Des clefs pour comprendre la politique économique de Trump

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Dans une tentative pour freiner le déclin de l’empire américain – Make America Great Again – Donald Trump procède à un changement draconien de la politique étrangère américaine, comme nous l’avons vu dans un autre article.

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Un renversement tout aussi spectaculaire touche la politique économique des États-Unis. Depuis que le capitalisme américain s’est transformé, à la fin du XIXème siècle, en capitalisme de monopole, le gouvernement américain a toujours appuyé l’exportation des capitaux – et, par le fait même d’emplois – dans d’autres pays.

Mais le phénomène a pris une expansion extraordinaire avec la signature de l’ALENA au cours des années 1980, mais surtout avec l’ouverture des marchés de la Chine, de l’ex-Union soviétique et l’unification du marché européen.

En Chine, par exemple, 30% de la production industrielle et 50% des exportations du pays étaient, en 2010, l’œuvre de succursales de multinationales, principalement américaines, ou de participation conjointe de ces multinationales avec des entreprises chinoises.

En fait, à l’échelle mondiale, les multinationales (définies comme les entreprises qui réalisent plus de 30% de leurs ventes hors de leur région d’origine) coordonnent des chaînes d’approvisionnement, qui représentent plus de 50% du commerce mondial.

Une importante étude

Mais, selon une importante étude publiée dans l’édition du 28 janvier 2017 du magazine The Economist, intitulée « In retreat. Global companies in the era of protectionism », nous assistons à un renversement de situation.

Au cours des cinq dernières années, les profits de ces multinationales ont chuté de 25%. Près de 40% d’entre elles ont un taux de rendement de seulement 10%. Leur part dans la somme totale des profits à l’échelle mondiale est passée de 35% à 30% au cours de la dernière décennie.

Quelles sont les causes de ce recul ? Selon The Economist, la chute du prix des matières premières, pétrole compris, est responsable de la moitié de la baisse du taux de rendement.

Les activités des multinationales sont aussi aujourd’hui trop étendues, ce qui entraîne une importante bureaucratisation. Plus fondamentalement, il y a le fait que les salaires ont augmenté en Chine et que de nombreux pays veulent leur part des profits, sous forme, entre autres, d’impôts plus élevés.

Plusieurs pays exigent aussi des participations plus importantes dans les entreprises étrangères sur leur territoire. Ainsi, le 8 janvier dernier, McDonald’s s’est résigné à vendre une majorité des actions de ses opérations en Chine à une société d’État chinoise. La Chine exige également de plus en plus que les activités de recherche et développement aient lieu sur son territoire.

D’autres pays suivent son exemple. Il y a donc un mouvement pour « localiser » l’ensemble des activités d’une multinationale dans le pays où elles s’implantent. C’est le cas de General Electric. Ou bien de s’en départir. La cimenterie Lafarge-Holcim vend ses installations à des intérêts locaux aux Indes, en Corée du Sud, en Arabie saoudite et au Vietnam.

Les géants technologiques échappent jusqu’à présent à cette tendance. C’est le cas de Apple. Globalement, 65% des profits des 50 principales firmes américaines proviennent de la propriété intellectuelle. C’était 35%, il y a dix ans. Cependant, les services technologiques sont plus vulnérables aux concurrents prédateurs.

Si la "délocalisation" des entreprises en Chine est devenue moins avantageuse, il n’y a pas d’appétit de la part des multinationales, selon The Economist, pour reproduire en Afrique ou aux Indes les activités manufacturières implantées en Chine.

Mais leur rapatriement dans les pays d’origine pose aussi problème. The Economist a calculé que, si les multinationales américaines ramenaient aux États-Unis le quart des emplois actuellement à l’étranger, aux taux de salaires américains, avec le même taux d’imposition à l’étranger et aux États-Unis, leurs profits chuteraient d’un autre 12%. Et cela exclut le coût de construction de nouvelles usines en sol américain.

Vers une plus grande robotisation

Il y a quand même un certain mouvement de retour vers les pays d’origine. Mais il est prévisible qu’il s’accompagnera d’une plus grande robotisation des activités. C’est une caractéristique du capitalisme. Quand les profits des entreprises diminuent par suite de la résistance ouvrière ou de l’opposition des gouvernements des pays dominés où elles ont implanté leurs succursales, il devient rentable d’intégrer au processus de production les plus récentes découvertes technologiques et nous assistons alors à un saut qualitatif vers une plus grande automatisation.

Au début des années 1980, les États-Unis semblaient sur la voie d’un déclin inexorables avec la montée en puissance du Japon. Mais la révolution technologique avec l’arrivée, entre autres d’Internet, a donné un nouveau souffle aux entreprises américaines. Elles ont ainsi pu tirer profit de l’ouverture des marchés de l’ex-URSS, de la Chine et de l’Europe.

Mais la situation est différente aujourd’hui. Trump appuie le Brexit et souhaite le démantèlement de la Communauté européenne, dont il dit qu’elle ne profite qu’à l’Allemagne. On comprend sa volonté d’affaiblir l’Allemagne lorsqu’on sait que sa balance commerciale avec les États-Unis est excédentaire de 74,5 milliards $ en 2015, sur les seuls échanges de marchandises.

Mais la véritable rivale des États-Unis est la Chine. Le déficit commercial des États-Unis avec la Chine est énorme. Obama l’avait bien compris et avait entrepris le "pivot" de la politique américaine vers l’Asie, délaissant l’Europe et le Moyen-Orient. Au niveau commercial, sa stratégie était le Traité de libre-échange transpacifique.

Trump a révoqué ce traité. Mais, de crainte que les pays asiatiques répondent favorablement à la contre-offre de la Chine, dont le président s’est présenté à Davos comme le champion du libre-échange, Trump s’est empressé de rassurer le Japon et la Corée du sud à propos des alliances militaires de ces pays avec les États-Unis. Pas question de les qualifier d’"obsolètes", comme l’OTAN, qui est dirigée vers la Russie, dont Trump veut se faire une alliée face à la Chine.

Trump semble vouloir entrer en guerre commerciale avec la Chine par l’imposition de tarifs douaniers aux États-Unis.

Cependant, il n’est pas possible de faire marche arrière et de revenir au capitalisme pré-monopoliste. Si Trump impose des tarifs douaniers, il favorisera les entreprises américaines non-monopoliste des États-Unis, dont le taux de rendement est en progression, selon The Economist, mais il pénalisera les multinationales américaines qui ont des succursales en Chine et au Mexique.

On peut s’attendre à une situation particulièrement chaotique avec cette lutte de pouvoir intense entre différentes fractions de la classe dominante américaine avec ses inévitables répercussions sur la scène internationale, où s’intensifie la lutte entre différentes puissances économiques, et infailliblement sur le Canada et le Québec.

Voir en ligne : Par Pierre Dubuc, L’aut’journal (Quebec, indépendantiste)

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