Cantonales : Et si on jetait un œil sur le "vote ouvrier", celui des syndiqués ?

, par  Canaille le rouge , popularité : 7%

Quand on voit que le peuple se trompe on change le peuple ? On change de binoculaire à scruter les foules (preuve manifeste qu’on y est extérieur) ? Ou on remet en cause la pertinence de ses observations et des outils d’analyse ?

Cantonales : Et si on jetait un œil sur le "vote ouvrier", celui des syndiqués ?

D’abord un constat on ne se penche pas avec tant de sollicitude sur la façon d’accompagner traverser ou subir la crise pour les autres catégories sociales.

Dans ce pays, qui produit des marchandises diverses de toutes natures, il n’y a plus d’ouvrier(e)s, donc plus de classe ouvrière.

Paradoxe des politologues : Cette classe ouvrière qui n’existe plus peut toujours voter. Voila une question sur laquelle il faudra revenir avant 2012 pour réfléchir qui vote pourquoi et à quoi ça peut servir.

Serait-ce qu’alors que de cette classe ouvrière n’existe plus, tel de sudo-méditérrannéns électeurs insulaires attributaires de blagues électorales éculées, leurs mânes continueraient de voter au point d’être objet d’études ?

Cela dit, ce n’est pas cette question qui fait du yoyo avec un neurone de La canaille. Non. Mais celle-ci, posée sous des formes diverses : "pourquoi la classe ouvrière vote-t-elle pour le FN ?" et sa question subsidiaire pourquoi ceux qui sont les plus éclairés (notez la hiérarchie du tri parmi les primaires tel que vu par les supérieurs), les syndicalistes sont-ils atteints, singulièrement à la CGT, par ce syndrome ?

En posant la question comme cela, la Canaille ne pense pas avoir grossi le trait des propos de la presse audio, visuelle et écrite des trois dernières semaines.

Intérêt mais aussi limite scientifique du propos : présenter les choses ainsi en fait des vérités établies donc indiscutables.

"Le prolo vote FN", "le bolcho a un couteau entre les dents", "le coco va te nationaliser ta télé", "la terre est plate", "Thorez à des robinets en or sur sa baignoire","il a toujours eu des riches et des pauvres", "sans patrons tu fais comment pour travailler ?" et quelques unes comme cela qui traversent l’histoire ont établi les bases d’une pensée chargée de faire référence.

Et puis là, patatras. A ne pas vérifier les ancrages, ni nettoyé clavettes, boulons, et goupilles de verrouillage, l’échafaudage leur tombe sur la gueule : les chiffres, comme les faits, sont têtus.

C’est la France rurale, et parmi elle dans les centres villes et les quartiers bourgeois et les villes de garnison d’une armée coupée de ses racines républicaine par sa professionnalisation, qui en voix pourrait indiquer une montée du FN.

C’est l’abstention qui le fait monter en pourcentage même quand il perd des voix. Comme le remarquent plusieurs commentateurs moins médiatisés mais plus rigoureux :

La Seine-Saint-Denis enregistre le taux d’abstention le plus élevé avec 67, 30 %, un département populaire où hier, l’essentiel des voix se portait sur le vote communiste, et où le taux de chômage est important. Un département où les salariés et parmi eux les ouvriers sont encore très présents, en tout cas beaucoup plus que dans les Pyrénées orientales ou le Morbihan. Dans le 93 on voit un FN progresser en % et régresser en voix, dans les seconds et ceux de même sociologie il progresse en % et stagne, voire peut par endroit progresser en voix.

Toujours en regardant la Seine-Saint-Denis : à Aubervilliers, seuls 27,13%, des électeurs se sont exprimés, 27,90% à Saint-Denis, 31,91% à Saint-Ouen, alors que dans les Hauts de Seine ou les Yvelines, à Neuilly, Versailles ou Saint-Germain-en-Laye, là où on connait plus les chaînes de chez Cartier que celles de montage, le pourcentage avoisine ou dépasse les 40%.

D’autre part, l’écart est net entre les bureaux des « centre villes » et ceux des cités, ces derniers marquant le maximum d’abstentions.

Dans les zones urbaines des départements ruraux, là ou la recomposition économique et les délocalisations des années 80 ont installé des ZI alimentées en main d’œuvre par des ZUP, ou des zones pavillonnaires normalisées, c’est pareil : montée du FN en % et chute en voix liées à une abstention massives. Ces phénomènes sont amplifiés par la recomposition interne de la droite.

Les déçus de Fa# et de l’UMP n’ont pas fait la queue pour voter PS, ses gages et reniements ne sont pas encore suffisant pour y conduire mais et les résultats, bureau par bureau le montre, les enfants et petits enfants des goûter du maréchal vont sans problème au bal de la marine même si le barnum a maintenant un calicot en lettre d’un mètre portant en fluo le nom du producteur du spectacle.

