UE, euro, libre-échange…

Connaissez-vous La Riposte ?

mardi 2 août 2011
par  Gautier Weinmann
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Ce groupe fait partie de la « Tendance marxiste internationale » et propose, notamment la nationalisation des grands moyens de production ainsi qu’une fédération des « États socialistes d’Europe ».

La Riposte dit militer pour le « renforcement du PCF, dans l’unité de tous les communistes, quelles que soient leur opinion sur les différentes questions d’ordre politique ou stratégique qui font débat au sein du parti ».

Elle indique que « dans un parti aussi important que le PCF, des divergences d’opinion sont inévitables. La lutte contre le capitalisme pose des problèmes qui ne sont pas simples à résoudre. Notre point de vue – et celui de l’immense majorité des communistes – est qu’on peut surmonter ces divergences au moyen de discussions fraternelles et démocratiques, sans personnaliser les problèmes et sans remettre en cause l’unité du parti. »

Dans les faits, le comportement de La Riposte ne correspond en rien à ce baratin angélique. Ce groupe adore les polémiques nominatives, orchestrées à sens unique.

Comme elle l’explique dans sa page de présentation « les communistes sont tous d’accord sur la nécessité de lutter contre le capitalisme et d’en finir avec ce système  ».

On peut contester ce point de vue, mais ce n’est pas ici le sujet. Ce qui étonnant, une fois ce préalable admis, c’est de constater que La Riposte met toute son énergie à faire croire l’inverse à ses lecteurs !

Les arguments de La Riposte sont d’une malhonnêteté rare. Par exemple, dans un article du 17 juillet, elle avance que « la sortie de l’euro n’a pas sa place dans le programme du PCF. »

C’est un point de vue qu’elle peut essayer de défendre. Mais ce qui est lamentable, c’est qu’elle n’hésite pas à dire que, comme le FN, il s’agirait de la « sortie de l’euro et de l’UE sur la base du capitalisme » !

Tiens, les communistes (Gerin, Dang Tran…) ne proposent plus la fin du capitalisme ? C’est un peu gros !

Au 34ème congrès déjà, La Riposte tentait de faire croire que le texte « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps » ne voulait « pas remettre en cause le capitalisme  » ; « l’appropriation sociale des moyens de production » était une formule floue, « introduite dans le vocabulaire du parti à l’époque de Robert Hue » (!).

Et bien entendu, les propositions défendues dans le cadre du 35ème « congrès » par l’opposition la direction sont éludées : « (re)nationalisation des secteurs clefs de l’économie, (…) être plus clairs et plus offensifs que de vagues « pôles public (…) renationalisation d’EDF et de GDF (…) mobiliser pour la nationalisation des banques et des établissements de crédit  ».

En fait, seule La Riposte a le monopole du communisme. Pourtant, si l’on regarde de près, ce groupe se prononce d’une manière ambiguë sur des questions comme le libre-échange mondial, la monnaie ou encore la sortie de l’Union européenne.

Pour commencer, La Riposte affirme que « de manière générale, les mesures et contre-mesures protectionnistes mèneraient à une contraction du volume des échanges internationaux. Une politique protectionniste ne permettrait pas de défendre les emplois et les « productions nationales ». Au contraire, elle se traduirait par leur destruction à une échelle encore plus massive qu’à présent. »

Intéressant ! Sur la question du libre-échange, La Riposte équivaut strictement au Figaro (dont l’un des slogans publicitaire était « en matière d’économie nous sommes pour le libre-échange. En matière d’idées aussi ») ou encore au social-traître Pascal Lamy, dirigeant de l’OMC ! Étrange !

La Riposte, qui dit soutenir la révolution au Venezuela, ignore tout à fait qu’Hugo Chávez a mis en place l’ALBA pour promouvoir la logique coopérative dans les échanges plutôt qu’une zone de libre-échange avec les États-Unis.

Il ne lui vient pas à l’idée une seconde que le libre échange est utilisé pour mettre en concurrence les peuples et améliorer le taux de profit réalisé au niveau mondial par les grands groupes capitalistes…

Avec des pays d’Afrique du Nord par exemple, les accords d’association avec l’UE prennent la forme d’accords de libéralisation des échanges de biens, services et capitaux. Si on prend l’accord d’association avec la Tunisie, l’article 34 prévoit la libre circulation des capitaux concernant les investissements directs en Tunisie et le rapatriement du produit de ces investissements et de tous les bénéfices en découlant. L’article 36 édicte qu’est « incompatible avec le présent accord toute aide publique qui fausse ou menace de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions ».

Bien évidemment, un Gouvernement communiste devra annuler les Accords de partenariat économiques initiés par l’Union européenne pour généraliser le libre-échange et les remplacer par des accords bilatéraux entre la France et chacun de ces pays sur la base de la Charte de La Havane (1), dans le but de parvenir à un équilibre des échanges commerciaux entre la France et ces pays (suppression à terme de tout excédent ou de tout déficit durable de la balance des paiements de chaque pays).

C’est une logique non-agressive, mais coopérative qu’il faut promouvoir dans les échanges internationaux. C’est le contraire du libre-échange bourgeois, cher à La Riposte !

S’agissant de la sortie de l’euro, nous l’avons dit, toute l’escroquerie de Greg Oxley et de Jérôme Métellus est de faire croire qu’il s’agirait de ne pas toucher au reste, à la manière du FN, c’est-à-dire de laisser les moyens et les rapports de production intacts.

Politiquement, cela peut être efficace pour tromper et décrédibiliser une proposition. C’est évidemment une supercherie pour diviser les communistes. Car être communiste et contre l’euro, c’est être conséquent, c’est la suite logique.

Au moment du « Pacte pour l’euro plus », La Riposte pense-t-elle convaincre les travailleurs que son programme est compatible avec l’euro et Jean-Claude Trichet ? Pense-t-elle que le communisme est compatible avec une politique monétaire privatisée et au service des marchés financiers, de la rente et de l’objectif d’inflation zéro ?

