Suite à la manif du 12 septembre à Lyon

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

A Lyon, la manifestation du 12 septembre devait partir à 11h30 de la manufacture des tabacs. Elle a tout de suite été bloquée par les forces de l’ordre qui ne voulaient pas voir en tête, un groupe de jeunes où se mêlaient anarchistes et militants d’extrême gauche. Elles ont commencé par gazer les premiers rangs puis ont coupé le cortège en deux pour finalement opérer ce qu’ils appellent une nasse dans laquelle se sont retrouvé pris, puis isolés dans une rue adjacente, plusieurs dizaines de jeunes. Il nous a fallu attendre plusieurs heures pour obtenir leur libération avant de pouvoir repartir. Collomb l’ancien maire de Lyon n’aime pas les manifestants. Il l’a montré une fois de plus. Mais il est aujourd’hui ministre de l’intérieur, ce qui lui donne des moyens biens supérieurs pour les combattre.

Je n’étais pas à leurs côtés quand ils ont gazé, mais le vent a remonté vers nous les nappes de gaz et j’en ai eu ma dose, suffisamment pour que la tête me tourne un moment. D’après les témoignages des militants, les flics ont provoqué mais le comportement des autonomes n’a pas non plus été sans conséquences sur la situation qui a suivi et la confusion qu’elle a entraînée, d’autant que peu d’informations sont remontées vers la masse des manifestants qui attendaient. Hélas nombre d’entre eux de ce fait, quitteront la manif et partiront. Des coups et des insultes ont été échangés, impliquant ces autonomes contre le service d’ordre de la CGT. Une fille s’est couchée devant la camionnette pour l’empêcher d’avancer. Ces comportement montrent une détermination qui s’adresse à la seule organisation ouvrière qui a tenu tête au gouvernement et s’apprête à organiser la riposte aux ordonnance ; une fois de plus, les autonomes font le jeu de la police, mais il ressort aussi de quelques témoignages, que l’organisation de la manif a quelque peu flotté, dans ces moments premiers de la manifestation. Elle se rattrapera par la suite montrant une détermination exemplaire dans la solidarité avec les manifestants bloqués par la police et interdits du droit de manifester. Cette fermeté a payé puisque après deux heures de protestations sur les lieux, la nasse sera levée et les manifestants libérés sans contrôle d’identité.

Voila, je crois avoir dit l’essentiel de cette situation ; je rajouterai que cela devrait nous faire comprendre que nous avons un gros problème depuis quelque temps et je me fous pas mal que certains me traitent de stal pour ce que je vais en dire : la CGT n’est plus maître de ses cortèges. Elle n’a plus le service d’ordre qui lui permet d’assurer leur sécurité et je rajouterai leur souveraineté. Il n’est pas normal qu’une poignée d’autonomes viennent dicter la marche à suivre. Pour autant nous n’avons pas à laisser à la police c’est-à-dire à l’état bourgeois, le soin de nous encadrer. La place des organisations politiques doit être en fin de cortège et c’est valable pour tous, pour les anars comme pour les organisations traditionnelles. Les anars et les gauchistes veulent la tête de cortège pour des raisons politiques qui ne sont pas difficiles à comprendre. Ce n’est pas du sectarisme ou de la complicité avec l’état bourgeois que de dire que nous ne sommes pas venus pour manifester sous leur autorité, ni ne voulons être sous leur direction, cela s’appelle au contraire la démocratie ouvrière, un principe dont ils se moquent éperdument, d’ailleurs certaines paroles montrent la haine que certains éprouvent contre la classe ouvrière et ses représentants. Les complicités objectives avec le pouvoir et sa police sont là, dans les faits, pour autant comme je l’ai dit ces questions doivent se régler en interne. Nous ne devons pas hurler avec les loups, d’autant plus que parmi ceux qui ont été gazés et "nassés", la plupart étaient là par inexpérience pour exprimer leur radicalité. Nous avons aussi une responsabilité à leur égard et l’hégémonie actuelle des anars et autres, tient pour une grande part à la disparition de l’organisation de classe dans la jeunesse et dans la production.

A l’endroit ou à l’envers, la situation que je décris, d’une absence d’organisation, est visible comme un nez au milieu de la figure. Alors je le dis d’autant plus clairement que je ne fais en définitive qu’une synthèse de tout ce qui a été rapporté par les uns et les autres. Cela dit il faut en débattre au bon endroit. Je dirai en débattre raison de plus. D’autant que nous avons déjà formulé ces questions en interne quand Hollande et son gouvernement étaient venus à Vaulx-en-Velin. Manifestement la leçon n’a pas été retenue. Nous avons aussi dénoncé le comportement des autonomes pendant la loi travail. A chaque fois ils s’en prennent à la CGT mais à chaque fois aussi, ils ont la voie libre par défaut. Ce sont les jeunes qui paient la note. A Vaulx, 25 jeunes se sont retrouvés incarcérés suite à leurs interventions bordéliques et mal préparées, et certains sont passés en comparution directe par leur faute. Total : flics et provocateurs ont réussi à casser le mouvement pour un certain temps. Mais au lycée Doisneau, il y a longtemps qu’il n’y a plus d’organisation de jeunesse. Il faut tout leur apprendre, y compris débattre en assemble générale des décisions et de l’organisation des actions. C’est le BA BA qui n’existe plus. Il faut partout travailler à la prise de conscience de ces manques et reconnaître avec humilité que nous n’avons pas su transmettre le minimum de savoir faire aux générations nouvelles, à notre jeunesse. Il faut en comprendre les raisons.

