Bilan raisonné de 1981 et de la présidence de François Mitterrand Lecture utile d’une conférence de Jean-Luc Mélenchon...

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Voici le texte de la conférence de JLM sur un "bilan raisonné de 1981". Elle avait conduit à un premier article sur la fin de l’époque qui avait inventé 1981. Le texte, transcrit de la vidéo, est long, la prise de note n’est pas parfaite et de nombreuses corrections seraient nécessaire [1]. Il peut se glisser quelques erreurs d’écoute... Mais sauf erreur, le texte de cette conférence n’a pas été publié.

Cette conférence est éclairante. Elle est un discours construit et argumenté, une lecture originale de l’histoire, quand tant de discours politique se réduisent à l’actualité et aux affaires. Elle nous parle de cette histoire qui nous a conduit à l’impasse d’une gauche "plus rien" en 2017, histoire relue par un de ses acteurs, qui explique comment il en a tiré des leçons. Elle précise clairement la trajectoire personnelle de JLM. Avec ce bilan raisonné, JLM se présente en quelque sorte comme le vrai continuateur du Mitterrand de 1972, un Mitterrand qui face au mur de l’argent, aurait été débordé par la droite d’un parti socialiste incapable de faire appel au peuple en 1983.

Elle confirme que pour les communistes, l’union de la gauche a bien été un piège qui s’est refermé quand ils ont tenté d’actualiser le programme commun, puis quand ils se sont retrouvés au gouvernement face au tournant de la rigueur de 1983. Comme le dit brutalement JLM, dans l’union, "le premier qui descend du train est mort..."

Elle propose une analyse bien rapide de la mondialisation capitaliste comme un cadre nouveau pour penser une rupture politique, cadre dans lequel le programme commun était inadapté, car il aurait été pensé pour "un accord possible entre le capital et le travail face aux autres impérialismes". Le nouveau cadre qui bouscule 1981 est pour JLM marqué par la mondialisation financière qui conduit à Thatcher et Reagan, et qui conduirait désormais à un affrontement mondial. Cette partie est peu convaincante, comme si DSK, l’homme du FMI, réfléchissait dans le cadre du capitalisme monopoliste d’état, comme si l’affrontement au monde n’était pas nécessaire avant 1980... L’ambiguïté européenne de JLM se révèle d’ailleurs dans cette tension entre une réponse européenne "protection" contre la mondialisation, ce qui supposerait un accord capital-travail européen, et l’affirmation qu’un tel accord n’est plus possible dans la mondialisation, accord qu’il dénonce dans le choix européiste de 1983, mais qu’il poursuit dans son programme de "filtres européens" face à la mondialisation.

Elle propose une stratégie (un parti, un programme, implication citoyenne) qui fait la critique de l’institutionnalisation du pouvoir de la gauche, réduite à céder en 1983 face au mur de l’argent, ce qui le conduit à la notion de révolution citoyenne. Cette stratégie qui se présente aussi dans la continuité du choix communiste de l’union en 1965, reste dans le cadre d’une démarche électorale qui vise à créer les conditions d’un nouveau 1981, tirant les leçons de 1983... De ce point de vue, le parti communiste, dont les directions successives ne pensent et ne décident qu’en fonction des élections, est mal placé pour le critiquer...

Elle situe le parti socialiste d’aujourd’hui comme cette part du PS qui depuis toujours cherche le compromis à droite, celle de Defferre, mais aussi de Mauroy, Royal, Hollande, DSK, Le Drian, Rocard... A noter qu’il ne dit rien de la guerre d’Algérie, rien du rôle du parti socialiste ou de la SFIO dans le colonialisme, que son histoire de la gauche commence avec le choix du PCF de soutenir Mitterrand en 65... Il y a donc un grand absent, un impensé de ce bilan, c’est 1920 et ce qui fonde la contradiction entre socialistes et communistes... JLM assume d’avoir contribué à l’objectif Mitterandien de faire reculer le parti communiste, et s’il veut dénoncer 1983, c’est bien pour défendre la "portée" sociale de 1981 et de ce qui l’a construit, la démarche du programme commun.

D’un coté, face au mur de l’argent, il propose la révolution citoyenne, mais le rappel que 68 se termine par la victoire électorale de la droite conduit à affirmer que le mouvement social est aveugle sans une issue politique, comme si le problème n’était pas justement dans la capacité propre du monde du travail à se projeter comme force dirigeante, donc comme force politique, et que l’union ne peut être qu’un moyen de ce que les communistes appelaient "dictature du prolétariat" et qui veut dire au fonds justement ce que JLM pointe, comment le peuple impose sa force au mur de l’argent... Autrement dit, oui, il faut un parti, un contenu, un rassemblement, mais dirigé par qui et pour quel projet de société ?

On comprend dans cette référence à Mitterrand pourquoi JLM consacre tous ses efforts à l’élection présidentielle, pourquoi au fonds, il ne s’est rien passé ou presque entre 2012 et 2017 pour lui, pourquoi son parti a surtout cherché des alliances à géométrie variable pour gagner des élus locaux, sans contribuer à l’effort d’organisation politique dans le mouvement social, pourquoi il doit inventer une nouvelle machine électorale avec les insoumis, comme Mitterrand avait fondé le PS d’Epinay pour organiser sa prise en main de l’union de la gauche...

On peut remercier JLM pour nous faire revivre cette histoire, nous aider à en revenir aux sources, au choix du parti communiste de 1965 et à ses conséquences. Il nous aide ainsi à revenir au fonds de la question "parti et rassemblement", pour inventer d’autres formes politiques d’organisation populaire, loin de l’accord de sommet de 1972, loin de l’illusion populaire béate de 1981, et de son échec...

Car c’est bien là qu’on mesure le mieux en quoi JLM, continuateur de Mitterrand, est une impasse pour les communistes, même s’il peut être un allié conjoncturel. Quand il tente de nous convaincre que 1981 est un progrès social historique, il se coupe du monde du travail qui a ressenti avec violence 1981 comme un échec terrible, levier de la pédagogie du renoncement, de l’affaiblissement syndical et politique du monde du travail, creuset de la crise institutionnelle et politique qui aboutit à l’impasse de la gauche en 2017.

Il est cependant normal qu’un socialiste cherche un bilan raisonné de 1981... Aux communistes de faire le bilan raisonné de 1965, et de leur choix stratégique de l’union de la gauche.

Conférence de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale, prononcée le 9 mai 2011, à l’occasion du 30e anniversaire de l’élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981.

Cette conférence a un statut un peu étrange. Ce n’est pas une réunion du parti de gauche dans la mesure où les propos que je vais tenir en quelque sorte n’engage que moi. Mais j’ai ressenti le besoin de m’exprimer, à l’occasion de cet anniversaire, pour la raison que trop de fois, soit j’ai été mis dans une situation, une position qui n’était pas la mienne, relativement à la personne du président Mitterrand, ou à la politique qu’il a pratiqué, et à laquelle j’ai participé à ma modeste place de l’époque, et plus encore, j’étais chagrin et je suis toujours chagrin, des visions simplistes que je vois se développer à propos de cette extraordinaire phase politique que nous avons vécu et que l’on appelle les années Mitterrand, d’une appellation globalisante qui contient des choses complètement différentes, et qui le plus souvent s’arrête à l’écume des choses, à leur superficie, et par cela même nous donne une indication du fait que tout récit sur le passé est un récit au présent. Quand on parle des morts on parle souvent de soi. Quand on parle du passé on parle souvent de l’avenir que l’on aurait préféré.

Tant et si bien que nous ne devons pas perdre de vue lorsque l’on va parler de 1981 et du président Mitterrand, que le récit ne pourra jamais être neutre. La science historique avance à son rythme et elle met sur le devant de la scène des contradictions que le temps règlera.

Mais nous, nous sommes des êtres de chair et de sang qui avons participé à cette histoire. Dans cette salle, il y a des hommes des femmes de la génération qui a été directement impliqué par cette histoire et qui en sont ressortis naturellement pas indemne, et chacun avec son récit, sa vision, ses souvenirs, et ils ne sont pas faits contrairement à ce que d’aucuns souhaiterait que d’amertume de regrets et de désillusions, au contraire. Nombre d’entre nous en sont ressortis avec le sentiment d’appartenance à une longue chaîne du temps dans laquelle ils veulent maintenir leur rôle leur engagement, dans son humanité complexe, contradictoire mais toujours allante. Alors donc pour vous parler à propos de cet anniversaire du 10 mai 1981, je voudrais d’abord déblayer le récit après ces prémices, de quelques autres objets qui encombrent votre chemin

L’appréciation sur la personne... [2]

D’abord il faut distinguer ce qui tient de l’appréciation sur la personne, de ce qui tient du bilan de la situation. Et quant à la personne, par la force des choses, il faut faire la part de la relation que l’on a pu avoir soi-même avec lui, François Mitterrand. Je ne parle pas seulement de gens qui, comme moi ont eu le bonheur de pouvoir l’approcher, le connaître, le fréquenter, mais également, parmi vous, de tous ceux qui, entrés dans son combat, participant à cette bataille à la place qui était la leur à ce moment-là, se sont construits la relation normale que chacun d’entre nous crée avec un leader, même s’ils ne le fréquentent pas, même s’ils ne le connaissent pas personnellement, mais avec cet étrange sentiment de participer à un combat où l’on a les mêmes mots, les mêmes inspirations, les mêmes révoltes, les mêmes joies.
Pour ce qui me concerne, je dois donc commencer par vous dire que je n’encombrerais pas l’effort de conviction que je vais faire, de la tentative de vous convaincre de la nature des relations que j’ai pu avoir personnellement avec lui. Je les mets donc de côté. Je le dis parce que le goût des caricatures et de la pensée simple, en quelques mots qui tiennent dans des phrases courtes, c’est-à-dire le format médiatique, nous condamne à être, soit des ennemis aveuglé de François Mitterrand, soit des mitterrandolâtres. Entre les deux il n’y a place pour rien. En tout cas il semblerait qu’entre les deux il n’y a pas de place pour l’intelligence.

Je pense que précisément c’est l’effet qui est recherché. On ne pourrait pas adhérer rationnellement à ce qu’a été le combat de l’union de la gauche, et précisément c’est cela que nous avons non seulement à sauver, mais à reprendre à notre époque. Donc moi je mets de côté le fait que la relation humaine avec François Mitterrand, lorsqu’on est, comme moi, quelqu’un qui vient d’une famille de milieux modestes, de gens qui ont été bringueballés par l’histoire et qui l’ont subi davantage qu’ils ne l’ont faite, pieds-noirs arrachés à l’Afrique du nord, après avoir été arraché à la Sicille et à l’Andalousie, tout ça, comme c’était loin des gens qui exercent le pouvoir, et bien oui c’est quelque chose pour moi qui reste vif dans mon esprit, que l’honneur d’avoir approché le président de mon pays avec qui j’ai partagé des combats. Et la relation personnelle avec lui, je vous le dis et n’en dirait pas davantage, a été toujours sur le plan humain d’une grande délicatesse. Et c’est ce qui fait que se combinait une magie séductrice étrange, cette délicatesse humaine, combinée à l’attirance vivante que représentait son savoir-faire politique. Le regardant faire, l’écoutant parler, souffrant comme tout homme du complexe de la relation au père, il est clair que comme tous les autres j’ai été me faire valider et revalider à mesure que des idées me passaient par la tête. Et lui laconique, en quelques mots, réglait le sort de ce qu’on lui suggérait. Tantôt c’était, « oui, c’est très intéressant », tantôt, « ah vous croyez », ou bien « si vous voulez », ce qui était le comble de l’amertume après, de se dire comment ai-je pu dire une bêtise pareille. Je mets donc tout ça de côté mais la relation à l’homme cependant, elle, soulève une dimension politique.

