne", même si certains aspects des textes de Lénine sont nécessairement surannés, vu le décalage temporel.

Ce n’est pas le cas pour les fondamentaux, qui sont, au contraire, plus actuels que jamais.

C’est pourquoi on ne voit pas l’intérêt de s’en passer, sauf à vouloir inconsciemment reculer dans l’obscurantisme, fut-il "spontanéiste".

Luniterre

Voir en ligne : Tribune ml

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