Non, elle ne le pense pas. Mais elle dit : « on se demande bien aux mains de qui serait la monnaie nationale ? Des travailleurs ? De la CGT ? De la section du PCF Paris 15e ? Non. Le franc français serait soumis aux intérêts des capitalistes français, de leurs banques et des « marchés financiers » internationaux, exactement comme l’était le franc français avant l’introduction de l’euro. La seule façon d’arracher la monnaie au contrôle des « marchés financiers », c’est de nationaliser l’ensemble du secteur bancaire et les grands leviers de l’économie, sous le contrôle des travailleurs et de leurs organisations. »

Qui est contre la nationalisation des banques ? Pas nous en tout cas, c’est fondamental !

Mais pourquoi éluder la sortie de l’euro ? Un gouvernement communiste n’a aucune raison de se priver de mener la politique monétaire qui lui semble bonne pour le développement des forces productives. Récupérer aussi ce levier-là est très important car la monnaie n’est pas neutre sur le régime d’accumulation.

Ceux qui pensent que la monnaie est neutre, ce sont les économistes libéraux monétaristes et les « marxistes » de La Riposte (« si on met en circulation une masse monétaire trop importante par rapport à la production des valeurs réelles produites - ce qui se fait depuis longtemps déjà - on finit par réduire la valeur des monnaies »). En gros, trop de crédits conduit à un emballement et à de l’inflation. Milton Friedman, La Riposte, même combat ?

Attention, il faut savoir que ce que l’on appelle le monétarisme est une machine de guerre idéologique contre l’intervention de l’Etat dans l’économie. C’est une idéologie ultralibérale, qui a inspiré les Reagan, Thatcher, et autres Sarkozy, Merkel et Trichet ! Après l’appui à Lamy, ça commence à faire beaucoup !

Un communiste n’a pas à être effrayé par l’inflation. Il peut contrôler les prix. Il peut répartir la valeur ajoutée. Il peut indexer les salaires sur les prix…

En fait, un régime d’accumulation inflationniste est tout à fait favorable au travail, et nuit au capital : c’était la situation des années 50-70, le taux de profit était bas, JM Keynes parlait d’« euthanasie des rentiers » - et les salaires augmentaient.

C’était avant la création de l’UE et le tournant libéral. C’était avant la BCE et avant l’euro, qui n’a été que la cerise sur le gâteau d’un programme politique ultraréactionnaire dirigé pour la rente, avec l’inflation faible et écrasement des salaires. Et ce programme fait « système » : puisque la demande intérieur baisse, il faut aller chercher ailleurs des débouchés, il faut exporter toujours plus de marchandises, et être plus compétitifs : c’est le cercle vicieux de la mondialisation libérale.

Peu de communistes seront d’accord avec un tel programme : ils le combattent au quotidien. Mais pas La Riposte, apparemment.

Sans rentrer dans le détail, la sortir de l’euro permettrait de faire revenir la politique monétaire dans les mains de l’État, et pas n’importe lequel, un État socialiste au service des travailleurs ! Un programme communiste, révolutionnaire, crédible, inclut bien évidemment la fin de la BCE, conçue au-dessus des peuples dans l’intérêt du capital, et le corollaire de la sortie de l’euro.

La Riposte admet que « l’euro visait à protéger les intérêts des capitalistes – et surtout des plus puissants d’entre eux  ». Mais elle ne se bat pas pour sa fin non plus !

Pire, elle reprend à son compte la rhétorique pro-euro selon laquelle la sortie de l’euro « entraînerait une augmentation des prix sur le marché intérieur, ainsi qu’une augmentation massive de la dette publique (qui est en euros). Elle provoquerait inéluctablement des mesures de rétorsion de la part d’autres pays, et notamment de l’Allemagne, des États-Unis et la Chine. »

Tout cela n’est pas très sérieux. J’invite à lire les arguments d’économistes comme Nikonoff ou Jacques Sapir, pour ne pas alourdir le propos (voir notamment : http://www.m-pep.org/spip.php?artic...).

La sortie de l’euro est une nécessité et aurait de grands avantages. Non pas pour déclencher une guerre des monnaies : c’est illusoire. C’est vouloir faire sa croissance au détriment des voisins. C’est tout le contraire de la coopération, d’une « association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement pour tous » (Karl Marx).

Mais il faut bien comprendre que, pour qui réquisitionne la Banque de France, les banques et les compagnies d’assurance, la dette (« capitaliste », car il faut bien l’appeler ainsi), n’est plus rien !

L’État socialiste impose aux banques et aux compagnies d’assurance l’achat régulier de bons du Trésor et la Banque de France lui prête sans intérêt. A partir de 1973, la loi « Rothschild » a interdit à la Banque de France de prêter à l’État sans intérêts : c’est à partir là que la dette a commencé à s’accumuler (par ailleurs, le libéralisme vide les caisses et réduit la croissance, c’est un système global, comme nous l’avons vu, incluant le monétarisme).

Et l’Etat socialiste ne rembourse pas les obligations des plus riches : c’est le défaut partiel. Et ça soulage, c’est ce dont la Grèce a besoin actuellement ! Dubaï et l’Argentine en 2002 ont fait défaut sur leur dette, avec succès. La dette n’est pas un problème pour un Gouvernement réellement progressiste.

Par contre, La Riposte reprend le mythe bourgeois de la dette : la dette serait « un problème grave, très grave » (Oxley, en mars). Si les États annulaient la dette, ils précipiteraient « une nouvelle crise de solvabilité chez les banques et une profonde récession économique ». D’une part, c’est archi-faux et non-démontré, d’autre part, pourquoi La Riposte soutient les rentiers et les actionnaires (bah oui, ce sont bien eux qui possèdent la dette !) ?

Revenons un instant sur la coopération monétaire mondiale. À l’idée avancée d’une monnaie mondiale commune (mais non unique) de coopération, La Riposte est hilare… ne sachant pas qu’un embryon existe déjà, c’est le sucre, mis en place par l’ALBA !

Venons-en à l’UE.