Le procès en légitimité

A droite il y a toujours eu ce que j’appelle le procès en légitimité. Le procès en légitimité, c’est « pas vous », et l’on met en cause la personne, une fois, deux fois, trois fois. Quoique ait défendu l’homme, on lui reprochera son passé, ses voisins, ses cousins. Jamais on ne verra la rupture quand c’est elle qu’il faut regarder, toujours on préférera la continuité quand c’est elle qui accable. Et à d’autres moments, on produira la rupture quand c’est le moyen de délégitimer la personne dans la majesté, la forte, la puissance de son engagement. C’est aussi vieux que le rapport de la gauche à la droite. L’objectif numéro un des gens de droite, de la propagande de droite, est de délégitimer les porte-parole de la gauche. Jean Jaurès a été représenté pendant des décennies, pas tant que ça car il n’a pas vécu tant que ça malheureusement, avec une bouteille de vin dans la poche, non que Jaurès ait eu l’habitude de boire, mais Jaurès qui avait un pacte particulier avec son épouse, qui était catholique pratiquante, avait accepté que ses enfants fassent leur communion. Aussitôt la droite s’est jetée sur lui, vous êtes un hypocrite, vous défendez la laïcité mais vos enfants font la communion. Comme si faire sa communion empêchait d’être laïque. Et pendant des années on a représenté Jaurès sur toutes les caricatures avec une bouteille de vin de messe.

A Léon Blum, on a toujours jeté à la figure son passé de critique d’art, pour le faire passer pour un personnage inconsistant et ainsi de suite. Et bien sûr, plus modestement, maintenant que me voici rendu à marcher devant, les autres m’ayant copieusement poussé dans le dos, on me dit, j’ai lu ça dans le nouvel observateur, comment ose-t-il parler du peuple lui qui a le CAPES de lettres, si seulement je l’avais eu. Et je me dis, mais pourquoi, ayant un Capes de lettres, je n’aurais pu parler pour le peuple ? Quoi, il faut donc être sans instruction ? Nos parents se sont dévoués pour rien ? Les efforts que j’ai pu faire pour être un lettré ne servent à rien et me disqualifie alors que c’est tout le contraire ! Alors d’autres fois, on me dit : « avec ce que vous gagnez, vous osez vous présentez ? » ben précisément, c’est à cause de ce je gagne, je suis d’ailleurs payé pour ça, que j’ose me présenter. La logique ne peut pas être « profites et tais-toi » ! Et bien, ce procès en légitimité, nous le connaîtrons tous et peut-être que dans votre vie militante vous l’avez vous-même connu.

Le deuxième volet du procès en légitimité, c’est après avoir dit « pas vous », « pas ça », vous ne savez pas de quoi vous parlez. Ou bien, en fait vous savez bien que ce que vous proposez, ça ne peut pas marcher. Et donc, parce que vous êtes un homme intelligent ou une femme intelligente, vous savez bien que ça ne peut pas marcher, mais vous le proposez quand même, donc vous êtes un menteur et un hypocrite. Et le retour à la case départ de la délégitimation. On a connu ça. J’ai donné l’exemple de Jaurès, je me suis modestement faufilé dans le récit. J’aurais pu évoquer Salengro que l’on a poussé jusqu’à ce qu’il se suicide, et combien d’autres. Ça, c’est le procès classique de la droite.

Le procès en trahison

Il y a ensuite le procès de l’extrême gauche. C’est le procès en trahison. Au fond tout n’était qu’une comédie et le traître, avec son masque, ses cachets, et puis un jour, fatigué de faire le socialiste, il l’a jeté, et enfin il a révélé sa vraie nature. Ah, il faut que les brebis se tournent vers le bon berger et d’ici là, on a ce qu’il faut de larmes pour regretter les erreurs qu’elles commettent.

Voilà en gros la pensée qui résume l’histoire à une série de complots policiers, dans lequel circulent des personnages de circonstance desquels on n’a rien à attendre. Ça c’est le procès en trahison, c’est celui de l’extrême gauche.

Le procès de sociaux-libéraux

Et puis après, vient le procès des sociaux-libéraux. Alors là c’est autre chose. C’était un archaïsme, de toute façon. Ils surgissent partout. Nous avons pris le pouvoir avec un programme qui datait des années 70 pensé pendant les années 60, réfléchi pendant les années 50. On était perdu d’avance. Que ne les a-t-on écoutés plus tôt ! Que ne s’est-on jeté plus tôt dans les bras de Dominique Strauss-Kahn, à qui j’emprunte cette citation. Mais qui sont les cyniques, sinon ceux qui le sachant, ont fait semblant, plutôt que ceux qui ne le sachant pas y ont cru ? Au total cela fait un grand bruit, davantage qu’un raisonnement, et un terrain est ainsi préparé, qui répand l’idée suivante. Rien ne sert à rien, les chefs sont tous des traîtres, les victoires ne conduisent à rien, ça ne sert à rien de prendre le pouvoir. Et ainsi sont reproduites à jamais de petites chapelles messianiques pour le plus grand bonheur de ceux qui possèdent et jouissent.

1983...

Bref François Mitterrand, pris dans ces trois procès, nous entraîne, nous qui avons partagé le combat du programme commun, et au fond ceux qui l’accablent le chargent de tous leur péchés. Car enfin, on va parler bien sûr de 1983. N’est-il pas étrange qu’à propos de 1983 on ne parle que de lui. Est-ce qu’à l’heure des bilans, on ne devrait pas entendre Jacques Delors, qui était le ministre qui ne cessait de dire qu’il fallait faire des pauses, et qui fut le ministre du budget proposant qu’on entre dans la voie que vous savez. Comment se fait-il que Pierre Mauroy n’ai jamais défendu un seul jour les nationalisations qu’il a lui-même décidé en tant que premier ministre ? Pourquoi ne rend-il aucune espèce de compte, de réflexion sur les raisons qui ont conduit à passer de cette politique à une autre ? Tout ça, direction François Mitterrand. Comme il n’est plus là pour s’expliquer, tout va bien et la cohorte grossit. Je vois par exemple Alain Krivine, qui dit sur le programme commun, oui on s’est trompé, c’était de gauche ! Mais c’est une erreur terrible de s’être trompé sur un sujet pareil ! Et là je témoigne comme partie prenante de l’affaire, je n’étais pas membre de la ligue communiste, mais d’une organisation différente du trotskisme. Mais quoi, 20 à 25 000 jeunes gens, garçons et filles, disciplinés, éduqués, aimant la vie, ardent dans le combat, se sont mis à côté de la grande bataille qui allait transformer leur pays et ont laissé des personnes sans doute dévouées, mais bien moins instruites qu’eux dans le combat politique, bien moins déterminées, en quelque sorte devenir les héritiers d’un programme donc ils avaient surtout capté la vague. Eh bien, est-ce que ça n’est pas une leçon qui nous concerne aujourd’hui ? Ce sera l’une des leçons qui nous concerne aujourd’hui, après la méfiance contre la calomnie et la vision policière de l’histoire.

Donc, une fois que l’on a mis tout ça de côté, qui se rapporte à la personne et aux impressions qui s’y attachent, nous goutons avec l’humour qui convient la nouvelle tontonmania qui sévit. Et voilà toutes sortes de récalcitrants, que j’ai connu bien moins ardents, qui se battent dans les cimetières pour être au premier rang, et qui depuis quelques jours, vont courant, porteur d’icônes, de vrais reliques présenter le nouveau bienheureux de l’histoire socialiste, de quoi ils ne retiennent absolument rien de concret, sinon les apparences. Parce qu’après tout je ne vois pas comment on peut jouer un remix du programme commun avec les programmes qui nous sont soumis aujourd’hui. Je vais y venir.

Le bilan dans un nouvel age du capitalisme

Quand nous pensons à cette question du bilan, ayons la lucidité intellectuelle, de comprendre que ce bilan changera encore beaucoup de fois, à mesure que le temps passant, les tendances profondes qui n’étaient en quelque sorte qu’amorcées, dans la période dont nous parlons, et qui étaient cachées aux yeux de ceux qui la vivaient, révèlent ce qu’elles étaient. Nous sommes les êtres humains d’aujourd’hui, sachant ce que signifiait la période. Mais lorsque nous y étions, nous n’avions pour nous que la boussole de nos principes, pour quelques-uns d’entre nous la méthode du matérialisme historique pour penser, et pour le reste notre enthousiasme. Et pourtant, alors même que les événements qui ont conduit au programme comment se nouaient, dans le secret du mode de production capitaliste, dans l’organisation générale géopolitique des puissances, quelque chose était en train de se modifier qui transformait les conditions de l’après-guerre. En 1971, le président des États-Unis d’Amérique met fin à l’équivalence entre le signe monétaire dollar et sa contrepartie matérielle en or. C’est une question technique qui échappe à l’attention d’un grand nombre de gens, mais qui donne ce jour-là un pouvoir absolument incroyable aux Etats-Unis d’Amérique, qui leur permet de tourner la page de ce qu’était l’esprit de la sortie de guerre des accords de Bretton Woods, du compromis de Copenhague, et s’approprie toute la puissance, c’est-à-dire le pouvoir d’émettre avec la planche à billets, autant d’ argent qu’ils le veulent, mettant tout le reste du monde à contribution de remplumer leurs déficits.

Eh bien pendant que ce capitalisme-là, qui va tout d’un coup, produire des milliards et des milliards de capitaux fictifs, engendrer quasi automatiquement, du fait de la concentration dans des économies naines, celles des pétromonarchies, des concentrations absolument fantastiques de capitaux qui ne trouvaient aucun emploi et qui sont donc recyclés dans la finance internationale avec des exigences de rendement, bref cette mutation majeure de l’organisation du capitalisme passe quasi inaperçue en France. Le programme commun est construit sur une stratégie d’affrontements avec un capitalisme monopoliste d’état qui ne sait pas, à ce moment-là, que sa dernière heure vient de sonner en Aout 71, du fait de la décision de Richard Nixon. Mais cette tendance qui n’est qu’amorcée, c’est elle qui va déferler et qui va aller jusqu’au point haut, alors que nous arrivons au pouvoir en 1981. Margaret Thatcher qui arrive en 1979, Ronald Reagan qui arrive en 80, vont être les personnalités politiques qui vont accomplir le programme politique de ce nouvel âge du capitalisme, en jeter les bases, organiser la dérégulation universelle. Pendant tout ce temps, les bons esprits qui aujourd’hui donnent des conseils, n’ont rien vu, rien compris. Et c’est eux qui nous ont suggéré une stratégie qui nous a conduits dans l’impasse.

