Energie : l’Allemagne est-elle vraiment le modèle à suivre ?

, par  pam , popularité : 2%

L’association Sauvons le Climat est une source utile d’analyses des politiques publiques de l’énergie. Cet article donne ainsi des éléments précis sur les conséquences environnementales du choix allemand de sortie du nucléaire dont presque personne ne parle dans les médias.

Visiblement, les grandes puissances qui avaient tenté à Copenhague d’utiliser le réchauffement climatique comme outil au service de leur domination du monde ont d’autres chats à fouetter désormais, et l’enjeu de la réduction des émissions de gaz à effet de serre a disparu des discours...

Sauvons le Climat est très préoccupé par le piètre résultat des négociations de Durban, qui ont une nouvelle fois montré combien il sera difficile de limiter l’augmentation de la température moyenne du globe à + 2°C en 2050, valeur au-delà desquelles de nombreux scientifiques craignent un effet d’emballement.

Comme on le sait la production d’électricité est, au niveau mondial, responsable de plus de 40 % des émissions de CO2 et sa consommation va croitre en raison de l’augmentation de la population, de la hausse des niveaux de vie et parce qu’elle est le vecteur énergétique dont les usages ne cessent de se multiplier.

L’électricité est également le vecteur énergétique qui permet le développement de certaines énergies renouvelables et leur transport jusqu’aux usagers, bien que l’intermittence de ces énergies en limite souvent le potentiel [1].

Le recours accru au gaz et au charbon n’est donc pas une vue de l’esprit. C’est très exactement ce que nous observons aujourd’hui en Allemagne où, malgré un effort puissant dans les énergies renouvelables, quelque 13 GW de centrales brûlant essentiellement du charbon ou du lignite sont en cours de démarrage ou de construction et 10 centrales à gaz supplémentaires sont programmées.

Si l’on sait que produire 1 TWh avec une centrale au charbon moderne nécessite autour de 300 000 tonnes de charbon de bonne qualité et produit 1 million de tonnes de CO2, (et que bien souvent ces 300 000 tonnes de charbon doivent être transportées, ce qui nécessite 150 trains de 80 wagons de 25 tonnes) on imagine ce que nécessitera le remplacement des 140 TWh produits jusqu’il y a peu par leur nucléaire ! On peut facilement déduire de la situation Allemande qu’elle fera appel à 40 TWh supplémentaire d’énergies renouvelables, 50 TWh de gaz et 50 TWh de charbon et de lignite (charbon de mauvaise qualité, son pouvoir calorifique est beaucoup plus faible). Mais l’Allemagne vit sur un « matelas » de lignite et préfère exploiter ses propres ressources.

Ce que l’on sait moins c’est que la combustion du charbon (et pire encore du lignite) rejette quantité de produits hautement nocifs pour l’environnement et la santé.

- L’essentiel est de la silice (ou des carbonates) : les meilleurs dépoussiéreurs électrostatiques laissent encore passer 1 % de particules. Ce sont les plus fines et les plus néfastes pour la santé.
- Les oxydes d’azote  : les dénitrificateurs ont un rendement médiocre et les rejets restent importants donnant de l‘acide nitrique, de l’ozone et des nitrates.
- Le soufre  : les désulfureurs ont de meilleurs rendements mais laissent cependant passer des oxydes de soufre donnant de l’acide sulfurique et des sulfates.
- Le mercure  : il est vaporisé et se mêle à l’humidité de l’air pour retomber sous la forme de composés mercuriels très nocifs pour la santé humaine et les enfants à naître.
- Le phosphore  : il suit la même voie et donne de l’acide phosphorique et des phosphates,
- L’arsenic, le cortège des halogènes (chlore, fluor, brome, iode), le cadmium qui vont suivre plus ou moins la voie du mercure.
- L’uranium et ses descendants à longue durée de vie tels que le radium 226, le polonium 210 et le plomb qui est l’élément stable qui clôture la chaîne de désintégration ainsi que le thorium. L’uranium a la particularité d’avoir un point de fusion élevé et se retrouvera dans les cendres de foyers qui sont rejetés sur le parc à cendres.
- Le radon qui est déjà sous forme de gaz.

Tous ces produits bien que n’apparaissant qu’à l’état de traces finissent par représenter de grandes quantités. Si, par exemple, nous prenons 0,1 g de mercure pour 1 tonne de charbon, la combustion de 15 millions de tonnes par an donnera un rejet de 1 500 kg de mercure et de fait, nous retrouvons déjà des composés mercuriels dans l’eau des lacs de haute altitude.

On pourrait faire le même calcul pour tous les autres polluants passant par la cheminée des centrales et nous verrions que la pollution atmosphérique est considérable et aura des effets à long terme sur les populations. Ces effets sont bien plus problématiques que ceux des produits radioactifs des centrales nucléaires qui sont confinés en fonctionnement normal, et n’apparaissent que dans des situations accidentelles.

Face une telle réalité on ne peut que s’étonner que l’Union Européenne, si prompte à vouloir donner des leçons d’écologie au monde, ne se fasse remarquer que par son quasi silence [2]. Il est vrai que les décisions allemandes ne vont pas faciliter la mise en place d’une Europe de l’énergie et que l’approche intergouvernementale étant depuis quelques années préférée à la « méthode communautaire », la Commission est soumise à la pression de l’Etat dominant…

On peut également s’étonner que le petit monde des « Verts » soit lui aussi resté bien discret.

Quoiqu’il en soit on ne peut considérer qu’aujourd’hui l’Allemagne soit, en matière énergétique, le modèle à suivre.

Références.
- Michel Deshayes - Mines et énergie en Allemagne
- www.asn.fr/index.../RNTR_P1_CH1_depots_cendre_de_charbon.pdf
- sfp.in2p3.fr/Debat/debat_energie/websfp/LE%20CHARBON.htm
- SHORT COURSE A - Health Impacts of Coal : Robert B. Finkelman Joseph E. Bunnell
- www.davidsuzuki.org/fr/champs.../enjeux-et.../le-charbon/ - Canada


Voir en ligne : sur le site de l’association Sauvons le Climat

[1On estime généralement que les réseaux électrique ne peuvent supporter plus de 15 % de leur capacité en énergies discontinues, ce qui implique pour des puissances excédant ce chiffre, la mise en place d’un quasi doublement de ces sources par des installations susceptibles d’être très rapidement mobilisées ce qui entraine un énorme surcroit d’investissement en centrales et réseaux de transport de l’électricité. S’agissant essentiellement de centrales brulant des carburants fossiles il est évident que si, comme ce serait le cas en France, le couple renouvelables / centrales thermique venait remplacer des centrales nucléaires, les rejets de CO2 s’en trouveraient augmentés…

[2Pour la première fois, l’Agence européenne pour l’environnement vient d’évaluer en termes monétaires les dommages que les sites charbonniers engendrent, via la pollution (frais de santé, baisse de la production agricole, etc.). Montant global de 102 milliards à 169 milliards d’euros par an. Compte tenu de la puissance de son industrie et de son utilisation de lignite, l’Allemagne est le pays européen dont les usines provoquent la pollution de l’air la plus coûteuse en termes absolus

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