La Riposte dit : « Nous sommes d’accord avec l’idée que si la France était dirigée par un gouvernement communiste, elle « n’aurait plus rien à faire dans les instances » de l’UE (Commission européenne, Parlement européen, etc.) »

Très bien, mais la suite se gâte ! « Mais en fait, la question ne se poserait probablement pas, car le renversement du capitalisme français porterait un coup fatal à l’UE. Sans le capitalisme français (ou allemand), l’UE n’existerait pas. Evidemment qu’un gouvernement communiste français se verrait certainement jeté hors de l’UE capitaliste.  »

Si l’on comprend bien, La Riposte attend que l’on soit « jeté dehors » de l’UE, comme des malpropres, et encore, elle n’est pas certainement, d’où le « probablement » !

Quand on fait de la politique, il vaut mieux être un peu plus assuré. Surtout que le peuple Français a besoin de repères forts. On ne peut pas lui dire que le carcan européen « tombera probablement » tout seul, une fois le communisme décrété.

On ne peut pas dire aux Français : « si vous voulez divorcer, battez votre femme ! ». D’une part, le résultat n’est pas garanti, d’autre part, autant annoncer directement la couleur !

Si vous voulez divorcer, faites le surtout directement ! Prenez votre courage et le taureau par les cornes ! Cela évitera bien des malentendus, que ce soit avec les autres pays européens ou avec les Français !

L’UE est un Traité, et la manière la plus sure d’en sortir… c’est d’en sortir ! Mais La Riposte ne le propose à aucun moment. Elle pense que le communisme en France porterait « un coup mortel à l’UE ». Ce n’est pas certain du tout. Autant achever la bête nous-mêmes au passage !

Mais pourquoi une telle vision passive ? C’est simple, c’est la conséquence de son analyse de l’UE. Elle estime que l’UE ou l’euro constituent « une propagande fausse et mensongère ».

Or, l’UE, ses traités, ses directives, sa monnaie sont des choses très concrètes, il ne s’agit pas de miroirs aux alouettes, mais d’ARMES DE DESTRUCTION MASSIVES contre les travailleurs, contre le communisme ! D’où la sortie de l’UE !

En fait, la méthode de La Riposte est toujours la même : dès qu’une question se pose, elle s’applique à la tourner ou à l’ignorer.

Elle crie de manière dogmatique : « communisme, communisme, nationalisations, nationalisations » ! C’est du matérialisme vulgaire, qui ne peut suffire à convaincre les travailleurs.

La sortie de l’UE et de l’euro, la sortie du libre-commerce d’une France en marche pour le socialisme, n’en déplaise à La Riposte, qui rêve de fédéralisme européen, sera de grandes mesures d’un Gouvernement communiste. Cela ne nous isolerait pas, mais permettrait le communisme mondial, le pacifisme, la concorde et donnerait un signal aux travailleurs du monde entier !

Prise au piège sur toutes ces questions, La Riposte tente un coup de poker : « Le fait est que nombre de capitalistes européens – et au-delà – sont extrêmement préoccupés par la perspective d’une dislocation de l’Union Européenne, d’une restauration des monnaies nationales et d’une flambée protectionniste reposant sur une série de dévaluations compétitives. Il n’est pas exclu que la gravité de la crise pousse les capitalistes à emprunter cette voie, mais elle n’en serait pas moins extrêmement dangereuse de leur point de vue. N’oublions pas que c’est la flambée du protectionnisme qui a transformé la crise des années 30 en dépression. Que Pascal Lamy – comme tant d’autres – s’en inquiète, cela ne devrait surprendre personne. En même temps, il est absolument clair qu’un tel scénario n’apporterait rien de positif à la classe ouvrière européenne. Les capitalistes s’efforceraient de transférer tout le poids de la crise (comme ils le font déjà) sur les épaules des travailleurs, dont les difficultés, loin de s’alléger, s’aggraveraient. »

Encore, encore une fois, pour La Riposte, ce sont les capitalistes qui mènent la danse ! Le communisme n’intervient à aucun moment, alors que c’est justement notre but que d’éradiquer le pouvoir des capitalistes !

Menacer que les « capitalistes s’efforceront de transférer le poids de la crise sur les travailleurs  » ne peut en aucune manière inquiéter les communistes convaincus au pouvoir : nous saurons parfaitement les contrecarrer !

On revient au point de départ : le faux procès, le sophisme minable selon lequel nous ne proposerions pas de lutter sérieusement pour la sortie du capitalisme.

Dans notre texte du 34ème congrès, nous disions : « depuis quelques années, le socialisme refait surface dans différents points du globe. Ainsi, plusieurs pays d’Amérique Latine se sont engagés dans des expériences progressistes. Elles reposent toutes sur la reconquête de la souveraineté nationale grâce à la nationalisation des banques et des grands secteurs de l’économie  ».

La référence reste d’actualité.

Gautier WEINMANN, PCF à Leforest (62).

(1) Complément sur la Charte de la Havane (issu du M’PEP) :

La France, tout en sortant de l’Union européenne, agirait pour construire un nouvel ordre international. Le contenu de la Charte de La Havane, concernant le commerce international, serait proposé à chaque pays membre de l’Union européenne – mais aussi à tous les pays - dans le cadre de traités bilatéraux.

Élaborée du 21 novembre 1947 au 24 Mars 1948 par 53 pays capitalistes, la Charte de la Havane devait déboucher sur une Organisation Internationale du Commerce (OIC), dans le cadre de l’ONU, en complément du FMI et de la Banque mondiale. Il s’agissait de reconstruire un ordre économique international cohérent après la Seconde Guerre mondiale. Cette OIC n’a jamais vu le jour car le Congrès américain, qui venait de changer de majorité, s’est opposé à sa ratification. Il estimait que les Etats unis devaient s’assurer une totale liberté pour écouler leur surplus de marchandises aux pays qui en étaient dépourvus au lendemain de la guerre.

Les points les plus importants de la Charte de la Havane sont :

L’article 1 qui en fixe les buts indique clairement qu’il s’agit « d’atteindre les objectifs fixés par la Charte des Nations Unies, particulièrement le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement ». De même, l’article 2 précise que « la prévention du chômage et du sous-emploi est une condition nécessaire pour (…) le développement des échanges internationaux et par conséquent pour assurer le bien-être de tous les autres pays ». La recherche de l’équilibre de la balance des paiements (art. 3- 4- 21) est le principe essentiel de la Charte . Il montre le mieux les différences entre les mesures préconisées par l‘OIC et celles pratiquées par l’OMC. Selon la Charte, les relations bilatérales doivent reposer sur ce principe : « Aucun pays, à long terme ne peut fonctionner avec une balance déficitaire ». Le texte précise que « les Etats membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements des autres pays ». Et l’article 21 détaille « les restrictions destinées à protéger la balance des paiements », cependant strictement encadrées par l’OIC.