La séquence historique de 1981

Je viens donc maintenant à la question de 1983. Mais pour y venir, je vous propose d’abord de replacer 1981 dans sa séquence historique, dans ses composantes politiques et dans sa portée. Dans sa séquence, s’il vous plaît, je sais bien que ce n’est pas la maladie qui frappera d’abord cette salle, mais il faut rompre avec la pensée de Disneyland, celle qui produit de l’admiration pour le mariage de Kate et William, la fascination pour les épisodes de ce magnifique feuilleton de Ben Laden.
Il faut partir des faits, de l’analyse dont ils s’organisent entre eux. 1981 n’est certainement pas une surprise inouïe. C’est le résultat d’un long cheminement qui a ébranlé la société française dans ses profondeurs. 1981 est du point de vue du rapport de force social, d’abord l’enfant de 1968. C’est l’effet différé, politique, de la grève générale de 1968. Alors bien sûr ce n’est pas elle que je vais vous raconter, mais il ne faudra pas résumer 1968 au monôme étudiant organisé par Daniel Cohn Bendit, non, même si cela avait beaucoup d’importance, que la bataille pour la liberté des mœurs, non 1968, ce n’est pas seulement les garçons et les filles qui décident de pouvoir changer de résidence, du côté des filles chez les garçons et les garçons que chez les filles. Non 1968, c’est d’abord dix millions de travailleurs en grève, formant dans toutes leurs entreprises des comités de grève, qui furent à deux doigts de ce fédérer à l’échelon national, du fait de l’impuissance des organisations politiques représentatives de la gauche qui n’avait strictement rien à proposer, sinon une personne, et ce n’est pas rien de la nommer. Dans cet énorme chambardement, l’unique personne qui dit, et bien plus que c’est comme ça, je suis prêt à prendre des responsabilités politiques, fort qu’il était d’avoir été le candidat commun de 1965, c’est François Mitterrand, qui fut à l’époque traité de putschiste, et de personnage qui abusait d’une situation sociale pour en faire de la récupération politique. Mais oui mes amis, tout ça, ce sont des faits.

En 1968, nous devons tirer une deuxième leçon. Un mouvement d’une puissance inouïe, qui n’a jamais eu d’équivalent depuis, a été incapable de produire sa traduction politique, car à l’issue de 1968 nous avons subi la plus importante raclée électorale de la gauche depuis 20 ou 30 ans. Et nous la gauche, qui en 67, avions manqué d’un siège la majorité absolue à l’assemblée nationale, nous sommes renvoyés dans les catacombes par le résultat de l’élection de 1968. Cela montre et c’est un débat actuel, qu’il ne suffit pas de dire et même de faire le mouvement social le plus puissant, il ne suffit pas de dire, grève générale, grève générale, il faut en particulier un projet et un horizon politique de pouvoir, de conquête du pouvoir. Sinon l’action de gauche se confine dans les registres d’un bavardage romantique, parfois sympathique mais pas toujours, mais totalement impuissant.

Et comme vous le savez, et si vous ne le savez pas je vous l’apprends, les peuples ne font pas de révolution pour des raisons idéologiques, ils font des révolutions pour régler des problèmes concrets, lorsque toute la structure politique en place s’avère incapable de les régler. C’est ce que toutes les révolutions réelles ont démontré, en commençant par celles de 1789, en passant par celle de 1870, en passant par celles de 1917, et jusqu’aux révolutions arabes que nous avons sous les yeux. Par conséquent, le lien entre 68 et 81, comment s’est-il opéré ? Toute la question est là, et bien ce lien, c’est le programme commun, et l’unité réalisée de la gauche. La clé qui dénoue la contradiction entre la puissance du mouvement social et son impuissance politique, c’est la réponse politique que constitue la rédaction du programme commun. Et le fait qu’il est pris en charge par trois partis, le parti communiste français, le parti socialiste et les radicaux de gauche.

le choix de l’union par le PCF

Alors que s’est-il passé ? Là aussi il faut réfléchir, examiner, regarder l’histoire. Qui a voulu le programme commun d’abord ? les communistes, il ne faut pas l’oublier. En 1959, au 15e congrès du PCF, le parti se prononce « l’union que nous préconisons devrait être fondée sur un programme de rénovation démocratique et national discuté et acceptée par tous ». En 1964 au 17ème congrès du parti communiste français, Waldeck Crochet succède à Maurice Thorez comme secrétaire général. Il confirme la ligne unitaire, ce qui soit dit par parenthèse, n’était pas le plus simple à l’époque, compte tenu de ce qu’était parti socialiste. Je vous demande d’y réfléchir, un parti droitier abîmé dans les compromissions, qui bientôt va sévir, en 1958, le gros des dégâts est fait, compromis jusqu’aux essieux [3] dans la guerre d’Algérie, perclus de contradictions. Et je vous demande de bien entendre ça.

Dès cette époque, les communistes français, qui comme d’autres communiste en Europe occidentale, cherchaient en quelque sorte le deuxième souffle après la libération pour reformuler la question du changement socialiste de la société, les communistes envisageaient que la perspective était la formation d’un parti commun avec les socialistes. Je sais que c’est quelque chose de surprenant pour beaucoup d’entre vous. Je vous renvoie au texte. Et je vous dis que lorsque les socialistes ont fait le mouvement qu’il fallait faire pour la ligne de l’union, j’y viens dans un instant, eux aussi pensaient que la pratique commune de la lutte avec les communistes, conduirait à un rapprochement jusqu’à la fusion des deux partis, et disaient que dans tous les cas, la pratique de l’union transformerait les deux parties, et notamment le parti socialiste disait être candidat à se transformer.

C’est donc les communistes qui ont commencé le combat, et Waldeck Crochet en particulier. Tous les congrès qui ont suivi sont restés sur cette ligne et ce sont les communistes qui font les gestes de démonstration pour prouver que cette ligne fonctionne. D’abord en 1965, c’est eux qui font la candidature commune. Quand François Mitterrand rentre dans la salle où il va annoncer sa candidature, proposer sa candidature, c’est quelqu’un qui m’a raconté, il sait qu’il a l’accord des communistes. Sinon il n’aurait pas proposé sa candidature. Croyez bien que j’ai retenu la leçon  ! Et quand il entre dans la salle, il y a quelqu’un qui lui court après et qui lui dit si vous n’annoncez par aujourd’hui votre candidature, nous vous appuierons et qui lui donne une lettre. Mitterrand la plie, va s’asseoir et annonce sa candidature parce qu’à partir du moment où il sait, qu’il fait la jonction, lui et sa toute petite organisation, avec le puissant parti communiste, il sait que tous les autres ne peuvent faire qu’une chose, ou bien monter dans le train de l’union ou périr.

Car les aspirations populaires à l’unité est tellement puissante en toutes circonstances, qu’elle déchiquette ceux qui se mettent en travers de son chemin. Et donc à ce moment-là, on peut dire que le travail des communistes qui a consisté a intronisé un personnage qui d’innombrables manières, pouvait être rediscuté, a en réalité complètement débloqué un paysage politique totalement figé par toutes les années de l’après-guerre, où l’on avait vu la SFIO avec la démocratie chrétienne, les centristes de tout poil tout bloquer tout polluer, tout empêcher et se traîner d’une compromission à l’autre. Voilà comment la décision unitaire particulièrement spectaculaire a dénoué la situation.

Et voici ce qu’il faut voir ensuite. Les communistes après 65 font encore des démonstrations. En 71 je l’ai connu dans ma commune, en proposant des listes d’union de la gauche dans des villes où ils sont même majoritaires. Ils proposent des têtes de listes aux socialistes, ce fut le cas dans ma commune à Massy, et ainsi de suite. Là je suis passé de la période où les communistes le proposent, directement à celle ou la question s’est réglée. Mais je veux rester un instant sur les communistes. Ils ont leur propre lecture de leur histoire, mais le parti communiste, au moins le parti communiste du passé, ne s’appartient pas. Il est un bien commun de l’histoire de la gauche. Et tous, notre devoir est de réfléchir à ce qu’il a fait, les avancées qu’il a réussi, les erreurs qu’il a pu commettre, ce n’est pas qu’une affaire de communistes.

La bataille pour la responsabilité de la rupture de la réactualisation du programme commun
C’est une affaire qui concerne toute la gauche. Si vous en avez la patience, observez les résultats électoraux. Et vous verrez que les communistes sont toujours restés en tête, aussi longtemps qu’ils ont été porteurs du message de l’union. C’est vrai que la rénovation du parti socialiste l’avait mis en quelque sorte en symbiose avec les classes moyennes nouvelle urbanisées, mais pour autant les communistes restaient devant. L’inversion se fait pour la première fois aux législatives de 1978, après qu’ait été rompu les discussions sur le programme commence. La question de la responsabilité de qui avait provoqué la rupture a été une dure bataille idéologique, j’en atteste, j’y étais. Les communistes faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour convaincre tout le monde que c’était de la faute des socialistes qui ne voulait pas réactualiser le programme commun correctement. Et moi j’étais militant socialiste, nous faisions absolument la même chose en sens inverse.

Et je peux vous dire que c’était une chose incroyable, qui a ancré encore plus la culture unitaire et le programme commun dans l’esprit du très grand nombre. J’étais jeune secrétaire adjoint de la section de Lons le saunier dans le jura. Je convoque, grâce à la confiance des aînés, un meeting d’explication sur l’échec de l’actualisation. On fait venir Chevènement, et on fait tout ça en une semaine. Ça se passe à Lons le Saunier, il y a une salle des fêtes. Je ne vous dirai pas que se trouve dans le département le prolétariat le plus révolutionnaire de France. Ses traditions sont très marquées par le centrisme, le catholicisme de gauche et la ruralité. Et bien quand nous avons convoqué cette réunion dans ces délais, 600 personnes sont arrivées. Les ouvriers des principales usines venaient en bleu de travail. A l’époque on portait le bleu de travail comme un signe d’appartenance de classe. Et pour la première fois de ma vie, j’ai vu et je le reverrai en 2005, le carnet de notes arrivé dans une réunion. Les gens venaient et notaient. Ils écoutaient tout, ils lisaient tout pour savoir qui avait foutu par terre le grand rêve. C’était une bataille et l’enjeu de la responsabilité a été disputé entre communistes et socialistes. C’était bien évidemment tout un environnement qui a conduit à ce que les gens discernent, ou pensent, que c’était les communistes responsables, et c’est à partir de ce moment-là que le parti communiste est passé derrière le parti socialiste.

Si bien que je récuse pour ma part la vision simpliste, d’après laquelle, l’union aurait profité au parti socialiste, ou la vision simpliste équivalente d’après laquelle l’union aurait nuit au parti communiste. A qui profite l’union ? L’union profite à l’union, c’est la grande leçon dont il faut se souvenir, le premier qui descend du train est mort. Et si vous voulez bien regardez, et j’arrêterai là pour ce qui est de mon commentaire sur ce passé que j’ai vécu, une autre légende d’après laquelle ce serait la candidature commune qui aurait épuisé la force d’entraînement du parti communiste français. Pour ma part, je ne le crois pas. Le candidat commun en 1965 fut François Mitterrand. En 1969, il y avait un candidat communiste et un candidat socialiste. Le candidat communiste était pour l’union de la gauche, le candidat socialiste était pour l’union avec le centre. Le candidat socialiste a fait 5 %, le candidat communiste a fait presque 21% et pourtant, à l’élection précédente, il n’y avait pas candidat communiste. En 1974, élection suivante, il n’y a pas de candidat communiste il y a un candidat commun, de nouveau François Mitterrand. A l’élection suivante, en 1981, il y a un candidat socialiste et il y a un candidat communiste. Nous sommes en 81.

