La décapitation du général McChrystal

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Comme toujours, le blog de Danielle Bleitrach nous donne accès à des articles qui nous aident à connaître, et donc peut-être à comprendre...

Voici un article russe (Ria novosti) sur le limogeage de Mc Chrystal, c’est encore un autre angle de vue favorable au général cette fois, mais à la fin on s’aperçoit que c’est parce qu’il avait acheté des armes à la Russie et que cet achat risque d’être remis en cause. Sur le fond l’article décrit une situation afghane complètement pourrie et explique que le général et son entourage (même pris de boisson : DB) n’ont pas pu commettre un tel impair sans savoir les résultats de leur confidences à la revue Rolling Stone, ils l’ont fait parce qu’il n’y avait plus d’issue dans cette guerre… Comme le notait Pépe Escobar, de toute manière nous sommes devant un bégaiement de l’histoire, jadis c’était le Washington Post qui faisait tomber un président, aujourd’hui où tous les grands journaux nord-américains se sont alignés sur le soutien belliciste, c’est la revue Rolling Stone qui crée la chute du général et il rappelle que Apocalypse Now débute par The Doors (voir video en fin d’article)… Avant de nous décrire un général Mac Chrystal entre Willard et le major Krutz, l’un pénétrant au cœur des ténèbres, l’autre y étant déjà… Question : que faisons-nous dans cette guerre et l’ombre de ténèbres qu’elle jette déjà sur l’Eurasie ?

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Un tel scandale « en pleine guerre », les États-Unis n’en ont pas connu durant le demi-siècle passé. Le 23 juin, le Président Barack Obama a limogé le général Stanley McChrystal de son poste de commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan : le poste auquel ce même Obama l’avait nommé il y presqu’exactement un an en espérant beaucoup de ce général, un soldat énergique et un stratège expérimenté. McChrystal était considéré comme un général aimé de ses troupes (ce qui est absolument vrai) et qui sait quoi –et surtout comment– faire en Afghanistan. C’est, d’ailleurs, McChrystal qui avait élaboré la dernière stratégie des États-Unis en Afghanistan. Cette stratégie devait définitivement briser les Talibans, renforcer le gouvernement civil, assurer la passation des fonctions de maintien de la sécurité à l’armée afghane et préparer le retrait de l’armée américaine de l’Afghanistan à partir du milieu de 2011.

McChrystal n’est pas le premier général à être limogé d’un poste important par un président des États-Unis. Les péchés de ses prédécesseurs ont été divers et variés : critiques de la politique gouvernementale, incartades inopportunes à l’égard des alliés, échecs militaires, manquements personnels. Mais on aurait du mal à se souvenir d’un limogeage dû à la fois à toutes les raisons ci-dessus jointes, en plus, à des insultes publiques au président et à tous les plus hauts dirigeants du pays. Le fait suivant donne la mesure du courroux de la Maison Blanche à l’encontre de McChrystal : après son audience chez le président à la Maison Blanche, il lui a même été interdit de retourner en Afghanistan pour faire ses bagages.

Il faut dire à l’honneur du général McChrystal tombé en disgrâce, qu’il est loin d’être l’auteur de tous les affronts politiques qui, comme des mégots, parsèment l’article scandaleux paru dans le magazine Rolling Stone. Certes, c’est lui qui est à l’origine des algarades contre le vice-président Joe Biden, contre l’ambassadeur américain à Kaboul, ainsi que contre l’envoyé spécial des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan Richard Hollbrooke. En revanche, c’est aux assistants du général que l’on doit la phrase selon laquelle le président « ne comprend pas ce qui se passe autour de lui ». Il est à noter que ce n’est qu’aujourd’hui, le 24 juin, que le magazine Rolling Stone, avec l’interview et l’article fatidiques, sera en vente dans les kiosques.

Cette raison est, sans aucun doute, largement suffisante pour un limogeage. McChrystal a non seulement fait preuve d’irrespect envers le président, le vice-président et toute l’administration politique du pays (la secrétaire d’État Hillary Clinton qui a mérité les louanges du général pour son soutien à « sa stratégie », étant la seule exception). McChrystal et ses assistants ont fait quelque chose de bien plus grave : ils ont présenté le président et son entourage immédiat sous un jour pathétiquement grotesque.

Certes, on pourrait supposer que le général McChrystal avait fait ses révélations sans raison apparente, attribuables à la « dure vie de soldat », à la monotonie de la vie de garnison, à la chaleur, à une maladie ou à une démence subite. Mais McChrystal n’est pas du tout un « va-t-en-guerre qui a son franc-parler ». C’est un général expérimenté, professionnel. Par ailleurs, son poste est à la fois militaire et politique dans la mesure où l’armée qu’il dirigeait en Afghanistan réunissait les forces de 44 pays. Il est impossible d’accéder à de tels sommets militaires aux États-Unis sans faire preuve d’une flexibilité politique en plus d’une détermination purement militaire. Le général ne pouvait pas ignorer les conséquences des confidences que feraient ses assistants et lui à Rolling Stone.

