La mémoire brassée de la classe ouvrière.

, par  Gilbert Remond , popularité : 1%

Les partisans de Novorossia ne sont pas des séparatistes comme l’on décidé Kiev et ses souteneurs. Ils le disent, l’écrivent, mais parmi les soutiens de l’Euro-Maïdane, nul ne veut les entendre. Ils viennent pourtant d’adopter un manifeste et de créer un front populaire de libération de l’Ukraine qui dément leurs insertions les plus têtues.

En effet, pour qui sait lire et accepte de le faire en toute honnêteté, il apparaît d’évidence que ce front n’est pas celui de militants pro Russe, comme nous le disent à longueur de jour, presse et classe politique. Il s’adresse à tous les habitants de l’Ukraine, aux roumains, aux bulgares, aux russes, aux polonais, aux mécontents du premier Maïdan, comme à ceux qui protestent et s’arment contre les putschistes du nouveau gouvernement issue de l’insurrection fasciste.

Il s’agit là d’un événement politique important, car pour la première fois à l’est, depuis la chute de l’URSS, tout un peuple riche de sa mémoire, se soulève contre les ingérences impérialistes et les oligarques qui ouvrent le pays pour prélever leur part du pillage. Comme nous le disons depuis quelques temps, ces événements ont un parfum qui évoque la commune de Paris.


Ce manifeste vient a point nommé pour casser toutes les images trop éloignée de la réalité diffusées par nos médias. Il annonce l’entrée d’une deuxième phase de la révolution Ukrainienne en démontrant l’échec de la révolution de Maïdane, sa récupération, mieux son détournement par ceux contre qui elle était déclenchée puisque par un contre coup que n’avait pas prévus les militants anti-corruption, elle renforçait le pouvoir des oligarques.

Ce manifeste déclare une république sociale populaire comme forme de l’organisation politique de la société qui devra s’occuper et développer les intérêts du peuple sur le plan spirituel, intellectuel, social, et physique. Elle le fera en lui assurant par des organes élus, des représentants directs. Elle lui assurera aux frais de l’état, les soins médicaux, l’éducation, la retraite, la sécurité sociale. Interdisant le système des oligarchies, elle autorisera la propriété privée tout en l’encadrant, de sorte que les grandes fortunes et leurs capacités d’investissements soient sous le contrôle de la société au travers de l’état qui sera détenteur du capital, ainsi que de toutes les entreprises stratégiques.

Enfin ce manifeste explique les méthodes de lutte qu’il emploiera, c’est-à-dire, les structures qu’il compte mettre en place pour réaliser son programme, les alliances qu’il veut nouer, les populations à qui il s’adresse, le contexte politique dans lequel se déploient ses propositions. Il traduit aussi l’opposition déterminée que les peuples d’Ukraine opposent au pouvoir libéral-fasciste, s’adressant à tous ceux que soutiennent des idéaux d’égalité, de démocratie et de justice sociale. Loin de s’enfermer dans une vision nationaliste de leurs combats, il conclut par un appel à la solidarité internationale porté par la conviction qu’ensemble nous tous, vaincrons.

C’est porté par cet esprit que les mineurs du Donbass s’adressent, forts de leur combats présents et passés, aux travailleurs d’Europe pour leur expliquer le sens de leur lutte, sachant que les médias de ces pays faussent ou font silence sur les faits qui les concernent. La réalité qui est la leur est simple à dire et simple à comprendre. "Nous mineurs, nous écrivent-ils, nous sommes obligés de nous battre avec nos armes pour défendre notre vie, pour survivre". Cette vérité est crue, elle ne cherche pas à séduire ou à tromper, elle dit sans détour ce qu’avaient dit avant eux les communards face aux Versaillais, les républicains espagnols face au franquistes, les juifs du ghetto de Varsovie face aux divisions SS venues les exterminer. Elle qualifie des hommes en état de légitime défense, qui n’ont plus rien à perdre et défendent plus que leur dignité, le droit à vivre sur leur terre. Ils se retrouvent soixante dix ans après, face aux partisans de Bandera, sans illusions sur le sort qu’ils leur réservent.

D’ailleurs, ils complètent cette information en expliquant que la situation du Donbass prend l’allure d’une véritable guerre entre le peuple et les oligarques soutenus par l’UE et les États-Unis. Ils leur faut donc se battre pour leur terre, un fusil à la main, pour leur vie et celle de leurs proches. Ils demandent notre aide pour briser le bastion du fascisme Ukrainien. Ils nous rappellent que comme hier avec l’Espagne, ce combat nous concerne. Il nous est commun. Sur le terrain, les forces du commandant Strelkov prennent l’avantage et progressent. Cette semaine deux chasseurs de l’armée Ukrainienne ont été abattus par la défense aérienne. C’est alors que se produit un incident qui prend immédiatement une porté internationale : la destruction d’un avion de ligne par un missile. Sans attendre, le camp impérialiste accuse. Les terroristes séparatistes d’abord, les Russes ensuite. Devant leur unanime empressement a désigner un coupable, ne devrait-on pas commencer par se poser une question de bon sens.