L’opinion vous ai-je dit, à l’issue de la bataille qui a opposé les socialistes et les communistes, a conclu que la responsabilité de l’échec revenait aux communistes. Eh bien entre 1969 et 1981, le score électoral des communistes est passé de 20 à 16, c’est-à-dire qu’ils n’ont perdu que 4 points, et bien, tout de même, c’est extraordinaire comme démonstration de puissance. Car entre les deux il y avait eu, l’échec de mai 68, l’attribution injuste au parti communiste de l’invasion de la Tchécoslovaquie, l’affaire de la Pologne, l’intervention en Afghanistan, la rupture du programme commun. Dans ces événements qui ne sont pas de même nature dans lesquels les communistes français n’ont aucune responsabilité pour la plupart d’entre eux, mais qui leur étaient attribués, le parti communiste n’a perdu que 4 points, en face de la figure qui incarnait l’unité de toute la gauche et en 1965 et en 1974.

On voit donc que ce qui est déterminant en toute circonstance, c’est l’orientation politique et la position que l’on prend par rapport à la question de l’union. Pas l’union pour l’union, l’union par rapport à un contenu. Car toute la bataille à propos de la réactualisation du programme commun portait sur les contenus. Qu’est-ce qu’on allait faire. Et après, le programme de 1981 a été l’application du programme commun pour l’essentiel. (…) .Je vais clore sur cette partie. Ca, c’est un document essentiel, changer de cap, c’est le document du parti communiste français. Les communistes ont passé des heures et des heures au porte-à-porte à vendre ce document en expliquant ce qu’il y avait dedans. Les socialistes avaient ce programme-là, version de 1972, là vous avez la version réactualisée, c’était le programme de gouvernement du parti socialiste. Ça c’est la version du programme commun actualisé par le parti socialiste. Je ne vous lis pas les introductions, il suffit de lire trois lignes pour comprendre que c’est la baston, qui est responsable. Et ça, c’est le programme commun, c’est la version éditée par le parti communiste. Ce livre-là, beaucoup d’entre nous, nous l’avons porté dans des sacs et des musettes et au porte-à-porte. Nous allions tout jeune militant que nous étions, ne connaissant strictement rien à la plupart des questions qui étaient là-dedans, donc il fallait se former, moi j’ai fait beaucoup la filière-bois, je suis un grand artiste de la filière bois, ou bien la retraite à 60 ans, pour expliquer aux gens pourquoi on allait avoir la retraite à 60 ans, ce qui venant de la part d’un gars qui en avait 26 ne manquait pas de sel. Et je n’oublie pas ce qu’était l’accueil populaire, ce qui m’a montré dès les premières heures, ce qui est au fond du cœur des gens, la vraie limite que nous rencontrons, c’est la résignation, le doute. Les gens disent, ah ce serait bien la retraite à 60 ans, ce serait bien. On voyait des parents usés au travail, souvent les gens eux-mêmes étaient usés, on était encore dans des conditions de production très dures, physiques, je ne dis pas que c’est plus simple aujourd’hui, mais les gens disaient, la retraite à 60 ans, c’est un rêve, ça ne se ferait pas. Alors nous on expliquait que si, comment on allait le financer.

Et bien sûr déjà à l’époque, on nous disait, mais non ce n’est pas possible, ce sera la ruine, la catastrophe et en plus, on aura l’armée rouge. Il y a des gens ici qui ne me croient pas, notamment dans la jeune génération mais je pourrai retrouver mes tracts ou on voit qu’on vous annonçait que l’armée rouge n’était même pas à 24 heures de paris, et donc que les chars viendraient. Reiser avait fait une bande dessinée pour se moquer, où on voyait un type qui recevait à sa porte quelqu’un qui lui disait, « les communiste arrivent, ils vont tout vous prendre, votre voiture, et l’autre disait, ah je m’en fous ma voiture elle est pourrie, votre maison, je m’en fous, elle est pas à moi, « ils vont contrôler ce que vous pensez », à ce moment-là y avait le perroquet qui était dans sa cage, qui faisait « co co » et il disait, vous voyez, ça a commencé ». C’était une manière humoristique de montrer la grossièreté des arguments. Donc vous voyez, que d’aujourd’hui, ils n’ont rien inventé. Le gros marteau piqueur rien n’est possible, tout est foutu, et plus les communistes vont voler vos libertés, et les autres sont des révolutionnaires inconséquent, ce n’est pas d’aujourd’hui. En tout cas, première des composantes politiques, le parti communiste a eu, comme le parti socialiste mais pas d’un même point de vue, la tentation de la rupture, je viens de le dire.

Le parti socialiste

Et maintenant voyons le parti socialiste. Rapidement après 68 arrive le désastre de 69, mais il faut le regarder de près. Le désastre de 69, c’est parce qu’ils ne veulent pas de l’union de la gauche. Et ensuite le congrès d’unification qui se fait en deux temps. Et en 1972 se fait le congrès. Je m’arrête un instant pour vous dire, comme toujours que dans ce genre de situation, on est d’accord à 90 % chacun faisant exprès de mettre l’autre au pied du mur et en rajoutant à gauche, et puis on se bat pour l’ultime adjectif qui fait pencher tout d’un côté ou de l’autre. Le parti était rendu à ce point de la discussion ou tout le monde est d’accord pour un programme commun avec les communistes. C’était déjà une chose inouïe que de l’entendre.

D’aucuns disaient, pas question de faire un programme commun avec les communistes tant qu’on n’a pas réglé la question idéologique, car il y a deux gauches, la gauche révolutionnaire liberticide qui pose problème, et la gauche démocratique qui elle est le parangon de toutes les vertus. Donc nous devons par un débat approfondi avec les communistes régler cette affaire, et l’autre point de vue qui était de dire nous sommes en 1972 il y a une élection dans un an, est-ce que vous croyez qu’en un an, on va régler une question idéologique qui traine depuis 1920. Tout rapprochement avec la situation contemporaine est absolument réaliste. Et donc ceux-là disent, faisons un contrat de gouvernement et puis on aura le débat idéologique, chemin faisant, c’est par le concret qu’on règlera ces questions, faut-il un seul parti, en faut-il deux…

Voici comment François Mitterrand présente l’affaire. Le parti dans son ensemble accepte l’accord électoral en 1973 avec le parti communiste. Mais croyez-vous que vous pourrez aborder l’élection sans dire aux français pourquoi faire ? Ce serait créer les conditions de l’échec. Le dialogue idéologique, il va résoudre quoi d’ici à 1973. Le problème de deux philosophies, de deux modes de pensée, de deux conceptions de l’homme dans la société ? Il n’y aura pas d’alliance électorale s’il n’y a pas de programme électoral, il n’y aura pas de majorité commune s’il n’y a pas un contrat de majorité. Il n’y aura pas de gouvernement de gauche s’il n’y a pas de contrat de gouvernement. Tant et si bien que la motion majoritaire conclut ceci, le dialogue avec le parti communiste ne devrait pas être mené à partir des thèmes imprécis dans un débat idéologique, mais à partir des problèmes concrets d’un gouvernement ayant mission d’amorcer la transformation socialiste de la société française. Je retrouve dans cette discussion les échos de deux choses, la première, ce débat que j’ai vu avec nos camarades du NPA, d’après lesquelles il faudrait d’abord clarifier idéologiquement qui est quoi à gauche avant que l’on envisage de faire un accord. Nous, le parti de gauche, le parti communiste français, la gauche unitaire, nous pensons le contraire. C’est en faisant un accord pour un contrat de gouvernement, un accord a chaque fois ponctuellement voué au niveau de pouvoir que l’on vise, régionale, européenne, cantonales, que l’on avance concrètement.

Et le deuxième élément, c’est que la radicalité que nous portons ne peut être qu’une radicalité concrète qui se traduit par des programmes concrets, ayant pour eux la crédibilité, je ne dis pas la compatibilité avec la société capitaliste. La radicalité concrète ne signifie pas en rabattre sur ses objectifs ça veut dire mettre ses objectifs en cohérence les uns avec les autres dans une politique globale qui tient debout et qui est une alternative pour tout le pays.

Il faut que même ceux qui n’ont pas lu Karl Marx, ceux qui n’ont pas mené les disputes à propos de Trotski, ceux qui ne savent rien du programme commun de 1972 et de notre glorieuse histoire depuis que nous sommes la gauche, puissent se reconnaître dans un programme, se tourner vers les drapeaux rouges comme des fannals de combat, de reconnaissance auquel ils se retrouvent simplement pour des préoccupations qui concernent leur vie.

Le congrès d’Epinay a voué le parti socialiste à l’union de la gauche, mais ce fut une vocation sans cesse remise en cause, et l’onde longue des mauvaises habitudes est restée là. Pour mémoire je signale que Gaston Deferre a continué à faire des majorités municipales avec les centristes jusqu’en 1983, et que lorsque je suis arrivé au sénat en 1986, c’était l’année où il a fallu sortir avec une fourchette à escargots les derniers vieux SFIO qui continuaient à être président de commission avec l’accord de la droite. C’est vous dire qu’il y avait une onde longue dans ce domaine-là et d’ailleurs ça n’a pas traîné. A la première difficulté avec les communistes, nous avons eu un courant droitier qui s’est constitué avec le vocabulaire de la gauche, pour nous arracher à l’union avec les communistes, chargés de tous les péchés du monde, et le programme commun, ça va de soi, encore plus.

La deuxième gauche...

C’était le courant rocardien, qui ensuite a eu toute sorte d’héritier. On disait nous, « union de la gauche, alliance avec le parti communiste et les radicaux de gauche » et ils disaient « union des forces populaires » Oui mais qui c’est les forces populaires ? On vient de nommer les partis de gauche, qu’est ce qui restent ? A l’époque on ne parlait pas d’extrême gauche et l’extrême gauche n’était pas intéressé, c’est bien bête. Alors on nous disait, c’est le mouvement associatif, ce sont les mutualistes, les coopératives. Alors on ne savait pas de quoi il s’agissait et on comprenait bien qu’il y avait anguille sous roche, et pas besoin de creuser beaucoup pour trouver l’anguille. Dès qu’il a y eu la discussion sur la renégociation du programme commun, dès qu’on parlait de nationalisations, les uns disaient à 100% les autres disaient à 51%, nous avons connu détricotage en sens inverse quand on a ouvert le capital, pour réduire la part de l’état dans les entreprises nationalisées.

Donc il ne faut pas dire que les socialistes seraient devenus vertueux et définitivement ancrés. Pas plus les socialistes, pas plus les communistes, il y a toujours la tentation dans le combat politique de penser qu’on va tirer le tapis à soi, qu’on va tout emporter avec soi. Contre la règle de l’union, contre la règle de l’accord entre les partis de gauche.

Et après 81, ça ne s’est pas arrêté. Bien sûr le programme commun a été mis en route. Mais aussitôt ont commencé à fleurir, des thèses, des théories sur le changement de cap qui s’imposait du fait de l’archaïsme du programme que nous pratiquions, etc. Il est amusant de se souvenir que les premiers qui ont théorisé la nécessité de rompre avec les anciennes doctrines unitaires du mouvement socialiste et communiste, ce sont des jeunes gens, à l’époque, qui avaient fait un article paru dans le journal le monde, qui avait fait grand bruit dans le mouvement social, dont le titre était, « pour être moderne soyons démocrate ». 1984, Bill Clinton vient juste de se rendre maître du parti démocrate. Ils écrivaient « la conception dogmatique de la classe ouvrière, la notion d’appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires, l’affirmation d’un programme politique atemporel, tout cela doit être abandonné, la gauche en effet n’est pas un projet économique mais un système de valeur ». Les auteurs appelaient à faire accepter la modernisation de la société dans son ensemble et d’ajouter même « au-delà du clivage gauche droite pourrait s’affirmer les principes sur lesquels notre société devrait impérativement reposée ».

