A Madrid, la « marée blanche » parvient à bloquer la privatisation des hôpitaux

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Cet article relaye une actualité espagnole, donc internationale. Le fait de mettre ce texte dans la rubrique "Lutter, unir" nationale est volontaire. Car cette lutte contre la privatisation de six hôpitaux madrilènes, menée par le monde de la santé espagnol, est exemplaire et devrait pouvoir nous inspirer.

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A Madrid, la « marée blanche » parvient à bloquer la privatisation des hôpitaux

L’échec est cuisant pour le parti populaire aux commandes de la région de Madrid : il a renoncé lundi à son projet de privatisation de six hôpitaux, après plus d’un an de contestation sociale.

Après 14 mois de bataille, dans les rues de la capitale et devant les tribunaux, la victoire est éclatante pour la « marée blanche » espagnole : le gouvernement régional de Madrid a renoncé lundi à son projet de privatisation de six hôpitaux de la communauté, et de 27 centres de santé. Le conseiller chargé du dossier a démissionné le même jour.

La « marée blanche », agglomération de professionnels de santé, de patients, d’activistes et d’adhérents à des partis politiques d’opposition et des syndicats, était devenue au fil des mois l’un des symboles de la résistance de la société espagnole aux remèdes anti-crise du parti populaire (PP, droite, au pouvoir à Madrid comme au niveau national). Le mouvement a aussi donné naissance à une plateforme de dialogue regroupant des associations variées, dont des représentants des hôpitaux en grève et des assemblées de quartier qui avaient surgi lors du mouvement « 15-M » des « indignés » espagnols.

« Nous avons démontré qu’il était possible de bloquer une réforme qui n’avait aucun fondement, ni économique ni scientifique, et que cela peut se faire de manière très propre », se félicite Patricia Alonso, l’une des dirigeantes de l’Afem, cette association de médecins madrilènes qui fut aux avant-postes de la contestation. « Nous sommes parvenus à formuler un message à partir d’une expertise, en marge des idéologies, et à générer un espoir dans la société », estime cette gériatre.

Afin de minimiser son échec, Ignacio Gonzalez, le président de la communauté de Madrid, s’est retranché derrière un argument juridique. Le Tribunal supérieur de justice de Madrid a en effet rejeté lundi le recours déposé par les autorités, et confirmé sa décision de septembre dernier, pour une « suspension temporaire » du processus de privatisation. Gonzalez a alors estimé qu’il n’était pas « raisonnable » de poursuivre dans cette voie, face à une telle « incertitude » juridique.

Mais les observateurs ne sont pas dupes, et savent qu’à moins de quatre mois des élections européennes, et à l’approche des régionales et municipales espagnoles l’an prochain, Gonzalez n’avait plus vraiment le choix. Son projet était extrêmement impopulaire, y compris au sein de l’électorat du PP. « Le calendrier de la justice, et celui des rendez-vous électoraux, ont joué contre la stratégie du PP, qui voulait convertir Madrid en un laboratoire des politiques de gestion de la santé », écrit le site InfoLibre (partenaire de Mediapart).

Lorsqu’il a dévoilé, le 31 octobre 2012, son projet de privatisation, Gonzalez avait avancé un argument massue : faire des économies sur l’argent public en temps de crise. Le successeur de la très droitière Esperanza Aguirre avait avancé deux chiffres : le coût moyen d’un patient dans un hôpital géré par le secteur privé s’établirait à 441 euros à l’année – contre 600 dans le public. Les chiffres ont rapidement été contestés par des professionnels de santé, mais qu’importe : la crise devenait alors un prétexte parfait pour privatiser à tout-va – à terme jusqu’à 30 % des lits des hôpitaux madrilènes (contre 3 % aujourd’hui).

Le PP madrilène n’a pas tardé à essuyer ses premiers échecs, sur le terrain. Dès novembre 2012, il a dû revenir sur son projet de transformer l’hôpital de La Princesa, l’un des plus prestigieux de Madrid, dans le très chic quartier de Salamanca, en un centre de soins spécialisé pour les plus de 75 ans, au nom d’une meilleure gestion de l’argent public. Une campagne de solidarité avait recueilli plus de 360.000 signatures pour « sauver la Princesa ».

Dans la foulée de cette première victoire, la contestation a enflé. La première « marée blanche » est organisée en décembre 2012, et des grèves indéfinies sont déclenchées dans certains hôpitaux (lire notre reportage, publié en avril 2013). Mais le gouvernement régional ne lâche rien, et désigne au mois d’août, au terme d’un processus particulièrement opaque, les trois entreprises privées qui s’occuperont de la gestion des six hôpitaux en question. Parallèlement, le parti socialiste (PSOE) puis l’Afem déposent des recours auprès des tribunaux madrilènes pour tenter de paralyser le processus.

La presse espagnole mardi revient en longueur sur cette victoire de la « marée blanche », et consacre plusieurs portraits à Javier Fernández-Lasquetty (dans El País ou sur le site d’El Diario, par exemple), ce conseiller santé nommé en 2010 par Esperanza Aguirre, ex-dirigeant du FAES, un think tank très à droite, et qui vient d’enregistrer avec cette reculade, un échec personnel cuisant.

Il est difficile de dire aujourd’hui si le projet ne refera pas surface après les élections en cas de nouvelle victoire du PP. En attendant, la communauté de Valence, elle aussi dirigée par le PP, reste la région d’Espagne qui s’est aventurée le plus loin sur la voie de la privatisation de son secteur de santé (ce qui lui vaut de nombreuses critiques). Cette défaite du PP madrilène intervient alors que l’Espagne se divise aussi sur un projet de loi anti-avortement du gouvernement de Mariano Rajoy.

Par Ludovic Lamant sur Médiapart, le 28 janvier 2014

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