L’accord PCF, PG déja signé pour 2012, avant le CN qui doit en discuter ?

, par  Jean-Louis Cailloux , popularité : 3%
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Je viens de recevoir une lettre de l’exécutif du CN, la direction du Parti, adressée aux communistes qui indique :

Le Conseil national des 8 et 9 avril… livrera son analyse et ses propositions sur les décisions à prendre pour les échéances de 2012.

« Le CEN invite les communistes à mener sans attendre ce débat. De nombreuses réunions sont d’ores et déjà prévues en ce sens. Le CEN appelle les communistes à débattre de la profondeur de la crise actuelle, du caractère inédit de la situation politique, des initiatives à prendre pour ouvrir une alternative crédible à gauche et des conditions nécessaires (objectifs politiques, programme, dispositif de campagne, cadre pour les législatives) à la présentation de candidatures communes du Front de gauche à ces échéances. Il invite les organisations du Parti à faire part à la direction nationale des éléments du débat des communistes, de comptes-rendus afin d’irriguer la réflexion du CN. »

C’était bien,

Mais hélas le même jour, le journal l’Humanité relate qu’une réunion de sommet s’est tenue entre les dirigeants des partis rassemblés dans le front de gauche et en donne la teneur qui est aux antipodes du texte de l’exécutif.

Ce lundi je reçois de ma fédération un courriel reprenant, l’annonce de Pierre Laurent qui confirme aux membres du CN ce qu’ils avaient appris par la presse, qu’effectivement une réunion du Front de gauche, tenue le jeudi 31 mars, a permis d’acter un premier document stratégique qui, dit Pierre Laurent, répond à nos exigences en matière d’orientation politique de notre rassemblement.

En fait ce document « stratégique » est l’indication que les secrétaires des partis PCF, PG, GU ont signé un texte qui fixe les termes d’un accord pour 2012.

Indépendamment du contenu de ce document, il reste qu’il est ratifié à la veille de la réunion du CN qui avait un objectif bien déterminé (texte adopté lors de sa séance du 7 janvier) :

« …Un conseil national se réunira les 8 et 9 avril qui tirera le bilan des élections cantonales, fera le point sur le travail engagé pour le programme populaire et partagé, et lancera, en connaissance de toutes les candidatures soumises à la discussion des communistes, la préparation de la conférence nationale. »

Ce CN devait donc fixer un mandat à la direction sur les objectifs que notre parti devait proposer à nos partenaires du FdG.

Or nous sommes devant un texte acté établi avec les autres partis politiques et où tout est déjà ficelé au sommet.

Le CN n’aura donc même pas à discuter du contenu. Indépendamment d’une analyse sur la situation, les pistes données sur les moyens économiques à mettre en œuvre pour des ruptures avec le capitalisme représentent 6 lignes du document sur 7 pages et sont un « copié collé » des propositions de JL Mélenchon : « Nous voulons une autre répartition des richesses pour qu’elle profite davantage au plus grand nombre. Il faut récupérer les 195 milliards qui sont partis des poches du travail vers ceux du capital ! Nous proposons l’instauration d’un salaire et d’un revenu maximum, et le SMIC à 1600 euros net ». Alors que cette première phrase issue tout droit du programme de JL Mélenchon est très précise, les moyens financiers de produire autrement font l’objet d’un développement vague :

Nous repenserons librement la création et l’utilisation de ces richesses pour construire de l’égalité, de la justice, de la solidarité, de l’emploi, de la formation et du bien être durable et partagé. L’argent sera orienté vers ces objectifs avec, à cette fin, la mise en place d’un pôle financier public.

Il est fait référence au « pôle financier » que revendique aussi le PS, mais rien sur les Fonds Régionaux pour l ‘Emploi, rien sur les pouvoirs avec des droits nouveaux décisionnels des salariés et des citoyens, rien sur les mesures nécessaires pour réorienter l’argent, rien sur l’Europe et la BCE.