C’était François Hollande, l’avocat mignard, Le Drian président de la région Bretagne et Ségolène Royal. Voilà, ce n’est pas d’aujourd’hui. On comprendra que des gens comme moi qui ont été témoin de tout ça, qui participé aux ruses empoignade sur ce sujet, n’aient jamais fait preuve de naïveté quant au fond de l’orientation politique qui anime ses personnages. Je vous le dis pour que vous en souveniez pour la suite.

La portée des évènements de 1981

Dès lors que ce contexte, cette séquence historique et ses composantes politiques sont posées, il faut regarder la portée des événements que porte 1981. Quand j’étais militant socialiste, à l’époque, on avait un truc incroyable, c’était une cassette, certains l’ont peut-être encore, on passait le bilan, ça dure vinq-cinq minutes, avec de la musique et on voit des lignes qui descendent comme ca, je ne vais pas vous faire 25 minutes. Mais vous savez chaque fois qu’on parle de 1981, on dit oui, mais il y a 1983… oui mais regardons quand même 1981… regardons ce qu’il y a dedans. Oui mais enfin Mitterrand, vous savez bien, les affaires… lesquelles ?, enfin, les affaires, ils ne se souviennent pas, ce sont des réflexes, des refrains qui abolissent la pensée. Ils sont faits pour ça, on ne pense plus. Mais dites, vaut mieux pas trop s’en souvenir, ça pourrait donner des idées. Partage des richesses : retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, semaine de 39 heures payées 40, hausse du smic de 10%, du minimum vieillesse de 20% ,les allocations familiales de 55%, création de l’impôt sur la fortune, créé en 1982, abrogé par la droite en 1986, rétabli par la gauche en 1998, relèvement de 60 à 65% du taux supérieur de l’impôt sur le revenu, application d’un prélèvement additionnel exceptionnel de 25 % sur les revenus supérieurs à cent mille francs, nationalisation de trente-six principales banques de dépôt et des grandes industries, Alcatel, Altsom, saint-gobain, Pechiney, Saint-Gobain, Rhône-poulenc, et touti quanti…

Le 14 juillet 1986, je veux rappeler à tout le monde, quand on vous dit oui mais les privatisations, laissant entendre que Mitterrand après avoir nationalisé, a privatisé, une fois le masque tombé, tout le monde semble avoir oublié, que justement le 14 juillet 1986, et vous savez que François Mitterrand aimait les symboles, refuse de signer les ordonnances de privatisations, celles qui concernaient notamment Havas, Matra, TF1, Saint-Gobain, la société générale et Paribas…

Partage des richesses encore : loi Auroux sur les droits des travailleurs, droit d’expression des travailleurs sur leurs conditions de travail, obligation de financement des comités d’entreprise, droit de retrait pour les salariés en cas de danger
Emancipation et libertés : doublement du nombre de bacheliers sous le septennat de François Mitterrand, création du bac pro en 1985, abolition de la peine de mort, légalisation des radios libres, suppression de la cour de sûreté de l’état et des tribunaux militaires, abrogation des lois anti-casseurs, égalité hommes femmes, loi Roudy qui interdit les discriminations de genre qui jusque-là était légales, car autrefois on pouvait dire qu’une annonce d’emploi était réservé à un homme ou réservée à une femme, remboursement de l’IVG par la sécurité sociale, abolition du délit d’homosexualité, doublement du budget de la culture passé à 1% du budget, création de la fête de la musique, vous vous en souvenez, création des ENIT et du musée dans les villes, protection des espaces naturels du pays…

Je m’arrête là car sinon, on y passe la soirée. Ce qu’il faut bien que chacun voit, ou se souvienne, c’est que c’est une œuvre immense, une véritable bascule sociale qui s’opère à ce moment-là, et c’est bien pourquoi se souvenir est si encombrant pour les possédants qui sauteront sur le tombeau de François Mitterrand jusqu’à la fin des temps comme ils l’ont fait pendant longtemps avant que Jaurès soit pour finir réhabilité par sarkozy, à une date récente, parce que c’est le mauvais souvenir de leur vie. Je me souviens d’un orateur socialiste, Michel Berson, qui lorsque la loi de nationalisation a été cassée par le conseil constitutionnel, cette loi est revenue au parlement et Michel Berson qui était député de l’Essonne, dans lequel y avait des gens qui savaient écrire, avait fait un discours terrible à l’assemblée en disant : « vous n’êtes pas là pour défendre l’intérêt général, vous défendez l’intérêt de vos familles ! Et il prenait à partie un par un, les gens dans la salle, on était bien documenté, il disait vous, dont l’épouse est au conseil d’administration de telle entreprise, vous qui êtes actionnaire de la banque machin, vous qui êtes le frère du directeur de… etc. Et dans la liste, on avait fait une erreur, on avait collé le président du conseil constitutionnel, à qui on rappelait ses attaches familiales avec des actionnaires des sociétés nationalisées, c’était la bêtise qu’il ne fallait pas faire, donc ça a fait une énorme histoire. Le journal qui n’existe plus aujourd’hui qui s’appelait le quotidien avait publié la photo de Michel Berson en petit avec en gros, en énorme comme titre « la saloperie ». Nous on mettait ca sous des cadres, mais déjà l’affaire était mal engagée.

le Bilan personnel de JLM de 1981

J’ai donné la portée, et maintenant c’est le moment de venir à ce que je fais, moi, comme bilan personnel, c’est-à-dire évidemment après avoir parlé de l’ampleur, après vous avoir mis en garde contre tous ceux qui font des bilans policiers de l’histoire, après tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre viennent vous dire que rien ne sert à rien, que ça ne sert à rien de gouverner, maintenant il faut regarder aussi les limites de tout ça, mais essayer de le faire avec quelque chose qui ne soit pas un esprit policier.

Le tournant de 1983

On parle beaucoup du tournant de 1983 mais on en parle très mal. Quelle était la situation ? Nous avions eu 4 dévaluations, nous avions instauré le contrôle des changes et l’emprunt forcé. Le pays a touché le mur de l’argent,, que faire ?. Une stratégie eût été de dire, nous nous appuyons sur le mouvement social, révolutionnaire des masses qui vont défendre les acquis du gouvernement de gauche. Et bien ou était le mouvement des masses ? Il n’y en avait pas. Pourquoi ? première leçon parce qu’il y avait une conception totalement institutionnelle du changement.

Pour caricaturer, le changement venait d’en haut, la révolution citoyenne qu’a représenté la conquête du pouvoir par la gauche en 1981, a été en quelque sorte tellement institutionnalisée, une révolution citoyenne a besoin d’institution, mais elle n’a a pas besoin que d’institution, elle a aussi besoin de révolution, cette vision institutionnelle de la façon de gouverner, elle non plus, n’est pas qu’une question théorique. Nous devons reconnaître que dans le début du 1er septennat, nous avons été à une occasion, mis quasiment au pied du mur de savoir si nous restions ou non dans le cadre institutionnel. C’est lorsque le conseil constitutionnel a décidé d’annuler les lois de nationalisation. Il l’a fait au nom d’un principe constitutionnel qui dit que lorsqu’il y a nationalisation, l’indemnisation doit être préalable et juste. C’est sur le mot juste que le conseil constitutionnel a demandé la réévaluation des indemnisations, ce qui était d’une part, faire payer plus cher au gouvernement de gauche les nationalisations, et évidemment tenter un bras de fer.

A ce moment-là, moi j’étais jeune premier secrétaire d’une fédération socialiste. Nous étions la montagne dans la réunion des premiers secrétaires et du premier secrétaire socialiste. La montagne c’est un secteur de l’hémicycle, on s’était mis là parce que c’était romanesque, de tous les premiers secrétaires fédéraux le plus à gauche du parti. Et donc nous exigions séance tenante qu’on se mobilise. C’est nous qui voulions des têtes et ainsi de suite. Et on demande à nos responsables : qu’est-ce qu’on fait ? On appelle à la manif ? Où est le rassemblement. La manif, la manif, pas de manif, ce n’est pas le sujet, vous comprenez, attention au bras de fer, on ne peut pas faire comme ça, il faut faire très attention à ce qu’on fait, donc on va faire un tract…

Devant l’énorme bras de fer social et politique la réponse c’est un tract. La vie politique ne passe pas deux fois les plats. Vous cédez un jour, le lendemain le rapport de force que vous n’avez pas constitué se retourne contre vous, évidemment. Et à partir de là, la vision institutionnelle, et la peur du choc avec les institutions et avec la droite, a conduit à ce que j’appelle moi le syndrome Allende. Vous devez savoir que dans les premières manifestations que faisait la droite après 81, un de leurs slogans était Allende on t’a eu, Mitterrand on t’aura. Nous avions tous la tête pleine de l’affaire de 1973. C’était pas un mythe, c’est une chose concrète. La plupart d’entre nous avaient connu en adulte conscient, l’échec de Salvador Allende. Ca a conduit à dire et à faire des bêtises, par exemple, au moment où certains secteurs se mettaient en mouvement. Quand les camionneurs ont commencé à faire grève, imaginez-vous, que le fantasme chilien était à son comble, parce que c’est comme ça que Salvador Allende a été asphyxié. Mais quand les OS d’Aulnay se sont mis en grève, c’est là que ça n’a pas tourné rond. La réponse que nous avons fait à l’époque, je dis nous, je me mets dedans, mais je n’y suis pour rien, était une réponse totalement erronée, qui ne comprenait rien à la dynamique sociale qui pouvaient tirer de tels moments. Qu’est-ce qu’on a dit, ca me gêne de vous le dire, heureusement, tout le monde a oublié, on a dit que c’était un complot. Jean Auroux a dit que c’était parce que l’étranger nous regardaient et essayaient de nous faire échouer. Et il y a eu pire. Pierre Mauroy a dit que c’était un problème avec les chiites, 1982…

On voit comment le syndrome Allende a donné une vision absolument inappropriée de ce qui se passait. Alors donc il est clair que quand vous avez des mouvements comme ça, les syndicats CGT et CFDT refusaient un accord. Ils voulaient négocier eux- mêmes. Le gouvernement à contourné les syndicats, et discuté directement avec la direction de PAS. Et ce que voulaient les ouvriers, c’est que puisque l’emploi était préservé, sauvegardé à l’usine Renault, il fallait donc que ce soit pareil dans cette entreprise. Voilà ce qu’ils voulaient. Et c’est le gouvernement qui a discuté directement et donc un nouveau plan social a été mis sur la table, vous avez moitié moins de licenciements mais il en restait la moitié, et les syndicats ont refusé de signer cet accord.

