Front de Gauche, année zéro

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Il se passe de drôles de choses au Front de Gauche. Le 4 décembre, sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, apparaissait un encadré faisant l’éloge de Michaël Moglia. Ce conseiller régional socialiste du Nord-Pas-de-Calais avait eu le bon goût de quitter le PS en dénonçant les effets de l’austérité imposée par le gouvernement sur le budget régional. Mélenchon y voit le début d’une "réaction en chaîne", rien de moins. Le 19 décembre, on apprend que ce même Michaël Moglia constitue avec d’autres élus ex-socialistes un nouveau groupe - "la gauche maintenant", tout un programme - au Conseil régional, et que ce groupe est rejoint par les élus du PG (Laurent Matejko et Laurence Sauvage) qui quittent donc le groupe "Front de Gauche".

On aimerait savoir plus sur ce qui ressemble beaucoup à une recomposition à gauche. Je vous le dis tout de suite : pas la peine de chercher un commentaire dans le blog de Mélenchon, dans celui de Martine Billard, ou sur le site du Parti de Gauche. C’est motus et bouche cousue. Comme ce fut le cas lors de la constitution des groupes au Conseil régional d’Ile de France, où l’on a connu une situation analogue. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il y a au Conseil régional Ile-de-France deux groupes "Front de gauche" [1]. Un groupe "Front de Gauche - Parti communiste et gauche unitaire" et l’autre "Front de Gauche et alternatifs" [2] sans qu’aucune explication politique n’ait été donnée à ce jour. Et maintenant, cela recommence en région Nord-Pas-de-Calais avec, circonstance aggravante, la constitution d’un groupe commun avec des socialistes, certes démissionnaires de leur parti, mais très bien insérés dans la "cosa nostra" nordiste. A part ça, tout le monde s’adore au Front de Gauche et personne n’oserait - quelle horreur ! - mettre des basses considérations de carrière devant le bien commun.

Tout ça n’arrive pas par hasard. Le Front de Gauche est un bateau de cabotage, pas un navire capable de faire le tour du monde. Il a été constitué en réponse à une préoccupation - ou plutôt à plusieurs préoccupations - électorales. Celles du PCF, traumatisé par l’expérience de la candidature Buffet et ses 1,4% et des conséquences que cela pourrait avoir à l’heure de sauver quelques élus. Celles d’un Mélenchon qui voyait dans la candidature présidentielle le moyen de se constituer un capital politique personnel pour tenter son OPA sur le PCF. Le problème pour les uns et les autres est que les élections sont passées. Il n’y en aura pas d’autres avant 2014. Cela fait une longue période pendant laquelle faire de la politique ne peut se réduire à coller des affiches et faire des meetings avec les candidats. Pour la gauche radicale aujourd’hui, le problème politique immédiat est de se positionner par rapport au gouvernement et de définir une stratégie en conséquence. Et pour cette fonction, le Front de Gauche - et les organisations qui le composent - est particulièrement mal préparé.

Au PCF, malgré les discours triomphalistes, les choses ne vont pas bien. La stratégie du Front de Gauche ne s’est pas traduite par un gain de positions, au contraire. Je n’insiste pas sur la perte de la moitié des conseillers régionaux ou des députés. Mais on constate aussi une perte importante d’adhérents. Lors du vote pour la "base commune" des 14 et 15 décembre 2012, la direction du PCF a publié le chiffre de 64.250 électeurs potentiels (dont 34.662 ont voté). Ils étaient, selon les chiffres publiés par le PCF officiellement, 69.227 lors de la consultation de juin 2011 qui fit de Mélenchon le candidat unique du Front de Gauche. Soit une perte de 5.000 adhérents (8%) en dix-huit mois. Si l’on tient compte du fait que les périodes électorales et post-électorales sont celles où les partis politiques recrutent le plus facilement, il faut se rendre à l’évidence : la stratégie de Front de Gauche n’a pas mis fin à l’affaiblissement du PCF. Affaibli comme jamais, avec une représentation parlementaire réduite à la potion congrue, marginalisé du débat politique, incapable même de trouver pour son premier dirigeant une circonscription "sûre" lui permettant d’acquérir la légitimité du suffrage universel [3], la marge de manœuvre du PCF est très limitée. Ce n’est donc pas le moment de se fâcher avec le PS, dont on aura besoin pour sauver le peu qui peut l’être en 2014. D’où les contorsions parlementaires (on vote contre le "traité austéritaire" mais on s’abstient sur le "budget austéritaire") et les déclarations du genre "le PCF n’est pas dans l’opposition".

Le contraste est saisissant entre la situation et le discours. A entendre les dirigeants du PCF tout va très bien. Le Front de Gauche est un succès. Tout se passe bien avec les alliés. Les nouveaux adhérents se précipitent pour prendre leur carte. Le PGE est l’avenir de l’homme, et on va bientôt "allumer les étoiles". Une autocritique ? Un retour sur ce qui n’a pas marché en 2012 ? Vous n’y pensez pas...