Les frictions dans les rapports entre les politiciens et les militaires sont assez fréquentes et faciles à expliquer. Seulement en l’occurrence, la limite a été franchie, McChrystal a dépassé les bornes. Compte tenu de son expérience, il ne pouvait pas ne pas en prévoir le résultat. Tout cela ressemble donc à un baroud d’honneur de la part d’un général qui ne voit plus de raison de poursuivre une guerre que les politiciens cherchent à diriger sans avoir une idée précise ni de ce qui se passe en Afghanistan, ni de ce qu’il faut y faire. Cela rappelle étrangement la période difficile de la première guerre en Tchétchénie marquée par le désespoir des généraux russes qui n’arrivaient plus à comprendre les raisons de la guerre, ni pourquoi on leur ordonnait d’arrêter l’offensive « une minute » avant la victoire ou alors la reprendre quand elle était vouée à l’échec.

L’affaire McChrystal est pareille à un couvercle arraché à la « casserole afghane » de l’administration américaine où l’on se chamaille et mène des mini-guerres permanentes depuis longtemps au sujet des suites de la politique en Afghanistan en remettant en question le sens même de la campagne afghane. « Les gens en uniforme » et les « gens en civil » ne la voient pas du même œil.

L’Afghanistan est depuis longtemps la « guerre d’Obama » et non plus celle « de Bush ». Obama – cédant d’ailleurs aux instances de ce même McChrystal – a augmenté le contingent américain de 30 mille hommes en faisant passer l’armée alliée à 120 mille soldats. McChrystal voyait sa tâche primordiale dans l’écrasement des Talibans, alors que les conseillers politiques d’Obama percevaient l’Afghanistan d’avantage à travers le prisme de « bénéfices politiques » qu’il pouvait rapporter au président.

Si la coalition est en train de perdre la guerre en Afghanistan, c’est justement à cause des zizanies politiques et du soutien accordé au régime de Hamid Karzai, le gouvernement le plus corrompu de l’histoire afghane. Nombreux sont ceux à le voir désormais. Mais comment s’en sortir, cela, personne ne le voit.

Barack Obama a déjà nommé le successeur de Stanley McChrystal. C’est David Petraeus, le dirigeant du Commandement Central des États-Unis (le CENTCOM : la plus grande région militaire opérationnelle qui englobe, entre autre, toute l’Europe et la totalité du Proche Orient avec l’Afrique). Auparavant, le général Petraeus avait dirigé la force multinationale en Irak en obtenant de très grands succès dans la suppression de la résistance irakienne. Sa renommée a atteint de telles proportions que Petraeus est désormais largement considéré comme un candidat potentiel à la présidence des États-Unis à la prochaine élection (ou à la suivante). Mais en Afghanistan, où ont déjà été enterrées les réputations de deux généraux (Obama avait également destitué le prédécesseur de McChrystal, c’est-à-dire le général David McKiernan, nommé par George Bush), la victoire sera encore plus difficile à obtenir. Tout le monde comprend que les États-Unis ne pourront pas procéder à un retrait intégral des troupes l’année prochaine : compte tenu de la situation actuelle, cela entraînerait une catastrophe et un grand massacre en Afghanistan. On peut donc dire que Petraeus est voué à l’échec dans ce pays. Obama semble prendre déjà des précautions pour la prochaine élection en éliminant un concurrent potentiel par le truchement de cette nomination.

Le départ de McChrystal pourrait d’ailleurs avoir des répercutions sur la Russie et lui coûter cher en termes financiers. C’est justement sous McChrystal que les États-Unis ont commencé à acheter les hélicoptères de transport russes Mi-17 pour l’armée de l’air afghane (le corps aérien de l’armée afghane) qui est en train de se constituer. A ce jour, le Pentagone a déjà acquis ou a réparé à fond 31 hélicoptères russes pour la somme de 650 millions de dollars. Il était prévu d’acquérir encore 10 appareils l’année prochaine et de 10 à 15 hélicoptères au cours des années suivantes. Le Pentagone s’apprêtait, sur le conseil des militaires qui sont sur le terrain, à acheter à peu près la même quantité d’hélicoptères pour les exploiter en Irak. On entend déjà des voix au Congrès qui disent que les militaires stationnés en Afghanistan (et c’est justement McChrystal qui est visé) auraient conseillé d’acheter les hélicoptères russes sans la moindre étude de marché et sans appel d’offres. Les experts en aviation américains travaillant en Afghanistan affirment, à leur tour, que les appareils russes ne sont achetés que grâce à leur fiabilité et aussi parce que personne n’enseigne aux Afghans la façon de piloter les hélicoptères américains. Toutefois, cette décision pourrait désormais être revue.

Il semble donc que le limogeage de McChrystal fera encore longtemps des vagues. Qui partiront dans tous les sens. En règle générale, quand « les têtes militaires tombent » trop fréquemment, il ne faut s’attendre à rien de bon.

Dailymotion – Apocalypse now The doors – une vidéo Musique
7 avr. 2007 … Titre:The End
 Apocalypse Now est un film américain de Francis Ford Coppola sorti en 1979.
www.dailymotion.com/…/x1nd1f_apocalypse-now-the-doors_music

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