Ce n’est qu’un micro exemple, je vous en ai donné deux, que nous devons regarder de manière lucide en comprenant pourquoi les choses sont de cette manière et pas en ayant une vision policière. Je vous ai donné l’exemple du rapport au conseil constitutionnel et les exemples de la relation au mouvement social donc vous voyez qu’il est contradictoire. Car pour l’essentiel dans le début des années 80, nous avons eu surtout des grèves venant des corporations de droite. Tout se mélangeait. Vision institutionnelle et ensuite, corollaire de cette vision institutionnelle, le maintien du cadre institutionnel lui-même. Si vous commencez par dire que comme neuf personnes estiment, le conseil constitutionnel, que la nationalisation n’a pas donné lieu à une indemnisation juste, que ces neuf-là ont le pouvoir de mettre tout le pays à la taxe, un peu aujourd’hui comme le font les banques avec la Grèce. Et bien c’est clair, vous reconduisez le cadre institutionnel.

La 5eme république

Je pense que le maintien de la cinquième république et de ses institutions, est la deuxième leçon des erreurs nous devons retenir de cette période. Cependant, il ne serait pas juste de dire que rien n’a été tenté. Ce n’est pas vrai. Encore une fois ayons un regard approfondi, critique. Prenons l’exemple du mode de scrutin, il a été échangé en 1986. C’était un scrutin proportionnel départemental. Il aurait suffi en 1986 que communistes et socialistes aient présenté des listes communes aux élections législatives à la proportionnelle pour que nous ayons gardé le pouvoir. Si vous voulez, reportez-vous aux chiffres de l’époque.

A l’époque, toute la droite était rassemblée sur des listes, et il y avait l’extrême droite. Quelle leçon a été tirée ? Nous avons été immédiatement couverts d’opprobre. On a dit c’est vous qui jouez, qui faites entrer l’extrême droite au parlement. Tout le monde faisant semblant d’oublier que la première élection à la proportionnelle n’avait pas été décidée par le gouvernement de gauche, mais par Valéry Giscard d’Estaing aux élections européenne, et que la première victoire de l’extrême droite n’avait pas été acquise à cette élection là, mais en 1983 dans la commune de Dreux, madame Stirbois. Et après, ce qui est resté comme leçon, la proportionnelle fait venir le front national. Très bien, mais plutôt que de supprimer la proportionnelle, on aurait pu supprimer le front national. Je parle très sérieusement. Si ce parti est un danger pour la démocratie.

Dans ce pays on a déjà réglé le problème une fois, en 1936. On est le seul pays d’Europe qui a fait une loi qui interdit les ligues fascistes. Si bien, que nous sommes le seul pays latin, et le seul pays de ce bout du continent qui a échappé à un gouvernement fasciste ou nazi. Les espagnols y ont eu droit, les italiens y ont eu droit, les allemands y ont eu droit. Il y a un seul pays où ça n’a pas eu lieu, c’est chez nous. Et pour venir à bout de la classe ouvrière, de ce pays et de ses mobilisations, il a fallu organiser une défaite militaire, et c’est ce que les gens d’extrême droite appelaient la divine surprise, la défaite militaire qui permettait au maréchal Pétain et à la révolution nationale de se mettre en place. Il y a fallu ça pour briser cette classe ouvrière là, donc on connaît la recette. Si on pense qu’ils sont dangereux pour la démocratie on les interdit. Mais on ne se joue pas le numéro qui continue aujourd’hui de se faire peur avec le grand méchant loup et de continuer à lui donner de l’argent public parce que comme tous les autres, ils émargent au budget de l’état, et de permettre qu’ils soient présents aux élections et en plus de faire semblant que c’est un grand danger, c’est ou l’un ou l’autre. Après 86, la droite a pu rétablir le scrutin uninominal à deux tours, en faisant le découpage qui était un charcutage épouvantable, et personne n’a défendu le scrutin proportionnel départemental. Quand je dis personne, c’est qui dont je vous parle, le parti dont j’étais membre, le parti socialiste, qui n’a à aucun moment défendu quelque chose qui avait été mis en place.

D’ailleurs, remarquez maintenant qu’il ne propose pas le scrutin départemental à la proportionnelle. Il propose d’instiller une dose de proportionnelle, avec ce vocabulaire inimitable de la bonne société. Pourquoi instiller ? Pourquoi pas tout prendre. C’est ça qu’il faudrait qu’il nous explique. Qu’est-ce qu’il regrette sur la proportionnelle de 1986 ? d’avoir fait entrer le front national ? On a la réponse, interdisez le, ou sinon permettez-le, mais c’est pas normal qu’une force politique qui fait 15% à toutes les élections, quand vous les mettez tous ensemble, De Villiers pour les chasseurs, madame Boutin et tous ça, ça fait à peu près tout le temps, madame Boutin je l’enlève, parce que c’est une œuvre de charité, bon mais ça fait à gros traits de 13, 14 à 15% depuis 15 ans. Si c’est une force politique comme les autres elle a le droit de se représenter. Nous sommes bien représentés nous qui ne faisons pas 15%. Donc vous voyez, il n’est pas vrai qu’on n’ait rien fait mais quand on a fait, personne ne l’a défendu, comme ensuite personne ne défendra les nationalisations, comme ensuite personne défendra la retraite à 60 ans parmi ceux qu’il avait créé, je ne parle pas des communistes bien sûr, je parle des socialistes. Si on dit qu’il faut allonger les durées de cotisation à mesure que la vie s’allonge, c’est la décalcomanie directe des programmes européens des libéraux.

Ca c’est une chose, mais il y a eu d’autres tentatives. En 1984, nous proposons le référendum pour créer le droit à référendum sur d’autres sujets que ceux de l’article 11 de la constitution. On fait la loi, on la dépose, elle arrive au sénat et là on bouge plus. Autre exemple, beaucoup plus significatif. En 1991, le président Mitterrand annonce qu’il va créer une commission pour la réforme de la constitution. Discours extraordinaire. Le hasard fait que la veille, nous avions créé la convention pour la 6ème république, avec julien Dray, et Marie-Noëlle Lienemann. Le hasard faisait bien les choses à cette époque. Et nous pensions qu’il y aurait un dialogue fracassant sur le changement des institutions. Que s’est-il passé ? rien, un pet de none sur une toile ciré comme disait François Mitterrand. Pourquoi, parce que les dirigeants socialistes n’en voulait pas, et ce que je vous dis là, c’est pas seulement les faits, ni même mon vécu de responsable socialiste, c’est ce que le président lui même, m’a dit lorsque je lui ai posé la question. Pourquoi il ne se passait rien.

Et c’est en 1991 ou 1992 que le parti socialiste fait un congrès qui devait une fois de plus moderniser… gna, gna, gna… le congrès de l’arche, vous avez un document qui est gros comme ça, (il le montre) et dans ce document , regardez, toutes ces pages, là-dedans, pas un mot de la réforme de la constitution alors que François Mitterand vient de lancer la proposition. Un seul texte s’y oppose, le notre, titré « une sixième république pour le changement social » Nous avons fait 8 %. Bon, c’était un vote truqué comme d’habitude, mais quand même. Il y a des camarades dans cette salle qui y étaient. Et les autres ont évidemment fait dans les 90 000%, - 8%. Donc c’est vous dire qu’à ce moment-là, la réforme des institutions, elle est sur la table, et c’est eux qui décident qu’ils ne feront rien.

Alors évidemment, maintenant ça leur va bien de dire François Mitterrand, le monarque républicain, et bla bla bla, Mais en fait dans le même temps vous qu’est-ce que vous faisiez, qu’est-ce que vous avez fait, qu’est ce que vous avez proposer ? qu’est ce que vous avez mis sur la table ? Quelle idée vous avez lancé ? quelle mobilisation vous avez proposer ? Rien, des kilomètres de phrases creuses qui sont dans ce bouquin, où on a inventé qu’on allait se retrouver des gens qui étaient des matérialistes avec des fadaises sur la part obscure de l’homme. C’est dans ce bouquin qu’il y avait la phrase sur le capitalisme horizon indépassable, c’est moi qui l’ai fait enlever, ainsi que la part maudite de l’homme et toutes ces sornettes qui renvoie au péché originel et aux de salades qui n’ont aucun intérêt pour la lutte socialiste. Voilà à quoi ils étaient occupés.

Le bilan d’une situation...

Par conséquent, vous voyez que quand on fait le bilan, il ne faut en aucun cas que ce soit le bilan d’un homme, il faut que ce soit le bilan d’une situation. Donc disais-je, erreur du maintien du cadre institutionnel. Pour nous, la conclusion, pas d’implication populaire avec une pratique exclusivement institutionnelle du changement. C’est la raison pour laquelle la question de la révolution citoyenne repose toute entière sur l’idée que cette fois-ci, le programme doit être approprié et réalisé par le bas. J’ai fait la démonstration comment on pouvait faire. Je ne vous dit pas qu’on va arriver au même niveau de conscience, mais ne sous-estimons pas le niveau de conscience auquel sont déjà parvenus d’innombrables personnes dans notre pays, à travers la lutte de 2005, à travers l’altermondialisation, à travers le travail magnifique qu’a fait ATTAC, à travers les mobilisations syndicales, sur les retraites en 1995 et cette année. Oui, il y a une capacité d’encadrement politique de haut niveau en faveur des objectifs de la révolution citoyenne. Ils sont à portée de la main à condition qu’on mette le feu à la plaine, qu’on trace un horizon, qu’on enflamme, qu’on entraine, qu’on organise, qu’on ne confonde pas la vie politique avec un divan de psychiatrie, où l’on vient se tater l’égo, les uns les autres, mais où on attend tout du mouvement populaire. Qui est disponible, comment peut-on faire. On va voir ce qu’on peut faire avec le programme partagé, mais moi j’ai vu que si nous voulons nous pouvons le faire en mettant en mouvement les travailleurs, les salariés, leurs capacités d’intelligence collective, leur inventivité. Oui, on fera la transition énergétique en s’appuyant sur la capacité de mobilisation intellectuelle des ingénieurs, des ouvriers qualifiés, de tous les travailleurs de l’industrie du nucléaire qui sont capables de faire autre chose que du nucléaire, comme de ceux du pétrole et du gaz qui savent produire les machines et qui connaissent les cartes et les manières de prospecter qui permettent d’imaginer la géothermie dans toutes ses composantes en alternative à l’énergie nucléaire, et ainsi de suite.

J’ai organisé une fois une réunion avec des cheminots pendant la bataille des élections européennes. Comme c’était ma dixième réunion avec les cheminots, j’en avais par dessus la tête de discuter du rail et de l’europe. Je leur dis, j’ai déja raconté mais je la refait quand même, je leur dis. Bon, écoutez, je pense que tout le monde est de gauche ici, alors vous avez des sourires, puis, d’ailleurs tout le monde est communiste, là ça commence, non pas moi, ou ça dépend ce que tu entends par communiste… c’est bon, tout le monde se marre, et je dis, bon voilà, pour une fois, je vais changer l’ordre des questions. Je raconte partout qu’on est va mettre tous les camions sur les trains, dès qu’on sera au pouvoir entre la Belgique et l’Espagne. Mais honnêtement, à votre avis, combien de temps il faut pour faire ça. Commence une discussion extraordinaire. Il y a cinquante personnes dans la salle de toutes les générations de cheminots, hommes et femmes. Voilà pour le coup, j’aime mieux vous dire que les gars ne se tâtaient pas pour savoir lequel allait parlé le premier. Tout le monde parle en même temps, et que ceci, et que cela et que ça s’engueule entre eux…

Au bout d’une demi-heure on n’était pas rendue bien loin. Je leur dis un peu narquois et sarcastique : j’avais quelques camarades communistes avec qui on faisait des petites passes à fleurets mouchetés. Je leur dis, dites non d’habitude, on dit que c’est les hommes politiques qui ne font pas des réponses claires, mais alors là bravo les gars, c’est vous qui êtes cheminots et qui êtes pas foutu de savoir s’il faut cinq ans, six ans ou trois ans pour mettre tous les camions sur les trains. Tout le monde se marre, c’était décontracté, on était entre camarades. Et puis, il y avait là un communiste, ça ne lui allait pas qu’un gars comme moi ait le dernier mot. Alors, il se lève, puis bon, il a l’habitude, un syndicaliste qui ne s’en laisse pas compter, il s’avance et dit : écoute mélenchon, six ans, trois ans, ça dépend de qui c’est qui le demande. Ben voilà. Si ce sont les travailleurs qui prennent en charge la question, et ben oui, ça peut se faire en trois ans, parce qu’ils ont en fait en moins de temps que ça. Mais si c’est les autres qui viennent leurs flanquer des coups de bâton sur la tête et leur dire qu’ils vont travailler plus pour être payés moins, il y a peu de chances que ça arrive à se faire même en dix ans.