Ce n’est guère mieux au PG. L’échec relatif de la présidentielle n’a pas permis à Mélenchon de se positionner en leader incontesté et donc de pouvoir faire une OPA sur ses alliés. Sa conduite - désastreuse - de la campagne législative l’a encore affaibli. Et il se trouve maintenant dans la situation peu enviable du général qui, après avoir tenté un assaut et avoir été repoussé, doit entamer un siège long alors que son armée a été dimensionnée pour la guerre de mouvement. Le problème de Mélenchon est celui du cycliste : s’il s’arrête, il tombe. Pour garder une présence sur la scène médiatique, il est obligé donc de tenir un discours qui mélange la surenchère permanente, l’agression, la dénonciation. Un discours qui commence à fatiguer tout le monde, y compris ses propres amis.

Car le PG, malgré les communiqués triomphalistes et les chiffrages fantaisistes, a lui aussi un problème d’effectifs. Sans compter qu’il continue à perdre un à un ses dirigeants, et pas les moindres. On se souvient de la démission de l’économiste Christophe Ramaux, qui avait dénoncé le fonctionnement dictatorial du PG et l’incapacité de son Petit Timonier à écouter un autre discours que le sien. On se souvient aussi du départ de Claude Debons, pour des raisons analogues. Aujourd’hui, c’est Marc Dolez, le co-fondateur du Parti, qui part. Il n’est pas inutile de se pencher sur la manière dont ces départs ont été à chaque fois gérés. La chorégraphie est immuable : d’abord, le silence officiel, car on ne fera pas au partant l’honneur de faire comme s’il existait. Le Petit Timonier ne s’abaissera pas à un débat public avec le traître : on laissera les porte-flingue (Billard, Coquerel...) s’en occuper. Il y aura même des cas où le Dirigeant Suprême déclarera avec tristesse que "X reste un camarade" tout en laissant ses thuriféraires se déchaîner [4]. Et puis... rien. On continuera comme d’habitude.

Car c’est cela qui est le plus inquiétant chez Mélenchon et ceux qui l’entourent : ils sont incapables de tirer des leçons de leurs erreurs. Ils sont d’ailleurs tellement persuadés de l’infaillibilité de leur Chef qu’il ré-interprètent les erreurs pour en faire des triomphes. Et ceux qui le critiquent ne peuvent être que des traîtres mus par les motifs les plus bas et les intentions les plus méprisables. Bien sur, avec Dolez c’est un peu plus difficile que ce ne fut avec Ramaux ou avec Debons, mais l’intention y est. Je vous recommande la lecture des textes de Martine Billard mais aussi "d’un militant du PG", anonyme, mais qui curieusement publie sur le site du PG... vous trouverez des perles d’argumentation du style :

Jean-Luc Mélenchon rendrait nos propositions inaudibles ! Ce que Libération s’est empressé de résumer en « Jean-Luc Mélenchon a rendu le Parti de Gauche inaudible ». On ne l’entend pas ? Non cela ne peut être cette définition car le moins que l’on puisse dire c’est qu’on nous entend, et Jean-Luc continue continue d’être invité dans les médias.

Quelqu’un devrait expliquer à Martine Billard que ce n’est pas parce qu’on entend la voix de quelqu’un qu’on prête attention à ses propositions. Quant à l’anonyme, il est encore plus drôle :

Le Parti de Gauche privilégie l’écologie au détriment de la question sociale affirmes tu. L’argument classique et surtout traditionnel des adorateurs du productivisme. Là encore, ta grille de lecture date d’une époque totalement révolue. (...) Mais heureusement, sous l’impulsion d’une Martine Billard, d’une Corinne Morel Darleux, d’un Mathieu Agostini, le Parti de Gauche rentre fièrement dans la modernité de l’écosocialisme.

Il n’y a pas à dire, notre anonyme sait quelles bottes il faut lécher...

Dolez n’est pas n’importe qui. C’est le cofondateur du Parti de Gauche. Son départ devrait tout au moins être accueilli sur le mode interrogatif du "qu’est ce que nous sommes devenus pour que quelqu’un comme Marc parte, et parte sans même avoir débattu ses griefs en interne". Mais non, personne ne se pose de question. Tout le monde a sa réponse, et la réponse est que Dolez se trompe. Forcément. Il ne peut avoir raison, même partiellement, même sur un point de détail. Car, on vous le répète, tout va bien et la victoire est proche...

Le Front de Gauche semble incapable du moindre retour critique sur son propre parcours. Lorsqu’on se réunit, c’est pour s’émerveiller ensemble que tout aille si bien. Lorsque quelqu’un exprime une critique, il est immédiatement rangé parmi les "ringards", les "passéistes" quand ce n’est pas parmi les traîtres. C’est cette fermeture qui, plus qu’autre chose, fait du Front de Gauche une organisation gauchiste.

Descartes

Voir en ligne : Sur le blog du mystérieux Descartes...

[1Qui avait dit que deux trotskystes c’est une tendance, trois c’est une scission, quatre un parti et cinq une internationale ?

[2Si vous ne me croyez pas, vérifiez vous-même dans le site officiel du Conseil régional (ici).

[3Il ne vous aura pas échappé que Pierre Laurent n’a pas été candidat aux législatives. Il ne vous aura pas non plus échappé que pour lui permettre de bénéficier d’une tribune parlementaire on l’a fait figurer en position non éligible sur la liste sénatoriale en Ile de France, puis on a fait démissionner discrètement - très discrètement - Nicole Borvo pour lui laisser la place. En termes de légitimité démocratique, on a vu mieux.

[4Et si vous ne me croyez pas, faites un tour sur le blog de Mélenchon à la section "commentaires". Vous serez édifié...

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  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

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    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).