Tout ceci est à l’opposé de la concurrence effrénée pour la conquête des marchés et de la « priorité aux exportations » pratiquées dans le cadre de l’OMC et de l’UE. La Charte par ailleurs n’hésite pas à avoir recours à des mesures de protection, diabolisées par le néolibéralisme. Grâce à ce principe d’équilibre de la balance des paiements, le commerce international devient une pratique de coopération et non d’affrontement : c’est la fin de la guerre commerciale.

Le contrôle des mouvements de capitaux (art. 12). Les investissements étrangers sont autorisés mais c’est à chaque État membre de déterminer s’il les « autorisera (…) et dans quelle mesure et à quelles conditions il les autorisera ». Chaque État membre pourra de plus prendre toutes les mesures de sauvegarde nécessaires pour s’assurer que ces investissements étrangers « ne serviront pas de base à une ingérence dans ses affaires intérieures ou sa politique nationale ». L’application de ce texte aurait donc évité un certain nombre de pratiques bien connues actuellement (OPA, fusions et acquisitions transfrontalières…).

L’intervention de l’Etat est autorisée (art. 13, 14 et 15). L’article 13 propose que « les États membres reconnaissent que, pour faciliter l’établissement, le développement ou la reconstruction de certaines branches d’activité industrielle ou agricole, il peut être nécessaire de faire appel à une aide spéciale de l’Etat et que, dans certaines circonstances, l’octroi de cette aide sous forme de mesures de protection est justifié ». Les articles suivants énumèrent ces protections telles que subventions, contrôle des prix… Les accords préférentiels entre plusieurs pays sont même autorisés mais tout ceci se négociera dans le cadre de l’OIC entre tous les États concernés. Toutes ces mesures sont aux antipodes des idées du libre échange qui s’acharne à supprimer tous les « obstacles » au développement du commerce et tout particulièrement les aides des États.

L’interdiction du dumping (art. 26). Le dumping est interdit car « aucun État membre n’accordera directement ou indirectement de subvention à l’exportation d’un produit quelconque, n’établira ni ne maintiendra d’autre système, lorsque cette subvention ou ce système aurait pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour le produit similaire aux acheteurs du marché intérieur ». Son application aurait permis d’échapper à la disparition presque complète en France de secteurs économiques comme le textile, la chaussure, l’ameublement…

La possibilité de « restrictions quantitatives » (art. 20). Tout en recommandant de les éliminer, la Charte les autorise dans des conditions très précises et sous le contrôle de l’OIC. Ici, les mesures de protection ne sont donc pas taboues mais strictement encadrées.



La Riposte diffère du Figaro en ce sens qu’elle n’est pas pour le libre-échange en matière d’idées !

Ainsi, lorsque j’ai souhaité poster un commentaire de fond dans une page s’en prenant particulièrement à moi, la censure a frappé, au motif que mon commentaire « contient trop d’énormités pour être publié ».

(Bien entendu, les commentaires les plus cons sont autorisés, du genre : « Alors s’enfermer, seul, avec tous nos chers patrons bourgeois, non merci ! », « socialisme à la française, surement avec baguette et saucissons »…).


Commentaires

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mardi 9 août 2011 à 15h53, par  Gautier Weinmann

Remettre en cause l’existence de l’OMC, du FMI, de l’OCDE, et promouvoir la "Charte de La Havane", outil de lutte contre le libre échange favorisant la coopération internationale

http://www.m-pep.org/spip.php?rubri...

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mardi 9 août 2011 à 09h20, par  Gautier Weinmann
APPEL DES 1000 pour sortir de l’Euro, monnaie unique, et construire une monnaie commune.
http://www.m-pep.org/spip.php?artic...
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mardi 9 août 2011 à 09h18, par  Gautier Weinmann

La dette publique : cette aliénation de l’Etat

Extrait de Karl MARX, Le Capital - Livre premier, Le développement de la production capitaliste, VIII° section : L’accumulation primitive, Chapitre XXXI : Genèse du capitaliste industriel, in Karl MARX, 1867, Le Capital, livre I, Œuvres I, Gallimard, La Pléiade, 1963, p. 1216 à 1219.

Cet extrait est suivi d’un commentaire d’Eric Toussaint. Eric Toussaint est l’auteur de : Un coup d’oeil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Editions du Cerisier, Cuesmes-Belgique, 2010 http://www.cadtm.org/Un-coup-d-oeil...
par Karl Marx

1er mars 2011

La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste |1| . La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique |2|. Il n’y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne selon laquelle plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnable |3|).

La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle dote l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire. Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation - de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel - la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne.

Dès leur naissance les grandes banques, affublées de titres nationaux, n’étaient que des associations de spéculateurs privés s’établissant à côté des gouvernements et, grâce aux privilèges qu’ils en obtenaient, à même de leur prêter l’argent du public. Aussi l’accumulation de la dette publique n’a-t-elle pas de gradimètre plus infaillible que la hausse successive des actions de ces banques, dont le développement intégral date de la fondation de la Banque d’Angleterre, en 1694. Celle-ci commença par prêter tout son capital argent au gouvernement à un intérêt de 8 %%, en même temps elle était autorisée par le Parlement à battre monnaie du même capital en le prêtant de nouveau au public sous forme de billets qu’on lui permit de jeter en circulation, en escomptant avec eux des billets d’échange, en les avançant sur des marchandises et en les employant à l’achat de métaux précieux. Bientôt après, cette monnaie de crédit de sa propre fabrique devint l’argent avec lequel la Banque d’Angleterre effectua ses prêts à l’État et paya pour lui les intérêts de la dette publique. Elle donnait d’une main, non seulement pour recevoir davantage, mais, tout en recevant, elle restait créancière de la nation à perpétuité, jusqu’à concurrence du dernier liard donné. Peu à peu elle devint nécessairement le réceptacle des trésors métalliques du pays et le grand centre autour duquel gravita dès lors le crédit commercial. Dans le même temps qu’on cessait en Angleterre de brûler les sorcières, on commença à y pendre les falsificateurs de billets de banque.