En tout cas, cette implication populaire pour moi, ce n’est pas simplement une implication dans les barricades et les manifestations. Des fois il faut faire des barricades. Il vaut mieux qu’il n’y ait pas trop souvent à en faire. On est plutôt des gens tranquilles. Il faut faire des manifestations mais on préfère que ça se passe sans manifestation, mais s’il faut faire des manifestations, on en fait. L’implication populaire dont je parle, c’est une implication d’intelligence, de savoir-faire, tout le potentiel créatif des travailleurs, des salariés, des intellectuels. C’est cela aussi l’implication populaire, tout ce savoir-faire mis à profit de l’intérêt général et de l’intérêt général pour écraser les intérêts particuliers, parasitaires qui empêchent le progrès humain et le développement de la société. Voilà de quoi je parle quand je parle d’implication populaire.

Face au mur de l’argent...

Ça m’amène au dernier point, parce que c’est lui qui est crucial. Je vous ai dit tout à l’heure : que s’est-il passé en 1983. Nous sommes sur le mur de l’argent, un débat a lieu. Mais honnêtement, j’en demande raison à tous ceux qui s’y trouvaient, moi j’étais un homme trop jeune et pas assez influent, heureusement, parce que j’étais comme beaucoup d’autres, je n’étais pas content de ce que je voyais, mais je ne savais pas quoi faire d’autre. Et quand on nous disait : mais qu’est-ce qu’on peut faire d’autre, et bien nous restions les bras ballants. Parce que dire y’a qu’à faut qu’on, dans un pays avec quatre dévaluations, un contrôle des changes et un emprunt forcé, ce n’est pas sérieux. On ne pouvait pas aller voir les travailleurs en disant « en avant vertousseau [4]… ? » Non, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Les gens ils avaient marre de partir en vacances, tous que ceux qui partaient en vacances avec des sommes contingentés. Ça avait beaucoup marqué les esprits. Et puis l’emprunt forcé, c’est tout le monde qui y est passé. Ce n’est pas seulement certains, c’est descendu assez profond dans la classe moyenne. Ce n’était pas des grosses sommes, mais on y est tous passés. Vous vous n’en souvenez peut-être même pas vous-même, mais moi je m’en souviens. On voit au premier rang des gens qui s’en souviennent de l’emprunt forcé. Vous vous imaginez ce que ça représente dans l’imaginaire collectif, dans la conscience de chacun. C’est-à-dire que c’est arrivé jusque dans votre maison, la catastrophe financière du pays.

Le capitalisme a changé...

Pourquoi ca s’est passé comme ça ? Au lieu de se jeter à la figure des imprécations. Il s’est passé que le capitalisme a changé de nature, et que nous affrontons un adversaire qui n’est plus l’adversaire principal, l’adversaire principal, il s’est transnationalisé. L’adversaire principal, il se joue des frontières pour y enfermer les peuples, alors qu’avant, c’était lui le capital qui était enfermé dans les frontières nationales et qui provoquait des guerres de ce fait là. Alors à ce moment-là est inventé une autre stratégie. Cette autre stratégie, c’est de dire puisqu’on ne peut pas faire le programme politique dans un pays, alors on va le faire à échelle pertinente, c’est-à-dire à l’échelle européenne. A l’époque c’est l’europe des 16, c’est pas l’europe des 27, et vous avez si vous voulez vous y référer, toutes sortes d’articles, pas de révolutionnaires internationalistes, pas de trotskistes défendant les etats-unis socialistes d’europe, pas de victor hugo appelant à la constitution de l’europe pour les raisons de l’humanisme que représente le continent. Lui au moins, Victor Hugo, il avait la décence de ne pas nous coller les églises comme raison d’être tous ensemble. Il nous collait la renaissance, c’est quand même plus intéressant, et les lumières. C’est pas ça. Ce sont des sociaux-démocrates.

C’est Michel Rocard et les autres qui disent, la social-démocratie et le compromis c’est possible, qu’avec des règles, des lois, communes, acceptés par tous parce que voté par tous. Donc c’est un article paru en 1993 dans libération qui s’appelait, la social-démocratie dans le miroir de la modernité. Donc disaient-ils, créons cet ensemble et à ce moment-là nous pourrons prolonger les objectifs socialistes que nous n’avons pas atteint dans notre pays. Voilà quel était le projet. Mais tout ça suppose un capitalisme qui d’ors et déjà à cette époque n’existe plus. Et nous allons aller en roue libre sur cette orientation, jusqu’au traité de maastricht. Alors évidemment, certains ont vu le coup plus vite que d’autres. La cgt notamment, qui comprend que le traité de maastricht, c’est placer un garrot autour du coup des classes ouvrières de toute l’europe, que l’acte unique, sans contreparties sociales, sans garantie sociale va être un désastre. Jean-pierre Chevènement le comprend et d’autres dans l’extrême gauche. Et nous, nous sommes nombreux à entendre les arguments qui nous est présenté. Il est de trois natures.
- Premièrement vous aurez un espace pertinent pour faire votre politique socialiste. - Deuxièmement, nous disait François Mitterrand aux plus rebelles, deuxièmement la droite ne pourra plus conspirer contre vous à faire des dévaluations parce que vous aurez une monnaie unique,
- troisièmement, vous clouerez la main des allemands sur la table dans l’Europe.
Et bien mes amis, dans toutes ces raisons, toutes ne sont pas superficielles. Et je vous dis que chacune d’entre elles mérite d’être considérée à chaque étape de l’histoire.

Mais ce qui a changé, c’est que l’europe qui se met en place, c’est une europe qui décide du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’ouverture des frontières sur le monde, et de la règle que les nouveaux pays notamment quand on va en faire rentrer 10 d’un coup, ça va être qu’ils se financeront leur rattrapage économique et industriel par rapport au reste de l’europe, uniquement par le dumping social, vu que il n’y a plus d’argent à leur donner, vu que les libéraux ne veulent pas d’un budget européen avec un impôt européen qui permettrait d’alimenter des fonds structurels permettant de faire pour ces dix nouveaux pays, ce qu’on a vait fait autrefois pour l’Irlande, pour le portugal et pour l’Espagne.

Donc l’erreur, elle vient de l’erreur d’analyse de quel adversaire nous affrontons. On fait comme si on allait pouvoir compter sur un capital national ou européen, avec lequel on va se confronter au reste du monde, exactement comme autrefois dans le cadre des nations, il y avait un accord possible entre le capital et le travail face aux autres impérialismes. Pour reprendre l’ancien vocabulaire pour ceux qui comprennent pas, je le redis d’une autre manière. Chaque pays pouvait avoir des intérêts communs liant la classe ouvrière la mieux salariée avec son patronat pour faire face aux autres.

On oublie que ce capital national n’existe plus, que celui qui dirige, c’est le capital transnationalisé, qui lui n’a ni patrie, ni origine, sinon qu’ au bout du compte il est rattaché aux etats-unis d’amérique, aux agences de notation des etats-unis d’amérique, au fonds de pension des etats-unis d’amérique, aux LBO qui viennent des etats-unis d’amérique. Et comme on le comprend pas, qu’on est toujours sur la mentalité 19e siècle, dont ne sont toujours pas sortis les François Hollande, et les autres petits génies du type Strauss Kahn et compagnie, c’est qu’on n’est plus au 19e siècle et que par conséquent, c’est le capital transnational qu’il faut affronter et donc il faut une politique de rapport de force et de ruptures avec les moyens qui permettent à ce capital de dominer. Il ne domine pas par autre chose que des décisions politiques. Il faut donc couper les codons.

Premièrement les filtres sociaux, écologiques et fiscaux à l’entrée de l’europe, 460 millions de personnes, c’est un marché suffisant. 80% des échanges de la France se fait avec ses partenaires européens, pas avec le reste du monde. Mais nous n’allons pas sacrifier le projet européen aux perspectives commerciales des représentants de commerce allemand, qui vendent des machines-outils. Qu’est ce qu’ils croient. Mais dans quelques années c’est fini, les machines-outils. Il s’en produira en Chine, en Inde, et entre temps, on se sera vidé de notre sang, et tout sera parti… Bref, couper les liens, c’est donc faire du protectionnisme européen, abolir la règle de la concurrence libre et non faussée dans un certain nombre de domaines qui doivent être soustraits à la loi du marché. Les services publics où certains monopoles doivent être établis. Voila, c’est ça la politique qu’il faut faire, se confronter. Que vaut un programme politique qui comporte quelques promesses que ce soit pour les travailleurs s’il ne dit pas comment il va affronter les banques et le lendemain matin les patrons. Vous croyez que le mur de l’argent qui s’est pas laissé faire en 1981, en voyant arriver des sociaux-démocrates bêlants de sympathies, va se dire, oh ceux-là, ils sont trop sympa, nous préférons Strauss-Kahn, ouf, on a échappé à Mélenchon. Qui peut croire une chose pareille. Ou si en Grèce, ouf, nous avons échappé aux communistes, et ils se disent aussitôt voyons ce qu’on peut faire avec ce monsieur Papandréou qui a l’air aimable et si peu dangereux, et d’ailleurs, c’est bien prouvé. Non, le lendemain, ils l’ont pris à la gorge, pour une dette à peine équivalente à 1% du total de la richesse produite en une année en Europe, la dette cumulée, toute la dette cumulée de la Grèce. Et on a laissé faire les agences de notation et les banques. On a interdit aux grecs d’emprunter directement à la BCE c’est dans le traité de Lisbonne vous le savez comme moi. Et donc si la Grèce est en crise, contrairement à ce que dit monsieur Wauqiez ce matin à la radio, ce n’est pas à cause de sa manière de gérer la Grèce, c’est à cause des conditions politiques que l’union européenne a créé, rien d’autre. Donc demain, s’il y a un gouvernement, les même agences de notation qui même à un moment donné se sont risqués à faire un bras de fer avec monsieur Obama, au moment du vote du budget américain, parce qu’elles sont tenues par les néoconservateurs, et bien ses banques ne les laisserons pas faire pourquoi ? Elles ont fait la Grèce, personne n’a rien dit, on a couru partout ramasser de l’argent soi-disant pour boucher un trou à un tarif prohibitif. Elles sont passées à l’Irlande, personne ne leur a rien dit, on a puni les irlandais. Ils sont passés au Portugal personne n’a rien dit. Mais là ça commençait à devenir un peu plus palpitant. Quand on voit un Socratès, un social-démocrate, vraiment qui est pas un foudre de guerre, faut que je fasse attention aux adjectifs que j’emploie parce que c’est filmé. Entre Papandréou, qui a résisté une minute au feu, et Socratès qui lui, présente un plan d’austérité, le parlement veut pas, il démissionne, et une fois qu’il a démissionné, ils négocient avec le FMI et la commission européenne pour qu’ils viennent dans le pays. Il essaye quand même de dire non surtout pas le FMI. C’est dire l’estime qu’ils se portent les uns aux autres. Pas le FMI, l’Europe, oui, mais pas le FMI. D’abord on va essayer les chinois. Les chinois, d’habitude c’est à moi qu’on les attribue. Mais là, c’est lui qui a été les chercher pour leur vendre tout ce qu’il trouvait, et pour leur emprunter de l’argent. Et bien, vous voyez bien que si ça s’est passé et s’ils ont été encouragés, ils vont donc passer à l’Espagne, et puis l’euro s’effondrera. Parce que le fonds de réserve qui a été mis en place, 750 milliards d’euros, qu’est-ce que vous croyez qu’il y a dedans, d’où ils sortent ces 750 milliards ? Qui les avaient, et bien personne, personne ne les a. Les gouvernements ont dit on les donnera, mais ils n’ont pas d’argent, qu’est-ce qu’ils vont faire les gouvernements ? Et bien ils devront emprunter, pour mettre dans le pot, et à qui ils vont emprunter ? Pas à la BCE. Aux banques donc ! Ces 750 milliards qui vont être emprunté aux banques pour prêter aux états pour rembourser aux banques, c’est pas le jackpot ça ? Je ne plaisante pas c’est ce qui se passe. Donc le fonds de 750 milliards, il est composé de contributions des états qui n’ont pas d’argent, mais qui vont en emprunter, d’un emprunt de la commission, et une part du budget européen, lui-même, financé de cette manière-là.

