Conseil national des 8 et 9 avril 2011
Le Front de gauche : quels objectifs ? Intervention de Marine Roussillon (75)

, par  auteurs à lire , popularité : 1%

Intervention très pertinente sur les objectifs (mal) cachés de la direction nationale au travers du Front de gauche ; dommage que l’intervention soit conclue sur une vision trop personnalisée de la solution à ce problème.


Dans toutes les initiatives du Front de Gauche, les forums du projet partagé et débats publics auxquels j’ai participé, nous nous heurtons à deux problèmes qui touchent à la conception même du rassemblement et de ses objectifs.

D’abord, Le Front de gauche est-il un espace de co-élaboration populaire ou un cartel d’organisations ?

Le texte d’accord politique qui nous a été communiqué (et malheureusement pas soumis, puisqu’il a été signé avant que nous puissions le discuter), défend la première conception. Mais créer un espace de co-élaboration populaire n’est pas facile ! Ne nous racontons pas d’histoire : les cahiers citoyens ont rencontré un écho très médiocre et les forums nationaux n’ont pas permis l’implication populaire. Quels moyens nous donnons-nous pour favoriser cette implication ?
Le texte d’accord politique n’envisage la participation citoyenne qu’en termes organisationnels. Il propose la création de « collectifs de circonscription » qui transforment les citoyens en supporters (pour reprendre l’expression utilisée par Pierre Laurent). La constitution d’associations et de collectifs ne répondra pas au problème de l’implication populaire. Par contre, elle constitue une première étape pour tous ceux qui veulent faire du Front de Gauche une nouvelle organisation.
Au contraire, la constitution de fronts de lutte sur des propositions, qui placerait les citoyens en position d’agir et d’élaborer, n’est même pas évoquée.

Deuxième problème : quels sont les objectifs politiques du Front de Gauche ?

Dans la situation actuelle (décrite par le rapport), nous ne pouvons pas nous contenter d’une posture protestataire, ni même d’une liste de propositions ou de slogans. Nous avons besoin d’un projet de société capable de faire pièce au projet de la droite et de mobiliser largement.

Sur l’école, nous nous sommes constamment heurtés au refus du PG (contrairement à nos autres partenaires) de porter un tel projet. Les représentants du PG ont toujours cherché à nous enfermer dans une posture d’opposition : contre l’école privée, contre la marchandisation de l’école, contre le Traité de Lisbonne. Nous défendons au contraire le projet cohérent d’une école émancipatrice pour tous, ce qui passe par une nouvelle phase de démocratisation sociale. Nous pensons que l’école inégalitaire d’aujourd’hui ne peut pas être simplement améliorée par quelques mesures ciblées. Elle doit être transformée radicalement pour répondre aux défis de l’avenir.

Le document de « projet partagé » qui nous a été communiqué ne porte pas ce projet et se contente d’aligner une série de mesures. Ce n’est pas suffisant. Il ne dit rien de la construction d’une école émancipatrice, qui permette aux futurs citoyens et aux futurs travailleurs de maîtriser leurs choix individuels aussi bien que ceux qui engagent la collectivité. L’école n’est qu’un cas parmi d’autres : les propositions de salaire maximal, de sortie du Traité de Lisbonne, sont autant de slogans qui ne portent pas un projet de société.

Le texte d’accord politique enfin, qui devrait pourtant définir les objectifs politiques du rassemblement, au lieu de caractériser cette visée commune ou au moins de clarifier nos désaccords sur ce point, s’en tient à des formules floues (« l’intérêt général ») voire un peu ridicules (« le bonheur » !). Pour réussir à élargir le rassemblement, nous ne devons pas nous en tenir là.

Quelle candidature peut permettre de construire un rassemblement populaire et de porter un projet politique transformateur ?

Le choix de Jean-Luc Mélenchon proposé par Pierre Laurent est un choix par défaut. Jean-Luc Mélenchon refuse d’envisager qu’un autre candidat puisse être choisi et ce refus biaise le débat. Mais ce chantage n’a pas de réalité : dans la population et même dans le PG, la candidature de Mélenchon n’est pas ressentie comme la seule possible.

Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon n’est pas rassembleur et ne cherche pas à l’être. Son objectif n’est pas la co-élaboration d’un projet partagé mais l’alignement du Front de Gauche sur ses propositions. On l’a vu avec ses prises de position sur la Libye. Aujourd’hui, ses exigences démesurées pour les législatives montrent bien qu’il ne cherche pas vraiment à rassembler.
Céder au chantage ne bénéficiera ni au PCF, ni au rassemblement. En refusant d’affronter ce qui nous divise, ce qui sépare notre conception du rassemblement et de ses objectifs de celle portée par le PG, nous ne faisons que reporter les difficultés et nous courrons le risque d’aboutir à une rupture d’autant plus grave qu’elle sera tardive. En outre, un choix par défaut ne peut pas être un choix mobilisateur. Pour casser la personnalisation de la campagne et nous faire entendre, nous aurons besoin de militants nombreux sur le terrain. Or il ne sera pas facile de mettre les militants en mouvement derrière une candidature imposée de l’extérieur ou au service d’objectifs politiques aussi flous que ceux portés par l’accord politique. Enfin, ce chantage sur la candidature entretient la méfiance : quelles garanties avons-nous qu’un candidat qui s’est jusqu’ici présenté comme l’homme providentiel acceptera demain de mener une campagne collective ?

André Chassaigne, au contraire, a fait la preuve de sa capacité à rassembler bien au-delà des forces politiques, à porter une démarche de coélaboration et un projet transformateur.

Si nous voulons développer le Front de gauche et élargir le rassemblement, nous ne pouvons pas nous laisser enfermer dans un chantage sur la candidature. Il est de notre responsabilité de direction de mettre fin à ce chantage pour permettre aux communistes de mener un débat serein et de faire le choix du meilleur candidat, sans que leur vote soit assimilé à un vote pour ou contre le Front de gauche. Nous devons demander à nos partenaires d’accepter le débat sur une autre candidature que celle de Jean-Luc Mélenchon. L’affirmation d’un soutien à la candidature d’André Chassaigne constituerait un geste fort en ce sens.

Marine Roussillon, le 8 avril 2011.

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