A qui profite le crime ?

L’indécence de leur propagande, agressive et belliqueuse ne doit cependant pas nous faire perdre de vue l’essentiel. En effet, comme nous l’avons déjà dit, la notion de commun fait retours sur la scène politique et s’impose de nouveau comme exigence citoyenne. Les auteurs du manifeste, pressés par l’actualité, répondent dans le concret à leur situation. Ils rejoignent en cela le souci exprimé par Christian Maurel dans un article publié pour rendre compte de la nôtre, où il demandait que cette notion devienne "un principe politique guidant un processus de co-activité démocratique instituant des communs inexpropriables". Ce dernier nous remettait la tête à l’endroit après des années d’illusions électoralistes aux effets ravageur, en nous rappelant à bon escient que nous ne sommes pas et n’avons jamais été en démocratie, n’en déplaise aux guignols de la révolution citoyenne, mais dans ce que Rousseau appelait déjà une "aristocratie élective" qui dérive chaque jour un peu plus vers une "aristocratie héréditaire oligarchique" où l’appareil d’état se reproduit sociologiquement dans la même classe, la bourgeoise possédante, grâce à un système "d’alternance unique", pour reprendre l’expression de Jean-Claude Michéa.

Le peuple le comprend et se détourne à chaque élection un peu plus de ce système de fausses apparences. Démotivé, il délaisse un pouvoir électoral vide de substance démocratique. Ploutocratie et oligarchie ne sont pas des réalités qui nous sont étrangères. Elle existent aussi chez nous, chaque jour plus évidentes, mais ne sont pas nommées. Intuitivement les classes populaires le comprennent. Elles comprennent que dans leurs situations, dans ce système, elles n’ont pas droit au chapitre. Il reste toutefois pour elles à savoir comment en sortir sans tomber dans le fascisme ou le chaos, comment éviter le règne de la loi du plus fort, où "l’homme est un loup pour l’homme" ! C’est alors qu’un authentique parti communiste serait nécessaire, pour les guider dans ces temps de transition, ces temps qui comme le disait Gramci, où l’ancien n’est pas mort et où le nouveau tarde à venir, ces temps où peuvent tout aussi bien se glisser de fatales et monstrueuses alternatives.

L’abstention des classes populaires est devenu un fait politique. Le FN s’installe et progresse un peu plus à chaque élection. Pour autant le point de bascule ne se fait pas. Les abstentionnistes ne sont pas aspirés par ce point de focalisation que les médias affectionnent. Ils le sont encore moins par la gauche radicale. Selon le jugement sévère porté par le sociologue Thierry Blin, cette dernière est condamnée à disparaître dans les ossuaires du XXème siècle, si elle ne se résout pas à réviser ses options idéologiques. Il estime en effet qu’ "Écartelée entre une identité ouvrière populaire de plus en plus lointaine, une frappante conversion à un gauchisme culturel apôtre de la libération individuelle qui ne parle qu’à ceux qui ont les moyens de le réaliser et une indécision criante sur ce que l’on doit conserver de l’état nation, la gauche radicale a aujourd’hui des allures de spectre informe". Empêtrée dans ses ambiguïtés à l’égard des institutions, le flou de ses alliances, les contradictions de son programme et les conflits de ses dirigeants, elle a définitivement perdu sa crédibilité auprès des classes populaires.

Malgré un lourd climat d’incertitude, résultant des compromissions entretenues par la gauche avec le pouvoir et le capital, malgré la disparition du parti de référence passé armes et bagages aux valeurs de cette gauche et de l’Europe sa figure de proue, quand ce n’est pas à celle du libéral-fascisme qui s’affirme au dépend du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les classes populaires résistent et prennent en charge l’intérêt de tous. C’est le cas de deux conflits majeurs, qui se sont déroulés sur la dernière période, en France ceux de la SNCF et de la SNCM.