Nous retrouvons dans ce texte les 5 axes du livre de Mélenchon et peu de choses de nos thèses pour le dépassement du système capitaliste. (Comme les avaient formulé l’économiste Denis Durant dans le journal Humanité, ou l’appel en faveur d’André Chassaigne, « pour un rassemblement sans effacement du PCF », soutien.chassaigne@gmail.com)

La direction du parti poursuit donc la mise en place d’un processus valorisant la candidature de JL Mélenchon. Elle met parallèlement sous le boisseau celle d’André Chassaigne et manœuvre pour contraindre le CN, puis les adhérents à se résoudre à son choix (la présence systématique de Marie Georges Buffet ou de Pierre Laurent aux côtés de JL Mélenchon en est l’illustration).

La direction ne dit rien de la teneur des comptes rendus de réunions de communistes sur le sujet.

Elle ne dit rien des réunions des secrétaires fédéraux où se sont exprimées de nombreuses critiques.

A bien des égards, cette façon de procéder ressemble aux méthodes du centralisme démocratique que nous avons abandonné, il y a des lustres.

Cette façon de faire dessaisi le Comité National qui est pourtant l’instance dirigeante, en le mettant en situation de se soumettre, sous le chantage au chaos et les risques d’éclatement du Front de gauche en cas de refus de la candidature Mélenchon (ne serait-ce pas reculer pour mieux sauter car qu’en sera-t-il si JL Mélenchon fait un score très faible ?).

(Notons au passage que jamais la question n’a été posée à ce dernier sur quelle serait son attitude en cas d’une autre proposition de candidature).

Ce choix déjà fait au sommet en faveur de Jean Luc Mélenchon, ne tient pas compte de l’évolution de l’opinion face à des comportements télévisuels assez problématiques et quelques fois dévastateurs pour le rassemblement que nous voulons construire. Peu sur le fond, tombant de manière systématique dans les pièges de la dispute inutile avec les journalistes.

Il en découle pour l’heure une chute constante dans les enquêtes d’opinion où il est passé de 7% il y a plusieurs semaines jusqu’à 4%, voir 3% dans la dernière vague d’enquêtes, après les cantonales qui ont donné un résultat proche des 10% aux candidats labellisés Front de Gauche.

Mélenchon est au niveau des 3,5 % de Robert Hue, encore un effort, il peut rejoindre les 1,93 % de Marie George Buffet ! [1]

En dépit des déclarations d’intentions et des flatteries sur l’intelligence des adhérents, la démarche en cours les réduit dans les faits au rôle de distributeurs de tracts et de colleurs d’affiche… et de banquier, car la question se pose : qui va payer cette campagne si JL Mélenchon est notre candidat et fait moins de 5% ?
Il n’est pas acquis que dans les circonstances très difficiles de cette élection, avec le vote utile qui va peser très fort, un autre candidat fasse un bon score. Mais les idées qu’il porterait pourraient permettre de faire avancer le débat de faire monter les exigences, de conforter tout ce qui est monté dans la lutte contre la réforme des retraites. Une telle campagne et les exigences partagées qui en résulteraient, tireraient d’une part le PS plus à gauche et d’autre part seraient valorisées dans la campagne des législatives et utiles aux luttes futures.

Les militants communistes peuvent encore rejeter cette façon de faire et exiger le respect de la démocratie. Ils doivent intervenir auprès des membres du CN pour qu’ils s’affranchissent du chantage au chaos qui ne manquera pas d’être brandi, toutes les candidatures doivent être discutées par les communistes à égalité et en connaissance de causes et les contenus sociaux et économiques transformateurs ne doivent pas être une affaire de plus petit commun dénominateur de sommet.

Le 4 Avril 2011
Jean Louis Cailloux

[1(Notons que les mêmes enquêtes montrent une évolution du vote en faveur de Besancenot qui atteint entre 9 &11%).

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