Il faut avoir parcouru les écrits de ce temps-là, ceux de Bolingbroke, par exemple, pour comprendre tout l’effet que produisit sur les contemporains l’apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d’affaires et loups-cerviers |4|.

Avec les dettes publiques naquit un système de crédit inter­national qui cache souvent une des sources de l’accumulation primitive chez tel ou tel peuple. C’est ainsi, par exemple, que les rapines et les violences vénitiennes forment une des bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui Venise en décadence prêtait des sommes considérables. A son tour, la Hollande, déchue vers la fin du XVII° siècle de sa suprématie industrielle et commer­ciale, se vit contrainte à faire valoir des capitaux énormes en les prêtant à l’étranger et, de 1701 à 1776, spécialement à l’Angleterre, sa rivale victorieuse. Et il en est de même à présent de l’Angleterre et des États-Unis. Maint capital qui fait aujourd’hui son apparition aux États-Unis sans extrait de naissance n’est que du sang d’enfants de fabrique capitalisé hier en Angleterre.

Comme la dette publique est assise sur le revenu public, qui en doit payer les redevances annuelles, le système moderne des impôts était le corollaire obligé des emprunts nationaux. Les emprunts, qui permettent aux gouvernements de faire face aux dépenses extraordinaires sans que les contribuables s’en ressentent sur-le-champ, entraînent à leur suite un surcroît d’impôts ; de l’autre côté, la surcharge d’impôts causée par l’accumulation des dettes successivement contractées contraint les gouvernements, en cas de nouvelles dépenses extraordinaires, d’avoir recours à de nouveaux emprunts. La fiscalité moderne, dont les impôts sur les objets de première nécessité et, partant, l’enchérissement, de ceux-ci, formaient de prime abord le pivot, renferme donc en soi un germe de progression automatique. La surcharge des taxes n’en est pas un incident, mais le principe. Aussi en Hollande, où ce système a été d’abord inauguré, le grand patriote de Witt l’a-t-il exalté dans ses Maximes comme le plus propre à rendre le salarié soumis, frugal, industrieux, et... exténué de travail. Mais l’influence délétère qu’il exerce sur la situation de la classe ouvrière doit moins nous occuper ici que l’expropriation forcée qu’il implique du paysan, de l’artisan, et des autres éléments de la petite classe moyenne. Là-dessus, il n’y a pas deux opinions, même parmi les économistes bourgeois. Et son action expropriatrice est encore renforcée par le système protectionniste, qui constitue une de ses parties intégrantes.

La grande part qui revient à la dette publique et au système de fiscalité correspondant, dans la capitalisation de la richesse et l’expropriation des masses, a induit une foule d’écrivains, tels que William Cobbett, Doubleday et autres, à y chercher à tort la cause première de la misère des peuples modernes.

Ici s’arrête l’extrait du texte de Karl Marx qui avec la période ouverte à partir de 2007-2008 prend une nouvelle jeunesse. Dans le dernier paragraphe ci-dessus, Marx critique des auteurs comme William Cobbett (1762-1835) qui voient dans la dette publique « la cause première de la misère des peuples modernes ». Marx s’emploie à montrer dans le Capital que la genèse de l’ère capitaliste et, donc la victoire du système capitaliste, sont marquées et dues à la combinaison de plusieurs actions et transformations profondes qui s’étendent sur plusieurs siècles. Le développement du système de la dette publique en est une, la politique fiscale qu’il dénonce également dans l’extrait cité plus haut en est une autre. Dans le même chapitre, Marx rassemble dans une formule globalisante plusieurs formes de l’accumulation primitive, sans prétendre pour autant les aborder toutes : “ les différentes méthodes d’accumulation primitive que l’ère capitaliste fait éclore se partagent d’abord, par ordre plus ou moins chronologique, entre le Portugal, l’Espagne, la Hollande, la France et l’Angleterre, jusqu’à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVIIe siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste ”. A propos du régime colonial, il écrit : “ La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore”.

Ces différentes sources d’accumulation primitive s’ajoutent en Europe à la dépossession progressive des producteurs de leurs moyens de production permettant que soit mise à disposition du capital industriel une masse de main d’œuvre transformée en salariat produisant la plus-value. C’est ce que Marx résume plus loin dans le Capital en décrivant la dépossession des petits paysans et des artisans : « L’expropriation des producteurs immédiats s’exécute avec un vandalisme impitoyable qu’aiguillonnent les mobiles les plus infâmes, les passions les plus sordides et les plus haïssables dans leur petitesse. La propriété privée, fondée sur le travail personnel, cette propriété qui soude pour ainsi dire le travailleur isolé et autonome aux conditions extérieures du travail, va être supplantée par la propriété privée capitaliste, fondée sur l’exploitation du travail d’autrui, sur le salariat » |5| . Il relie cette dépossession aux autres formes de l’accumulation primitive : « … cette douloureuse, cette épouvantable expropriation du peuple travailleur, voilà les origines, voilà la genèse du capital. Elle embrasse toute une série de procédés violents, dont nous n’avons passé en revue que les plus marquants sous le titre de méthodes d’accumulation primitive. »
notes articles :

|1| Ce paragraphe en réalité commence par les deux phrases suivantes : « Le système du crédit public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s’installa d’abord en Hollande. » Karl Marx montre dans ce chapitre comment s’imbriquent dans la genèse du système capitaliste différentes formes de l’accumulation primitive à l’échelle internationale.