Si le manifeste du front populaire de libération de l’Ukraine propose le passage sous le contrôle de la société, des secteurs et industries stratégiques, en France le gouvernement de Hollande se désengage de ces responsabilités en la matière, au profit du privé et de nos oligarchies bien françaises, les multinationales des services, les Bouygues, Véolia, Chargeurs Réunis et consort. C’est dans ce contexte, que la CGT cheminot engageait une lutte d’intérêt national, pour la défense du service publique, suivie plus tard pour les mêmes raisons par les marins de la SNCM. Tout de suite, c’est l’hallali contre les grévistes. Une démocratie représentée par 6% de l’électorat aux dernières élections, adopte une loi qui, de fait, brade un bien de la nation aux intérêts privés comme cela avait été fait précédemment avec la SNCM mise depuis en liquidation par incurie et sans doute cupidité de ses actionnaires. Il suffit à vingt sept députés de voter le texte du gouvernement pour permettre ce forfait. Oui dans ce qui se donne pour une démocratie, vingt sept députés peuvent décider de spolier la nation en la privant d’un service public ayant des implications stratégiques.

Une question alors se pose sur le contenu de cette démocratie. Qui lui en donne les meilleurs agrégats ? Les 27 députés qui cautionnent un plan de démantèlement ou les centaines de grévistes qui partout en France dans leurs assemblées défendaient un bien de la nation qu’elle leurs avait confiés et qu’il ont en charge de faire fonctionner ? C’est de cet argument dont il est question dans la lettre qu’adressent les cheminots du dépôt de Chartres au député du Front de Gauche André Chassaigne, à qui ils rappellent leur combat et le sens de celui qu’un élu du peuple devrait donner au sien. L’attitude d’André Chassaigne est significative de l’état de la gauche qu’il dit représenter et défendre.

Elle donne à comprendre le hiatus qui existe dorénavant entre cette gauche et les catégories populaires dont elle avait jadis les suffrages, qu’elle perd aujourd’hui pour s’en être trop éloigné. Jadis un communiste allait à l’assemblée pour représenter les classes populaires, défendre leurs revendications, dénoncer la politique gouvernementale au service des monopoles, faire des propositions d’alternatives à cette politique, mais pas pour l’accompagner en proposant des amendements cache-sexes ou en laissant passer ces lois par abstention, ce qui n’est qu’une autre façon de dire qu’on les approuve.

Comme cela se passe à l’est, les travailleurs d’ici comprennent qu’ils n’ont plus rien à attendre des partis institutionnels. Ils prennent en main leurs luttes parce qu’ils savent d’expérience que rien ne leur sera accordé par les voies de la parlotte parlementaire ou du dialogue sociale. C’est ce qu’ils disent en se mettant en grève, ou en refusant la conférence sociale avec le MEDEF et son représentant gouvernemental. C’est aussi ce que dit au nom de ses camarade le secrétaire des cheminots CGT du dépôt de Chartres quand il écrit à André Chassaigne :

"Monsieur le député, il faut choisir son camp, les cheminots dans la grève l’on fait, mais il semblerait qu’ils aient été bien seuls... Monsieur le député, sachez pour finir, que le combat des cheminots -et nous sommes entièrement déterminés à le continuer- aura au moins permis un éclaircissement politique qui aura des répercussions incalculables sur le long terme et votre position "douteuse" -à moins que vous ne portiez les amendements de l’UNSA qui n’appelait pas à la grève- y contribue clairement".

C’est aussi ce qu’écrit Danielle Bleitrach dans son blog, en s’indignant devant la ligne défendue par la direction du PCF et de l’Humanité au sujet de ce qui se passe en Ukraine : "C’est la le pire de ce parti qui crève et fait crever des générations entières des meilleurs combattants de la France pour n’avoir pas voulu affronter cette question et à cause de cela n’avoir plus d’autres perspectives que de conserver un petit patrimoine d’élus, plus aucune vision internationale, plus aucune place dans le monde, à la remorque du PS puisque le socialisme est devenu une entreprise impossible".

Mais comme elle le dit aussi "l’être humain est ainsi fait que toutes les petites histoires, se substituent à la grande histoire, celle justement où un peuple transforme la réalité insupportable, invente une issue, une révolution". Je ne vous étonnerai pas en vous disant qu’existe une mémoire qui telle les braises, couve jusqu’à ce que quelques vents viennent la réveiller pour lui inspirer des travaux de forge, car ainsi que l’écrivait Robert Linhart dans son magnifique livre L’établi, "rien ne se perd, rien ne s’oublie dans la mémoire indéfiniment brassée de la classe ouvrière".

Chacun nous dit dans son langage, et à partir de son expérience, les uns parce qu’ils défendent leur vie et celle de leur proches, les autres, l’intérêt général et le bien de la nation, ce que Marx appelait de ses vœux pour secouer le vieux monde : "prolétaires de tout les pays unissez vous".

Gilbert Rémond

Voir en ligne : Le manifeste du Front Populaire de Libération de l’Ukraine

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