Burkina Faso : « Thomas Sankara était en avance sur son temps »

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Publié le 06/11/2014 sur Rue89

« Bien fait pour Blaise ! C’est l’assassin de Thomas... » Cette opinion est largement répandue sur Facebook et les réseaux sociaux en Afrique de l’Ouest. Beaucoup, du Sénégal au Burkina, en passant par le Mali et la Guinée, se réjouissent du départ de Blaise Compaoré, dégagé par la rue, 27 ans après la mort de son compagnon d’armes, le très regretté capitaine Thomas Sankara.

Partout en Afrique de l’Ouest, les jeunes n’arrêtent pas de poster des photos de Thomas Sankara et de rendre hommage à ce héros panafricaniste, anti-impérialiste et non-aligné, qui préconisait la lutte contre la corruption, la réforme de l’agriculture, de l’éducation et du statut des femmes. Il a été tué le 15 octobre 1987 à l’âge de 37 ans, après seulement trois ans de pouvoir et une tentative de révolution africaine.

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Wenceslas Balima, 32 ans, metteur en scène burkinabè, n’avait que 5 ans au moment de cette tragédie. Ce jeune homme de théâtre ne supportait pas l’arrogance du clan Compaoré au pouvoir. Du coup, il a préféré s’installer à Paris en 2008...

Il fait partie de ceux qui se souviennent et construisent leur avenir en ayant toujours en tête l’esprit de "Thomas", l’homme qui a donné son nom actuel à l’ancienne Haute-Volta, devenue en 1983 le « pays des hommes intègres ».

Rue89 l’a fait parler de Thomas Sankara.

« Il était visionnaire »

« Il était en avance sur son temps. La génération de nos pères l’a considéré comme un illuminé. Un homme avec qui elle ne pourrait être qu’en conflit perpétuel. Il était visionnaire et voulait construire une nouvelle société africaine.

Ce n’est pas étonnant que Thomas revienne aujourd’hui de cette manière. Tout ce qu’il a dit s’est avéré. Il disait qu’on ne peut pas vivre dans la situation qui est celle de l’Afrique post-coloniale de manière éternelle. Quand on relit ce qu’il disait, notamment sur la dette, on ne peut pas comprendre la lâcheté de nos parents.

Comment ont-ils pu accepter ça, la mort de Sankara et le pouvoir de Compaoré ? A la mort de Sankara toute l’Afrique pleurait sauf une partie des Burkinabè. L’Afrique est passée à côté de quelque chose ! Sankara nous parle toujours aujourd’hui.

Thomas disait qu’il faut assumer son identité africaine, arrêter de chercher à ressembler à l’Occidental, développer les ressources qu’on a et cesser de vivre en tendant la main. Il a mis très vite en place ses projets qui ont été encouragés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tels que les vaccinations commando. En une semaine il a vacciné des milliers d’enfants, du jamais vu en Afrique.

Il a fait travailler l’armée dans les champs, estimant que tout salaire justifie travail – du coup, les militaires qui traînaient en ville à boire de la bière, il les a envoyés dans les villages aider les paysans. Par le biais de ces travaux on a pu atteindre l’auto-suffisance alimentaire. "Tout militaire sans formation politique et idéologique est un criminel en puissance", disait-il.

Il avait compris tout le potentiel de nuisance de nos militaires en Afrique. Il voulait qu’on partage la richesse, qu’on sorte les gens de la misère, qu’on construise des maisons pour les personnes qui vivaient dans des taudis. C’était tout le problème, puisque les élites avaient déjà pris l’habitude de s’accaparer les rentes et de jouer au m’as-tu vu... »

« L’aveuglement de Compaoré est très complexe »

« Les hauts fonctionnaires étaient mécontents du système Sankara, où il fallait travailler et respecter les règles. Thomas Sankara avait dit clairement qu’il ne fallait pas mélanger la politique et tout ce qui relève de la tradition. Il a été tué, et Compaoré a fait tout le contraire de ce qu’il préconisait.

Il a enrichi les chefs traditionnels, vecteurs de messages, d’autorité mais aussi de bulletins de vote… Il les a transformés en griots, en salariés de l’État. On les voit dans les villages avec des 4x4 et des maisons à étages. Il ne sont même plus dans des cases...

Blaise est revenu pour distribuer les avantages au détriment du peuple. La méthode a marché. Il a infiltré notre tradition et l’a gangrenée. Du coup, personne ne fait plus confiance aux chefs traditionnels, qui sont perçus comme des voleurs et qui sont pour certains devenus des députés. La corruption s’est installée.

Il a liquidé Thomas et les officiers de l’armée burkinabè, puis fait ce qu’il voulait. A partir du moment où il arrive à imposer ça et où personne ne réagit... La réaction de la rue n’a pu que surprendre Blaise Compaoré, qui pensait tenir toutes les ficelles du pouvoir.

Son aveuglement est très complexe. Il a été choyé par les grandes puissances, avant d’être lâché ces derniers temps. Des tonnes de projets lui ont été proposés pour qu’il lâche le pouvoir. Je suis un Mossi, l’ethnie majoritaire au Burkina, et je sais ce que c’est : un chef est un chef. Il l’est à vie… »

Par Sabine Cessou, journaliste pour Rue89

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