Utiliser la méthode matérialiste-dialectique pour l’unité des communistes

, par  Jean Jullien , popularité : 3%

Dans l’esprit de leur appel « pour un parti communiste des temps d’orage », les Editions Prolétariennes saluent la tenue des Assises du Communisme et souhaitent que ces échanges fassent avancer notre cause, notamment la reconstitution d’un parti communiste authentique.

Nous ne pouvons pas y participer mais nous vous adressons cette contribution.


On dit chez nous qu’un bon ouvrier ne travaille pas avec sa bite et son couteau mais avec de bons outils. La façon de penser matérialiste-dialectique est l’outil révolutionnaire qui permet de comprendre la société pour la transformer. C’est aussi un outil précieux pour transformer nos divisions en unité.

Partir des faits

Le matérialisme-dialectique affirme son fondement matérialiste. De même nous ne pouvons résoudre nos désaccords qu’en partant des faits, en fondant nos convictions sur eux et non l’inverse. Ces faits c’est avant tout l’expérience du combat de la classe ouvrière dans notre pays.

Le matérialisme dialectique affiche son caractère de classe.

Il reflète les aspirations du prolétariat révolutionnaire comme la philosophie des Lumières reflétait les aspirations de la bourgeoisie révolutionnaire. Un parti communiste sans cellule d’entreprise est un arbre sans racine, et de la même façon si nous ne partons pas des besoins de la classe ouvrière et des masses, nous continuerons à nous chamailler quand la terre entière sera socialiste.

Se tenir sur les positions de classe du prolétariat nous impose de juger sur ce critère notre propre action, et de pratiquer l’autocritique lorsque les faits nous donnent tort.

Le matérialisme-dialectique ne nous garantit pas des erreurs. Un parti communiste peut se tromper, mais ce qui le distingue des partis bourgeois c’est qu’il est capable de rectifier sa trajectoire au lieu de rejeter ses propres foirades sur le dos de ses ennemis.

Chacun se souvient du mouvement de masse de 2010, qui a pris fin avec le refus de Bernard Thibault de « bloquer le pays ».

La conférence antisociale est initiée par ceux-là mêmes que les dirigeants révisionnistes ont portés au pouvoir, en prétextant que la réforme des retraites de Sarkozy serait ainsi enterrée. On pourra attendre longtemps une autocritique. Il n’y en aura pas davantage qu’avec Mitterrand. Mais il est plus simple d’incriminer les électeurs qui s’abstiennent en les accusant de faire le jeu de celui-ci ou de celui-là. Nous devons rompre avec ces conceptions et ces procédés.

Un se divise en deux

L’unité de la bourgeoisie repose sur ses intérêts de classe contre la classe ouvrière et l’ensemble du peuple. Le futur patron du Medef Pierre Gattaz déclarait récemment :

"Le Medef devra accompagner encore plus l’inflexion vers la social-démocratie menée par le gouvernement français". Derrière les vociférations, les exactions des groupuscules fascistes et les crocs-en-jambe judiciaires des factions bourgeoises, on voit ainsi se dessiner une nouvelle cohabitation de crise, Union Sacrée antipopulaire entre la droite décomplexée et celle qui n’ose pas dire son nom.

Mais elle recouvre des intérêts inconciliables : capital financier, commerçant et industriel, grandes entreprises et PME, monopolistes et non monopolistes, exportatrices et non exportatrices, artisans et auto entrepreneurs, agriculteurs aisés et industrie agroalimentaire, donneurs d’ordre et sous-traitants, etc. la crise ne fait qu’aiguiser leurs contradictions. Ces intérêts antagoniques qui provoquent faillites, restructurations, absorptions et licenciements reposent sur la propriété privée des moyens de production et la recherche du taux de profit maximum. Le capitalisme ne peut les éviter, c’est son fonds de commerce.

Le peuple aussi est divisé, ainsi que les salariés qui forment l’immense majorité et même la classe ouvrière. On le voit dans le désarroi qui accompagne les élections, dans la multiplicité syndicale et sans doute aussi à travers nos propres contradictions.