|2| William Cobbett remarque qu’en Angleterre toutes les choses publiques s’appellent royales, mais que par compensation, il y a la dette nationale. (Note originale de Karl Marx)

|3| Quand, au moment le plus critique de la deuxième guerre de la Fronde, Bussy-Rabutin fait demander, pour pouvoir lever un régiment, des assignations sur « les tailles du Nivernois encore dues » et « sur le sel », Mazarin répond : « Plût à Dieu que cela se pût, mais tout cela est destiné pour les rentes sur l’Hôtel de Ville de Paris, et il serait d’étrange conséquence de faire des levées de ces deniers-là ; qu’il ne fallait point irriter les rentiers ni contre lui ni contre vous. » (Mémoires du comte de Bussy-Rabutin, Amsterdam, 1751, t. I, p. 165.) (Note originale de Karl Marx

|4| « Si les Tartares inondaient aujourd’hui l’Europe, il faudrait bien des affaires pour leur faire entendre ce que c’est qu’un financier parmi nous. » (Montesquieu : Esprit des lois, t. IV, p. 33, éd. Londres, 1769.) (Note originale de Karl Marx)

|5| Extrait de Karl MARX, Le Capital - Livre premier, Le développement de la production capitaliste, VIII° section : L’accumulation primitive, Chapitre XXXII : Tendance historique de l’accumulation capitaliste. In Karl MARX, 1867, Le Capital, livre I, Œuvres I, Gallimard, La Pléiade, 1963, p. 1238

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mardi 9 août 2011 à 09h17, par  Gautier Weinmann

Lundi 8 août 2011
Si la dette est bien un problème, ce n’est pas celui que l’on prétend
Nous reprenons un article du regretté économiste Raphaël Thaller et de Lilian Brissaud (leur dossier complet "droit d’alerte" n°11) sur la dette publique. Des faits parlants et une analyse précise et claire.
Si la dette est bien un problème, ce n’est pas celui que l’on prétend

novembre 2010, par Saint Martin d’Hères

Par Raphaël Thaller et Lilian Brissaud, économistes.

« La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. (…) Comme par un coup de baguette magique, elle confère à l’argent improductif un talent procréateur qui le transforme en capital, sans qu’il ait besoin de s’exposer au dérangement et aux risques des investisseurs industriels et même des placements usuraires ». (Marx, Le Capital).

« Les caisses de la France sont vides ».

Depuis des années, c’est le même refrain : nous dépensons trop et nous mangeons le pain de nos enfants.

En réalité, le thème de la dette publique a pour but de nous faire accepter une diminution des dépenses publiques, qui répond elle-même à l’objectif de diminution des impôts. Plus exactement : les impôts payés par les entreprises et par les classes riches de la société, c’est-à-dire le capital.

On peut alors montrer que si la dette constitue bien un problème, ce problème n’est pas celui que l’on prétend. De sorte que ceux qui n’ont pas de mots assez durs pour la fustiger n’ont en réalité aucunement l’intention de la supprimer.

Si l’État emprunte de l’argent, c’est pour pouvoir combler ses déficits budgétaires, c’est-à-dire la différence entre ses dépenses et ses recettes fiscales.

Ce déficit s’est élevé à 56 milliards d’euros en 2008 et à 100 milliards en 2009. Ce déficit ne provient pas d’un excès de dépenses publiques mais de la politique de baisse des impôts.

Ce phénomène a été reconnu par Gilles Carrez, rapporteur UMP de la commission des Finances de l’Assemblée nationale : « L’accumulation de baisses d’impôts depuis 2000 semble avoir conduit à un accroissement du déficit structurel car, si le taux de prélèvements obligatoires apparaît en baisse tendancielle sur la décennie, le taux de dépenses publiques, en revanche, reste stable. »

En clair : les dépenses sont constantes, les recettes diminuent.

S’il n’y avait pas eu toutes les baisses d’impôt effectuées depuis dix ans, les recettes de l’État auraient dû se monter en 2008 à 348 milliards d’euros, à comparer aux 265 milliards collectés en réalité.

Il manque donc chaque année au moins 83 milliards d’euros dans les caisses de l’État !

Cela concerne surtout l’impôt sur le revenu, payé par les plus riches, ainsi que l’impôt sur les sociétés : crédit d’impôt recherche, taxation réduite des plus-values, taxe professionnelle. Il faut y ajouter les droits de succession, le bouclier fiscal, la baisse de la TVA pour les restaurateurs.

Qui ne paie pas ses impôts s’enrichit.

Chaque année, le déficit se reproduisant au rythme des nouvelles baisses d’impôts, on entretient ainsi le mythe d’un État trop dépensier. D’autant qu’il existe en France une certaine aversion populaire à l’égard de l’impôt. La classe dirigeante s’appuie habilement sur elle pour véhiculer sa propre haine envers l’impôt, voie royale vers les privatisations et le démantèlement du service public.

En outre, la dette nourrit grassement la « classe des créanciers de l’État », que Marx déjà dénonçait.

Car on n’emprunte qu’aux riches. L’État se tourne vers ceux qui cherchent à prêter leur argent, c’est-à-dire à le placer : banques, assurances… Ce qu’on appelle les marchés financiers. Il s’agit d’une fonction spécifique au capitalisme : le capital de prêt, générateur d’intérêts.

On aura compris que ces « investisseurs » à qui l’État s’adresse sont ceux qui bénéficient des allégements fiscaux !

Ce que l’État ne leur prend plus sous forme d’impôt, désormais il leur emprunte, avec remboursement du prêt.

Quand on prétend que ce seront « nos enfants » qui paieront « nos dettes », c’est un jugement unilatéral, car ce sont les enfants des créanciers qui se feront rembourser par les enfants des débiteurs. La dette n’est donc pas une affaire entre générations, mais c’est un règlement de comptes, à l’intérieur d’une même génération, entre créanciers et débiteurs.

Au remboursement de la dette s’ajoute le paiement des intérêts.

Plus de 40 milliards d’euros sont ainsi versés chaque année aux créanciers de l’État. C’est le deuxième poste du budget.

Les créanciers vont demander des intérêts les plus élevés possibles, quitte à propager l’idée que l’État est en faillite, comme on l’a vu pour la Grèce.

Plus le débiteur est réputé pauvre, plus le risque d’insolvabilité est important, plus les intérêts à payer sont élevés : qui paye ses dettes s’appauvrit.

La Grèce a dû payer des intérêts deux fois supérieurs à ceux de l’Allemagne.

Or, les créanciers justifient la hausse du taux d’intérêt par le prétendu risque qu’ils encourent. Mais ils demandent aux États les plus riches, à l’Europe tout entière, au FMI, de garantir les prêts afin précisément de supprimer tout risque !

