La France menacée par les élections corses ?

, par  Francis Arzalier , popularité : 1%
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Derrière la forte progression des nationalistes...

Bien que ma seule qualité d’ "expert" consiste à pratiquer la Corse et son histoire depuis 50 ans, je me permets quelques réflexions sur les dernières élections dans l’île. Elles sont à la fois spécifiques et semblables à l’effondrement national de toute les gauches : le PCF-Front de gauche a perdu près de la moitié de son influence ( de 10 a 5 pour cent), et c’est bien le plus grave. Le PC y était plus résistant qu’ailleurs grâce au rôle joué par lui lors de l’insurrection antifasciste de 1943. Mais ce passé est bien lointain pour les générations actuelles. D’autant que sa collusion électoraliste avec la "gauche radicale" de Giacobbi à l’assemblée sortante n’a rien arrangé.

Le phénomène essentiel est le score désastreux de Giacobbi, président sortant totalement discrédité, par son soutien au gouvernement austéritaire Hollande-Valls, et par les accusations non-démontrées de corruption : une correction bien méritée ! une part des électeurs de gauche n’a pas voté le 13 : le PS a toujours été faible en Corse, des radicaux fidèles de l’ancien maire radical de Bastia, et des communistes sont restés chez eux. Dès lors, la progression forte des nationalistes réunis (alors qu’ils ont surtout de la haine les uns pour les autres) a fait la différence : ils ont en Corse tiré profit d’électeurs furieux du chômage et de la pauvreté qu’ils subissent, comme ailleurs en France, et de la vague de xénophobie anti-musulmane répandue dans toute la France, qui, ailleurs, s’est portée surtout sur le FN.

Je n’ai aucune amitié pour les nationalistes, pas plus ceux de Corse que les nationalistes français.

Ils ont en commun de nier cette réalité qu’est la lutte de classe entre exploiteurs et exploités au sein de la nation. Mais j’ai toujours pensé que pour mieux les combattre, il ne fallait pas les caricaturer : pas plus que le FN n’est le parti nazi, les nationalistes corses ne sont le banditisme, ou la corruption, comme le répètent la majorité des français abreuvés par leurs médias depuis des décennies. Les crimes, trop nombreux dans l’île, même si l’insécurité quotidienne y est moindre qu’ailleurs, y sont liés, comme l’essentiel des explosions, à la spéculation immobilière le long des côtes, au Milieu, et aux politiciens corrompus, plus nombreux à droite ou au PRG que parmi les dirigeants nationalistes actuels. Par ailleurs, les Indépendantistes les plus nostalgiques des "actions armées" d’autrefois, les amis de Talamoni et autres, sont de moins en moins influents, au profit des fidèles de Simeoni (fils), qui a pris la mairie de Bastia et la gouverne avec des PS et des hommes de droite ou centristes. Comme il a raté la majorité des sièges à l’Assemblée territoriale, son problème est de savoir avec qui il va la diriger, droite ou giacobbistes, qui, franchement, se valent. Ne fantasmons pas, Simeoni ne rêve pas d’indépendance, pas plus que les nationalistes qui ont eu la majorité avec la droite en Martinique.

Par contre, tous ces politiciens sont pro-UE et "libéraux", quitte à se déchirer pour les postes, comme l’UMP et le PS partout en France. Un bel exemple : ils ont tous approuvé la cession de la SNCM, ex-service public privatisé sous la pression de l’UE et de l’état français, à Rocca, un affairiste Corse, accusé il y a peu de fraude : 300 licenciements prévus, qui s’ajoutent à des centaines d’autres. Et peut être le pire à venir : le syndicat nationaliste STC, jouant la division entre les salariés, propose que les emplois sauvegardés soient réservés à des Corses. Dans la nouvelle Assemblée de Corse, nationalistes, radicaux, UMP, ne manqueront pas d’approuver en commun des mesures néfastes dans les mois qui viennent, y compris des décisions déjà approuvées par la majorité de gauche avec Simeoni dans celle sortante, comme la co-officialité de la langue. Certes, il est regrettable que l’indépendantiste Talamoni, qui a obtenu 5 pour cent des suffrages,soit devenu le successeur du PCF Bucchini à la présidence de l’Assemblée de Corse, mais son élection à un poste essentiellement honorifique ne doit pas nous inciter à prendre pour argent comptant ses provocations : il s’est certes exprimé en langue corse, comme le socialiste Le Drian en breton à l’Assemblée régionale de Rennes, et il a réaffirmé les convictions qui sont les siennes depuis 30 ans, que ne partagent pas 80 pour cent des Corses, contrairement à ce que croit Monsieur Chevènement. Évidemment, cela fait le jeu des idéologues de l’UE supranationale et fédéraliste. Mais il serait naïf d’embarquer dans une grande campagne avec Hollande contre les nationalistes corses, alors qu’ils partagent pour l’essentiel les mêmes choix politiques et sociaux.

En fait, la société corse, avec ses spécificités, connaît les mêmes tensions que la société française en général, traversée en cette fin d’année 2015 par une vague sans précédent de xénophobie contre les immigrés, arabes et musulmans, boucs émissaires des conséquences du capitalisme et de ses partisans. Il a suffi qu’à Noël une dizaine de de jeunes d’un quartier populaire d’Ajaccio, en rupture avec l’Islam respectueux des lois de leurs familles marocaines, allument un incendie de détritus au pied des immeubles et "caillassent" pompiers et policiers accourus, comme le font parfois certains écervelés en quête de repères des grandes banlieues parisiennes, pour que se déclenche le mécanisme abject des "ratonnades" d’il y a 60 ans à Alger : l’indignation légitime des ajacciens contre les délinquants qui se croient audacieux en agressant des pompiers volontaires, a permis à quelques excités d’extrême-droite (lepénistes ou nationalistes) d’attaquer le quartier coupable d’abriter des maghrébins, et ses lieux de prière musulmans, aux cris de "Nous sommes chez nous !" (le slogan favori de tous les meetings du FN) et "Arabi Fora !". Exactions heureusement stoppées par la police, et condamnées par l’ensemble des élus corses.

Ces lamentables événements ne sont que le reflet d’une atmosphère dans toute la France, même si les médias pro-gouvernementaux en parlent peu : quelques jours avant ces événements de Corse, la mosquée d’Ermont, en Val d’Oise, avait subi un incendie volontaire, après bien d’autres incidents ignorés du public.

Quant au PCF corse, il doit d’abord soigner ses plaies, et s’interroger sur ses orientations, trop calquées sur celles opportunistes du PCF national ces dernières années, ce qui n’a malheureusement rien de spécifique à l’île...

Francis Arzalier

Résultats

liste voix % exprimés Nombre de sièges
Autonomiste Simeoni 52 840 35,34% 24
Divers gauche Giaccobi 42 607 28,49% 12
Droite Rossi 40 480 27,07% 11
FN Canioni 13 599 9,09% 4

Voir en ligne : Sur le site du collectif polex

Historien, F. Arzalier a publié "Les Nations nécessaires et leurs pathologies nationalistes" (ed. Delga, 2015).

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