Ces contradictions sont réelles, entre les chômeurs qui pèsent sur le salaire des actifs, les retraités qui prennent les jobs des jeunes sans emploi, entre nouveaux embauchés et seniors, entre emplois précaires et CDI, entre français et immigrés ou sans papiers, entre fonctionnaires et salariés du privé, entre hommes et femmes, entre intellectuels et manuels, etc.

Mais en réalité cette division ne repose sur rien car elle est créée de toutes pièces par l’organisation capitaliste du travail. L’expérience des mouvements populaires dans notre pays montre qu’elle peut s’effondrer comme les murailles de Jéricho chaque fois que les aspirations communes des masses sont proclamées, et au premier chef celles des plus exploités d’entre nous.

Les relations entre nos groupes et nos organisations ont aussi deux aspects.

D’une part nous souhaitons la reconstruction d’un parti communiste marxiste-léniniste et le socialisme, et d’autre part nous avons des désaccords.

Si nous ignorons ce qui nous unit et cherchons uniquement ce qui cloche chez nos voisins, nous ne ferons jamais rien ensemble.

Si nous fermons les yeux sur nos divergences ça n’ira pas non plus et notre unité sera de pure façade.

Le mieux est d’étudier nos rapports sous leur double aspect de l’unité et de la contradiction. Cela signifie que nous pouvons réaliser des actions en commun, et progresser dans notre unité en posant franchement les problèmes sur la table.

Les contradictions internes sont la base des transformations

« Selon le point de vue de la dialectique matérialiste, les changements dans la nature sont dus principalement au développement de ses contradictions internes.

Ceux qui interviennent dans la société proviennent surtout du développement des contradictions à l’intérieur de la société, c’est-à-dire des contradictions entre les forces productives et les rapports de production, entre les classes, entre le nouveau et l’ancien. Le développement de ces contradictions fait avancer la société, amène le remplacement de la vieille société par la nouvelle.

La dialectique matérialiste exclut-elle les causes externes ? Nullement. Elle considère que les causes externes constituent la condition des changements, que les causes internes en sont la base, et que les causes externes opèrent par l’intermédiaire des causes internes. »

[Mao Tsé-toung – de la contradiction - 1- les deux conceptions du monde]

L’extension du marché économique capitaliste sous l’hégémonie US a créé les conditions d’une crise mondiale inégalée, et qui a commencé précisément aux USA.

Mais cette crise se manifeste différemment dans les pays impérialistes occidentaux et au sud de la Méditerranée. Elle n’a pas non plus les mêmes effets en Chine et aux États-Unis.

Ceci dépend du caractère spécifique des contradictions dans chaque pays.

La cause fondamentale de la crise en France n’est pas la crise mondiale, ni les subprimes, ni Washington, ni Bruxelles, ce sont les rapports de production capitalistes dans notre pays avec ses particularités, par exemple son caractère usuraire. Tandis que les facteurs extérieurs sont les conditions de l’apparition, de l’aggravation ou de l’atténuation de cette crise.

Cela signifie que la solution de la crise en France réside essentiellement en France.

C’est en passant du capitalisme au socialisme que nous pourrons apporter une solution définitive à la crise capitaliste dans notre pays.

Distinguer les particularités dans les contradictions

La lutte des classes prend des formes spécifiques selon la situation de chaque pays. Cela est dû à leur développement inégal et aux ambitions impérialistes.

Certains pays ont acquis l’indépendance par la lutte armée contre le colonialisme, mais leur lutte nationale se poursuit sous la forme économique et contre les tentatives d’ingérence ou de subversion impérialistes. Les contradictions sous l’aspect national ne peuvent être comparées entre ces pays et la France, qui figure parmi les plus belliqueuses des nations oppresseuses aujourd’hui.

La lutte des classes ne s’y présente pas de façon identique et il revient au peuple de ces pays opprimés et à leurs partis communistes de définir la juste stratégie.