Ces 750 milliards, mes chers concitoyens, qui n’existent pas, ils seront empruntés, et donc la catastrophe va se propager. Et vous vous souvenez que vous avez vus à la télévision, dans le film ou on voit Mr Strauss Kahn vous expliquer pourquoi les gens des fois ils n’aiment pas la cure que leur propose le bon docteur. C’est comme ça qu’il se présente, mais que c’est pour guérir. D’ailleurs vous voyez, les grecs, ils guérissent. Leur dette a été creusée d’une manière abyssale. Ils en sont à 150% du PIB. Tu me diras bof, les les américains c’est 200%, non les japonais c’est 200% . C’est des histoires pour faire peur aux gens. En tout cas, eux, ils n’en étaient pas là, il était à 90, les voila rendu à 150. Ils empruntaient à 13%, ils sont tombés à genoux. Je crois qu’ils vont tomber à genoux à 15, ou à 18. Et bien, maintenant ils empruntent à 23 ! 23, vous vous rendez-compte, de l’usure pure et simple. Ils ont tous vendus, les aéroports, les routes, les ports, les agences régionales, le téléphone, la flotte, l’électricité, Tout, il ne reste plus rien à vendre. Si, les allemands ont dit, vous pouvez vendre vos iles, et bien ils ont commencé. Qu’est ce qui reste à vendre ? le littoral, l’espace maritime exclusif, ils vendront tout, et pour quoi faire ? pour rien.

Maintenant tout le monde le sait. La grèce ne peut pas sortir de l’impasse, elle ne le peut pas. Je ne vais pas faire la démonstration maintenant. C’est ce capital là que nous affrontons, et c’est ça la leçon des années 81. C’est pas la peine, ça serait trop simple, si nous avions des traitres à fusiller. Ce serait parfait, on vous dit lesquels, et ils sont fusillés, et c’est fini. Mais vous savez comme moi que ca n’a jamais rien donné comme procédé. Cette fois là pas plus qu’une autre. Il n’y a pas de traitres. Il y a des gens qui tâtonnent, nous sommes des êtres humains. Les uns se disent, il faut pas y aller trop fort, certains se dit comme cela c’est bien de toute façon, des pauvres, il y en a toujours eu, et ça continue. D’autres se disent, il faut pas aller trop fort par ce qu’on va pas savoir-faire, et ca va nous tomber sur la tête.

Et puis d’autres disent, il faut rompre. C’est ca notre programme. Nous pouvons affronter. Nous pouvons porter des coups à l’adversaire aussi violents que ceux qu’il peut nous porter. Je l’ai dit une fois sans être démenti. Entre un prêteur et emprunteur il y a un rapport de force. Alors bien sûr le prêteur a des moyens. Il vous prête ou il ne vous prête pas. Mais l’emprunteur en a aussi. Il rembourse ou il ne rembourse pas. Et figurez-vous que quand on dirige la France, le non-remboursement, c’est pas l’affaire grecque. L’affaire grecque qui a d’ailleurs son adresse en France, si vous ne le savez pas. La Grèce est endettée auprès de six banques dont trois françaises. Ce qu’on appelle les marchés a une adresse dans paris, et on connaît les noms des gens qui y habitent. Ca n’a rien de mystérieux.

Cette lucidité dans l’analyse du capitalisme, voilà la dernière leçon que je propose à cet instant.

Qu’apprendre de 1981 ?

Donc récapitulons. Qu’est-ce qu’on peut apprendre de 1981.
- D’abord, le programme, la stratégie, le parti sont trois notions liées. Si vous faites un programme de rupture et de combat, vous ne pouvez pas l’appliquer avec autre chose que des partis de rupture et de combat, et vous ne pouvez pas le faire avec autre chose qu’une alliance, la question de la stratégie, avec ceux qui sont intéressés à cette rupture et à ce combat. Les trois se tiennent. Quand vous passez par-dessus bord le programme de rupture, en général vous passez par-dessus bord l’alliance de rupture et pour terminer, vous passez par-dessus bord le parti de la rupture. Avec les primaires, c’est ce qui va arriver au parti socialiste qui va clore la série. Avec le front de gauche, c’est l’inverse, nous allons avoir un programme, le programme partagé, nous avons l’équivalent d’un parti, le front de gauche composé de trois partis. Donc une stratégie, un parti, un programme, la stratégie c’est l’union.
- Mais cette union, elle ne peut pas se faire autrement que sur la cohérence politique. Si vous faites une union sans contenu, ou une union avec un contenu contradictoire, ce n’est plus une union, la plage éclate en route. Donc la question du programme, c’est la question centrale du moment politique, et de la lutte politique, et de l’explication politique que l’on doit avoir…
- Troisième point . C’est pourquoi notre révolution est dite citoyenne. C’est une révolution. Elle rompt avec le régime de la propriété dans les secteurs qui sont soustraits au marché. Elle rompt avec le système institutionnel de la cinquième république. Elle rompt avec la hiérarchie des valeurs et à la place de la concurrence libre et non faussée, elle met la coopération et la solidarité. C’est une révolution citoyenne parce qu’elle se fait par le biais du suffrage universel dont elle admet par avance la souveraineté. Elle est citoyenne parce qu’elle signifie que le pouvoir est exercé par le peuple. Elle n’accepte donc aucune entrave à l’exercice de cette souveraineté qui ne soit contrôlé par le peuple. Il ne peut pas être question de continuer avec le carcan du traité de Lisbonne, ni économiquement ni politiquement. Il faut donc sortir de ce carcan, éjecter le pacte euro-plus, foutre à la poubelle le trimestre européen, et divers autres sornettes qui sont dans ce traité de Lisbonne. Nous avons la certitude que si la France appelait à un autre modèle de construction de l’Europe, elle serait entendue. La vérité c’est que personne ne propose rien d’autre que ce qui se fait.
- Quatrième point. C’est le prix de la crédibilité. On ne peut pas se présenter devant le peuple autrement qu’avec une vocation et des arguments gouvernementaux. Et la crédibilité nous enjoint donc de faire vivre une radicalité concrète..
- Enfin, le coeur du programme ne sera jamais autre chose que la question du partage des richesses dans la société, tout le reste est ce qui se construit autour. L’objectif de la planification écologique est une autre version du partage des richesses. L’objectif de la sixième république c’est une autre façon de procéder au partage de la richesse. C’est la question centrale notre société, c’est celle que ne veulent pas poser ceux qui par définition pense que toute confrontation tournerait à leur désavantage. S’il faut affronter, avoir un programme de rupture, c’est parce qu’il faut partager les richesses. Au fond, à l’issue de 1981, il y aura eu deux formes de bilan. Premier bilan, ceux qui auront conclus qu’on ne peut rien faire. Soit qu’ils se soient évaporés, dans un isolement révolutionnaire qui ne mène nulle part, soit qu’ils aient conclus qu’on ne pouvait rien faire d’autre que ce qui c’est toujours fait.

Pour ce qui concerne le mouvement socialiste dont le naufrage est consommé dans la ligne du parti socialiste européen, dans l’approbation de ce que fait monsieur Papandréou, et toute cette affaire a été en quelque sorte cristallisé par ce qui s’est passé en 2005 et dont nous voyons les conséquences politiques.

La solution, le Front de Gauche...

Nous, nous avons tirés courageusement d’autres leçons, et surtout par-dessus tout, nous nous sommes donné les moyens d’avancer. Et ce moyen magique, c’est le front de gauche. La question n’est pas posée de savoir s’il y aura de grands événements sur le vieux continent. La seule question, c’est quand ça aura lieu. Nous avons la certitude, que le monde que nous avons sous les yeux s’écroulera aussi vite que le Benalisme, plus vite que le Moubarakisme, et à mon avis, au moins aussi rapidement que se sont déroulés en quelques semaines les événements qui ont eu lieu dans les pays de l’est à l’époque dont vous vous souvenez. Nous avons la certitude, parce que tout est en place pour cela. Un effet de système terrible, des dirigeants totalement aveuglés, persuadés que l’on ne peut pas faire autrement que ce qu’ils sont en train de faire. Ces gens-là vont comme on le dit selon cette belle expression si expressive, dans le mur en klaxonnant. Et personne ne veut arrêter la machine. Si vous m’avez écouté ce matin, dans mon dialogue avec monsieur Wauquiez, c’est effrayant de voir ça. Ces gens n’ont rien compris, rien devinez, rien prévu. Ils récitent, ils ânonnent des formules creuses sur le gouvernement économique de l’Europe, qui paraît-il est fait, sur l’Europe sociale qui paraît-il est en marche, je ne crois pas qu’il y ait une personne qui nous aient écouté, qui puisse croire une chose pareille. Pourtant on le croit. D’autres sont au moins aussi aveuglés. Il suffit de voir, comment parle Dominique Strauss-Khan en particulier.

J’aurai volonté conclu en reprenant la belle formule de Jean Jaurès. De 1981, les uns n’ont gardé que la cendre, et nous voulons conserver la braise. Je vais me contenter pour faire honneur à sa mémoire de citer François Mitterrand. Il est normal qu’à chaque génération, on fasse autrement, autre chose.

[1merci d’avance à ceux qui voudraient proposer les corrections nécessaires

[2(sous-titres de la rédaction)

[3expression orale peu audible...

[4expression peu audible...

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).