Il nous faut reconstruire l’organisation révolutionnaire, former ses cadres, retrouver un minimum de discipline et de structuration, d’autant que nous allons vers des affrontements qui seront de plus en plus rudes. Ce matin Todd disait quelque chose d’assez juste : Macron a été élu par défaut, les politiques de la droite et de la gauche n’ont pas pu apporter de solution à la crise du capital. Ses conséquences s’aggravent pour les couches populaires à qui il fait payer la note. Il veut faire une politique et de droite et de gauche, pensant prendre le meilleurs de l’une et de l’autre, il n’en prendra que les impasses et il va se ramasser la crise en pleine gueule. C’est en effet ce qu’annoncent les mobilisations et les conflits à venir.

D’ailleurs les patrons enragent depuis quelques jours, à l’instar de celui qui s’est exprimé récemment dans l’émission de radio Les grandes gueules et qui expliquait que « Les manifestants qui bloquent sont des terroristes ! ». Il faut les écouter ces patrons et leurs médiacrastes de services. La peur les prend de voir leur "dialogue social" faire le grand flop suite à un dialogue de dupe. Les illusions perdues ont toujours un prix. Les voilà lâchés pour la chasse aux grévistes. Hier, ils accusaient de prendre les français en otage, spécialité sanguinaire de l’armée nazi faut-il le rappeler, maintenant ceux qui usent du droit de grève en appliquant ce qui fait sa définition, cesser le travail et bloquer la production, sont traité de terroristes. Les attentats et la loi d’urgence sont passé par là. Alors bien sûr, le langage de guerre civile revient au galop et s’adapte aux nouvelles circonstances. Celles de tout un arsenal policier et juridique fabriqué pour protéger « la France qui travaille » ! On voit bien au passage que la petite phrase de Macron sur les fainéants et les extrémistes n’a pas été lancé au hasard. On est pour le droit de grève, ah ben oui il est inscrit dans la constitution pour quelques temps encore, mais pour combien, car il faut s’attendre a tout avec nos réformateur qui veulent bouger le paysage et donner les moyens à l’économie ? Il est donc difficile de s’y opposer en public, mais alors il ne faut pas bloquer la production, surtout pas, il ne faut pas gêner l’économie, bref manière hypocrite de dire qu’il ne faut pas faire la grève et qu’il faut la réprimer, juger, enfermer ! Voilà au fond ce à quoi rêvent nos grandes gueule ! (La vraie démocratie a ajouté une vidéo)

Gilbert Rémond

Pour ceux qui doutent et sèment le trouble sur l’attitude de la CGT 69, voici son communiqué. Il est clair et sans ambiguïté sur la dénonciation des provocations policières et la solidarité exprimée envers ceux qui ont été "nassés". Le droit de manifestation n’est pas à découper en tranches.

12 septembre
Provocations policières dans la ville de Lyon

jeudi 14 septembre 2017

Les forces de l’ordre ont bloqué le cortège de tête dès le début de la manifestation. Elles ont ensuite chargé et isolé une partie des manifestants sans raison apparente.

L’union départementale CGT du Rhône revient dans un communiqué sur les provocations policières qui ont tristement perturbé la manifestation du 12 septembre à Lyon, ville dans laquelle est élu le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

La manifestation avait démarré sous les meilleures auspices, grâce notamment à la présence du service d’ordre de la CGT. La situation s’est rapidement dégradée : les forces de l’ordre ont bloqué le cortège de tête dès le départ de la manifestation.

La tension est naturellement montée d’un cran. La police a chargé une partie des manifestants sans raison apparente, les mettant dans une nasse et leur interdisant l’accès à la manifestation – en totale opposition avec le droit constitutionnel de manifester.

Une centaine de manifestants ont ainsi fait l’objet d’une tentative de mise en garde à vue, qui a pu être évitée grâce au sang froid et à la solidarité des manifestants. Il aura fallu deux heures pour débloquer la situation. Deux heures de difficiles pourparlers avec la police – qui semblait avoir reçu l’ordre de ne pas discuter avec les représentants syndicaux... Plusieurs manifestants ont par ailleurs été blessés, y compris un membre du service d’ordre CGT.

Ces événements n’ont pas empêché la mobilisation d’être un succès, 10.000 manifestants s’étant rassemblés à Lyon le 12 septembre. La CGT 69 encourage d’ailleurs les militants et citoyens à poursuivre la lutte, et appelle « à se mobiliser sur les lieux de travail, à décider collectivement de faire grève et de participer aux manifestations à venir, à commencer par le 21 septembre ».

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).