De notre côté, et surtout lorsque la France est partie prenante d’une agression impérialiste, notre devoir et de nous y opposer fermement, comme le fit le parti Communiste Français lors de la guerre du Rif par exemple, et de tendre la main aux peuples qui combattent notre ennemi commun.

La transformation révolutionnaire de la société est la forme antagonique de la contradiction entre capitalisme et socialisme.

L’Humanité dénonce régulièrement la logique du profit. Laissant entendre par là que le profit capitaliste relève d’un enchaînement cohérent d’idées et non d’une nécessité matérielle. Dans ce cas les contradictions du capitalisme pourraient être résolues par le débat démocratique et la vérité devrait triompher avec le bons sens et la logique de l’intérêt supérieur de la nation. Il suffirait alors qu’un gouvernement de « gauche » ou de « gauche véritable », etc. entrave par des mesures législatives cette logique du profit et laisse un peu de place à l’humain.

Or l’expérience des gouvernements socialistes montre qu’il n’en est rien, et les 30 propositions de la 6e république n’abordent même pas le sujet.

Les faits ont démontré que l’exploitation capitaliste repose sur la propriété privée des moyens de production et cette propriété réservée à une classe extrêmement minoritaire s’appuie sur l’administration et la force armée de l’Etat. Au passage une armée de métier bourgeoise, qui n’a pas levé le petit doigt pour aider les sinistrés du sud-ouest. C’est une forme de dictature qui ne peut pas être renversée ni par le débat, ni par le bon sens, ni par la logique.

La contradiction fondamentale entre le caractère social de la production et le caractère privé de la propriété capitaliste ne peut être résolue que par le renversement de la classe bourgeoise par la classe ouvrière s’appuyant sur l’immense majorité du peuple aujourd’hui salarié.

« La dialectique est la théorie qui montre comment les contraires peuvent être et sont habituellement (et deviennent) identiques - dans quelles conditions ils sont identiques en se convertissant l’un en l’autre -, pourquoi l’entendement humain ne doit pas prendre ces contraires pour morts, pétrifiés, mais pour vivants, conditionnés, mobiles, se convertissant l’un en l’autre ». [Lénine, Notes sur la Science de la logique de Hegel]

La révolution prolétarienne effectue la conversion de la classe ouvrière et de la bourgeoisie en ceci que la classe ouvrière devient la classe dominante et la bourgeoisie devient dominée.

Il n’est donc pas possible de réaliser un partage équitable, ni une juste répartition ou une redistribution ni aucun paritarisme sous la dictature de la bourgeoisie. Il en sera de même sous la dictature du prolétariat, jusqu’à la disparition des classes.

Emparons-nous de la méthode matérialiste-dialectique

Chacun d’entre nous peut étudier cette méthode exposée par Mao Tsé-toung dans de la pratique et de la contradiction, ou par G. Politzer dans les Principes élémentaires de philosophie. Mais il s’agit de la mettre en pratique pour progresser dans notre unité.

La vérité est collective et nous pourrons comprendre la situation exacte de notre pays et nos tâches en associant le centralisme et la démocratie dans un authentique parti communiste.

Ceci ne nous paralyse pas pour autant. Au regard de nos différences et sans ajouter un nouveau groupe à ceux existants, nous pouvons confronter nos accords et nos désaccords afin d’agir ensemble à chaque occasion. Des textes ont déjà circulé entre nous par courrier, nos blogs répercutent des positions d’autres organisations, avec ou sans réserves. C’est un processus que nous pouvons encourager. Chacun conserve son indépendance mais nous pouvons renoncer à nos allures de soldats de plomb.

Nous trouverons nécessairement la forme la plus appropriée d’un réseau d’échange qui permette à chacun de s’exprimer moyennant quelques règles de conduite qui correspondent à nos besoins.

Vive la révolution prolétarienne ! Vive le socialisme !

Redonnons sa fierté à la classe ouvrière !

En avant pour un parti communiste des temps d’orage !

Les Éditions Prolétariennes

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  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

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    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

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