Il est enfin à noter que la dette publique s’internationalise : les sommes prêtées à l’État français par des créanciers étrangers sont égales aux sommes prêtées par des créanciers français à des États étrangers.

Les États conduisant tous la même politique fiscale, cela fait croire que chaque État est prisonnier des marchés financiers et tributaire de la bonne appréciation des agences de notation.

En réalité, c’est l’inverse : ce sont les « investisseurs » à la recherche de bons placements lucratifs qui sont dépendants des choix politiques délibérés effectués par les États à leur profit.

La dette publique est trop rentable pour disparaître.

Rentable économiquement, mais aussi politiquement, car elle fonde la baisse des impôts, qui est un vrai programme politique à elle toute seule.

C’est bien une véritable contre-révolution fiscale qui s’opère.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen stipule que l’impôt est une « contribution commune, également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés ».

Cet impôt-là est en train de disparaître. L’histoire ne se répète pas, dit-on. C’est faux. Car si l’on veut mater cette contre-révolution fiscale, et il en est encore temps, il faudra bien recommencer l’affaire à son commencement.

Débiteurs de tous les pays, unissez-vous !

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lundi 8 août 2011 à 09h00, par  Gautier Weinmann

Le protectionnisme plébiscité par les Français, analyse du sondage IFOP
Par Jacques Sapir

mardi 2 août 2011

Voir en ligne : Sondage IFOP : les Français et le protectionnisme

L’identification des méfaits du libre-échange sur l’économie française apparaît à une grande majorité de français, à tel point que l’on peut parler d’une prise de conscience massive, dépassant les cadres des partis politiques, et exprimées par quasiment la totalité des couches de la société. L’ancienne opposition entre diplômes et non-diplômés qui avait été mise en avant lors du référendum de 2005 n’existe plus.

Le peuple français oscille entre révolte et résignation, tel est le premier enseignement de ce sondage. • Ainsi 48% des réponses indiquent que les personnes interrogées sont « révoltées » par la situation économique de la France tandis que 30% d’entre elles sont « résignées ». On ne trouve que 14% de confiants et d’enthousiastes. • Les catégories sociales où le sentiment de révolte prédomine sont les ouvriers (64%), suivis des artisans et petits commerçants (55%) et des employés (52%). Le sentiment de révolte est le plus faible pour les professions libérales et cadres supérieurs, mais il atteint néanmoins 36%.

I. Un regard critique et argumenté sur la mondialisation et le libre-échange.

La question principale porte sur l’appréciation de l’ouverture des frontières aux marchandises de pays comme la Chine et l’Inde et globalement aux pays émergents. Les résultats témoignent d’un rejet massif de la mondialisation.

Un jugement négatif est partagé par 73% des réponses en ce qui concerne les déficits publics, 78% en ce qui concerne le niveau des salaires et 84% en ce qui concerne l’emploi.

Notons aussi que le pourcentage de réponses indiquant que ces conséquences ont pu être positives voire très positives n’est que de 7%, soit 12 fois moins que le pourcentage estimant que les conséquences sont négatives voire très négatives.

Ce jugement est sans appel. Sur les trois grandes questions qui concernent l’économie, l’emploi, les salaires et les déficits, il se trouve une écrasante majorité de français pour considérer que l’ouverture de l’économie a eu des conséquences néfastes. Très clairement, la « mondialisation heureuse » n’existe que dans certains journaux ou sous certaines plumes.

Cette ouverture est aussi considérée comme une mauvaise chose pour les pays développés en général (52%) et pour la France en particulier (57%). C’est aussi une mauvaise chose pour la sécurité des produits distribués en France (71%), pour les salariés (72%) et pour l’environnement (73%). La conscience des résultats négatifs de l’ouverture ne se limite donc pas à la question sociale. Elle touche aussi massivement la question de la sécurité des produits de consommation (et la sécurité alimentaire) ainsi que l’environnement. La prise de conscience qu’il y a une contradiction radicale entre le libre-échange et la préservation de l’environnement apparaît particulièrement massive.

Quand on demande aux personnes interrogées de se projeter dans le futur, elles sont 75% à répondre que l’ouverture aura des conséquences négatives sur l’emploi dans les dix années à venir. Elles sont donc opposées logiquement à hauteur de 70% à l’absence ou la faiblesse des droits de douane sur les produits provenant des pays émergents, et partisans à 65% d’une hausse de ces droits. Les conséquences d’une politiques protectionnistes sont perçues comme favorables à la protection du savoir faire français (59%), des activités de l’industrie (57%), de l’emploi (55%) et de la croissance (50%).

Massivement, les personnes interrogées pensent que c’est à l’Europe qu’il revient de mettre en œuvre cette politique protectionniste (80%). Mais, au cas où l’on se heurterait à un refus de nos partenaires européens à appliquer une telle politique, 57% des personnes interrogées répondent qu’il faut que la France fasse cavalier seul. On ne saurait mieux exprimer la formule « avec l’Europe si on le peut, avec la France s’il faut, contre l’Europe si on le doit » !

II. Un phénomène qui transcende les partis et les positions sociales.

Cette dernière question est très symptomatique car elle concentre à la fois le problème du protectionnisme et celui d’une possible action unilatérale de la France,

De manière significative, on ne retrouve cet équilibre que chez les électeurs des Verts. Les électeurs de l’UMP et du PS soutiennent quant à eux de manière importante le principe d’une politique unilatérale (58% et 56%) en dépit des positions proEuropéennes de ces deux partis. Comme on peut s’y attendre, ces positions sont plébiscitées par les personnes qui sont proches du Front de Gauche et du Front National (73% dans les deux cas). Mais, ces résultats s’inscrivent dans une tendance générale. Les chiffres du Front de Gauche et du Front National indiquent qu’ils sont plus dans une position d’influence sur la gauche et la droite modérée que dans une position d’opposition. Les résultats par catégories socioprofessionnelles confirment ce jugement. Si on retrouve 60% d’ouvriers pour considérer que la France devrait appliquer des droits de douane à ses frontières en cas de refus ou d’échec d’une solution concertée européenne, les pourcentages des artisans et petits commerçants (63%), celui des employés (57%), mais aussi – O surprise – ceux des cadres supérieurs et professions libérales (56%) ne sont guère différents.