La présentation des résultats à partir des exprimés permet de masquer cette réalité à partir des chiffres données par le ministère de l’intérieur au soir du scrutin.

Le score des formations politique ramené en pourcentage des inscrits, c’est à dire en pourcentage de la vie réelle remet sèchement sur pied les contorsionnistes.

Sur un nombre d’inscrits 20.310.329 (sur les cantons renouvelables)

abstention 55,00 %
PS 11, 25 %
UMP 7, 67 %
FN 6, 80 %
Vert Écologie 3,71 %
PC 3,57 %
divers gauche 2,43 %

C’est autre chose que les divagations sur le vote ouvrier à l’extrême droite dans un pays dont 95% des actifs sont salarié(e)s et dont plus d’1/4 font objectivement partie de la Classe ouvrière.

Et les syndicalistes là dedans, cœur du joyau des préoccupations des commentateurs.

Liaison Sociale a rendu public un sondage qu’il faut regarder à l’aune de ce qui précède et certainement que les collectifs organisations des syndicats, là où ils subsistent, sauront tirer les enseignements.

D’abord les chiffres tel que livré par LS : (ici son commentaire

Vote au premier tour des élections cantonales selon la proximité syndicale

© Harris Interactive
Vote au 1er tour des élections cantonales 2011 par proximité syndicale

Total Proximité syndicale Sous-total Proche d’un syndicat CFDT CGT Force Ouvrière (FO) Sud-Solidaires CFE-CGC Aucun syndicat
Pour un candidat d’extrême-gauche 1% 1% 1% 2% 3% - - 0%
Sous-total Pour un candidat de Gauche 50% 64% 67% 89% 55% 92% 25% 37%
Pour un candidat du Front de Gauche (PC et Parti de Gauche) 9% 14% 5% 36% 7% 37% 1% 5%
Pour un candidat du Parti Socialiste / Divers Gauche 32% 41% 51% 44% 45% 46% 14% 24%
Pour un candidat écologiste (Les Verts / Europe Écologie, Autres écologistes) 9% 9% 11% 9% 3% 9% 10% 8%
Pour un candidat du MoDem 1% 1% 1% - - 4% 2% 1%
Pour un candidat de droite (UMP, NC, Majorité, Divers Droite) 32% 24% 22% 3% 26% - 62% 38%
Pour un candidat du Front National 15% 9% 8% 6% 15% 3% 8% 21%
Pour un autre candidat 1% 1% 1% 0% 1% 1% 2% 3%

En rappelant que ces résultats éliminent l’abstention politique, celle de ceux qui dans la rue à l’automne ne se retrouve pas avec le sens politique pour eux sans portées de ce scrutin (on ne débat pas à ce moment de la justesse ou non de la position mais de ce qu’elle pèse dans l’engagement électoral au regard de son poids dans le mouvement social et revendicatif).

Bien sur, voir dans ce périmètre des votants que 6% de proches de la CGT ont pu voter FN, le moins qu’on puisse en dire, ce n’est pas un motif d’enthousiasme loin s’en faut. Pour autant le ras de marée annoncé d’un vote syndical en particulier CGT et ses 89 % de vote à gauche met mieux en perspectives le réel.

Les voix clamant que la CGT a des yeux doux pour l’extrême droite en prennent un coup plus que sévère. Ils l’ont rêvé, ils l’ont tenté, le réel les a brutalement calmé.

Notons aussi que la non appartenance syndicale abonde à hauteur de 59% le vote pour la droite et l’extrême droite contre 37% pour un candidat de "gauche". (Message personnel : cela a un nom. Cela s’appelle la nature de classe de la société. Et si quelqu’un croise un dirigeant du PCF qu’il lui passe l’info, sait-on jamais ça peu servir)

On passe du tsunami médiatique à un bout de sucre tombant dans la tasse. L’inconvénient quand même, qui justifie de ne pas baisser la garde, c’est que le sucre, quand il a fondu dans la tasse, a donné sa part de goût au contenu et durablement. Ne pas boire, laver la vaisselle. D’où le besoin, un, de ne pas servir de cette décoction, deux, de marginaliser les contenants. La déclaration des organisations syndicales condamnant le FN y conduit même si elles n’en fait pas le tour. La liste des signataires, ses absents est intéressante à examiner à la lumière des chiffres du tableau.

La Canaille attend avec impatience une étude du même ordre pour les catégories non salariés en particulier les professions libérales, les sans professions non chômeurs etc.…

Ce sondage, outre l’éclairage qu’il apporte, amplifie la responsabilité de celles et ceux qui au nom d’alliances sans projets ont abandonné le combat de classe et tourné les talons devant ceux qui ont besoin d’une alternative à ce qu’ils subissent. Il amplifie le besoin de combler ce vide.

Il faudra y revenir et souvent.

Voir en ligne : sur le blog de la canaille le rouge

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    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).