Il y a donc une contradiction évidente entre l’électorat et les principaux partis (PS et UMP) sur la question européenne. Par contre, le Front de Gauche et le Front National apparaissent comme bien plus en cohérence avec leurs électeurs. N’en doutons pas : si un référendum devait être organisé demain sur une telle question, il aboutirait au même désaveu de la classe politique, et des grands médias, que celui de 2005. D’ailleurs, 61% des personnes interrogées se prononcent en faveur d’une pétition pour l’organisation d’un débat à l’échelle européenne contre 21% de réponses opposées.

Ce jugement extrêmement négatif se vérifie si on le ventile par affiliation politique (le pourcentage maximum étant celui des personnes proches du PS avec 90% et le pourcentage minimum celui des personnes proches du MODEM avec 82%). Il en va de même quand on le ventile en fonction du vote pour les candidats de l’élection présidentielle de 2007 (90% des personnes ayant voté pour Ségolène Royal partagent ce jugement négatif contre 86% pour François Bayrou).

On observe un résultat analogue quant aux conséquences du libre-échange sur le niveau des salaires.Un jugement très négatif est partagé à égalité par les anciens électeurs de Ségolène Royal et de Jean-Marie Le Pen (89%) et ne tombe qu’à 72% avec les électeurs de Nicolas Sarkozy. Les sympathisants du MODEM sont certes les moins convaincus (encore que le pourcentage soit de 72%), mais il est de plus de 80% pour tous les partis de gauche et les Verts et de 86% pour le Front National.

Enfin, l’impact sur les salariés français de l’ouverture est lui aussi jugé négativement à une très large majorité par les sympathisants de tous les partis et pas les personnes ayant voté pour les cinq candidats pour lesquels les résultats ont été comptabilisés.

Jamais la divergence entre le discours des états-majors ou des futurs candidats des partis centraux de l’échiquier politique français (PS et UMP) et leurs électeurs n’aura été aussi grande que sur la question des conséquences de la mondialisation.

Ce protectionnisme les sondés espèrent massivement qu’il pourra se mettre en place à l’échelle européenne. Mais, en même temps, ils ne sont pas dupes. Ils savent pertinemment que la construction européenne est devenue une énorme machine qui produit du règlement mais pas de politique. Alors, face à cette réalité incontournable, ils expriment aussi une forte volonté que ce soit dans le cadre national que soient formulées les solutions.

Le choix d’une solution unilatérale provoquerait une crise majeure dans l’UE, ce qui est dit et répété là encore par une large partie de la classe politique et des médias. Pourtant, une telle solution semble être acceptée par une large majorité des personnes sondées. Non seulement l’écart entre les partisans et les opposants à une telle solution est considérable (57% contre 31%), mais on ne trouve que 10% du total des personnes interrogées pour dire qu’elles sont tout à fait opposées à une solution unilatérale, autrement dit qu’elles placent l’UE au-dessus des intérêts de la France. Le grand rêve européen, entamé par l’acte unique, s’achève et les Français se réveillent profondément attachés à leur Nation.

III. Les conséquences politiques.

La maturité des Français, telle qu’elle se dégage de ce sondage, est assez étonnante. Qu’il s’agisse des causes de la situation économique ou des solutions à y apporter, on trouve dans les réponses la trace d’un argumentaire étoffé.

Le principal problème vient de la divergence entre les positions politiques affirmées du PS et de l’UMP et le positionnement de leurs électeurs. La contradiction, on l’a déjà dit, est patente et massive. Elle se renforce du fait que 64% des personnes interrogées pensent que la question du protectionnisme devrait être un sujet important lors de la prochaine élection présidentielle. Ils ne sont à l’inverse que 23% à penser que cette question n’est pas vraiment importante et seulement 5% à considérer que l’ouverture économique ne constitue pas un sujet.

Or, sur ce point, les positions des deux grands partis français sont pour le moins sujettes à caution. Si, à l’UMP, Nicolas Sarkozy avait fait durant sa campagne électorale quelques déclarations laissant à penser qu’il était en faveur d’un certain protectionnisme, elles n’ont pas été suivies d’effets. Au PS on balance entre une référence à des « écluses », voire des droits de douanes (mais uniquement contre des pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire et environnementale) et les déclarations récentes de l’un des candidats potentiels, François Hollande, qui a exclu tout recours au protectionnisme. On constate donc qu’aujourd’hui, tant la pratique des uns que le discours des autres sont à l’opposé de ce que réclament les Français.

Une telle divergence est suicidaire. Elle l’est pour chacun de ces partis qui prend le risque de passer à côté d’un thème majeur de la future campagne électorale, et ainsi de favoriser les partis qui, eux, sont beaucoup plus en phase avec l’opinion des Français, et en particulier le Front de Gauche et le Front National. Mais, cette divergence est aussi, et même avant tout, suicidaire pour la classe politique et pour la démocratie. Elle contribue à asseoir dans l’opinion l’idée que la classe politique, du moins pour ce qui concerne les « grands partis » a des intérêts et des préoccupations radicalement différents de ceux de la population. La vague populiste qui monte dans notre pays comme dans de nombreux pays d’Europe y trouvera certainement un aliment important, et peut-être même décisif dans les mois qui viennent

Le bon sens voudrait donc que les « grands partis » se saisissent sérieusement d’une question qui, comme l’indique ce sondage, transcende les partis et les positions sociales. Des réponses fortes et positives doivent y être apportées d’urgence, et l’on ne pourra plus s’abriter derrière l’argument d’une inaction européenne pour justifier sa propre inaction.

À défaut, il faut s’attendre à une montée en puissance des partis qui, eux, auront compris l’importance de la question du libre-échange et de la mondialisation. Il sera trop tard, au soir d’une élection, de venir le regretter.

16 juin 2011 Par Jacques Sapir

http://manifestepourundebatsurlelib... ?p=162

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mardi 2 août 2011 à 11h59, par  Gautier Weinmann
Veuillez excuser certaines fautes de français...

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